‹ Manuel d'art musulmanChapitre 184 sur 193 · Rousselet, op. cit., p · texte numérisé non relu

Rousselet, op. cit., p

2. C’est, en bien plus grand, un parti analogue à celui du tombeau dé l'empereur Houmayoun à Delhi.

niches et des portes correspondant les unes aux salles accessoires

des angles, les autres aux porches dont sont percées les faces longues de l’octogone. Tout l’intérieur est en marbre blanc, décoré de frises, de bandeaux d’ornements incrustés et de grandes inscriptions arabes en caractères de marbre noir sur found blanc.

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Fig, 4192. — Plan du palais de Delhi d’après Fergusson.

Les grandes voussures persanes des porches sont à stalactites, leur encadrement est complété par deux colonnes octogonales de marbre blanc incrusté de chevrons et de bagues de marbre de couleur rappelant les petits minarets du porche de la grande mosquée ! d'Agra. Des clôtures aJourées en marbre et en bois ornent les baies, mais ses portes d'argent n'existent plus, les Jâts de Sourad] Mall en 1761 après la défaite des Mogols à Panipat les ont enlevées ainsi que le trésor du Tadj}. Quinze ans plus tard les Mabhrattes arrachèrent les pierres précieuses des mosaïques. Mais depuis, les Anglais l'ont restauré et l’entretiennent avec soin.

1. Ces minarets de porche dont nous avons déjà parlé à propos de la grande -mosquée d’Ajmir.

: L'intérieur. la voûte. les pierres tumulaires sont incrustés de 7) 9

marbre et de pierres précieuses formant des rinceaux, des frises, des

bouquets fleuris, des fruits, des oiseaux en pierres dures. L'harmonie générale en blanc et or, avec des écoinçons aux

portes, de tonalité bleue et rouge, est bien dans le goût local,

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Fig. 414. — Mutti-Musdjid ou mosquée de la Perle dans le palais impérial de Delhi.

puisque maintenant encore des broderies délicieuses en or et en couleur sur fond de soie blanche se fabriquent à Agra.

Le Tad}j n’est que le centre de la composition, il est au milieu de jardins splendides qu'ornent des bassins et des canaux de marbre animés par des jets d'eau. L'entrée du Jardin est déjà, par elle-même, un monument, avec sa grande façade de grès rouge dont l’harmonie un peu sévère est rehaussée par des bandes et des cordons de marbre blanc et des tympans de mosaïques de marbre et d'onyx. | |

A l'extrémité occidentale des jardins se trouve placée dans l'axe du Tadj une mosquée élégante en marbre de couleur et à l’est un

monument symétrique nommé le Jawab où l’on donne des fêtes | encore de nos jours. On voit donc que, par l’ampleur de la compo- … sition et par la symétrie, ce plan est presque de conception classique.

Palais de Delhi. — On peut porter le même Jugement sur le palais des ous mogols à Delhi.

Ce palais (fig. 412-413-414) qui rappelle celui de la forteresse d'Agra est en partie détruit. Fergussonen a donné un plan (fig. 412 dressé d’après des documents indigènes. Le monüment a été construit sous Chah-Jehan (1628-1638) et, comme on le voit, conçu d’un seul jet. Il est précédé d’un grand porche avec cour intérieure et d'un grand vestibule aboutissant à une première cour carrée À qui n'est pas sans présenter une analogie frappante avec les plans persans (notamment celui du medressé et du caravansérail Medéréi-Chah à [spahan). De part et d'autre de cette cour A s'étendent deux grands bazars non voüûtés. En face de l’entrée se trouve la salle de musique, ou Noubat-Khané, par laquelle on pénètre. dans la seconde cour qui mesure plus de cent cinquante mètres de longueur sur plus de cent de profondeur, et sur laquelle débouche : la grande salle d'audience B ou Diwan-i-Ams dont la fig. 413 nous donne une vue intérieure. C’est au milieu de cette salle que ses trouvait le célèbre trône des paons !.

Ce palais magnifique contenait encore d’autres salles merveilleuses, des appartements privés, des bains très bien conservés. dallés de marbre et décorés d’incrustations et une charmante petite mosquée, la mosquée de la Perle, Mutti-Musdjid, toute en marbre blanc (fig. #14). Cet art complet et splendide d’une cour si puissante influa grandement sur celui des royaumes indous non musulmans. Par

1. Cette salle, dont l'extérieur est tout en marbre blanc, a une décoration intérieure d’une richesse inouïe, les piliers, les arcs, les cordons des voûtes sont brodés d'incrustations de pierres dures, lapis lazuli, onyx, sardoines. Le plafond, d’après Tavernier, était revêtu d’un tissu d'or et d’argent d’un travail admirable qu'il avait évalué à 27.000:000 de francs. Le trône des paons, merveille des merveilles, mesurait 2 mêtres sur 1"50. C'était une estrade dont le dossier revêtu d’émaux délicats figurait une queue de paon ; un dais massif, bordé d'une épaisse et longue frange en perles fines et reposant sur douze … colonnes d’or couvrait l’arrière du trône dont l'avant était abrité de deux vastes parasols à manche d’or incrustés de diamants et dont les franges étaient en perles. Il fut enlevéaux empereurs de Delhi par Nadir-Chah en 1739. — On. peut se rendre compte de la beauté de ces travaux d'orfévrerie par le trône d’or émaillé de style indou qui est au trésor impérial de Constantinople et a été pris par Mourad IV, sur les Persans, dans sa campagne de Bagdad. Le D' Le Bon a donné du palais une vue en couleurs (Les Civilisations de l'Inde p. 605), qui permet de se faire une idée de la richesse inouïe de la décoration.

l'examen de Jeypore, ville radjpoute élevée en 1728 sur un: plan régulier par le roi Jey-Sing on saisit cette influence. Les portes (fig. 415) du palais sont de ce style jaïno-persan si délicat et si élégant. Le Diwan-i-Khané est un véritable chef-d'œuvre presque absolument persan. Enfin à Amritsar (fig. 416) le temple d'or,

Fig. 415. — Porte de Jeypore.

qui s'élève au milieu d'un merveilleux étang et qui a été enrichi des dépouilles du tombeau de Jehanghir, montre que les Sikhs, malgré leur haine des musulmans, ont su mettre à profitles enseignements de leurs architectes.

Cette merveilleuse floraison artistique n'eut qu’une durée éphémère, les mausolées de Golconde sont lourds, d’une forme bizarre: avec des minarets ou tourelles exagérées terminées par une sorte: de lanterne plus large que le minaret même et que couronne encore une coupole bulbeuse lourde et d'un aspect désagréable. Dès que la puissance des Mogols fut pour ainsi dire détruite par la mort d'Aureng-Zeyb, de nombreux royaumes s'élevèrent sur ses débris, mais la cohésion que l’empire mogol avait donnée à l’Is-

lamisme indou disparut et une décadence irrémédiable commença.

Résumé. — L'architecture indo-musulmane peut être consi- . dérée sous le double rapport indien et exotique. L'architecture jaïna, art indigène ayant atteint une perfection de conception et d'exécution très avancée, a d’abord été adaptée aux exigences du nouveau culte et ne s'est modifiée que peu à peu en gardant ses caractères essentiels de construction traditionnellement apparentée

Fig. 416. — Le temple d'or à Amritsar.

aux méthodes de construction en bois par empilage ou encorbellement.

Les modifications de l’art jJaïna se sont faites chez les musulmans surtout par une simplification, une correction de plus en plus grande et par l'élimination des ornementations superflues. L'art musulman lui apporte l’arc aigu mais jamais la fusion de ces deux arts, l’un à plate-bande, l’autre à arcs aigus ne peut se faire par les efforts seuls des artistes indigènes. Cette fusion s’est opérée sous les Mogols, aussi bien par suite de leur esprit libéral que par l'introduction d'artistes étrangers ! qui, n'étant pas liés par les traditions locales, surent prendre à l’art indigène et à l'art persan les éléments qui étaient compatibles entre eux, et surent en former

le style peut-être peu original, mais à coup sûr charmant et bien

1. Le 16 mai 1656, l'ambassadeur indien Kaimbeg fut introduit, il demanda au sultan l'envoi d’un architecte à Ahmedabad pour la construction du dôme de Nour-Mahal (de Hammer, op. cit., X, 387).

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