CARACTÈRES DE LA DÉCORATION
que la technique de leurs ouvriers êtait trop imparfaite pour en tailler ou en tourner ? Toujours est-il que ce n’est que rarement que nous rencontrerons en Égypte des colonnes faites par les musulmans (fig. 21). Elles se distinguent des colonnes antiques en ce que ces dernières sont galbéeset portent un cavet à leur partie inférieure et u» astragale à leur partie supérieure, tandis que les colonnes de pierre ou de marbre faites parles architectes musulmans (aussi bien dans le Mogreb qu'en Syrie, en Égypte et en Perse) sont toujours cylindriques et ne portent de moulure ni en haut ni en bas. Le chapiteau porte son astragale et la base son cavet. Cette disposition si logique a été empruntée par eux à l'architecture byzantime, et c'est probablement par la même voie qu'elle s'est transmise à nos écoles romanes. ;
Caractères de la décoration. — La richesse des premières mosquées d'Égypte fut plutôt empruntée à la peinture, à la dorure et à la tenture qu'à la somptuosité des matériaux, carla mosquée de Fouloun, qui est une des plus anciennes du Caire n’est construite que de briques recouvertes d'enduits: en Syrie, au contraire, à Damas et à Jérusalem, la décoration, si riche qu'elle fût, ne présente pas les mêmes caractères : les marbres précieux, les métaux, la mosaïque d'émailen constituèrent les éléments. Colonnes, chapiteaux et bases en marbre, revêtements en marbre ou en mosaïque, portes en bronze plafonds peints et dorés, poutres revêtues de feuilles de bronze, repoussé et doré (cf. Nassiri Khosrau, Sefer-Nameh, p. 70 et sqq.), tenaient pour ainsi dire autant à la construction comme matériaux que comme décoration. C'était en somme l'application des méthodes romaines et byzantines, mais avec un esprit de disposition générale absolument nouveau, dont le caractère oriental est nettement défini par l'abondance de la décoration florale et végétale. ;
Ce n’est pas que la figure humaine ait été systématiquement bannie de cet art musulman primitif. M. Migeon, dans la deuxième partie de cet ouvrage, en indique de nombreux exemples. J'y renvoie mes lecteurs. L'emploi des statues, des bas-reliefs et des tableaux était fréquent dans les palais des souverains ou des grands personnages. Nous n'avons malheureusement que des textes nous permettant de nous figurer les dispositions probables de ces édifices, mais sans qu'aueun vestige encore existant précise les caractères que pouvaient avoir les. palais d'Ibn Touloun et de son fils : . Khomarouyeh, dont Makrisi nous à laissé des descriptions si * intéressantes. [l est peut-être aussi impossible d'être renseigné
sur Îles palais des Omayades à Damas, à moins de se les figurer comme des monuments d'architecture syrienne {monuments de Syrie centrale, cf, de Vogüé) revêtus d'une décoration byzantine. Les éléments d'architecture et de décoration devaient en effet être. les mêmes que ceux des mosquées de Damas et de Jérusalem.
Sous les Fatimiles, nous verrons les formes se spécifier davantage et prendre un caractère suffisamment défini pour que de ce prototype surgissent peu à peu les éléments d’un style architectural dont nous pourrons suivre l’évolution dans les époques suivantes. L'ar-
chitecture de Ia mosquée d’Ibn Touloun reste comme un exemple un peu à part, tandis que l'art fatimite contient déjà en puissance les éléments de l'architecture arabe du Caire du xim et du xrv° siècle.
Le plan cruciforme au XIH® siècle. — Au x siècle apparaît au Caire le plan cruciforme des medressés qui y devient tellement typique que son emploi s'étend même aux petites mosquées. L’origine de ce plan est probablement mésopotamienne, comme je le dis plus oin. C'est à Bagdad qu'Ibn Hanbal et Abou Hanifa, fondateurs de deux des quatre rites orthodoxes, étaient morts, l’un en 150 ET., l’autre en 241 H. Il est donc probable que de très bonne heure, l’enseignement simultané des quatre rites a dû y être donné, probablement même avant qu'il ne le fût au Caire. De là le plan crucilorme groupant les quatre medressés malékite, chaféite, hanbalite, hanéfite autour d’une cour commune, [bn Batouta dit, d'alleurs, que la medressé Moustancerieh de Bagdad avait un pavillon distinct pour chaque rite orthodoxe. Mais si dans les constructions religieuses nous voyons déjà poindre cette influence syrienne, sous les Fatimites, nous la retrouverons encore plus accentuée dans les fortifications du Caire, puisque les architectes qui construisirent les trois grandes portes de lenceinte de Bedr-el-Gemali étaient d'Éfdesse et par conséquent syriens.
Les tendances religieuses en faveur sous les Fatimites plutôt chutes qu orthodoxes avaient naturellement amené l’art fatimite à se ressentir d'influences orientales qui lui venaient de la Mésopotamie et dela Perse. :
Influence réciproque. des arts syrien et égqyplien. — Lorsque dans la seconde moitié du xn° siècle de notre ère les Avoubites supplantèrent au Caire la dynastie fatimite, cette influence orientale disparut dans ce qu'elle pouvait avoir d'hétérodoxe (quoique