‹ Manuel d'art musulmanChapitre 35 sur 193 · PLAN CRUCIFORME AU XII SIÈCLE · texte numérisé non relu

PLAN CRUCIFORME AU XII SIÈCLE

‘même à la fin du xur° siècle nous retrouvions dans la décoration du Moristan de Kalaoun (1284) l'emploi de figures animées), mais l'influence des méthodes syriennes commence à devenir prédominante, surtout dans le mode de construction adopté. L’emploi de la pierre, des appareils savants, celui de la décoration polychrome au moyen de marbres ou de pierres colorées tous deux d'origine syrienne tendent à se généraliser de plus en plus, non seulement dans l'architecture religieuse mais encore dans l'architecture civile. Et alors quelques années plus tard, par un phénomène de reflux, les arts de l'Égypte prennent une grande part dans la conception et l'exécution des édifices syriens. Nous en avons trouvé à Jérusalem, à Damas, à Alep, des exemples datés. Cette influence qui se fait d'abord sentir sous les Fatimites puis sous les Ayoubites, s’accroïtencore sous les sultans mamelouks baharites, {de 1250 à 1382) et atteint son apogée sous les Mamelouks (1382- 1515) et elle s'y était implantée d'une façon si puissante que, même après la conquête turque, elle s’y perpétue presque Jusqu'à nos jours, au moins pour un grand nombre de détails (carle plan de la mosquée turque s'y présente dès les premières années du xvi® siècle).

C'est aussi sous les Mamelouks bahrites que les constructions civiles, dont nous possédons encore de nombreux exemples au Caire et dans les grandes villes d'Égypte ou de Syrie, sont élevées : ce sont les plus anciennes en date qui sont les plus simples comme décoration. Jusqu'à la conquête turque le luxe des palais et des habitations riches ira en croissant, etce style, si particulier au Caire, ne sera pas modifié par le changement de régime politique ; jusqu’à la fin du xvin siècle on continuera à élever de ces gracieuses demeures dont on trouve d'exactes reproductions dans le grand ouvrage de la commission d'Égypte et dans l'Art arabe de Prisse d'Avennes.

Si les conquérants tures ont introduit au Caire le type à coupoles de la mosquée ottomane dans le but d’accentuer ainsi leur prise de possession en imposant aux édifices religieux la marque du conquérant, qui, pour tous les musulmans sunnites ou orthodoxes, était aussi le khalife suprême et le vicaire de Mahomet, celte règle n’a pas été absolue, puisque beaucoup de petites mosquées du Caire, postérieures à 1516, ont gardé le type traditionnel (par exemple la mosquée Bordeïni, 1628). Mais l'architecture civile et domestique n’a été aucunement modifiée par l'occupation ottomane

io ÉCOLE SYRO-ÉG YPTIENNE

(réduite d’ailleurs en quelque sorte aux fonctionnaires etaux officiers supérieurs). Elle continua à pratiquer les mêmes procédés de construction, de décoration et qui étaient s1 bien appréciés, même à Constantinople, que nous verrons au chapitre V quels emprunts leur firent les architectes des sultans.

M. Migeon, dans le second volume de cet ouvrage et dans son Hvre surle Caire, a publié un certain nombre de vues ou de détails d'une de ces Jolies maisons du xvn° siècle, encore presque intacte aujourd’'hui.C'est celle de Gamal-ed-din-Zahabi (1044 H.-1634J.-C.), maintenant sauvée de la destructi on, grâce à l'administration des Wakfs et au talent de M. Herz-Bey, qui l’a restaurée avec un tact parfait. La disposition de son plan est identique à ceux dont nous parlons plus loin, mais elle a peut-être plus d'ampleur.

Édifices d'utilité publique. — Nous avons dit combien de place tenaient, dans la société musulmane, les fondations de bienfaisance ou d'utilité publique.

Elles ont été de tout temps dans l'Égypte, depuis le premier siècle de l'hégire, un objet de sollicitude pour les souverains, leurs émirs ou les grands personnages.

Non seulement ces fondations particulières ont été exécutées comme monuments isolés, caravansérails, okels, fontaines, médressés, écoles, mais encore elles ont souvent été accolées aux tombeaux mêmes des fondateurs, de manière à rendre pour ainsi dire inséparables l’un de l’autre la mémoire du fondateur et le souvenir de ses bienfaits. C’est ainsi qu'au Moristan de Kalaoun, dans la rue Nahassin, au Caire, une même enceinte réunit dans un plan irrégulier et bien différent de nos conceptions académiquès, une mosquée, le tombeau de Kalaoun et un hôpital. La disposition de celui-ci est tout à fait ingénieuse et remarquable pour l’époque, car elle indique une touchante préoccupation de la consolation à apporter aux souffrances des malades par la disposition agréable des lieux. où ils doivent attendre leur guérison ; et cependant le parti en est admirablement adapté aux nécessités du climat.

D'autres fondations associent aux tombeaux des medressés ou académies, des écoles et des fontaines, comme à la mosquée sépultrale ou khankah de Barkouk. D'autres, plus modestes, n'adjoignent au tombeau et à la mosquée qu'une école et une fontaine, comme par exemple au tombeau de Kaït-Bey exfra muros, où au tombeau d'El-Ghoury. 1 a petite fontaine est au rez-de-chaussée,

dans une salle aux plafonds richement décorés, qu'on aperçoit à travers les grilles de bronze qui ferment les grandes ‘baies rectangulaires ; l’école est au-dessus, dans une loge élégamment ajourée, qu'abrite un auvent en ménuiserie, très saillant et très léger. L'ensemble de la fontaine et de la petite école se nomme sebil-kouttab.

Dans un pays aussi chaud et aussi secque l'Égypte, cest,en effet, une œuvre charitable que d'assurer la distribution de l’eau fraîche à tout le monde, bêtes et gens ; aussi de charmants abreuvoirs y ontils été construits. Enfin des réservoirs en plein air ont aussi été ménagés pour tenir en réserve les eaux du Nil, des puits creusés, comme celui de la citadelle, des aqueducs alimentés par des norias ou roues à godets. | Les bains ou publics ou particuliers sont aussi une conséquence du climatet des prescriptions hygiéniques et rituelles du Coran. En Syrie nous trouvons aussi les mêmes édifices publics, caravansérails disposés le long des routes des caravanes, caravansérails urbains qui sont non seulement des lieux de repos ou de passage, mais encore de grands entrepôts de marchandises, hôpitaux, medressés, écoles et fontaines.

Mais dans ce pays où les pluies sont plus fréquentes qu'en Égypte, on a songé dès les temps les plus reculés à créer de grands réservoirs à ciel ouvert. Telles sont, près de Bethléem, les citernes dites de Salomon, restaurées à diverses époques el qui sont non seulement destinés à recevoir les eaux d’une source, Aïn Saleh, mais encore ‘les eaux pluviales; comme les piscines intérieures de Jérusalem, etc. Aussi pourrait-on faire en Syrie une étude très intéressante de ces ouvrages, auxquels des barrages, des ponts et des fontaines ontété souvent annexés.

Beaucoup de monuments civils et religieux de Syrie ou de Palestine, bien que construits avec des matériaux plus durables que ceux de l'Égypte, ont été détruits, soit pendant les guerres des croisades, soit pendant les guerres avec les Mongols au xrrr° et au xiv® siècle, pendant lesquelles les grandes villes comme Alep et Damas furent saccagées, soit encore pendant les campagnes faites par les sultans mamelouks pour rétablir leur autorité sur ia Syrie lorsque cette province voulait reprendre son indépendance.

L'Egypte fut toujours, au contraire, grâce à sa position privilégiée et au désert qui la sépare de la Syrie, à l'abri des invasions des

Mongols et des Tartares, aussi les monuments n’y ont-ils jamais été détruits systématiquement.

Monuments militaires. — Mais par contre 1l est résulté de ces guerressi fréquentes dont la Syrie fut le théâtre, unesorte de mélange des influences occidentales et orientales au moment des croisades et peut-être aussi, dès l’époque de Nour-ed-din 1bn Zengui, un mélange desinfluences persanes et mésopotamiennes aux traditions syriennes, qui ont profondément transformé et perfectionné les méthodes de fortification. M. G. Rey et, après lui, M. Max van Berchem ont étudié cette question, le premier pour l'architecture militaire des croisés en Palestine ; lesecond a repris cetteétude et y a joint de nombreuses remarques relatives à l'architecture militaire des musulmans. Celleci a toujours conservé jusqu à l'apparition de l'artillerie, des traditions ou byzantines ou asiatiques (Perse et Mésopotamie) et en a modifié peu à peu les données originaires à mesure des progrès de l'attaque des places au moyen des engins, balistes, catapultes, mangonneaux, engins transmis par les Romains et les Byzantins, mais auxquels les ingénieurs militaires du moyen âge oriental et occidental avaient ajouté de nombreux perfectionnements, autant pour le fonctionnement que pour la puissance mécanique. Nous ne savons encore rien de précis sur ces questions, aucune monographie n'a été publiée sur les forteresses arabes de Syrie et de Palestine si nombreuses encore. Et, sur ce point comme sur tant d’autres, le champ des études inédites est encore si grand qu'on peut à bon droit s'étonner de l'indifférence si profonde de la plupart des archéologues occidentaux pour ces études. On dirait vraiment qu'aveuglés par une culture exclusivement gréco-romaine, ils croient seuls les monuments grecs, romains ou byzantins dignes d’un intérêt quelconque. Et cependant ceux-c1 nous sont tellement connus, au moins dans leur ensemble, que souvent ce ne sont que des questions de détails qui peuvent être en discussion aujourd'hui.

L'archéologie musulmane présente au contraire tant de chapitres inédits que le champ des découvertes est immense encore, et son étude présente, au point de vue pratique, un intérêt d'autant plus grand que la civilisation islamique n'est pas morte et que par le contact de la culture et de la société actuelles (quelque profonde que soit maintenant leur différence d'activité avec celle d’autrefois) on peut éclaircir à chaque instant par l'examen de la vie comtemporaine bien des points qui paraîtraient obscurs dans l'étude d'une civilisation morte.

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