‹ Manuel d'art musulmanChapitre 36 sur 193 · HE — ÉTUDE CHRONOLOGIQUE DES MONUMENTS MUSULMANS D'ÉGYPTE ET DE SYRIE · texte numérisé non relu

HE — ÉTUDE CHRONOLOGIQUE DES MONUMENTS MUSULMANS D'ÉGYPTE ET DE SYRIE

Mosquée d'Amrou au Caire. — La mosquée d'Amrou, fondée au Caire en 642, quoique remamiée !, présente encore le plan suivant : vingt-deux nefs parallèles (dont deux très étroites) sur six de profondeur (fig. 20) constituent le sanctuaire proprement dit ; on a voulu voirdans cette disposition une survivance des salles hypostyles de l'ancienne Égypte ou des basiliques chrétiennes à plusieurs nefs : elle s'explique de soi-même : les fidèles devant prier vers la Mecque, les nefs perpendiculaires au mur des mihrabs (la mosquée d’Amrou en a quatre) devaient se multipher dans le sens de la largeur. La mosquée d’Amrou était précédée de constructions annexes ; latrines, norias pour élever l’eau ; elle a été construite de chapiteaux, de bases et de colonnes pillés aux édifices romains ou byzantins de Memphis ; ces colonnes supportent des séries d’arcades très légèrement outrepassées et ogivales ; des tirants en bois, placés à la naissance de ces arcades, contiennent l’ensemble et annulent ces poussées ; ce n’est là qu’un expédient peu satisfaisant? ; on en retrouve pourtant l'emploi presque général dans les plus anciennes mosquées de l'Afrique du Nord (mosquée d’'Okba à Kairouan, etc.).

La mosquée d'Omar à Jérusalem. — En 643, Omar fonda à Jérusalem la mosquée que les Arabes appellent Koubbet-es-Sakhra (coupole de la roche) ; elle occupe l'emplacement du temple de Jérusalem, et on est autorisé à penser qu'elle se trouve à lendroit de l’autel des holocaustes *.

1. Corbett-Bey, dans une monographie de la mosquée d'Amrou parue en 1890, a établi que la plus grande partie de l'édifice actuel est due à une restauration entreprise aux frais d’un riche négociant Ibrahim el-Mahalli, vivant au commencement du xv° siècle. Puis d’autres remaniements ont encore été faits jusqu’au xvrr° siècle. '

2. Le quillage des grandes salles des Apadanas des palais perses est aussi entretoisé par des cours perpendiculaires de poutres, mais il s'explique plus logiquement, puisque les colonnes portent des terrasses reposant sur des poutres horizontales.

3. [. liv. des Chroniques XXIL,I: de Vogüé, le Temple de Jérusalem, là Koubbet-es-Sakhra. Paris, 1864.

Fergusson, The holy sepulcre and the Temple of Jérusalem. Londres, 1865.

Mauss, Nole sur le tracé du plan de la mosquée d'Omar, Revue archéologique, 1888.

Ce fut Abd-el-Malek ibn Merouan qui construisit l'édifice actuel de 687 à 690 (I1.68-71)!. Il le voulait assez beau pour détourner les musulmans de la Mecque ; il fit donc restaurer le haram, construisit les escaliers qui mènent à la terrasse où se trouve la mos-

Fig. 22. — Plan de la Koubbet-es-Sakhra (mosquée d'Omar), dessin de H. Saladin, d'après M. de Vogüé.

R. Roche sacrée.

quée, et dressa sur ces escaliers ces portiques décoratifs, qui sont comme des arcs de triomphe. EL-Walid, en 707 (884), reconstruisit la mosquée et couvrit son dôme de feuilles de bronze enlevées à une église de Baalbek ; pour répondre aux mosaïques dont Abdel-Malek avait orné l'intérieur, il en fit exécuter sur les façades extérieures par des artistes byzantins que lui fournit l'empereur de Constantinople. Après le tremblement de terre de 1016, la coupole fut refaite sous Daher ibn Hakem ; en 1187, Saladin restaure

. 1. A l'intérieur, au-dessus des arcades des bas-côtés, court une inscription : « Cette coupole a été construite par Abdallah el-Iman el-Mamoun. prince des croyants, l'an 72 de l’hégire. » Mais comme Mamoun est né seulement en 170 (786), il faut croire qu'on a dû substituer son nom au premier nom, celui d’Abd el Malek. Max van Berchem a d’ailleurs retrouvé dans d'autres parties de l'édifice des inscriptions au nom de Mamoun avec la date 215 (830); Inscriplions arabes de Syrie, Mémoires de l'Institut égyptien, 1897.

en entier le haram et la coupole : en 1327 Mohammed ibn Kala ou ï fait exécuter des travaux ; enfin Soliman le Magnifique, de 1520 à 1566, restaure la coupole, fait refaire une partie des placages de marbre à l'intérieur, comme la plupart des vitraux, au dehors les lambris de marbre, et remplace par des faïences émaillées Îles mosaïques qui les surmontaient : une autre restauration fut exécu-

tée en 1608 par le souverneur Koulkhiran

Fig. 23. — Coupe de la Koubbet es Sakhra {mosquée d'Omar), d'après M. de Vogüé.

M. de Vogüéa prouvé que le plan de la Koubbet-es-Sakhra dérivait de plans analogues à ceux des édifices qu'il a découverts dans la Syrie centrale et le FHaouran (fig. 22) ;: on peut aussi le rapprocher d’autres édifices d'Asie Mineure dont M. Strzygowskia reproduit un certain nombre (Kleinasien, ein Neuland, etc...); en fait, la mosquée d'Omar est une œuvre byzantine, mais le parti en est tout à fait original : 1l est déterminé par la roche sacrée qu'elle enveloppe : c'était, croyait-on, de ce rocher consacré par Jacob comme le lieu du sacrifice d'Abraham, que Mahomet, sur la jument Bourak, s'était élevé au ciel; la mosquée en est le reliquaire ; à l’encontre de l'ordinaire, lemihrab n'y à pas d'importance : la roche est entourée par un tambour cylindrique où la coupole est soutenue par seize arcades que portent quatre piliers et douze colonnes (fig. 22-23) : cette partie centrale est elle-même entourée par un double portique

octogonalque limitent les murs extérieurs et que divise un octogone intérieur à Jour formé de huit piédroits et de seize colonnes. Les chapiteaux de ces colonnes, couronnés de gros dés en forme de

}, vue d'ensemble.

Cliche Gervais-Courtlellemont.

. 24. — Konbbet-es-Sakhra {mosquée d'Omar

trones de pyramide, sont reliés par des poutres de bois formant chaînage !. Les arcades du tambour cylindrique ont aussi des tirants mais en fer. La plantation des colonnes et des points d'appui est

1. Ces poutres sont revêtues de feuilles de bronze décorées de perles et de rinceaux au repoussé, datant de la construction d'Abd-el-Malek.

remarquable, car, contrairement aux règles admises, chaque face de l’'octogone formé par les divisions du tambour, a une colonne dans

ue latérale, — Cliché Gervais-Courtellemont.

Fr

e d’'Omar), x

mosquée

. — Koubbhet-es-Sakhra

Le et

Fig. 2

l'axe, Landis que le premier octogone qui lui est crrconscrit a une arcade dans l’axe des faces, et grâce à cet artifice, toutes les arcades

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sont de largeurs sensiblement égales, ce qui donne une remarquable unité d'échelle à l'aspect intérieur fig. 23. (M. de Vogüéaaussidéter-

Fig. 26. — [Intérieur de la Koubbhet-es-Sakhra (mosqu Cliché Gervais-Courtellemont.

e d'Omar).

miné les tracés géométriques quiont présidé à la plantation de l'édifice ; on s explique facilement le motif de ces « geometricae rationes » :car

les figures semblables ont naturellement entre elles des rapports ; harmonieux). Le portique intermédiaire a encore ses arcades en plein cintre, mais celles de la coupole, qui ont été refaites par Soliman, sont en ogive : la charpente de la coupole consiste en fermes doubles

.—— Haram-cch-chérif. Le tribunal de David ou Koubbet-es-Silsileh. Cliche Gervais-Courtellemont. “

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analogues à des couples de navires ; la paroi intérieure est aJourée d'une série de petites arcatures trilobées, portées par des colonnettes tournées comme des balustres, dont la division répond de deux en deux aux fermes de la charpente. Celle-ci, extrêmement bien conçue, très bien conservée, a, je crois légèrement fléchi sous son poids et celui de sa couverture ; comme elle est chaimée à la base et par conséquent inextensible à la naissance de la courbe et que celle-ci était légèrement ogivale, ce fléchissement très faible n'a fait, en déterminant un léger renflement de la coupole, que lui * donner plus d'élégance (fig. 23). Quatre portes donnent accès dans la mosquée : Bab-el-Djenneh, Bab-el-Gharb, Bas-el-Kibleh, Bab-el- Silsileh ; cette dernière est précédé d’un petit édicule à jour : Mehemet Daoud ou Koubbet-es-Silsileh : cet édicule double consiste en un hexagone incrit dans un polygone à onze côtés. Ses murs et ses

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