‹ Manuel d'art musulmanChapitre 45 sur 193 · Portes intérieures · texte numérisé non relu

Portes intérieures

l'ont décrit faussement, et”qui ne l'a jamais été, mais est à plate terre, relevé et couvert comme celui des empereurs et pachas turcs ».

Grande mosquée de Damas (fig. 31-42). — La grande mosquée de Damas, dontinous avons à parler maintenant, est une ancienne église chrétienne consacrée à saint Jean-Baptiste par Théodose en 379, et

Fig. 45. — Détail de la façade de la mosquée d’'Ibn Touloun sur la cour (876-878 J.-C.).

restaurée par son fils Arcadius, sur l'emplacement d’un ancien temple, qui s'élevait au milieu d’une immense cour dont les portiques subsistent encore en partie. Dès qu'ils furent entrés à Damas, les musulmans partagèrent avec les chrétiens l’usage de cette mosquée ; mais le calife omayade El-Walid la hvra tout entière au culte musulman, et dans ce but, la modifia en partie. Maçoudi, écrivain du <°-s1ecle, dif que ce futen lan 871708).

Cette mosquée eut à subir un incendie en 1069, un autre en 1400, et enfin le funeste incendie de 1893, qui tous furent suivis de reconstruction. (Mokaddassi en 985 et Ibn Djobair en 1184 en ont laissé des descriptions.)

Les arcades des portiques de la cour, les portes extérieures, la façade du transept et de la mosquée, sont, je crois, tout ce qui reste aujourd'hui du monument d'El-Walid !; c'était une œuvre toute byzantine; Girault de Prangey a marqué ce caractère, commun aux premiers édifices musulmans, mosquées d'Omar, de Damas, de

Fig. 46. — Mosquée d’Ibn Touloun au Caire. Cour, minaret et fontaine.

Cordoue, comme je l’ai reconnu aussi à Sidi-Okba de Kairouan (sculptures du dôme au-dessus du mihrab). Il est visible ici encore dans les ailes de la cour, avec leurs colonnes dont les chapiteaux sont couronnés d’un tronc de pyramide, dans les petites arcades du premier étage, géminées avec une colonne dans l'axe et dans le dessin des vitraux en plâtre. Avant l'incendie de 1893, quand je la visitai en 1879, la mosquée, avec sa coupole ? (brûlée au xr° siècle et reconstruite en bois et refaite une deuxième fois au xv® siècle) — avec ses trois minarets : celui de la Fiancée au nord, datant de la

1. Les vues que j'en donne ici sont d'autant plus précieuses qu'elles ont été prises avant l'incendie qui a amené la restauration actuelle.

2. Les Arabes l’appellent coupole de l'aigle, parce qu'ils trouvent qu'elle ressemble, avec les ailes du transept, à un aigle déployé.

S2 ÉCOLE SYRO-ÉGYPTIE!

construction de l'édifice ; celui de Jésus semblant dater du x1' siècle et ressemblant un peu à un clocher: celu de l’ouest datant du

Retenesee tee En eMeAt ANR o

Fig. 47. — Nefs intérieures de la mosquée d'Ibn Touloun, au Caire! (876-878 J.-C.).

xv® siècle — se présentait avec une grande franchise de parti, mal-

gré ses restaurations. EI- Walid, en modifiant l'église de Théodose,

1. Comparer la disposition des ouvertures À (fig. 47) encadrant la baie principale avec la même disposition au pont de Dizfoul (fig. 15).

y avait réalisé un type de mosquée qui ne fut pas sans influence sur les mosquées postérieures ; le mihrab était placé sur le mur latéral de l’ancienne église, la mosquée étant formée ainsi d’un rectangle dont la plus grande dimension est parallèle au mur du mihrab

Fi6. 48. — Mosquée d'Ibn Toulounau Caire. — Mihrab d'Ibn Touloun et minbar de Lagin. — Cliché Gervais-Courtellemont.

avec un transept médian, partagé par les trois nefs, recouvert par la coupole, d’une cour rectangulaire entourée de portiques (et où se trouvent aujourd'hui trois koubbas) et d'un minaret sur la face nord. Ce type se retrouve plus ou moins dans les mosquées d'Amrou, d'Ibn Touloun, d'El-FHakem et de Daher Bibars ! au Caire; dans la Djama Zitouna, à Tunis, à Sidi-Okba de Kairouan, etc...., et si l’on pouvait pénétrer dans les mosquées de Samarra

1. On n’a pas encore, que je sache, fait remarquer que le plan de cette

mosquée (plan, fig. 68), est une curieuse reproduction rectifiée de celui de la grande mosquée de Damas.

EH

ou de Mossoul où l'unité du rite a dû imposer l'unité des types, on yÿ retrouverait sans doute ce plan et cette cour rectangulaire La décoration de la mosquée, telle qu'elle était au xvit siècle, nous est rapportée par Thévenot : « on y entre par de grandes portes de bronze, toutes de près de quatre toises, qui sont fort bien

Fig. 49. — Mosquée d'Ibn Touloun au Caire. Clôtures à jour des fenêtres (restauration du sultan El-Mansour Lagin, à la fin du xr1° siècle.

travaillées et pleines de figures bizarres; l’on voit au milieu de chacune d'elles un calice bien gravé 1. . côté du couchant il y a trois portes de bronze, etc. (fig. 40 .

La mosquée à l'intérieur présente, dans sa partie supérieure, des colonnettes de style byzantin àreliefs très méplats, une frise de rinceaux de marbre blanc et doré se découpant sur un fond de marbre foncé, rappelant tout à fait le-style de la Koubbet-es-Sakhra. Les dés qui surmontent les chapiteaux des colonnes sont en troncs

de pyramide mais plus trapus que ceux du dehors. Les plafonds

1. Ces portes datant du début du xv°siècle, avec des inscriptions au nom du sultan Abd-al-Aziz, fils de Barkouk (1405-1406J.-C.); cf. M. van Berchem, L'Art musulman au de de Tlemcen, Journal des Savants, août 1906, et G. Migeon, Les arts décoratifs.

des ailes du transept avant le dernier incendie, étaient à solives apparentes avec des caissons à stalactites ; des poutres demi-cylindriques où la partie‘carrée près du mur se raccordait à la partie cylindrique par des stalactites dorées (comme celles du xv° siècle au Caire) reposaient sur une frise décorée d'une inscription en lettre blanches sur

Fig. 50. — Cour intérieure de la mosquée Zacharie ou grande mosquée d'Alep (reconstruite vers 365 H.-976 J.-C.).

fond bleu qui était soutenue elle-même par des consoles décorées d’ornements rouges, bleus et dorés. Ce bel ouvrage datait assurément de la réfection du xv° siècle, ainsi que le mihrab et le minbar, et les mosaïques de marbre qui décoraient le bas du mur. Mais rien n'était si intéressant que les mosaïques du transept que Héfvis en place en 18791; elles avaient été exécutées, par dés mosaïstes byzantins, fournis à ET Wald par l’empereur grec; leur tonalité était verte et brune, sur fond d’or. Les cheiks de la mosquée prétendaient qu'elles représentaient la Mecque et Médine. C'étaient des arbres et des édifices. Mokaddassi cité par Spiers ? dit

1. Les Arabes appellent ces mosaïques foseifasa Los (du grec Ynvoc). 2. R. Phené Spiers, The great mosque of the Omeiyades Damascus.R.1.B.A.

que « les douelles des arcades et les parties du mur où étaient percées les fenêtres cintrées étaient aussi ornées de mosaïques el d'arabesques ». Il y en a encore des fragments sur les quatre premiers arcs de l’arcade de la cour, à l'entrée de l’ouest, Bab-el-

Fig. 51. — Mosquée El-Azhar, au Caire, vue de l'entrée prise de la cour intérieure, avec le minaret de Kaït-Bey.

Berid ; M. Dickie ! croit qu'on retrouverait une partie de ces mosaïques extérieures, analogues à celles de l’intérieur, sous le crépissage qui les recouvre, Enfin le crénelage du mur de la cour était aussi en mosaïques, mais tous les merlons ont disparu. J'ai vu aussi en 1879, au tombeau de Daher Bibars à Damas ?. d’autres mosaïques byzantines analogues, elles représentent des architectures et des verdures sur fond d'or. Thévenot les décrit

fort exactement.

1. A. C. Dickie, The great mosque of the omeyades Damascus. Palestine. Expl. Fund, oct.*1897.

2, Kondakov, Recherches archéologiques en Syrie et en Palestine.

Avec ce splendide revêtement extérieur, la mosquée de Damas, de la cour, devaitavoir un aspect magnifique. Le faste n’était pas moindre aux mosquées du Caire; les palais n'étaient pas moins merveilleux ; si l'on en croit les descriptions des historiens, partout les Arabes cherchaient à surpasser le luxe suprême des empereurs byzantins. :

Mosquée d'Alep. — La grande mosquée d'Alep, reconstruite en

Fi, 52, — Cour intérieure de la mosquée El-Azhar au Caire, vue d'ensemble (fondée en 361 I1.-978 J.-C.).

976 !, se rapprocheprobablement, commeplan, de celle de Damas, avec une cour oblongue (Thévenot l’a décrite (fig. 50). La corniche qui couronne les murs est soutenue par des corbeaux d'une assez longue portée et couronnée par des merlons en fleur de lys, qui me semblent dater de la restauration de 1208 dont je parlerai plus loin. Dans la cour, dont le pavage a dû être refait à plusieurs reprises, 1] y a deux fontaines; dont la plus petite présente la plus grande analogie avec la fontaine byzantine figurée sur les portes de bronze de la cathédrale de Bénévent (De Beylié, L'habitation byzantine, p. 123).

1. La première mosquée avait été détruite en 962 par Nicéphore Phocas, et son minbar et sa tribune brûlés.

te RE ÉCOLE SYRO-ÉGYPTIENNE

Le Nilomètre de Rauda. — En 715 (95 H.) fut fondé sous le calife omayade Soleiman ibn Abd el-Malek le Nilomètre de Rauda (Mékyas) et construit près du Caire ! par un architecte origi-

. Fig. 53. — Mosquée El-Azhar, au Caire. Porte de Kaït-Bey et porte de la medressé Tibarsiyeh (reconstruite par Abder-Rahman Katkhoda, 2 moitié duxviut siècler.

naire du Ferganah. C’est essentiellement un puits rectangulaire qu'une canalisation souterraine unit au Nil. Au centre de ce puits, une colonne en forme de prisme à base octogonale se dresse et

1. I1 fut reconstruit sous Mamoun en 814, sous Motawakkil, en 861, restauré sous Mostanser, en 1902, par Bedr-el-Gemali qui y filconstruire une mosquée qui avait une cour carrée, trente-huit colonnes et était juxtaposée au Mekyas(Van Berchem, Corpus inscripl. arabic., T, p.18 ss., et Marcel, Descriplion de l'Egypte, vol. [, pl. xxn). Corbett-Bey, The life and works of Ahmad ibn Touloun Journal of Royal Asialic Society, 1891).

porte sur ses faces des divisions en coudées (0 m.540). Le relevé de l'étrage se fait chaqué jour (fig. 43).

Mosquée d'Ibn l'oulounau Caire: - 868 (254 AA Ahmed 1ibn

Touloun fut nommé par le calife abbasside Motawakkil gouverneur

ee ?

Fig. 54. — Dôme intérieur à la mosquée El-Azhar, au Caire (361 H.-978 J.-C.

de l'Égypte : l’année suivante, 1l se rendait indépendant de fait; il unit sous son pouvoir la Syrie à l'Égypte : sa cour était d'un luxe inouï. Il abandonna l'ancien quartier El-Askar et s'établit dans le nouveau faubourg, El-Kataï, qu'il fonda en 868, et où il fit batir son palais. Makrisi nous en a décrit les richesses; une salle d’or et d'azur était décorée de bas-reliefs en bois, de grandeur naturelle, qui le représentaient avec sa cour; les figures étaient couronnées d’or, les turbans enrichis de pierres précieuses, les vêtements

peints et incrustés. Les palais de ses dignitaires entouraient le sien. Sur Ja colline d'Yachkour, 1l bâtit sa mosquée !. |

La mosquée d'Ibn Touloun est le type de la mosquée à portiques. Des bâtiments annexes sont groupés autour d'elle, avec des cours

extérieures, disposition qui rappelle les anciens temples égyptiens,

Fig. 55. — Mosquée «l'El-ITakem au Caire, un des angles intérieurs avec trompe en coquille (389-103 H.-990-1013 J.-C.)

celui d'Edfou, par exemple; comme dans les temples d'Égypte, d'Assyrie, de Chaldée, l’orientationest N.-0. S.-E. (fig. 44).

La mosquée elle-même mesure cent vingts mètres de long sur cent trente-huit de large ;à chaque extrémité du sanctuaire se trouve un petit minaret?: le minaret véritable est en dehors de la

1. Herz-Bey donne pour date d'érection de la mosquée 876 : Stanley Lane- Poole donne $87S. Mais une inscription retrouvée en deux fragments, déjà publié par Marcel (Description de l'Egypte, atlas du vol. IT) et relue et republiée par Max van Berchem (Journal asiatique, 1892, et Corpus, I, n° 10), donne la date de construction en ramadan de l'an 265 {mai 879). C'est la plus vieille inscription historique de l'Égypte musulmane.

2. La grande mosquée de Sousse, en Tunisie, est isolée de même par des cours latérales et a de même de petits minarets très bas.

mosquée sur la face N.-0. (fig. 44). Il est bâti en pierre et sur plan

carré. Des niches en arc outre passé, géminées, en décorent les faces

latérales. Il remplace l'ancien et a été fait sur son modèle.

Makrisi, cité par Prisse d'Avennes, nous rapporte que larchitecte primitif, en exécutant ce minaret et la mosquée, prit pour modèle la mosquée de Samarra (fondée à 48 kilomètres-de Bagdad par le calife Ouatek ibn Motassim en 642) ; or l'architecture de cette région est une architecture en briques ; celle de la mosquée d'Ibn Touloun aussi !; elle est habillée d’un enduit de plâtre (fig. 47) et 1l en est de même en Mésopotamie où le gypse est si beau et si abondant que les Assyriens y taillèrent leurs hauts et bas-reliefs ?. On retrouve dans l'emploi des colonnes engagées cantonnant un massif carré ou rectangulaire, tel qu'il se rencontre

à la mosquée d’Ibn Touloun,la cu ie RARES i Pr Fig. 56. — Fenêtre du minaret primilif

tradition des massifs de quatre de la mosquée d'El-Hakem. au Caire. q colonnes engagées dans un d'après une photographie de M. Max van Berchem.

massif commun, que MM. :

de Sarzec et de Morgan ont reconnus à Tello età Suze (Musée

1. Makrisi raconte que le gouverneur voulait se procurer trois cents colonnes pour sa mosquée et qu'il fallait les prendre aux églises des chrétiens ; mais il craignait une révolte. L'architecte copte, qui était en prison, lui proposa de bâtir une mosquée sans employer de colonnes pour soutenir lesnefs. Ce n'est là, sans doute, qu’une histoire trouvée après coup, pour expliquer la construction d’une mosquée où l'on n'avait pas eu besoin d’une forêt de colonnes antiques et byzantines, mais si la mosquée d'Ibn Touloun fut construite en briques presque au pied des carrières de Mokattam, il faut croire qu'une des raisons pour lesquelles elle fut construite en briques, c'est que l'architecte, : chrétien et non pas copte, comme le dit M. Gayet, était probablement chré- : tien chaldéen, et peut-être est-ce à cause de son origine qu'il a dû construire cette mosquée avec les matériaux dont l'usage lui était le plus familier.

2. Je ne me souviens cependant pas d'avoir vu mentionner dans les travaux publiés, sur les ruines de Ninive ou de Babylone, que les murs en aient été revêtus d’enduit de plâtre ou moulurés ou décorés d'une façon quelconque.

du Louvre, Salle assyrienne et salle de Morgan). Les arcades des nefs d'Ibn Touloun, où le tympanentre les ares est allégé par une arcade ajourée, présentent une forme dont l'origine nous est inconnue, mais qu'on retrouve au-dessus des piles des ponts sas- Le sanides de Dizfoul et de Chouster; il n’est pas jusqu'à certains détails d’ornementation qui ne rappellent la décoration des étofles sassanides, celles notamment qui reproduisent le globe ailé des chapiteaux de Tag-1- Bostan. Enfin, dans la mosquée de Touloun paraissent, pour la première fois, les ogives rappelant les ares des monuments d'Amman ! ffig.

#7). Si l'on songe que la pierre ne manquait pas au Caire, cette préférence pour la brique s’expliquera surtout par les traditions mésopotamiennes apportées au Caire sous les Abbassides et qui se

perpétuèrentencore dans l’ar- Fig. 57. — Plan dela mosquée Talaï chitecture sous la dynastie

Abou Rezzik au (Caire. Dessin de H. des Fatimites chutes.

Saladin, d'äprès Prisse d'Avennes. La mosquée d'Ibn Touloun

A. Cour. est maintenant bien appau- B. Sanctuaire. vrie; la fontaine qui se trouve C. Ailes.

te NME au centre de la cour sur- D. Entrée (au-dessus de l’entrée s'élèvele ;

minaret). montée :d üne coupole ‘en E. Entrées latérales. briques, que soutiennent des

voussures en stalactites, a remplacé l’ancienne fontaine où une vasque d’albâtre, entourée par une colonnade de marbre, était surmontée d'un dôme peint et close de grilles dorées. Entre les arcades de la mosquée qui sont

1. M. Dieulafoy (Art antique de la Perse, Il, fig. 54) mentionne aussi des arcs en ogive dans les arcatures qui soulagent la face postérieure du mur dans lequel s'ouvre le grand arc du palais de Ctésiphon.

parallèles au mur du mihrab, les plafonds à solives qui formaient des caissons, sont aussi presque tous détruits. [l en est de même pour les mosaïques qui couvraient les murs, et pour la frise en bois sculpté et doré où se lisait le Coran tout entier. Le mihrab, que cantonnent quatre colonnes à chapiteaux byzantins, est décoré de mosaïques de marbre ; sa coupole est en bois, son encadrement formé de rinceaux de mosaïque d'émail ; au-dessus s'élève une petite coupole de bois soutenue par des pendentifs qui datent de la restauration du sultan Lagin (xm° siècle), comme aussi le mihrab de bois et les clôtures à jour des fenêtres (fig. 49). Ce ne sont pas ici des vitraux sertis dans une afmature en plâtre, mais des dalles de pierre mince dont les découpures présentent des figures 8 œéométriques assez simples, mais très élégantes.

Mosquée El-Azhar au Caire. — La mosquée El-Azhar construite au Caire, par Djohar, l’esclave sicilien qui fut le général d'EI- Moezz, premier souverain fatimite d'Égypte, avec sa nef centrale plus large et bordée de deux files decolonnes, présente déjà un plan bien différent de celui d’Ibn Touloun et d’Amrou, quoiqu'on ne puisse plus en juger qu'imparfaitement : car elle fut transformée en medressé peu après sa fondation et elle a été l’objet de réfections et d'additions nombreuses.

Ainsi, lorsqu'on pénètre dans la mosquée par la porte des Barbiers (Bab-el-Mouzeinin), on passe d’abord dans une ruelle bordée d’un côté par la medressé Tibarsiyeh (xiv® siècle) (fig. 53) ; par la medressé d’'Akboga ({xiv° siècle) de l’autre ; toutes deux ont un beau mihrab ; la première a été reconstruite sous Abder-Rahman Katkhoda au xvin siècle (figure 53, côté droit), l'architecte employé par Abder-Rahman Katkhoda avait un style particulier et original, et ses stalactites à pans droits, aigus, ses ares en plein cintre, et ses gravures plates donnent une sécheresse singulière à toutes ses œuvres encore assez nombreuses et bien reconnaissables au Caire. La porte d’entrée proprement dite date de Kaït-Bey, ainsi que le minaret dont on voit la base (1468-96) ; une clôture en bois qui datait de Kaït-Bey, au fond du premier portique, a été restaurée récemment. La mosquée elle-même fut augmentée de quatre nels par Abder-Rahman Katkhoda, dont le tombeau se trouve dans une salle, à l’angle sud de la mosquée. |

Malgré toutes ces additions, il semble résulter du plan de M. Herz-Bey que la dikka actuelle indique une nef centrale bordée d'une double rangée de colonnes, ce qui est une disposition très ancienne provenant peut-être de la Tunisie (où elle se trouve dans

Fig. 58. — Détail des arcades de la mosquée Talaï Abou Rezzik, au Caire, d’après une photographie de M. Max van Berchem {de 452 H.-1060 J.-C. à 555 H.-1160 J.-C.). APTE à

les grandes mosquées de Sfax, Tunis, Kairouan, Mehdia, Beja, Gafsa, etc.), qui fut le berceau de la dynastie fatimite. Alors que les parties récentes sont en pierre, les parties anciennes d'El-Azhar sont en briques couvertes d’un enduit en plâtre assez épais où sont gravés les ornements ; il en est ainsi notamment dans la petite coupole qui surmontait l'entrée (fig. 54).

On pénètre dans la cour par un passage assez large. Cette entrée, dominée par les minarets des medressés annexes, présente des colonnes romaines ou byzantines remployées avec leurs chapiteaux ‘fig. 57). Le mur de la cour est surmonté d'une frise à jour plus riche

que celle de Touloun, au-dessus de laquelle s'élèvent des merlons à six étages de dentelures évidés aussi à jour (fig. 52). C'est une décoration analogue à celle dont les fragments subsistent à EI-Hakem. Mokaddassi, commeje l'ai déjà dit, mentionne aussi des merlons dans

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