ESPAGNE. SICILE
I. Généralités sur l'architecture religieuse, militaire et civile. Les mosquées, les couvents fortifiés (ribat), les tombeaux, l'architecture militaire, l’architecture civile, monuments publics, caravansérails et bazars. — II. Étude chronologique des monuments musulmans du Mogreb. 1° Des origines jusqu'à l'hégémonie des Almoravides ; 2° édifices du xr° au xv*° siècle; Formation définitive de l'art mogrebin ou hispano-moresque après l'invasion hilalienne et l'hégémonie des Almoravides. Étude de cet art jusqu'à la prise de
Grenade en 1194; 3° L'art mogrebin après la perte définitive de l'Espagne par les Musulmans. — [[L.'Chronologie des monuments du Mogreb.
Le Mogreb et l'Espagne furent, dès les premiers temps de la conquête, bouleversés par des révolutions continuelles. On s'en explique la raison pour l'Afrique du Nord, par les révoltes si fréquentes à la fin de l'occupation romaine, par le caractère de cette population berbère toujours rebelle à l'unité, toujours sensible aux Jalousies et aux rivalités de tribus, et dont la forme politique nationale est la confédération. Pour l'Espagne, bien que les historiens nous disent que telle ou telle tribu de Syrie ou du Yémen avait choisi telle ou telle province pour son habitat, nous savons que les troupes d’invasion comptaient beaucoup plusde Berbères que d'Asiatiques ou d’arabes purs, et que, par conséquent, c’est l'esprit berbère qui y domina dès les premiers temps de la conquête.
Cependant l'influence asiatique n'eut pas au début à lutter, contre un autre art que celuid’origine romano-africaine, ou hispanoromaine, caractérisé par Ces monuments d'un caractère un peu sauvage auxquels les auteurs des Monumentos arquilectontcos de Espana ont donné le nom de style latino-byzantin. — Cet apport n'a pas eu à coup sûr beaucoup d'importance artistique, car on ne peut v ranger des fragments antiques dont les Arabes
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de Cordoue ont embelli leurs mosquées : colonnes, bases, chapiteaux, etc.
À Kairouan, à Tunis, nous verrons aussi que les premiers monuments arabes y ont pris le même caractère, fragments romains utilisés plus ou moins adroitement sur un programme original, il est vrai, mais utilisés et non modifiés, car les parties originales sont à coup sûr asiatiques de conception, ou de composition, ou de détail. Pendant les premiers siècles de l’hégire, Kairouan, capitale du royaume aglabite, Cordoue, capitale du califat omayade d'Occident, sont les centres du mouvement artistique mogrebin. Au 1x° et au x° siècle, le Maroc devient le berceau d’une puissance nouvelle, où l'élément berbère s'affirme brillamment presque sans influence étrangère. Fez est fondée en 807, et deux cents ans plus tard, Marrakech. La puissance musulmane de l'Ouest extrême n’est pas l'Espagne, avec ses provinces divisées par l’ambition de petits souverains jaloux les uns des autres; les Almoravides puis les Almohades, puis les Mérinides affirment la puissance du Maroc. L'Espagne, conquise par le sultan du Maroc Abou Tachefin au xr° siècle, ne paraît pas avoir subi l'influence artistique de ses conquérants, bien que ce soit à peu près à cette époque que le style arabe d'Espagne prendra un caractère plus ferme !. Ce caractère est dû, en grande partie, Je crois, à l’évolution, conséquence naturelle de la prospérité matérielle de l'Espagne arabe et de la continuité de la transmission aux artisans de procédés de plus en plus affranchis des imitations asiatiques. Car je ne connais pas encore de monument marocain de cette époque dont on puisse dire qu'il a pu influer sur l’évolution de l'architec-
1. C’est, je crois, Girault de Prangey qui l’a remarqué le premier, dans ses ouvrages d'une exactitude documentaire remarquable et qui demeurent excellents encore pour les monuments qu'il a décrits.
Girault de Prangey (Joseph-Philibert), né à Langres en 1804, mort à Leuchey (Haute-Marne) le 7 décembre 1892. Peintre de talent, excellent dessinateur et archéologue. Dessina et releva avec le plus grand soin les monuments arabes de “Sicile. d'Espagne, d'Algérie, de Tunisie, de Palestine, de Syrie et d'Egypte (quelques-uns de ses dessins sur les monuments d'Égypte ont paru dans le grand ouvrage de Prisse d’Avennes, L'Art arabe d FEES Les monuments du Caire)
1° Monuments arabes et moresques de Cordoue, Séville, etc. ;
° Choix d'ornements moresques de l’Alhambra ;
3° Essai sur l'architecture des Arabes et des Mores en Espagne, en Sicile el en Barbarie, gr. in-8°, Paris, Hauser, 1841
Il a laissé à la ville de Langres la collection complète de ses dessins, moulages et photographies.
ture arabe d'Espagne, tandis que les fragments qui nous restent de l'Aljaferia de Séville nous font connaître un art déjà original et complet. Mais ce que l'on peut dire, c’est qu'à partir de ce moment,
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Fig. 128. — Plan de la grande mosquée de Kairouan, dessin et relevé de H. Saladin.
l’art arabe d'Espagne s'implante au Maroc et y crée des œuvres excessivement remarquables.
Le xu° et le xni° siècles voient l'épanouissement de cet art au Maroc, en Espagne, en Algérie, en Tunisie. Au xriv°, au xv°, malgré la décadence politique, l'art mogrebin exécute ses plus merveilleuses créations. Lorsque les chrétiens chassent d’Espagne les Arabes, la civilisation andalouse se réfugie au Maroc, en
Algérie, en Tunisie, où ses traditions littéraires et artistiques n'ont pas encore, malgré les événements, complètement disparu !.
Dans l'Espagne reconquise par les chrétiens, il subsista même pendant longtemps un art presque 2rabe, à l'usage des chrétiens. C'est l'art mudejar dont nous parlerons plus loin ?.
L'anarchie, qui a déchiré longtemps l'Algérie, n'a pas été sans nuire à la conservation des édifices. Au Maroc, une constitution politique un peu plus régulière et durable a permis au contraire à ces traditions de se conserver en partie encore à notre époque. Enfin la Tunisie, malgré le singulier régime qui remplaça la dynastie déchue des Hafsides, a vu, au xvi, au xvuf et au xvin® siècles, fleuir un art musulman qui, sil n'est pas d'une pureté absolue au point de vue des. traditions, n'en a pas moins laissé des œuvres charmantes, et qui s'est traduit, même de nos jours, par des monuments intéressants *. |
Architecture religieuse. — Les mosquées. — Au Mogreb comme dans l'architecture syro-égyptienne, Île principal monument est la mosquée ; d'abord à nefs parallèles, comme celles d'Amrou et de Touloun, les mosquées mogrebines présentent ensuite à Tlemcen, surtout à Mansoura, un type bien original.
Les mosquées primitives de l'Algérie et de la Tumisie, de l'Espagne et du Maroc, sont des mosquées à nefs parallèles comme cell:s d'Amrou, d’Ibn Touloun et d'El-Hakem au Caire. Ce sont des mos- quées typiques, car leur plan exprime la nécessité à laquelle elles doivent répondre. En effet, quelle est la cérémonie par laquelle le culte musulman s’accuse, c’est la prière devant le mihrab, qui est orienté vers la Mecque. Les croyants se rangent done les uns à côté des autres, la face dirigée suivant: le rite. Ils se rangent, par conséquent, en files parallèles au mur du mihrab. On se rend bien compte de cette particularité quand on voit les musulmans prier dans un mosalla ou oratoire en plein air. Il s'ensuit de là que le
1. Il faut malheureusement constater que c'est en Algérie qu'il reste le moins de monuments d'art arabe (sauf cependant à Tlemcen) et qu'on n'a pas su, notamment à Alger, préserver de la destruction toutes ces charmantes habitations moresques dont la plupart ont déjà disparu. :
2. Ce nom, créé par Amador de los Rios, désigne les édifices mi-ogivaux et mi-moresques, exécutés sous des conquérants chrétiens par des ouvriers musulmans. Il commence à paraître au x1° siècle.
__ 3. Des architectes indigènes y construisent encore « à la mode andalouse » : ce sont les termes dont se sert le chroniqueur arabe qui a parlé, dans l'annuaire tunisien, de la construction du minaret moderne, à la grande mosquée de Tunis.