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ÉCOLE DU MOGREB

on le sait, au x° siècle de notre ère. Peu à peu, cependant, avec le développement que prennent Îles arts, les maisons deviennent plus riches, plus aérées, et c'est sur un plan analogue à celui des charmantes maisons d'Alger ou de Tunis ou de Fez, qui datent la plupart du xvi siècle de notre ère, qu'on peut comprendre ce que pouvaient être celles du moyen âge mogrebin et hispanearabe.

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Fig. 148. — Forteresse d'Alcala de los Panaderos ou Alcala de Guadayra. construite par Abou Yacoub (568 H.-4172-3 J.-C.).

Les palais des souverains eurent certainement, dès les premiers siècles de l’hégire, une richesse très grande. Nous re pouvons pour cela nous reporter qu'aux descriptions des historiens, car jusqu'ici rien de ceux de Medinet-ez-Zahra près de Cordoue, ceux des environs de Kairouan, ceux de Bougie et de la Kalaa des Beni-Hammad ne nous est exactement connu. Mais ceux du x siècle et des époques suivantes nous sont connus par des monuments encore existants et dont le plus célèbre, celui des rois de Grenade à l’Alhambra, dépasse et de beaucoup, comme conception générale comme richesse et comme élégance, tout ce que nous pouvons voir encore en ce genre en Syrie, en Égypte et en Turquie. Ce n'est qu'aux Indes, je crois, que les souverains musulmans ont dépassé la splendeur des palais andalous et encore n'est-ce, je crois, surtout, que par la richesse des matériaux employés. La description que nous donne Ibn Khaldoun dans son {Jistoire des Berbères (trad. de Slane, t. Il, p. 338) des palais du sultan Hafside Mostan-

cer à Tunis (651 H.-1253 J.-C.) mentionne des pavillons isolés avec des coupoles élevées, des kiosques, des aqueducs, des fontaine

Fig. 149. — Mosquée de Karaouyin à Fez. Porte de la nef centrale, dessin de FH. Saladin.

des bassins formant ces érands miroirs d'eau (tradition sassanide $

qui, par la Mésopotamie, a été apportée en Occident), des pavillons

à colonnes de marbre et dont les murs sont revêtus de mosaïques de marbre ou de faïence !. Des plafonds ornés d’arabesques et artistement sculptés complétaient cette décoration merveilleuse. Pour l'Algérie, nous possédons encore de nombreuses descriptions de

Fig.150. — Nef principale de la grande mosquée de Sfax (Tunisie).

“palais. I faut lire la description de ceux que les sultans hammadites avaient élevés à Bougie, avec leurs peintures intérieures or et azur, leurs mosaïques de faïence, leurs incrustations de marbre, leurs boiseries plaquées de nacre, d'ébène etd'ivoire. Peut-être serait-on aidé, dans la compréhension de cet art, par les monuments siculo-arabes dont l’ornementation intérieure nous est parvenue intacte et dont le style est absolument musulman.

, 14. On peut se faire une idée de ces décorations intérieures par ce qui reste du petit palais arabe de la Ziza près de Palerme et par l’ornementation siculoarabe de la chapelle palatine de Palerme et de l'église de Monreale.

Les historiens du Maroc nous ont laissé aussi de nombreuses descriptions de palais. Entre autres celle du palais El-Bedi bâti à Marrakech par El-Mansour el-Dzehebi (Nozhet-el-Hadi, trad. Houdas,

Fig. 151. — Porte d'entrée de la Kasba de Monastir (Tunisie), restaurée vers 828 H.-1422 J.-C., par Abou Farès Abdelaziz.

t. I}, où l'emploi de l'onyx, des marbres précieux, de l'or, de l'argent, des faïences, des plafonds ornés d’or, des stucs découpés et peints et des tentures précieuses avait donné à cette œuvre une splendeur non pareille. Des jardins décorés de fontaines !, de

1. Celuxe des jardins semble être venu d'Orient en Occident et son origine paraît devoir être cherchée en Perse. Cf. Welks, From the Black sea through Persia and India, London, 1896, p. 113.

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vasques, de bassins et même de statues d'argent entouraient ce chef-d'œuvre de l'architecture moresque. Le luxe des réceptions égalait celui de l'architecture, et les mets y étaient servis dans la vaisselle dorée de Malaga (faïences hispano-arabes) ou de Valence,

et dans la vaisselle de Turquie (faïences de Kutahia, de Damas, etc.),

Fig. 152. — Détail d'un palais à Sedrata (Algérie) (niches côtelées servant de trompes aux angles de la table), x° siècle.

et dans les coupes d’or et d'argent. Ce luxe, les sultans le transportaient dans leurs campements mêmes; ainsi el-Mansour El-Dzehebi (d’après l’auteur du Nozhet el-Hadi)emportait dans ses voyages un pavillon formé de planches qu'on clouait et qu'on reliait par des anneaux, des crampons et des plaques de métal argenté d’une superbe apparence. Autour de ce pavillon et formant comme une sorte de muraille se dressait une cloison de toile de lin dont les dessins apparaissaient comme un jardin ou comme une façade ornementée!; à l’intérieur de cette enceinte se trouvaient des coupoles de couleurs variées, rouges, noires, vertes et blanches, semblables en éclat aux fleurs d'un parterre; les parois du pavillon étaient couvertes de magnifiques sculptures et de superbes tentures, (ELR RE |

1. Cf. la tente d2 Charles-Quialt au siège de Tunis, conservée au Palais royal de Madrid.

MONUMENTS ANTÉRIEURS AUX ALMORAVIDES La da

On retrouve dans les maisons arabes anciennes de Tunis un reflet de cette opulencé et de ce goût. Mais plus encore que dans ces demeures où le goût italien semble s'être infiltré, c'est au Maroc que les traditions du faste andalou semblent s'être conservées dans leur pureté; leurs mosaïques de faïence, en revêtement et en pavage, leurs plâtres sculptés, leurs boiseries et leurs plafonds peints, sculptés et dorés, nous donnent encore une idée exacte de ce luxe extrême et presque excessif de l’architecture arabe, que le judicieux Ibn Khaldoun avait si bien su caractériser.

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