De ses débris on a construit un autel de la cathédrale
la cour, comme à Sidi-Okba de Kairouan, des citernes recueillaient les eaux pluviales. Les fa ades extérieures ont un décor assez original. avec leurs contreforts saillants, leurs voussoirs décorés de marbre comme ceux des arcs extérieurs, leurs fenêtres à claustra de marbre ; à l'intérieur même de la mosquée (angl LME Le AE de la mosquée de Hakem I),
on remarque toule une série AK te :
de parements aux couleurs NS \ KA Tunis
très vives que l’on a découverts à, Si tout récemment sous le badigeon qui les masquait ; sur un côté de la porte de la mosquée prinntive, s’élève le minaret, reconstruit et englobé dans
lnrt: RIE UP.
DELA VILLE. E ; À À BERNIE CEE S NS À TRE ECHELLE DE er RENE F EE ME RE>
une constructionrelativement moderne, il a/tdaprés Mars D pou Bab EU cdd kari (cité par Girault de Pran 4 Tunis (676 H.-1277 JC). Plan, — gey), dix-huit coudées de Dessin de H. Saladin.
largeur sur chaque face, cin-
quante-quatre coudées de haut jusqu’à la plate-forme du muezzin, soixante-treize coudées jusqu'à la dernière grenade qui le termine. Ce sont à peu près les proportions rituelles indiquées dans le Roudh-el-Cartas, à propos du minaret de la mosquée Karaouyin ; la hauteur est égale à quatre fois le côté du carré de base.
Il est à remarquer que les deux grands monuments dont Je viens de donner une description si détaillée n’ont eu qu'une médiocre influence sur les monuments de l'art qu'ils ont précédé, Comme les premiers monuments musulmans de Syrie et d'Égypte, malgré leur importance et leur réelle beauté, ils sont restés, non pas des édifices de transition, mais des originaux qui n'ont pas été imités. Il faut attendre un ou deux siècles pour que l'architecture des pays musulmans trouve ‘une formule d'art définitive dont les édifices des siècles suivants ne furent qu'une application naturelle.
Palais. — Dans les villes de Kairouan et de Cordoue la magnificence des souverains exigeait des palais aussi luxueux que ceux des califes d'Asie. Nous ne les connaissons que par les descriptions des chroniqueurs arabes. Un exemple fameux fut celui qu'Abd-el- Rahman avait fait construire près de Cordoue en l'honneur de sa favorite Ez-Zahra (926 J.-C.). Il l’appela la ville de la Fleur (Medinat-az-Zahra).
230 ÉCOLE DU MOGREB
Palais de Medinat-az-Zahra. — Cette demeure magnifique pouvait contenir la cour du calife avec une garde de 12.000 cavaliers. On y voyait une fontaine ornée d’un cygne doré fait à Cons-
Fig. 166. — Mihrab de la grande mosquée à Tlemcen (638 H.-1240 J.-C. à 681 H.-1282 J.-C.) — Cliché Gervais-Courtellemont.
tantinople et de figures humaines sculptées ; douze figures d'animaux construits à Cordoue en or et pierres précieuses versaient continuellement l’eau par leurs bouches. Cette fontaine se trouvait dans le pavillon du calife. Sur la porte du palais, il avait fait placer la statue de sa maîtresse Ez-Zarah !. Dans ce palais se trouvait aussi une mosquée à cinq nefs. Il faudrait, pour se figurer ces palais, se reporter aux mosaïques byzantines qui nous en donnent des
1. Cf. École syro-égyptienne, p. 40. Statues et bas-reliefs du palais d'Ibn Touloun. |
MONUMENTS DE SEDRATA ; 2.
représentations (grande mosquée de Damas), ou bien encore aux maisons byzantines des mosaïques de Tabarca, avec leurs toitures en pavillon, leurs arcades à voussoirs noirs et blancs, leurs portiques couverts de petites coupoles. Car il est bien probable que la
Fig. 167. — Intérieur de la grande mosquée, à Tlemcen (638 H.-1240 J.-C. à 681 H.-1282 J.-C.). — Cliché Gervais-Courtellemont.
survivance des traditions de l'art local etdel'arthbyzantin se maintint en Espagne encore assez longtemps pendant les premiers siècles de l’hégire, de même que plus tard celle du style mudejaraprès la conquête chrétienne.
Monuments de Sedrala. — Pendant que les dynasties aglabites, fatimites, concentraient autour de Kaïrouanet de Tunis les monuments, mosquées, palais, fortifications, d’autres centres plus éphémères s'étaient créés dans le reste de la Tunisie et de l'Algérie, en [frikiya, ainsi que s'appelait alors cette région.
Ces centres indépendants, qui groupaient des éléments indigènes, berbères, et s'élevaient dans des régions d'accès plus difficile, moins soumises aux influences romaines et byzantines, ont fourni des
239 ; ÉCOLE DU MOGREB
DE SEDRATA
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9234 ÉCOLE DU .MOGREB
monuments d’un caractère déjà plus original que les premiers monuments de la Tunisie. L'absence complète dans ces nouvelles villes de restes antiques ou byzantins, colonnes, chapiteaux, obligea
Fig. 170. — Porte à Chella, de 574 H.-1178 J.-C. à 584 H.-1184 J.-C.;, d'après une photographie de H. de la Martinière.
les architectes à chercher des procédés d'ornementation nouveaux. C'est la raison pour laquelle les ruines, même dévastées, de ces anciennes capitales, donnent lieu à des remarques intéressantes. Les Ibadites de Tiaret,refoulés par les Fatimites de Tunisie, avaient fondé à Sedrata (Algérie) une ville qui fut très prospère au x°siècle. Des fouilles successives ont découvert une mosquée à salle carrée,
MONUMENTS DE SEDRATA 939
couverte de vingt voûtes soutenues par seize piliers, avec de fausses portes’surles murs etides fenêtres entourées de dessins symétriques : un palais avec sa cour centrale sur laquelle s'ouvrent cinq chambres, dont l’une était couverte en voûte d’arête, l'autre précédée d’une
A f F :| El
Fig, 171. — Détail de la porte de Chella, de 573 H.-1118 J.-C. à 584 H.-1184 J.-C., d’après une photographie de H. de la Martinière.
colonnade massive ; c'est à ce palais qu'appartiennent les fragments que je décris plus bas ; une autre salle en forme de T couvrait trois lits de repos chargés d’arabesques ; une voûte en berceau en couvrait la partie centrale ; deux culs de four sillonnés de nervures qui aboutissaient sous d'’élégantes clefs de voûte, s'arrondissaient au-dessus des lits!. Je donne ici (fig. 152 et 153) des détails
1. P. Blanchet, Les villes mortes du Sahara. — Tour du Monde, 25 juin 1898.
236 ÉCOLE DU MOGREB
d’un de ces palais !. Dans la figure 152 on remarque aux angles, des niches en coquille qui forment une sorte de trompe pour racheter la portée de la demi-coupole en cul de four. C'est une réminiscence, en petit, des trompes en coquille qui soutiennent la coupole du mibrab à Sidi-Okba. Mais ce qu'il faut le plus remarquer, c'est le parti de revêtir les murs d'une décoration sculptée pareille à ces étoffes (ha'ts) que.
l’on tend les jours de fêLe sur em 2 | les murs des palais et des mai- Da CURA | oi sons. C’est là le plus ancien À - exemple de noukch-hadidas.
puisque Sedrata, fondée au x° siècle, fut détruite de fond en comble en 1077 par El-Mansour ben-Nasser, seigneur de la É | Kalaa des Beni-Hammad. Ces md 1 noukch-hadidas ne sont pas en EN plâtre : ce sont, sur des murs ad He A en pisé ou en moellons, des AC sy enduits faits de teffiza qui est
Fig. 172. — Plans de la Cuba et de la une sorte de tuf qu'on applique Ziza, à Palerme. Ziza/495 H.:1151 J.-C. : |
Cube 575 H.-1180 J.-C. — Dessin de :
H. Saladin. sculpte au fer quand il est
a NT AU
frais sur les murs et qu'on
encore mou, L'ornementation participe à la fois de certaines dispositions usitées pour les nattes et cerlaines broderies sur étoffes de soie byzantines ou arabes. On retrouve encore chez les Kabyles la tradition de découpures sur bois qui sont d'un style analogue.
Monuments Hammadides. — Ta Kalaa des Beni-Hammad, département de Constantine, fut la capitale d'un empire indépendant des Fatimites d'Égypte, fondé par Bologguin ben Ziri ben Menad Ganhadji. El-Mansour, le plus célèbre des souverains hammadides, éleva de nombreux palais, Casr-el-Menar, el-Kokab, Dar-es-Selam construisit à Bougie la grande mosquée, le palais de la Perle et d'Ammimoun. Nous ne les connaissons que par des descriptions d'auteurs arabes qui nous les montrent revêtus de faïence et de marbre, couverts de plafonds dorés, de boiseries incrustées.
1, Je dois ces photographies à la grande obligeance de M": P. Blanchet.
MONUMENTS HAMMADIDES 297
« La grande mosquée de Bougie, aujourd’hui détruite, située à côté du palais de la Perle, avait un minaret haut de soixante coudées sur vingt de large à la base. On y entrait par une grande porte
Fig. 173. — Intérieur de la Ziza, d’après une aquarelle de H. Saladin. 594 H.-1154 J.-C.
revêtue de marbres et d'inscriptions sculptées. Le vaisseau de la mosquée, soutenu par trente-deux colonnes de marbre, avait deux cent vingt coudées de long sur centcinquantede large. La façade était ornée de dix-sept portes. Une immense coupole la surmontait. Autour
des murs latéraux couverts de faïence émaillée étaient gravés des versets du Coran. ! »
1. Cf. Féraud, Hist. des villes de la province de Constantine (Rec. soc. Constantine, 1869, p. 157). |
238 ÉCOLE DU MOGREB
Des monuments hammadites, ilne nous reste que des descriptions et les ruines de la Kalaa des Beni-Hammad au milieu desquelles s'élève encore un minaret (fig. 194) dont la partie supérieure manque, mais dont la façade se lit encore clairement. En A, un inteau
Fig. 174. — Façade de la Ziza, à Palerme (549 H.-1154 J.-C }).
de marbre porte une décoration analogue aux plus beaux morceaux de la maksoura de Kairouan {xr° siècle) ; en B, l’on voit des traces d'ornementation ; en CG, des coquilles amortissant la partie supérieure des niches ; en D et E, des revêtements de faïence colorée sont encore visibles. En 1049-50 J.-C. (441 IH.) le calife fatimite El-Mostancer lança les Beni-Hilal et les Beni-Soléim sur la Tunisie et l'Algérie en leur disant : « Je vous fais cadeau du Mogreb et du royaume Ganhadgien qui s'est soustrait à mon autorité ». Tout le pays fut dévasté, les monuments rasés, les puits comblés, les arbres coupés. Un vaste désert remplaça les royaumes florissants. Mais la
MONUMENTS SICULO-ARABES 239
civilisation mogrebine ne succomba pas dans le désastre ; en Espagne et au Maroc, où son caractère se dessine complètement à partir du
Fig. 175. — Murs de Séville, de 590 H.-1194 J.-C. à 618 H.-1221 J.-C.
x1° siècle, elle commence à montrer les qualités de fermeté et de richesse par lesquelles elle devait briller plus tard.
Les monuments siciliens (monuments siculo-arabes). — Je termine cette première période par l'étude de l'influence musulmane sur la Sicile. Cette belle contrée resta soumise à l'Islam pendant plus de trois siècles, et le style des monuments de Palerme, capi-
240 ÉCOLE DU MOGREB
tale des rois normands, a dû, à son originalité, un nom particuher. | :
Nul doute que cette originalité ne vienne de la conquête musulmane qui avait, certes, laissé, non seulement des palais et des mosquées, mais surtout des artistes et des artisans dont se servirent les architectes de la chapelle Palatine, de l'église de Monreale, etc. Il ne subsiste aucun édifice datant, d’une façon certaine, de la domination arabe. Cependant, Girault de Prangey soutient que le palais de la Ziza est un monument arabe remanié par les rois normands, et paraît en effet avoir raison. |
Quant à l'influence musulmane sur
les monuments siculo-normands !, elle 2)
est indéniable dans la décoration des
plafonds de la chapelle Palatine (1132
J -C.), dans ceux de l’ancien palais de
Fig. 176. — Plan de la Medersa
Tachfiniya, à Tlemcen. xiv° 1 siècle, de 135 H.1335 JC. à Manfred de Chiaramonte, dans les char-
176 H.-1374 J.-C. — Dessin pentes et les mosaïques de Monreale. de H. Saladin. Les figures (162 et 162 his) en sont une preuve évidente. |
La Ziza. — La Ziza (fig. 174) serait,
d’après G. de Prangey, un palais du x° siècle qui n'aurait été que restauré en 1194 par le roi Guillaume IT ?. On ne comprendrait pas sans cela le silence que les historiens particuliers des rois normands, ordinairement si prolixes, ont gardé sur ce monument et sur la Cuba (fig. 172). IT est certain, d'autre part, qu'on ne peut s’empêcher de trouver une certaine analogie entre les longues baies à archivoltes concentriques de ces édifices et celles du minaret de la Kalaa des Beni-Hammad (fig. 154); mais les moellons revêtus d'un enduit de la Kalaa sont, en Sicile, remplacés par de la belle pierre. La grande inscription karmatique couronnant la Ziza et qui a été découpée en merlons, semble témoigner aussi en faveur d’un remaniement. La Ziza a une cour centrale parfaitement accusée,
1. Ibn Haukal, dans sa description de Palerme, parle d'une grande mosquée et de trois cents autres.
2. Toute la partie inférieure est évidemment remaniée {chapiteaux siculonormands, etc.).
MONUMENTS SICULO-ARABES 241
avec fontaine, et on voit (fig. 173) les quatre liwans avec leurs amortssements en stalactites ; on devait, au premiér étage, circuler
Fig. 177, — Vue intérieure de Sidi Bou-Médine (Tlemcen) (738 IL.-1339 J.-C.). — Cliché Gervais-Courtellemont.
autour de cette cour. Les mosaïques de la Ziza portent les palmiers de Guillaume If. Girault de Prangey a longuement étudié ce monumen. Albert: l’a décrit, tel qu'il le visita en 1526, avec ses jardins, ses bassins et ses kiosques de marbre ornés, de peintures.
242 ÉCOLE DU MOGREB
Si l’on ne peut plus juger cet art siculo-arabe sur d’autres monuments arabes proprement dits, il est facile, cependant, de se faire une idée de la richesse intérieure qu'ils pouvaient présenter. Il est hors de doute, en effet, que les mosaïques et les stalactites de la
Fig, 178. — Vue intérieure de Sidi Bou-Médine à Tlemcen (738 H.-1339 J.-C.). Cliché Gervais-Courtellemont.
Ziza, ses décorations de marbre de couleur, les merveilleuses charpentes peintes et les plafonds de la chapelle palatine, de Monréale, des cathédrales de Gefalu, et de Messine, les lambris de mosaïque et de dalles de marbre de Monréale et de la Palatine sont d'une pureté de style absolue au point de vue arabe.
Nous savons que la Sicile fut surtout prospère sous les Fatimites
je MONUMENTS ‘ SICULO-ARABES | 243
et sinous rapprochons la forme du minaret du tombeau d'El Guiouchi au Caire, de celle du minaret de la grande mosquée de Kairouan et de celle de nombre de petits clochers siciliens et siculonormands, dont la forme se transmit Jusqu'à Ravello et à Amalfi,
Fig. 179. — Porte latérale de Sidi Bou-Médine à Tlemcen, restaurée au xvin® siècle. — Cliché Gervais-Courtellemont.
nous ne pouvons pas douter un instant que nous retrouvons en Sicile de précieuses indications sur la richesse que pouvaient avoir les palais à jamais disparus des Fatimites du Caire, et sur le style de leur décoration.
244 ÉCOLE DU MOGREB
FORMATION DÉFINITIVE DE L'ART MOGREBIN OU HISPANO-MORESQUE APRÈS L’'INVASION SICILIENNE ET L'HÉGÉMONIE DES ALMORAVIDES. — ÉTUDE DE CET ART JUSQU'A LA PRISE LE GRENADE (1494).
Le changement politique marqué par la bataille de Zallaka qui donnait l'Espagne aux Almoravides, Berbères venus du sud du Maroc, fut la fin de la suprématie arabe. La politique des nouveaux souverains berbères consista du reste à isoler et à disséminer à travers le Mogreb les petits états arabes désormais inoffensifs.
Au point de vue de l’art, nul doute que ce changement n'ait eu une grande importance, puisque c'est de celte époque que le style mogrebin prend un caractère définitif et se différencie des autres styles musulmans !. Même dans Îles régions indépendantes comme Tlemcen, c'est à cette époque que furent élevés les plus beaux monuments de l’école que nous avons à étudier. |
Nous avons vu la naissance du style particulier au Mogreb, dans les centres indépendants de l'Afrique du Nord. En 1018 (409 H.) la grande mosquée d'Alger présente des arcades en fer à cheval, qui sont déjà légèrement ogivales. Dans la vue du palais du grand-vizir à Fez ‘fig. 157) on pourra comparer l'arc outrepassé moderne à peine rétréci à sa base, avec les arcs archaïques, où la saillie du départ est si caractéristique.
L'Aljaferia à Saragosse. — Parmiles restes des plus anciens monuments espagnols de la période musulmane, un des plus intéressants (la date en est incertaine) est le palais de l’Aljaferia à Saragosse, converti aujourd’hui en caserne. On y trouve, signe d’archaïsme, l'arc outrepassé, aussi accentué qu'à Cordoue, avec des voussoirs sculptés. Il se voit mieux encore dans l’arcade de la niche (fig. 155) ; cette niche peut se compirer à celles de Sedrata comme à celles des demi-tympans des grands arcs de la coupole du mihrab à Sidi-Okba (creusés en À fig.134). On trouve aussi à l’Aljaferia ces sortes de petites coupoles à côtes creusées dans le mur (fig. 155, angle de droite au haut de la figure), elles ont neuf lobes à Saragosse au lieu de six à Kairouan. La partie de la mosquée qui subsiste encore présente une décoration d'arabesques déjà fleuries, une ornemen-
1. Antérieurement, au contraire, les influences asiatiques prédominaient. Sidjilmessa avait des monuments ressemblant à ceux de Koufa. Cf Ibn Hançal, p. 66, et Kitab-el-Istibsar (Rec. de Constantine, 1599, p. 162, note).
tation empruntée à la broderie et à la soutache et dans laquelle on remarque cette abondance ! singulière qui s’accentuera jusqu à la fin du xv° sièele. L’Aljaferia a fourni au Musée provincial de Saragosse, au Musée de Madrid, des chapiteaux moresques (fig.
158) dont l'épannelage est toujours dérivé du corinthien où du composite, mais qui, par leur grâce et leur vigueur, sont peutêtre, après ceux de Tlemcen (fig.
180), les plus beaux de ce genre.
En suivant l'ordre chronologique, nous arrivons à la Puerta del Sol , à Tolède, qu’on attribue à la fin du xr° siècle, mais qui paraît avoir été très fortement remaniée, surtout dans la partie supérieure (fig. 160). Les fortifications arabes d'Espagne sont, d'après Girault de Prangey, des murailles de pisé sous un enduit plus dur (à Almeria, à Grenade) et quelquefois même des couches d'argile alternent avec les lits de béton. Devant les murs, court un fossé; leurs tours carrées, peu distantes, ont à Cordoue des merlons et des embrasures (fig. 146) ; à Séville (fig. 175) aussi, un chemin couvert est ménagé au pied des murailles ; il y a rarement des mâchicoulis (ceux de Tolède sont peut-être une adjonction des rois chrétiens).
Fig. 180. — Détail d’une colonne de Sidi-
Bou-Médine à Tlemcen (738 H.-1339 J.- C.). — Cliché Gervais-Courtellemont.
1. On doit remarquer qu'en Espagne, à toutes les époques de prospérité, le tempérament national s'accuse toujours par une redondance et une exagération dans l'ornement, très caractéristiques.
A6 ÉCOLE DU MOGREB
Grande mosquée de Tlemcen el mosquée de Mansourah prés Tlemcen. — Le commencement du xi° siècle est une époque de prospérité pour Tlemcen, dont les beaux monuments, surtout les mosquées, sont d'un style très remarquable. :
La grande mosquée (1135- 1138 J.-C.) nous montre nettement ce que sera la mosquée mogrebine(fig. 147). On y voit les nefs parallèles dont la centrale est plus large que les autres ; cette nef est indiquée par un large portail dont la richesse extrême accuse la direction du sanctuaire. À Mansourah, près de Tlemcen !, le mihrab forme une sorte de petite tour, et dans l’intérieur de la mosquée se trouve un sanctuaire ou maksoura, encore
plus nettement accusé que dans Fig. 181. — Plan de l'Alcazar de Sé- la mosquée de Cordoue. Dans les
ville. Construit pour Mohammed-el- deux mosquées le minaret est sur Nasser par l'architecte toledan
Jaloubi (596 H.-1200 J.-C., restauré : :
en 1353 et en 1403). — Dessin de Tous ces caractères : nefs paral-
H. Saladin, d'après Uhde. lèles, avec une nef centrale, grand porche à riche ornementation, mihrab en tourelle, maksoura, minaret à plan carré, se
plan carré.
retrouvent désormais dans toutes les mosquées mogrebines jusqu’à nos Jours. |
Les minarets, toujours sur plan carré, ont pour décoration une sorte de réseau qui s'explique si l’on pense qu’on a voulu rendre le mur plus léger et le raidir en même temps par cette rigide décoration de briques. Ces briques sont souvent émaillées pour fournir l'effet le plus délicat ; et l’origine de cette céramique émaillée semble bien mésopotamienne et persane (l’ornementation du mausolée de Moumine-Hatoun à Nackchevan (1186)? offre des analogies avec celle de la Seo de Saragosse). Dès queles Mogrebins connurent cette
1. Relevé de M. Lefebvre, publié par Duthoit (Arch. Miss. Scientif., 1875, p. 318.
2. F. Sarre, Denkmäler persischer Baukunst. La Seo de Saragosse est, il est vrai, un monument mudejar, mais qui montre avec quelle persistance on avait gardé, même à cette époque, les traditions de la céramique arabe.
fabrication de la céramique émaullée, ils substituèrent dans leurs pavages et leurs revêtements, au porphyre, au granit, aux marbres, cette matière brillante etéconomique. Pour les mosaïques de faïence,
Fig. 182. — Façade de l’Alcazar de Séville, restaurée en 764 H.-1353 J.-C., par Pierre le Cruel, dernière restauration en 1403,
chaque morceau, comme on le fait encore à Fez, était découpé à la main dans des carreaux émaillés, puis régularisé à la lime ou à la meule et adapté à son voisin, suivant une section qui est oblique à la face vue, de façon à assurer la solidité du Joint ; ce n’est que plus tard que les céramistes, suivant une technique bien plus grossière,
248 ÉCOLE DU MOGREB
moulèrent les pièces à assembler, ou bien encore marquèrent sur les carreaux des lignes ou des reliefs, pour figurer leurs combinaisons polygonales. |
La grande mosquée de Tlemcen (fig. 167) montre, par la dentelure de ses arcs, combien l'architecture moresque tendait à la richesse. Ces dentelures peuvent être l'imitation de certaines formes de l'architecture en bois, et on le comprendra mieux si on étudie les consoles des grands auvents moresques, de l'Alcazar de Séville ou de certains monuments à Marrakech, à Mekinès, à Fez (fig. 242); on peut aussi expliquer ces découpures et seulement, à mon sens, celles qui sont petites et régulières, par la construction en bri-
ques ; 1l est en effet
Fig. 183. — Détail de l'auvent du portail del'AI- bon pour un arc en cazar de Séville restauré de 1353 à 1364 par
Pierre le Cruel. — Dessin de H. Saladin d'après Uhde. de celles-c1 se chevau-
briques que les joints
chent ; mais pour leur enlever l'aspect disgracieux qu'elles auraient ainsi, il est naturel de les recouvrir d’un enduit en arrondissant les intervalles qui existent entre les briques les plus longues et les plus courtes de l'intrados de l'arc. | Le mihrab (fig. 166) de cette mosquée est un modèle de composition. Son encadrement rectangulaire accompagne admirablement l'arc de tête aux voussoirs inégaux alternativement lisses et sculptés, et dont l’archivolte est si élégamment silhouettée en lobes successifs. La coupole qui le surmonte a une décoration à jour merveilleusement exécutée.
\ . / 4 \ A n :. Nous trouvons à la même époque en Espagne et au Maroc, sous
l'impulsion des souverains almoravides et almohades qui avaient
réuni sous leur sceptre ces deux grands pays, une pareille floraison
de monuments. C'est une époque en quelque sorte classique. La décoration est relativement sobre, les plans simples et vigou-
Fig. 184. — Alcazar de Séville. Cour intérieure ou Patio delas Doucellas, restaurée en 1526 par Charles-Quint.
reux, les grandes lignes de la composition d’une proportion excellente. 07 R
La Giralda (1195). — De 1171 (567 H.) à 1172 construction de la grande mosquée de Séville dont le minaret qui subsiste encore est la célèbre Giralda, construit par Yacoub-el-Mansour qui agrandit la mosquée de 1193 à 1197 (591 à 593 H.) en même temps qu'il élève de nombreux monuments au Marocet en Andalousie. D’après le Roudh-el-Cartas c’est Abou’l-Laith-el-Siquilli (le Sicilien) qui la surmonta de pommes dorées enfilées sur une tige de fer.
Toute la partie arabe (le couronnement date de la Renaissance) est en briques, et la décoration, très simple d’abord, devient plus riche à mesure qu'on s'élève (fig. 168). À partir du second tiers de la hauteur, qui, dans les autres minarets, est occupé par le treillis d’arcatures entrelacées dont j'ai parlé, sont disposées trois longues
250 | ÉCOLE DU MOGREB
bandes verticales dont celle du milieu a quatre étages de fenêtres à jour, tandis que les deux autres sont couvertes d’entrelacs que rompent seulement deux séries d’arcatures aveugles. Une légende attribue à un même architecte ((reber, de Séville), les trois tours de la Giralda, de Rabat et de Marrakech. Elles sont du reste de la même époque.
La tour de Hassan à Rabal (1197). — La tour de Hassan à Rabat
Fig. 185. — Détail de la Cour de las Muñecas, Alcazar de Séville.
(fig. 169) est plus simple ; elle est malheureusement dépourvue de son couronnement qui devait consisier en une série d’arcatures aveugles surmontées d'un rang de merlons dentelés, au-dessus desquels, sur la plate-forme, s'élevait le petit lanternon portant un dôme, habituel dans les minarets mogrebins. Les petites colonnes de marbre, qui soutenaient les trois arcades du remplissage supérieur, ont disparu. On peut étudier l'encadrement de la grande baie aveuglée du deuxième étage et les trois arcatures dentelées d’au-dessous. Ces formes sont soulignées d’une sorte de bordure; ce n’est pas une moulure en relief, comme aux monuments du xiv° siècle au Caire; c’est un champ limité par un trait profond de gravure. Des arcs entrelacés et très multipliés bordent, sur un rang ou sur deux, l'archivolte des baies. Les tympans des arcs sont ornés de rinceaux symétriques suivant un type qui deviendra traditionnel.
La Koutoubia à Marrakech. — En 1069 (460 H.), au moment où le Hammadide en-Nasser élevait les monuments de Bougie, les . Almoravides fondent Marrakech. Les fortifications de Marrakech
sont encore d'aspect byzantin (fig. 159); d'ailleurs dans l'attaque etla défense des places on était resté fidèle aux méthodes byzantines.
La tour de la Koutoubia est une des plus belles du Maroc (fig. 161). Son aspect sévère lui donne l'aspect d'une œuvre romane. Elle est en pierre comme celle de Rabat.
Elle présente, comme les deux autres, cette particularité, que les baies ne se correspondent pas horizontalement, parce qu'elles suivent dans son ascension la rampe intérieure de l'escalier. Cet édifice est classique, par son accent et sa fermeté.
La porte de Chella. — La porte de Chella (fig.
170-171) s'ouvre entre deux tours octogonales dont la partie supérieure est carrée ; le passage de l’un à l’autre plan se fait par de très belles stalactites; toute la construc-
Fig. 186. — Détail de la construction des portiques de l’Alhambra d’après Uhde, — Dessin de H. Saladin.
E. Auvent.
F. Remplissage des tympans.
G. Arcs.
H. Poutres maîtresses.