Dans un édifice antérieur approprié au nouvel usage
2. Monuments historiques de la Tunisie ; 2° partie, Monuments arabes, la mosquée de Sidi-Obka à Kairouan, par H. Saladin, Paris, 1899; Ary. Renan, l’aysages historiques, édit.
MONUMENTS ANTÉRIEURS AUX ALMORAVIDES as |
Touloun, celle de Sidi-Okba avait d'abord dix-sept travées de large sur cinq de profondeur et les adjonctions portèrent sa profondeur à dix travées dont deux pour le portique antérieur. La nef principale est terminée par un mihrab de marbre repercé à jour. D'admirables colonnes de porphyre «rouges tachetées de jaune, quin'ontnulle
Fig. 158. — Chapiteaux arabes du musée de Saragosse, x° siècle. Les no°° 91, 94, sont dérivés du chapiteau corinthien ; les n°s 108, 105, 109, ont l'épannelage du composite. Le dernier en bas et à droite est un corinthien sans volutes.
part de supérieures et d'égales en beauté », dit le Kitab-el-Istibsar, l'encadrent. Elles proviennent sans doute d’un édifice byzantin de Carthage, l’église des Roùm!, d’où elles furenttirées par Hassan benen-Noman?. Ce sont ces colonnes que les historiens arabes appellent Ezzebibteïn. Aux carreaux qui entourent ce mihrab et au minbar se rattache une légende d'après laquelle Ibrahim-el-Aglab, ayant fait venir de Bagdad ces faïences émaillées pour son palais et des cithares
1. Kilah-el-Istibsar, trad. Fagnan ap. Recueil de Constantine, 1899, p. 105. 2. Qui, ayant saccagé Carthage, dut orner de ses dépouilles la mosquée de Sidi-Okba, à Kairouan et à Tunis, la djama Zitouna et la mosquée d'El Ksar.
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en bois sculpté pour ses musiciennes, se fit, un soir quil avait un peu festoyé, adorer sur son trône par toutes les femmes du harem. Le lendemain, comme il ne savait comment expier un tel sacrilège, 1l alla consulter le grand mufti qui lui couseilla de consacrer à Dieu les merveilles venues de Bagdad ; et les carreaux de faïence furent scellés autour du mihrab et les panneaux sculptés des cithares
furent assemblés en minbar. Quoi qu'on doive venser de celle
Fig. 159. — Murs de Marrakech. Époque des Almoravides, x1° siècle (160 H.-1069 J.-C.).
légende, elle marque le caractère asiatique des faïences et du minbar, et expliquerait, en celui-ci, l'inégalité des panneaux et aussi l'infériorité de la conception de l'ensemble par rapport au détail. La maksoura du xr° siècle, qui est à côté du minbar, peut être comparée aux plus belles menuiseries égyptiennes !. |
La mosquée de Sidi-Okba est cantonnée d'énormes contreforts qui lui donnent, avec son minaret carré, l'aspect d'une forteresse ; je crois que ces contreforts sont une tradilion mésopotamienne, car l'architecture en briques crues avait besoin d’être très fortement épaulée ?. Les plafonds, comme dans les autres mosquées du même temps, sont en lerrasses, suivant la tradition antique, et
1. Etant donné que cette chaire a été exécutée à Bagdad, on ne peut qu'être frappé du fait suivant : Les encadrements de certaines des contremarches de l'escalier semblent textuellement copiés sur des moulures du palais de Machitta (Cf. le dessin de la moulure du socle, dans la Monographie de Machitta, par J. Strzygowski (fig. 66). |
2. Ces contreforts semblent d'ailleurs exister à la mosquée de Samarra, autant qu'on peut en juger par la petite photographie du « Tour du monde », 1901; n° 16, D-TST
l’on y retrouve les procédés indiqués par Vitruve. La coupole qui surmonte l'entrée a été refaite au début du xix° siècle, et elle est loin d’avoir la richesse que les historiens arabes décrivent dans la première. Il en est de même de la porte Bab-el-Behou qui fut refaite
Fig. 160. — Puerta del Sol à Tolède.
en 1828, sans doute par des artistes sfaxiens et très probablement sur le modèle de l'ancienne. Ces portes rappellent, par leur disposition à vantaux se repliant l'un sur l’autre, celles de la cathédrale du Puy, et plus encore celles du couvent du Mont Sinaï {G*! de Beylié, L'habilalion byzantine, fig. 347). La façade elle-même (fig. 130) a été peu changée par la dernière reconstruction. Sa conception architecturale manque de netteté avec ses arcs gauchement posés sur des colonnes inégales, et chacune des parties latérales semble formée de quatre grandes arcades et de deux petites, ce qui est loin de former un ensemble harmonieux. Il en est de même des portiques antérieurs (fig. 132) et des nefs intérieures (fig. 133). Cepen-
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dant, cet édifice, avec sa forêt de colonnes antiques, ne laisse pas
d'être d’un grand effet, majestueux et sombre.
Fig. 161. — Minaret de la Koutoubia Marrakech de 460 H.-1069 J.-C. à 58:
La grande mosquée de Cordoue. — La grande mosquée de: Gordouel {fie 139) ut fondée en 168 H. (785 J.-C.) par le premier calife d'Espagne Abd-er-Rahman. Hicham [°° (7193-96 H.\ l'acheva par le prolongement des nefs vers le sud. Hakem IT et Hakem III (961-62-988-1001)lagrandirent encore.
C'est une mosquée à nefs parallèlesavec une nef centrale un peu plus large aboutissant au mihrab (fig. 140). Cette mosquéen‘arien decommun comme architecture avec celle de Kaïrouan. L'influence des monuments antiques et indigènes est beaucoup plus forte qu'en Tunisie : l'influence byzantine n y est marquée que dans l'or-
nementation du mihrab ; les
nombreux fragments visigoths utilisés dans la construction de la mosquée de Cordoue nous montrent que les monuments chrétiens d’Espagne, antérieurs au vin siècle (appelés latino-byzantins dans les « Monumentos arquilectonicos de Espana »,etquin'ont, àmon sens, rien de byzantin), eurent
1. Voir les intéressantes études de M. Nizet, architecte du gouvernement, dans l'Architecture, 1905, Monumentos arquitectonicos de Espana, par Amado de los Rios; Girault de Prangey, Essai sur l'architecture des Arabes, en Espagne, en Sicile el en Barbarie, Paris, 1841; Herbert Carpenter, The mosques cathedrals of Cordoba and Sevilla, 1882-1883; Uhde, Baudenkmäler in Spanien und Portugal, Berlin, 1892.
la plus grande part dans la formation du style hispano-arabe primitif.
Les formes générales n’ont pas de rapports avec celles de la Tunisie. Nous ne retrouvons n1les minarets trapus de Kairouan et de Tunis, ni les minuscules minarets de Sousse, n1 les dômes à coupoles de Tunis et de Kairouan. Il en est de même pour la décora-.
Fig. 162. — Plafond à stalactites de la chapelle palatine à Palerme (1132 J.-C.). Comparer ce plafond aux plafonds arabes du Caire.
üon. Rien de pareil, en Tunisie, à ces palmettes touffues et allongées qui se montrent dans les portes latérales de la mosquée, dans celles du mihrab, et qu'on retrouve dans le mausolée berbère de Blad Guitoun (Kabylie) décrit par Stéphane Gsell et à la porte de Tobna publiée par Blanchet (aujourd'hui au tombeau de Sidi-Okba près de Biskra). En Espagne la décoration musulmane va prendre cette surabondance qu'elle y gardera toujours.
Le plan primitif de la mosquée comptait d'abord onze nefs à colonnes, avec une nef centrale un peu plus large aboutissant au mihrab. Hicham [°° (793-796) la prolongea vers le sud. Hakem II (961-967) y ajoute douze nefs, et Hakem IIT huit, séparées par sept rangs de trente-trois colonnes Elleeutalors ses dimensions actuelles.
Les colonnes courtes surélevées par des arcs qui s’entretoisent et MANUEL D'ART MUSULMAN. — I. 15
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s'épaulent, les uns les autres, ont permis, par une solution très élégante, d'élever des nefs assez hautes avec de petits matériaux (fig. 140). ;
La mosquée était couverte de plafonds posés sous les nefs de charpente parallèles, dont les murs goutterots portent les chénéaux suivant une disposition vicieuse mais employée dans
F1G. 162 bis. — Plafond à solives à la chapelle palatine à Palerme (1132 J.-C.)
tout le Mogreb. Ces charpentes vermoulues ont été remplacées par des voûtes légères, sauf dans la partie K où l’on a restauré les anciens plafonds d'après les fragments retrouvés depuis peu. Devant le mihrab se trouve la maksoura, enceinte réservée qu’on retrouve à la Kalaa des Beni-Hammad, à Tlemcen, etc... et qui est une survivance des clôtures de chœur dans les églises chrétiennes !. Celle-ci est d’un grand effet avec ses arcades polylobées (fig. 141), alternativement lisses et sculptées ; elle est voûtée de trois coupoles dont la principale est revêtue d'une très riche mosaïque byzantine. Cette coupole, comme ses voisines, comme aussi les coupoles marquées A et C (fig. 139), est d’un mode de construction qui paraît plutôt inspiré de l’enchevêtrement des courbes de charpente ? que
1. Gsell, Recherches archéologiques, 1893. Cf. supra p. 40, note 2. 2. Nous avons parlé des charpentes courbes des coupoles de Damas et de Jérusalem. Cf. pp. 61 et 81. |
Fi
.163. — Coupole à la grande mosquée de Tlemcen (530 H.-1136 J.-C.). Cliché Gervais-Courtellemont.
[Rd]
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d’arcs de maçonnerie en briques ou en pierre {c'est de ce système
que paraissent aussi dériver les coupoles de Sf° Cristo de la Luz à Tolède !, qui est, croit-on, une ancienne mosquée). Cette chapelle
Fig. 164. — Minaret à Oran. — Cliché Gervais- Courtellemont.
A (chapelle Villaviciosa) dont je donne le détail (fig. 143-4-5) parait, dans son état actuel, dater de la fin du xiv° siècle. C’est, semble-t-il, une sorte de chapelle exhaussée afin de servir de tribune pour l'i-
man khatib, une espèce
de dikka. Peut-être est-ce là que les musulmans priaient, lorsque, après la prise de Cordoue, on leur permit encore (jusqu'en 1492) de faire leurs dévoions dans la mosquée. Sa coupole en charpente (fig.
144) est imitée de celle de
la travée- voisine dans l'axe de la nef principale, qui, paraît-il, est en pierre. Les retombées des arcs sont, fait remarquable, appuyées sur des encorbellementsen forme de lions. Les stalactites qui se voientau-dessus de l'arc polylobé ressemnus beaucoup à celles qui,
l'alcazar de Séville, sont
de *e mudejar du xiv® siècle. Le in de la mosquée (Silla del Rey Almansor) qui roulait sur quatre roues, comme les minbars malékites de Tunisie et d'Algérie, était une merveille de matière et de travail ; sa construction en 1236, par ordre de Hakem, avait duré neuf ans. Il fut détruit en 1572, d’après Moralès ?.. Sous