L'ORGANISATION BANCAIRE A L'ÉTRANGER
1. Les Banques anglaises. — Comme celles des autres pays, les banques anglaises se sont fortement concen-
trées, mais en laissant subsister les banques régionales; elles sont plus centralisées que les banques américaines et allemandes, mais elles se diffusent davantage par succursales; elles sont aussi plus spécialisées dans la division du travail, formant un système de banques à cloisons étanches, mais sans préjudice de Tappui mutuel qu'elles se prêtent ^n temps de crise et qui est une des caractéristiques du marché financier de Londres et une des raisons de sa puissance.
Les banques anglaises se rattachent à trois genres principaux, a) Les langues d'épargne {savings Banks) }Ouent le rôle de nos caisses d'épargne; elles ont pour objet d'encourager l'épargne en recevant les petits dépôts qu'elles placent en fonds d'État, b) Les Banques de dépots comprennent les banques particulières {private Banks) et les banques par actions {joint stock Banks); elles pratiquent les opérations à court terme et de toute sécurité, c) Les foreign and colonial Banks et les merchants ban- /cers jouent le rôle de banques de crédit et de banques d'affaires; elles placent les emprunts et traitent surtout des affaires d'exportation, au moyen de leurs propres capitaux. Toutes ces banques ont de très nombreux comptoirs répandus dans les colonies et les pays d'outre-mer. Chaque merchant a sa spécialité, sans abandonner complètement les autres genres d'opérations, et chacun se consacre à une région différente, de façon à la mieux connaître et à y être représenté par un nombre suffisant d'agences ou de correspondants.
Les bill brokers sont des courtiers en lettres de change, intermédiaires entre banquiers et commerçants, qui achètent du papier et le conservent « en pension » le plus longtemps possible.
La Banque d'Angleterre est un établissement de dépôts plus qu'un Institut d'émission; sa circulation, très restreinte, correspond aux habitudes du public anglais; son encaisse est réduite en proportion et, pour la défendre, la Banque doit manier habilement son taux
L ORGANISATION BANCAIRE
d'escompte. Elle est partagée en deux départements : celui de l'émission et celui des opérations de banque; le premier cède au second les billets dont il dispose et celui-ci les place, partie en circulation et partie en réserve.
2. Les Banques américaines. — L'immense étendue des États-Unis explique l'isolement caractéristique des banques américaines; leur dissémination, le manque de liens entre elles rendent les encaissements longs et coûteux sur les diverses places et empêchent le mouvement rapide des capitaux vers les points où ils sont nécessaires; il y a surabondance d'un côté, déficit d'un autre, et il en résulte des heurts et des resserrements dans la circulation qui manque totalement d'élasticité. La centralisation est peu avancée, pour les raisons précédentes; c'est seulement au début du xx« siècle que de grands établissements, tels que la National City Bank et la First National Bank, ont créé des agences et se sont concertées en vue des émissions, en même temps que se formaient des groupes puissants : Rockfeller, Morgan, Morse, étroitement solidarisés avec les grands trusts industriels, sorte de fédérations à grande liberté d'action, aux liens très larges, portant le nom de « chaînes ».
On distingue : a) les National Banks ou Country Banks^ banques d'émission, d'escompte et de prêts; créées en 1863-64, elles assurèrent, au lendemain de la guerre de Sécession, un débouché aux emprunts fédéraux, puisque leurs billets devaient être garantis jusqu'à concurrence du montant de la circulation par des obligations du gouvernement fédéral; l'imposition de ce mode unique de garantie enlevait toute élasticité à la circulation et aggravait les périodes de crises. Leur fonction commerciale était également entravée par une réglementation excessive qui, leur interdisant la création de succursales, a multiplié leur nombre (7571 en 1915) pour arriver à desservir tout le pays. L'usage de la lettre de change étant à peu près perdu,
les opérations d'escompte ne jouent qu'un rôle très accessoire, tandis que l'emploi très répandu du chèque a multiplié surtout les banques de dépôts, b) Les States Banks, autrefois banques d'émission, ont dû se transformer en National Banks pour garder leur droit d'émission; ce sont des banques commerciales, régies par les lois des États particuliers, c) Les Saving Banks sont des banques d'épargne, spéciales à chaque État, qui pratiquent le crédit populaire et sont parfois de véritables mutuelles, constituées sans capital de garantie.
d) Les Trusts Companies ou Loan and Trust Banks se livrent aux émissions et avances sur titres, aux prêts hypothécaires, grâce à des dépôts à longue échéance; elles sont devenues de véritables banques de dépôts et d'affaires, faisant concurrence aux National Banks et aux States Banks, sans être astreintes aux mêmes obligations en ce qui concerne les réserves; elles émettent des certificats des dépôts {bonds) dont elles ont la garde.
e) Les Clearing Houses créent des liens entre banques de la même place; ils ont atténué l'insuffisance des banques d'émission en temps de crise, en ayant recours à des succédanés, tels que chèques et certificats, ces derniers constituant une monnaie temporaire, garantie par des effets et des titres remis par la banque à laquelle les certificats sont délivrés.
Une loi du 30 mai 1908 avait déjà autorisé les National Banks à étendre leur émission en élargissant la garantie par des obligations d'États, de villes, et par un portefeuille commercial. Mais la réforme essentielle date du Fédéral Reserve Ad du 23 décembre 1913 qui, à défaut de la création d'un établissement central auquel l'opinion était hostile, s'est proposé de coordonner les forces isolées et d'opérer une centralisation partielle au moyen d'un système de banques régionales, les Fédéral Réserve Banks, au nombre de douze, à districts limités, mais pouvant ouvrir des succursales dans les limites de leur district. Ces banques ne doivent pas recevoir de dépôts du public, mais elles ont la faculté
L ORGANISATION BANCAIRE
d'émettre des billets, n'ayant cours qu'entre banques et avec l'État, remboursables en or, avec une garantie d'au moins 40 0/0 en monnaie légale. L'objet principal des Fédéral Reserve Banks, — et qui intéresse le plus les relations internationales, — est d'aider à l'extension du commerce extérieur, en réescomptant le portefeuille des National Banks, qui pourront accepter des effets sur l'étranger jusqu'à six mois d'échéance. Ces deux catégories de banques sont autorisées à avoir des représentants ou à ouvrir des succursales à l'étranger, et la Fédéral Reserve Bank de New- York a déjà choisi, en 1916 et 1917, comme correspondants, la Banque d'Angleterre et la Banque de France. L'isolement des banques américaines est terminé et c'est une concurrence qui va s'exercer à l'égard des établissements européens, en même temps qu'un solide appui qui sera fourni à l'exportation des États-Unis.
3. Les Banques allemandes. — A l'inverse delà cloison étanche qui sépare les banques anglaises, les banques allemandes pratiquent toutes les opérations et confondent tous les risques, elles sont à la fois banques de dépôts et banques d'affaires, des Allerleientreprisen^ suivant le mot de Schaeffle. Leur degré de liquidité (2-3 0/0) est bien inférieur à celui des banques françaises (9 0/0) et anglaises (jusqu'à 15 0/0). La concentration a abouti à la formation de quatre groupes de banques, représentées par des chefs de file : la Deutsche Bank, la Dresdner Bank, la Diskontogeseltschaft et la Bank fur Handel und Industrie; ces groupements constituent, suivant l'expression de M. E. Depitre, des communautés d'intérêts [Interessengemeinschaften), une réunion de groupements régionaux, concentrés sous la direction unique d'un grand établissement berlinois, aux capitaux considérables, et financièrement intéressé, directement ou indirectement, à chacun des éléments constitutifs. Ce sont des cartels de banques.
Le banquier allemand est un véritable marchand de crédit, en même temps qu'un agent de renseigne-
ments; entre les deux spécialisations industrielle ou géographique, il a choisi la seconde comme offrant le plus d'avantages au point de vue du développement de l'exportation et de la surveillance du client. Cette expansion à l'étranger, qui a commencé à partir de 1871 , a, d'ailleurs, été favorisée par le développement économique du pays, par l'appui de l'État, par la solidarité d'intérêts qui existe entre la banque, le commerce et l'industrie, par la création d'entreprises à l'étranger. L'expansion a procédé par étapes : d'abord des commandites, puis des succursales et, enfin, des banques spéciales, filiales des grands établissements allemands iTôchtergesellschaften),irès étroitement unies aux banques métropolitaines. Ces banques spéciales jouissent de plus de liberté, de plus d'initiative que les succursales; elles partagent les risques entre capitaux nationaux et étrangers; elles se spécialisent et se limitent à un pays déterminé, qu'elles étudient complètement et où elles créent des agences sur les places importantes. Leur double rôle consiste à placer en Allemagne les emprunts étrangers, qui seront monnayés en commandes pour l'industrie, et à faciliter l'expansion du commerce national, qu'elles ont suivi fidèlement, à courte distance, soit sur les grands marchés bancaires comme Londres, soit dans les pays pauvres en capi' taux, riches en possibilités de toute sorte (Italie Roumanie, Egypte, Extrême-Orient, Amérique du Sud) soit dans les colonies « impériales ou spontanées »' comme promotrices et directrices des grands travaux publics, amorces d'une région à exploiter, tels que le chemin de fer de Bagdad, œuvre de la Deutsche Bank.
L'Allemagne compte encore cinq banques d'émission. Quatre sont localisées dans les royaumes de Bavière, de Saxe, de Wurtemberg, et dans le Grand- Duché de Bade; elles représentent une survivance his torique, destinée à disparaître; c'est la Banque de l Empire d'Allemagne (Reichsbank), fondée en 1875, qui seule dirige depuis longtemps la politique nationale en
L ORGANISATION BANCAIRE
MnaMâiiàWMâ^tMiaiMK
matière d'émission et de circulation monétaire. Elle a adopté le banking principle; son encaisse doit représenter le tiers de l'émission, le reste est couvert par le portefeuille, sans maximum; toutefois, quand la circulation excède l'encaisse d'un certain contingent (250 millions de marks), cet excédent est frappé d'un impôt de 5 0/0. Cette taxe contribue à l'élévation du taux d'escompte, nécessaire, par ailleurs, pour contenir l'essor parfois trop brusque, la fougue des entreprises industrielles et commerciales, et pour défendre l'encaisse. Deux autres mesures contribuent encore à cette défense : l'émission, depuis 1906, de petites coupures de 20 et 50 marks, et la création, en 1908, des chèques pour virements; toute la politique de la banque se résume dans la lutte contre l'insuffisance des capitaux disponibles, qui résulte de l'excès des immobilisations industrielles.
4. Les Banques italiennes. — L'Italie, qui fut, au moyen âge, le pays d'origine de l'expansion bancaire, n'a conservé de supériorité que sur le terrain du crédit populaire. Nous en avons parlé plus haut. L'Italie compte, en outre, quelques grands établissements de crédit, comme la Banca commerciale italiana, fondée en 1894, le Crédita italiano (1897), la Societa bancaria italiana (1898), le Banco di Roma, la Banca italiana di Sconto (1914), qui ont participé au mouvement général de concentration par accroissement du capital et par élargissement du rayon d'action, soit par création d'agences, soit par absorption de banques locales. Aidées au début par des capitaux austro-allemands, elles ont évolué vers l'influence française et sont devenues plus indépendantes; ce sont bien des banques de dépôts, mais elles ont plutôt appliqué la formule allemande et sont en même temps des banques d'affaires, accordant de larges crédits aux entreprises et déléguant des membres dans leurs conseils d'administration; la Banca commerciale italiana a pris une part considérable et très active à l'essor industriel du pays ; toutes ont participé
2ÎJ2
au développement des entreprises nationales dans les pays où sest portée de préférence l'influence italienne : l'Orient, la Tripolitaine, les pays balkaniques: Albanie, Monténégro ^
Le privilège d'émission est accordé à trois instituts : la Banque dltalie, la Banque de Naples et la Banque de Sicile. La première, fondée en 1893, au lendemain d'une crise financière, dirige seule la politique fiduciaire et monétaire du pays; les deux autres, très anciennes et étroitement mêlées à la vie économique de Tltalie méridionale, n'ont été conservées que pour ce motif; c'est la Banque de Sicile, notamment, qui soutient la valorisation du soufre et des agrumes; toutes deux n'ont ni capital ni actionnaires, et vivent sur un patrimoine qui s'augmente des bénéfices non distribués.