SE
établir? C'est bien par une sage économie et des privations, Dans le bon vieux temps, garçons et filles, en se mariant, avaient un petit avoir ; même la domestique en convolant apportait en ménage une chambre garnie— et tout parent d’un certain âge pouvait se donner à rente et se réserver, entr'autres, une vache qui ne meurt pas et un goret raisonnable.
Aujourd'hui, dans nos villes surtout, si les gages sor' tant soit peu élevés, ce n'est pas l'épargne qui triomphe, non, c'est le bien être, et la dépense qui augmente ; j'ai observé que c'est dans la classe ouvrière la mieux salariée que la Saint Vincent de Paul recrute ses plus nombreux sujets.
I] faut pourtant se rappeler qu'en épargnant deux piastres par semaine on compte à la fin de l’année 8104 à la banque, et que $100 mis en intérêt composé de 67100, doublent en dix ans.
Et si l'épargne s'accentue on peut s'acheter une maisonnette, s'exempter de payer loyer ; si à ce petit castel on ajoute chaque année une amélioration, il double de valeur, triplée d’ailleurs par sa situation et l'accroissement de la localité.
Voici le temps où s'ouvrent les communications faciles, dépêchons-nous de nous choisir un terrain sur des lignes de parcours des bateaux er des tramways, à la campagne si c'est nécessaire, où nous aurons par dessus le marché, le bon air et le beau spectacle de la nature, Rien ne s'oppose à ce que l’ouvrier, l'industriel, le commerçant ou le professionnel, achète, payable au mois, une petite maisonnette à laquelle il attachera un jurdin où, en se délassant, il cultivera choux et carottes, et une cour où il gardera poules et lapins.
Les enfants font leurs délices d'entretenir chacun un carré, et les fillettes, accoutumées au caquet, peuvent apprivoiser les poules et les poulets.
Et pourquoi ne pas encourager les enfants à ce faire en leur accordant le produit de leurs petites industries ? Je connais des bambins qui mettent à l'épargne des sommes étonnantes, en élevant et vendant des pigeons et des lapins.
Un des grands moyens d'épargne, et l’un des plus sages, et à la portée de tous, ce sont ces eaisses d’épargnes et ces institutions où l’on peut, en versant une somme compa- ‘ativement minime, s'assurer une pension en cas de maladie, et en cas de mort un avoir pour sa famille, afin de la mettre à l'abri de la misère,
Ces sociétés constituées, surtout pour les ouvriers, mais M
qui sont ouvertes à tout le monde, ont l'avantage de faire, par leur mutualité, participer aux bénéfices que les autres compagnies d'assurance amassent pour les actionnaires.
Que de larmes ont été séchées par cette réserve jetée petit à petit dans ces caisses mutuelles; que d’angoisses épargnées au moment du départ, en laissant une femme et des enfants assurés de leur pain quotidien. Que dis-je, que de vertus protégées !
Ces sociétés ont encore l'avantage de faire que les sociétaires se connaissent, s'aiment, s’entr'aident et discutent ensemble leurs intérêts communs.
Il y à aussi les compagnies d'assurance qui otfrent des avantages immenses. Les unes assurent pour la vie, les autres pour un certain laps de temps. Pour les jeunes gens les dernières sont préférables, car elles garantissent
à l'assuré un certain capital qu'ils ont l'espoir de toucher !
de leur vivant, et si la mort les surprend auparavant, les héritiers béneficient de leur prévoyance.
Encore faut-il choisir une assurance qui offre des *
garanties. Car il ÿ en a qui ne sont pas solides et pouraient mener à un désastre dans un temps d’épidémie.
L'éducation.
J'aborde ici un sujet d’une grande délicatesse, car quoi de plus sacré dans la vie, que l'éducation, Mais aussi la mission d'élever une famille porte avec elle sa récompense ou sa punition ici-bas. Les parents peuvent être plus où moins bons, les enfants seront, non pas ce qu'auront été les parents, mais comme ils auront été formés. Et le proverbe ‘ les enfants sont tels qu’on les élève ” est plus vrai que celui : “ tel père, tel fils.” Que les parents soient de n'importe quelle provenance, l'enfant naîtra toujours enclin au mal, et illui faut une bonne éducation pour lui faire aimer le bien, le beau, l’économie, l'ordre, la propreté.
Je ne veux pas prétendre que l'enfant n'hérite pas de ses parents de certaines prédispositions à la vertu ou au mal. Aussi, est-il une sentence qui est passée chez tous les peuples que les qualités se sucent avec le lait. Plusieurs savants persent que l’enfant puise, dans le lait qu'il reçoit, des aptitudes semblables à ceiles du sujet qui le lui donne. : D'où il suit que si une mère chrétieñne ne veut pas inoculer | dans l'âme de son petit enfant le germe de bien des dispositions funestes, elle doit ne recourir qu’à un lait dont elle n'ait à redouter aucune influence ficheuse.
Mais, je le répète, la première formation est ce qu'il y a de plus important dans l'éducation de l'enfant, comme de la plante, qui suivra naturellement la direction qu'on
lui aura donnée. | | Voilà pourquoi il est si important de confier les enfants | à des personnes sûres quand les parents ne peuvent pas
* eux-mêmes faire leur éducation, De même les institutions
où l’on est obligé de les envoyer doivent être choisies avec discernement ; l'éducation qu’on y donne doit être nonseulement solide, mais conforme au rôle que l'enfant est appelé à remplir dans le monde. Mais disons de suite que la première éducation devrait toujours être donnée par les parents dont l’amour est un talisman contre les dangers et un dictamen pour ce qui peut lui être avantageux.
Et cette éducation domestique est si importante et a de telles conséquences sociales que l’Etat s'empare des enfants dont les parents ne sont pas dignes d’en prendre soin.
Lisez ce que dit le Père Van Tricht, sur la portée de cette éducation dans la famille, dans sa conférence : “ Les Mères.”
Or, pour donner à l'enfant une éducation qui assure son bonheur même ici-bas, il n’y a pas à se le dissimuler, car c’est la condition essentielle, il faut viser un seul but, c'est celui indiqué par le catéchisme : connaître Dieu, l'aimer et le servir. ‘“ Toute éducation qui ne fait qu’un point secondaire de la connaissance, du service et de l'amour de Jésus-Christ, fausse l’homme dans sa voie ” dit l'abbé Cha:mont, dans son livre ‘“ L'éducation, ses difficultés et son but.”
Cette mission peut être difficile ou aisée selon qu’on saura l'appliquer. Est-ce nécessaire pour cela d’avoir fait des études spéciales, d’avoir pris des leçons de pédagogie ? Non. Il suffit de pratiquer soi-même le bien et de prêcher surtout d'exemple. Que la paix règne entre le père et la mère, qu'ils pratiquent fidèlement leurs devoirs, qu'ils observent la grande loi de la charité, qu'ils évitent tout ce qui peut scandaliser leurs enfants, qui ont l'esprit d'imitation et qui chercheront à faire ce qu’ils voient faire à leurs parents. Avec cela
les observations seront facilement écoutées et mises en pratique. Les parents devront donc scrupuleusement éviter de faire devant leurs enfants quoi que ce soit qui froisse la vérité, le bien. Le moindre mensonge en leur présence est une autorisation à mentir. La moindre injustice ne leur échappe pas ; une simple parole contraire à la vertu se gravera profondément dans leur mémoire et les justifiera à leurs yeux de la commenter ou de la mettre en action. Et que dire des actions !
Les parents doivent scrupuleusement s’observer devant leurs enfants dont l’âme reproduit exactement leurs faits et gestes. Et voilà pourquoi ils doivent s'ingénier à profiter de toutes les circonstances pour les édifier, leur faire détester le vice, aimer la vertu.
Et surtout qu'il n’y ait pas, entre le père et la mère, de contradictions en leur présence, ni dans les observations ni dans le commandement, ni dans les punitions. Car il en faut des punitions. On ne parviendra guère à élever une telle plante sans la redresser, l’'émonder!, la tailler.
“ Autant d'enfants, autant de caractère, soit ! ce qui n'empêche point qu'il n’y ait des tendances générales communes à tous, dans ce curieux ‘ bréviaire du monde ” qui s'appelle l'enfance.”
“ En aucun cas, en effet, il ne faut discuter avec l'enfant ni laisser marchander l’obéissance ; en aucun cas, il ne faut se déjuger, ni gronder longuement, au lieu de châtier rapidement ; en aucun cas, il ne faut punir d'une manière inégale, promettre sans tenir, ni menacer en vain.”
‘* Toujours, au contraire, la correction rare et sévère est préférable ; toujours, l'accord complet entre le père et la mère est nécessaire ; toujours on doit se défier de rappeler les torts et les erreurs de l'enfant, une fois le pardon accordé ; toujours il faut le mater très jeune, au risque de
n’en jamais devenir maître ; toujours il faut le tenir en gaicté, le mettre en garde contre l'égoisme, contre les médisances, contre la mollesse, etc.”—(Les enfants mal élevés, par Fernand Nicolay.)
Cependant il doit y avoir un tempérament à une juste sévérité. Et l'amour dictera jusqu’à quel point, on doit tenir compte de la bonne volonté, de la légèreté de l'enfant.
Le plus puissant levier est de se faire aimer. Et alors tout devient comparativement facile. Pour cela il faut être juste, calme, généreux. Il faut qu'on rende le séjour de la famille agréable par des amusements convenables auxquels on peut prendre part, et surtout par une humeur égale. Rien ne nuit plus à la paix d’une famille que ces emportements continuels contre les enfants, les domestiques.
L'encouragement au travail cimente admirablement cet esprit d'union qui doit exister dans chaque famiile. Aussi est-il très sage d'intéresser chacun à faire son devoir et de déposer à leur profit à l'épargne une partie des profits qu'ils contribuent à faire, ce qui leur donne en même temps des idées d'économie.
“ L'éducation des filles, au point de vue économique, ditfère de celle des garçons parcequ'elles ont à remplir une autre mission, I] est vrai que la jeune fille destinée à se dévouer et à trouver dans ce dévonement sa félicité, doit être formée continuellement à remplir les nobies, mais crucifiants devoirs de se dépenser pour ceux qui l'entourent, et alors l'éducation qu’elle doit recevoir est loin de cette sensiblerie qu’on leur donne et qui en font des chantereiles qu'on ne peut toucher sans entendre un gémissement. Accoutumez une jeune fille à travailler, à tenir le ménage, à habiller ses petites sœurs, à fabriquer de petits vêtements, et déjà vous reconnaîtrez dans cette enfant le besoin de rendre heureux ceux qui l'entourent, l'attention délicate de
pourvoir à tout, pour que rien ne manque à ceux qu’elle aime.” Les Domestiques.
I y a dans la famille un être auquel on ne fait guère attention et qui pourtant y joue un rôle bien important: c'est la servante ou le domestique, qui, d’après les lois, fait partie de la famille. On oublie trop souvent qu'il est en contact continuel avec nos enfants et que ceux-ci en reçoivent des impressions bonnes ou mauvaises, Ce sont des précepteurs aussi, ces humbles personnages. De là, la nécessité de les bien choisir et de faire leur éducation aussi à eux, et par l'exemple, et par les bons conseils, et en exigeant d’eux qu'ils pratiquent leurs devoirs religieux. Eux aussi sont sensibles à l'amour, et c’est en se faisant aimer d'eux qu'on les dressera plus facilement et qu'on en obtiendra un meilleur service. Les enfants, qui ont généralement des tendances à les martyriser, doivent apprendre de bonne heure qu'ils font partie du prochain et qu'ils sont déjà assez malheureux de servir, sans être soumis aux autres humiliations et aux duretés des maîtres ou de leurs enfants. Ilne faut pas exiger qu'ils soient sans défaut, mais plutôt chercher à les corriger par des conseils et des réprimandes. Quelqu'un a dit avec raison: ‘“ Aux vertus qu'on exige des domestiques, bien peu d’entre nous en ferait de bons.” Il faut pourtant se souvenir que la charité exige de ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse, Or, comme chacun de nous est serviteur de quelqu'un, l’on a intérêt à ce que ce principe soit mis en pratique.
Il entre dans les devoirs d’une maiîtressse de tâcher d’amuser les domestiques afin qu'ils ne cherchent pas des divertissements ailleurs. Quelques mots, quelques égards nous valent beaucoup de leur part, et je ne sache pas de
meilleur service que celui qui est donné pour faire plaisir. Je considère comme une grâce d’avoir de bons domestiques, mais on peut les faire tels, et autrefois grâce aux bons traitements, on gardait pendant des années les domestiques qui s'attachaient à la maison, à la famille de laquelle ils partageaient les plaisirs et les peines, Et si aujourd’hui on est si mal servi, cela tient la plupart du temps au mépris qu'on inflige à la domesticité.
Il faut bien faire l'engagement avec les domestiques de manière à n'être pas injuste vis-à-vis eux, et de ne leur donner aucune occasion de l'être vis-à-vis vous.
Inutile de dire qu’il faut qu'ils soient justement remunérés, et ce serait un puissant stimulant que de les intéresser dans l’industrie, ou les affaires auxquelles ils prennent part—car le succès d’une entreprise dépend souvent du bon service que rendent les employés.
Du mariage des enfants.
Ne laissez visiter fréquemment votre maison que par des jeunes gens auxquels vous seriez prêts à accorder la main de vos enfants, car c’est parmi ceux-là que vos filles généralement feront leur choix, et quand le cœur a parlé, il est trop tard pour choisir.
Sans doute le jeune homme qui demande la main de votre fille doit être en état de la faire vivre; mais que l'amour de la richesse ne vous engage pas à laisser de côté un garçon honorable et capable d'envisager l’avenir avec espérance, pour en préférer un autre dont tout le mérite est d’être né de parents riches
Ils ne savent pas ce qui les attend, ceux qui ne convolent que dans le but de jouir, de s'amuser, sans s'inquiéter des devoirs que cet état leur impose. Combien y en a-t-il qui se préparent saintement au mariage en demandant
au ciel de les guider dans l'acte le plus important de la vie? Aussi Dieu les attend-il pour les punir par où ils ont péché.
Jeunes filles, ne vous laissez pas éblouir par le brillant de ces jeunes gens dont l'amour n'est pas basé sur la vertu, car tout autre fondement ne peut résister aux épreuves de la vie maritale, Soyez calmes dans votre choix, qu'il soit sérieux et surtout inspiré par les hautes considérations de la sublimité de votre mission. Souvenezvous que les chastes amours sont les seules dignes du bon: heur, et que ce sont vos vertus qui les imposeront à ceux qui demanderont votre main.
Et vous, jeunes garçons, il faut que vous sachiez combien doit être digne, au moins d'intention, celui qui mérite une bonne femme telle que la décrit le Saint Esprit.
‘* Prov. 18, 22.—Celuiqui a trouvé une femme vertueuse a trouvé un grand bien, il a reçu du Seigneur une source de joie.
‘ Eccl. 3-4.— Une femme est bien le meilleur partage ; c'est la part de ceux qui craignent Dieu, elle sera donnée à l’homme pour ses bonnes actions, Qu'on soit riche ou pauvre, elle rendra ie cœur content, et avec elle on aura en tout temps un visageserein. Une maison, des richesses nous viennent de la famille, mais une femme prudente est un don du Seigneur.
“ Eccl. 1-2.— Heureux la main d'une telle femme ! car le nombre de ses années sera doublé.
“ La femme forte est la joie de son mari, et elle remplira de paix les années de sa vie, Prov. 31, 10 et suiv.
“ Si pur et si fort que soit le véritable amour, dit le P. Monsabré, il a besoin d’être protégé par la loi du devoir et de s'affermir par la pratique des vertus qui sont le plus bel apanage de la dignité humaine.
‘Ii en est une que lui impose, de prime abord, la perspective de l'union indissoluble : c'est la prudence. On ne s'engage pas toujours, sas peser les chaînes que l'on veut porter ; on ne se done pas tout entier et pour toujours, sans sonder l’abime où l’on va se jeter. L'aveugle passion des sens est capable de cette folie ; mais le véritable amour ne s'engage et ne se divise qu'à bon escient. Averti par la loi qui doit l’étreindre, il attend, il s'informe, il cherche, outre les attraits et les avantages extérieurs, les aimables et solides qualités qui peuvent lui assurer la paix et le bonheur, il demande au présent des augures favorables pour l'avenir.”
Du rôle de la femme dans le ménage.
La femme est vraiment l’âme de la maison. Le séjour en sera agréable ou ennuyeux selon son caractère. Les enfants seront ce qu'elle voudra qu’ils soient—et quelle influence n’exerce-t-elle pas sur son mari, sur tout son entourage ? C’est d’ailleurs son partage et son bonheur de se dépenser pour tous ceux qu'elle aime,—et c'est afin de les rendre heureux qu'elle doit se préparer à la science délicate, mais si fructueuse, de bien tenir sa maison.
‘ Dans toutes les conditions de la vie, comme sœur, comme fille, comme épouse, comme mère, la femme devra se préoccuper de la direction du ménage; fut-elle riche et dût-elle ne rien faire que de surveiller, il faut encore qu'elle le connaisse, car, comment fera-t-elle exécuter des ordres qu’elle serait incapable d'exécuter elle-même ? ” (Melle Marie Destrée),
C’est elle surtout qui doit voir à ce que tout dans la maison soit rangé, entretenu, réparé à temps ; à ce que tout soit mis à profit, et à ce que personne autour d’elle ne se crée des besoins inutiles qui ne servent qu’à amollir
les caractères et affaiblir les constitutions, Le nécessaire, jamais de superflu : telle doit être sa devise.
Elle verra à ce que son personnel et son petit monde soient heureux, et pour cela un règlement est nécessaire afin que chaque chose se fasse à temps, et qe tous soient occupés à travailler et même à s'amuser à l'heure,
Une femme a tant de ressources à sa disposition dans l'amour qu'elle porte à ceux qui composent sa famille.
“ Le père peut être sage dans ses desseins; il peut vouloir, d’un amour fort et désintéressé, le bonheur de ses enfants, mais il y a dans ses résolutions je ne sais quoi de trop raisonnable, dans la forme et dans le ton de son commandement je ne sais quoi de grave et d'austère, qui a besoin, pour être bien compris et volontiers accepté, de passer par l'interprétation de la mère. Celle-ci qui n'a pas la charge de détruire, mais de rendre aimable l'autorité, sait faire aecepter avec amour, par un langage dont elle seule a le secret, la volonté des parents sur les enfants ; et Dieu a mis sur ses lèvres tant de suavité, il a mis dans son cœur une si éloquente tendresse, qu'elle n’a pas besoin de convaincre l'esprit, par les raisons, parcequ’elle gagne le cœur par l'affection et que la volonté ne sait pas résister à cet argument.—( L'abbé Chaumont.” De l'éducation, etc.)
Une de ses premières vertus et qu'elle inspire aux autres est la propreté qui peut reluire, même au sein de la pauvreté.
L'activité qui doit régner chez elle, ne doit s'exercer qu'avec ordre, douceur et patience, car c’est en allant doncement qu'on fait plus de chemin. Quiva piano ra sano, et qui va sano va lentano.
Ce n’est pas un paradoxe qu'émettait un jour à ses élèves un médecin faisant sa clinique: ‘“ Ah! ça, Messieurs,
allons doucement aujourd'hui, parceque nous avons beaucoup à faire.”
J. B. Say, le grand économiste, pose pour base d’une saine économie : “une place pour chaque chose, chaque chose à sa place.”
Un des moyens pour la ménagère de régler ses dépenses sur ses revenus est de tenir une comptabilité à laquelle elle devra initier ses filles,
Comptabilité domestique.
La tenue d’un livre est un miroir dans lequel la femme de ménage devrait se mirer tous les jours. Muis qu'on ne s'effraie pas, car elle doit être d’une grande simplicité.
Pour ne pas surpasser ses revenus et même rester en dega, afin de garder une poire pour la soif, il faut établir un budget qui indique les prévisions des dépenses et des recettes annuelles.
Il serait à désirer que les dépenses que l’on fait soient proportionnées à la classe de la société à laquelle on appartient plutôt qu'aux revenus, On ne verrait pas tant de gens appartenant aux classes modestes, faire des dépenses qui les rendent ridicules aux yeux de ceux qu'ils s'efforcent de singer. Que le journalier, l’ouvrier, l'industriel profitent donc de leur position pour se soustraire aux exigences sociales qui ruinent les hommes de profession, ou les commerçants. Il faut donc établir d'avance les dépenses et ne pas les dépasser pour l'alimentation, les vêtements, le logement, le chauffage, et en réservant une certaine somme pour l’imprévu. Il faut ménager sur chacun des articles quelques sous pour l'épargne qu’on pourrait placer dans ces institutions, sociétés ou assurances mutuelles qui assurent une remise en cas de maladie ou de mort.
Une des plus sages épargnes est d'assurer à ses enfants
une éducation, non celle qui les fasse sortir de leurs sphères, (à moins de dispositions spéciales) mais qui les mette en état d'exercer leur profession avec honneur et distinction, L'éducation est un héritage qui ne se perd pas et qui permet à qui en est le possesseur de gagner honorablement sa vie,
Outre que la tenue d’un livre journal sert à se rendre compte de ses dépenses journalières, i! sert à voir quelles sont les dépenses qu'on peut retrancher et qui sont des obstacles à l'épargne, le prix qu'on paie tel article à certaines époques et qu'il faudrait se procurer d'avance, le taux de certains marchands qui vendent plus cher que les autres, etc.
Et puis ce livre, tout insignifiant qu'il paraisse, doit être conservé, car il rappelle bien des années après qu'il est écrit, et même aux enfants, de précieux souvenirs qui portent leur leçon,
Mais il doit être bien simplement tenu, parceque le temps à lui consacrer doit être court et qu’il faut d’un coup d'œil faire voir l’état des opérations. Et si le temps ne le permet pas,on pourrait se contenter des livrets des fournisseurs qui doivent mentionner la date, la nature de l’objet acheté, la quantité, le prix. Le livre de caisse indiquera les recettes dans une page ou une colonne et les dépenses dans une page où une colonne adjacente, de sorte que le tout se verra immédiatement.
Pour s'assurer de l’état des finances de la famille, il suffira de faire le total de chacune des pages ou colonnes, de soustraire l’une de l’autre ; la différence des recettes et des dépenses doit correspondre à la somme encore en caisse.
Cette balance doit se faire tous les jours, autant que possible, et l'habitude s’en prend facilement.
44 DE L'ÉTONOMIE DOMESTIQUE
On emploie pour cette petite tenue de livre un agenda réglé pour cette fin, et qui est vendu chez Cadieux et Derome à des prix fort modiques,
Voici le modele d'une telle tenue de livre : —