VUE GÉNÉRALE DES PHÉNOMÈNES ÉCONOMIQUES ET DE L’ORDRE QUI S’Y OBSERVE
Toute science implique l’idée d’ordre ; et il y a autant de sciences qu’il y a dans le monde de sphères distinctes dans lesquelles l’Ordre, cette visible révélation de la Providence, se manifeste. C’est ainsi que la physique, la chimie, l’astronomie, parmi d’autres sciences définitivement reconnues, forment des branches de la connaissance humaine qu’on n’est tenté de confondre ni entre elles ni avec d’autres. De môme, ce qui fait que les sciences dont l’homme et la société forment l’objet ont aussi une réalité, c’est que le monde moral et la société présentent certaines classes distinctes de faits qui sont soumis à des lois.
Montrer qu’il existe toute une catégorie de phénomènes
auxquels s’applique la dénomination de faits économiques , et que ces phénomènes, loin d’être livrés au hasard, à la confusion, présentent une certaine généralité et obéissent à un certain ordre naturel, telle est donc, si l’on veut suivre une marche méthodique, la première tâche à remplir.
Le fait le plus saillant qui se présente à l’observateur, lorsqu’il jette les yeux sur la société, c’est le spectacle de l’activité universelle. Le travail est la loi commune de l’humanité. La division du travail , cette séparation des occupations entre les hommes, marque certaine, on le verra, d’une civilisation avancée, est ensuite une des choses qui frappent le plus. Autant en dirons-nous de Y échange , conséquence inévitable de la séparation des tâches; car, dans un état social où les tâches sont trèsdi visées, et où chacune d’elles se subdivise encore en une foule d’opérations, il est de toute évidence qu’échanger n’est pas moins nécessaire pour vivre que travailler. Quand même l’attention ne serait pas attirée par les formes si diverses que revêt l’échange, il est impossible qu’elle ne tombe pas sur l'instrument général qu’il emploie, sur la monnaie , cette invention commune, de même que le langage, à tous les peuples civilisés. Comment ne pas remarquer un autre phénomène plus surprenant encore? Cette monnaie d’or ou d’argent qui achète les autres valeurs en a une par elle-même ; mais par quel prodige voyons-nous de simples morceaux de papier, dépourvus par eux-mêmes de toute valeur, acheter :es plus magnifiques produits de l’industrie et de l’art, s’échanger contre les sommes d’or ou d’argent les plus considérables? C’est le crédit qui opère ce miracle familier dont peu de gens, encore de nos jours, se rendent un compte bien exact.
Voilà assurément des faits incontestables, frappants et reconnaissables entre tous : ils ne sont pas les seuls de la même nature. Il suffit, pour s’en convaincre, de porter le regard le plus superficiel sur les producteurs eux-mêmes et sur la manière dont les produits se distribuent entre