‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 116 sur 167 · I. Condition vraie des Ouvriers · texte numérisé non relu

I. Condition vraie des Ouvriers

Les socialistes ne voient partout que misère, appauvrissement et esclavage de l'ouvrier. Le résultat inéluctable de l'ordre économique actuel, disentils, est que les riches s'enrichissent chaque jour davantage, et que les pauvres deviennent de plus en plus misérables.

A cette théorie pessimiste Vccole libérale oppose la sienne, toute faite de belles espérances. L'ordre économique actuel tend à égaliser les conditions sociales : les riches s'appauvrissent, les pauvres s'enrichissent. Les principaux défenseurs de cette théorie optimiste sont : Leroy-Beaulieu, Claudio Jannet, Bastiat, etc.

La vérité sur la condition vraie des ouvriers et entre ces deux extrêmes. De très nombreuses recherches ont été faites, sur la condition matérielle des ouvriers. On a fait des enquêtes et dressé des statistiques, dans tous les pays, pour les différents métiers, en tenant compte, autant que possible, des circonstances qui peuvent faire varier les salaires.

Il en résulte, comme conclusion géncralc^ que le Pape Léon XIII avait exactement saisi la condition matérielle des ouvriers, quand il écrivait : « Les hommes des classes inférieures sont, pour la plupart, dans une situation d'infortune et de misère imméritée. »

Il en résulte, comme conclusions spéciales :

a. Depuis une quarantaine d'années, il s'est produit une hausse du salaire nominal, mais le salaire réel n'en a pas été influencé, par suite de la hausse

des loyers, du prix des denrées alimentaires, par suite aussi de la multiplication des besoins légitimes de la classe ouvrière.

b. Le salaire des ouvriers adultes est généralement suffisant pour leur subsistance personnelle ; par contre, celui des ouvrières descend, en général, audessous du minimum suffisant.

c. Le salaire ordinairement payé aux ouvriers, si l'on en excepte une catégorie restreinte de privilégiés, est insuffisant à l'entretien de leurs familles.

IL Conséquences de cette situation (i).

Outre la vie misérable que sont forcées de mener les familles d'ouvriers, et l'abaissement Jiioral et intellectuel qui en est le résultat infaillible, l'insuffisance du salaire a enefendré et enei-endre encore la lutte des classes, et la haine vouée au propriétaire. Cette dernière conséquence est encore aggravée, quand le mécontentement, des ouvriers donne lieu à des grèves.

La grève est une cessation complète de travail, concertée entre les ouvriers, dans le but d'améliorer les conditions du travail.

De ce que nous avons dit de la condition matérielle de l'ouvrier et du juste salaire, il ressort que

(i) Traitant ici du salaire insuffisant, nous signalons la part d'influence de ce facteur sur la situation économique générale. Il importe, cependant, de ne jamais perdre de vue que l'insuffisance du salaire n'est pas la cause principale des souffrances de la classe ouvrière. Le point de départ du mal social est d'ordre moral. L'ouvrier est souvent intempérant, débauché. Le maître a oublié ses devoirs de charité, de patronage. L'ouvrier et le patron sont devenus irréligieux ; les sout-j frances de l'un ne s'inspirent plus du double devoir : travail et rési- {;nation ; la cupidité de l'autre ne connaît plus les Dornes imposées par l'esprit de justice et de charité.

bien des sfrèves sont lég^itimes en elles-mêmes. L'Etat ne peut pas, d'une manière absolue, les interdire,puisque l'ouvrier ne fait que défendre ses droits.

Les grèves sont illicites, lorsqu'un devoir de justice ou de charité oblige à continuer le travail, ou bien, si elles sont provoquées ou entretenues par le crime, les agressions injustes ou par d'autres violences.

L^Etat peut intervenir pour punir et réprimer les abus de la grève ; il peut la suspendre, quand elle devient un péril pour la société ; il doit, en vertu de sa mission, chercher les moyens d'apaiser ces conflits entre patrons et ouvriers, en instituant des conseils d'arbitrage.

IIL Remèdes a cette situation.

Ce n'est point aux principes de la liberté économique chère à l'école classique, qu'il convient de demander le remède. Loin d'y remédier, ces doctrines néfastes ont été au contraire la grande cause des maux économiques actuels.

Ici surtout, il importe de faire appel au triple facteur, dont nous avons constaté la grande influence dans la production des richesses : l'Association, l'Etat, l'Eglise.

a. L'Association.

Elle groupera les ouvriers, les rendra forts pour faire observer aux patrons les règles de la justice, dans la fixation et le paiement du salaire ; elle les reliera entre eux par les liens d'une charité réciproque, prête à venir au secours des frères éprouvés par le malheur ou l'infortune. Elle unira même les patrons, ou d'autres personnes de la classe aisée, dans le but de favoriser l'ouvrier, d'assister le

pauvre, de fournir à l'un et à l'autre un gagne-pain, un logement, etc.

b. La Lcgislation.

Elle interviendra parfois directement, en fixant, pour certains métiers, et pour des raisons spéciales, un minimum de salaire ; en prescrivant le mode de paiement de certains salaires, leur insaisissabilité, etc. Plus souvent, elle interviendra indirectement, en favorisant largement les institutions de prévoyance et d'assistance, et les mutualités.

Son rôle sera de faire observer, dans la société, les règles de la. justice dans la distribution des richesses, et d'y favoriser l'expansion des œuvres inspirées par la charité, dans le but d'améliorer la condition matérielle des ouvriers.

c. L'Eglise.

C'est à elle surtout, qu'incombe l'obligation d'enseigner aux hommes les lois de la justice et de la charité, car, c'est elle seule qui peut leur obtenir la grâce de pratiquer ce qu'elle enseigne.

Aux pauvres, l'Eglise prêche l'énergie dans le travail, la soumission entière à la volonté de Dieu, et, en compensation de leurs privations, l'éternelle félicité. Aux riches, elle rappelle le but des biens de la fortune, l'usage qu'il convient d'en faire, la mission qu'ils ont à remplir à l'égard de leurs frères moins fortunés. Aux riches et aux pauvres, elle inculque les obligations d'amour réciproque, de respect de leurs droits. Sans elle, l'association et l'intervention légale sont sans efficacité.

Voilà les trois facteurs capables d'améliorer la condition matérielle de la classe ouvrière. Leur action, si elle est combinée, ne peut manquer de pro-

duire les plus heureux résultats. Nous allons en constater quelques-uns pour la Belgique, dans l'article suivant, sous le titre : Institutions diverses.

ART. II

Institutions Diverses.

Pour procéder avec quelque ordre, dans cette multiplicité de lois et d'œuvres, nous distinguerons les institutions de prévoyance, celles d'assistance et celles de protection.

§ 1. Institutions de Prévoyance.

y .Loi organique du i6 mars 1865 ; celle du i juillet i86g ; celles du 23 juin 1894 ; du g août 1897 ; du 18 mai 1900; du 9 août 1889 ; du 21 juin 1891 ; du 28 juin 1894 ; du 19 mars 1898.

L. H AMANDE et F. BuRNY. Histoire, exposé des opéraiiojis et statistiques des Caisses d'Epargne, en Belgique. Louvain, Fontevn, 1902.

Compte rendu des opérations et de la situation de la caisse générale d'Epargne et de Retraite. 1906.

Steyaert. Le code de la Prévoyance. Gand, Siffer, 1901.

La Caisse générale d'Epargne et de Retraite, en Belgique, et ses différents services. Bruxelles, Van Hrus<t;enhout, 1900. (Anonyme).

SoENEXS. La Mutualité en Belgique. Bruxelles, Larcier,

Th. Théate. Les Sociétés mutualistes. — Les Pensions de vieillesse. (Commentaire de la loi du 10 mai 1900.) Louvain, Van Linthout, 1901.

O. Velghe. Loi du 10 mai annotée.

Vermeersch. Législation et œuvres en Belgique, 2"^^ cdit. passim.

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