III. Preuve tirée de l'observation des faits
a. « L'intérêt, le besoin de la richesse pour soi, tel est l'unique mobile de l'activité économique. »
Voilà \2i prenvcve base de la doctrine libérale. Or, l'expérience proteste contre cette affirmation. L'activité dans l'ordre économique a d'autres mobiles. La jalousie, l'ambition, le désir de dominer, de faire de la propagande, la haine etc. influencent bien souvent l'activité humaine dans sa poursuite des richesses.
b. Quant au second principe : liberté dans la manière de se procurer des richesses, libre-échange, libre concurrence etc., les faits lui ont infligé un cruel démenti. On peut lire dans la plupart des auteurs l'énumération des maux causés par le libéralisme économique. Contentons-nous de dire que ce sont ses conséquences désastreuses qui ont fait poser la question sociale. Ce sont elles qui ont réduit l'ouvrier à une situation d'infortune et de misère imméritée, (V. Encycl. Rerum nov.) qui ont allumé la guerre entre les capitalistes et les prolétaires et qui ont ainsi donné naissance au socialisme.
Conclusion : C'est le faux principe de liberté absolue qui a jeté le trouble et accumulé les ruines dans l'ordre religieux, en proclamant l'individualisme religieux, le libre examen, (protestantisme et rationalisme).
C'est le même faux principe, qui, en continuant ses ravages dans l'ordre politique, a fait éclater la révolution sous le prétexte d'individualisme politique fondé sur l'égalité des droits individuels.
P^nlin, cette fausse et absolue liberté a achevé son œuvre de destruction dans l'ordre économique en préchant par-
tout l'individualisme économique, la poursuite de l'intérêt purement individuel.
Libre examen, (ordre religieux) libre contrat, (ordre politique) libre productioji et libre échange, (ordre économique) tel est le résumé du libéralisme sous toutes ses formes, fondé sur le domaine souverain, indépendant de la nature humaine. L'homme se soustrait à l'ordre établi par Dieu, puisqu'il refuse de reconnaître les relations qui le relient à Dieu et à la société, sa révolte ne pourra donc produire que trouble et ruines. La paix, la prospérité ne se trouvent que dans l'ordre, disait S' Augustin : « Fax est tranquillitas ordinis. »
ART. IL École socialiste d'économie politique.
Cfr:
Encycl. de Léon XIIL « Quod Apostolici » et « Reriim Novarum ».
Cathrein. Le socialisme. (Traduit de l'Allemand d'après la 4*= édition, par Olivier Féron) Bruxelles, Schepens i8gi. -- La propriété foncière privée. (Traduit de l'allemand par C.Fritsch.) Louvain, A. Uystpruyst, 1894.
Castelein. Le socialisme et le droit de propriété. Paris, Retaux, 1897.
Destrée et Vandervelde. Le socialisme en Belgiqtie, 2^^ édit, Paris, Giard et Brière, 1903.
Nicotra. Le socialisme. (Traduit de l'italien par L. J. Lalieu), Paris, Palmé, 1890.
Winterer. Le socialisme contemporain. 4^^ édit. Paris, Lecoffre, 1901.
De Laveleye. Le socialisme contemporain. Paris, 1883.
Antoine. Cours d'économie sociale, Chap. IX.
GoDTS. Scopnlivitandi. 3^^ edit. Tournai, Desclée, i8g6.
Costa Rossetti.PA?/. moralis. 2^= edit. Innsbruck,Rauch,
Defourny. L'attitude du socialisme belge à V égard de la religion (^Rev. Soc. Cath. 1906, p. 176 et 237).
Thonissen. Le socialisme dans /^/(ass^. Bruxelles, 1850. — Le socialisme et ses promesses, Paris, 185 1 .
Sertill ANGES. Socialisme et Christianisme. Paris, Lecoffre, 1905.
Préliminaires. Le socialisme se rattache par des liens intimes et nombreux au libéralisme.
a. Dans l'ordre moral et dogmatique, le libéralisme a faussé 1° la notion de la lin dernière de l'homme. Il a enlevé à l'homme l'espérance du ciel, il lui a fixé comme but suprême de son existence, la recherche illimitée de jouissances terrestres. Il a donc allumé dans le cœur des déshérités de la fortune la passion insatiable de jouir et la haine pour tout ce qui s'oppose à ses convoitises.
2° Le libéralisme a faussé la notion de société civile et d'autorité. Il a proclamé que tout pouvoir vient du peuple. Celui-ci a conclu qu'au jour où il serait le plus fort, il pourrait/t;^zY//«e7«e«^ bouleverser l'ordre établi et édifier, sur ses ruines, l'état collectiviste.
b. Da7is Vordre économique et politique le libéralisme 1° a détruit les anciennes corporations et a instauré à leur place l'individualisme éco7wmique. Il a proclamé la liberté des échanges et des contrats. De la sorte, il a d'abord isolé l'ouvrier, et l'a ensuite précipité dans la misère en le livrant à la merci d'exploiteurs sans conscience. Or, du mécontentement général au socialisme qui l'incarne, il n'y a qu'un pas.
2° Le libéralisme ne s'est pas contenté de fournir des griefs au socialisme ; par les institutions politiques issues de son influence,c.-à-d. certaines libertés publiques actuelles, il a encore fourni aux démagogues le moyen efficace pour organiser les foules mécontentes, et leur faire donner l'assaut à tout l'ordre social.
Tels sont les rapports intimes entre le libéralisme et le socialisme. Ils font déjà présager quelle sera la nature de ce dernier, et son vice radical.
Mais il importe de mettre ces deux vérités dans un jour complet.
§ I. Exposé du Socialisme, (i).
A. Sur le terrain des idées.
On peut distinguer le socialisme franc, complet, du socialisme mitigé, nuancé, partiel. Nous exposerons successivement l'un et l'autre.