II. Accord pratique désiré par le S. Pontife
L'influence de l'école catholique devait souffrir de ce désaccord ; le mouvement en faveur de la classe ouvrière en était paralysé. Il était à craindre que le socialisme ne profitât du désarroi que ces dissensions ne pouvaient manquer de jeter dans le camp catholi-
que. L'œil vigilant du Pape Léon XIII voyait le danger, et, sûr d'être écouté, il intervint par une nouvelle Encyclique : « Graves de communi > exhortant à surseoir aux disputes théoriques, et établissant l'accord pratique qui doit régner entre tous les catholiques. Détachons-en les principales règles :
i) « Ce qui importe grandement, c'est que dans une affaire si capitale, les catholiques n'aient qu'un seul et même esprit, une seule et même volonté, une seule et même action. Il n'est pas moins nécessaire que cette action s'étende et se fortifie, grâce à la multiplication des hommes qui s'y consacreront et des ressources qu'on y emploiera. »
2) « Pour que cette union des esprits se maintienne selon qu'il est désirable, il faut aussi que tout le monde éloigne les causes de dissension qui irritent et divisent les esprits. Par conséquent, soit dans les journaux, soit dans les réunions populaires, on doit s'abstenir de traiter certaines questions trop subtiles et qui n'ont presque aucune utilité, questions qui n'apportent aucune solution applicable en pratique... A quelque opinion que chacun, dans les matières qui comportent le doute, s'attache de préférence, qu'il soit toujours, au fond de l'âme, prêt â écouter très religieusement les enseignements du siège apostolique. »
3) « On ne doit employer le terme de démocratie qu'en lui enlevant tout sens politique, et en ne lui attachant pas d'autre signification que cette bienfaisante action chrétienne à l'égard du peuple » « La démocratie chrétienne,
précisément parce qu'elle se nomme chrétienne, doit s'appuyer sur les principes posés par la foi divine comme sur sa base même. Il lui faut pourvoir aux intérêts des petits, de telle sorte qu'elle guide vers la perfection, comme il convient, les âmes créées pour les biens immortels. Il importe, par conséquent, que rien ne lui soit plus sacré que la justice ; qu'elle prescrive le maintien intégral du droit de propriété et de possession, qu'elle conserve les classes distinctes qui, manifestement, sont le propre d'un Etat bien
constitué ; enfin, qu'elle se propose de donner à la communauté humaine une forme et un caractère conformes à ceux qu'a établis le Dieu Créateur. »
4) « II faut écarter de la démocratie chrétienne un autre grief: à savoir qu'elle consacre ses soins aux intérêts des classes inférieures de telle sorte qu'elle paraisse laisser de côté les classes supérieures ; cependant l'utilité de celles-ci n'est pas moindre pour la conservation et l'amélioration de l'Etat. »
5) « On doit, en outre, être bien éloigné de cacher sous le terme de démocratie chrétienne, l'intention de rejeter toute obéissance et de dédaigner les supérieurs légitimes. Respecter ceux qui, à un degré quelconque, possèdent l'autorité dans l'Etat, et se conformer à leurs ordres justes, c'est là ce que prescrivent également la loi naturelle et la loi chétienne Il est, d'autre part, contraire à la profession d'une vie chrétienne de ne pas vouloir se soumettre et obéir à ceux qui possèdent l'autorité dans l'Eglise, et d'abord aux Evêques que, le pouvoir universel du Pontife romain restant sauf,rEsprit-Saint a établis pour gouverner l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son sang(Act.XX, 28.)»
6) « Il est une chose sur laquelle il nous convient d'insister un peu plus, et dans laquelle non seulement les ministres du culte, mais aussi tous ceux qui s'intéressent au peuple, peuvent, sans difficulté, rendre service à celui-ci : que d'un même zèle, ils saisissent l'occasion, en des entretiens fraternels, d'inculquer dans les esprits des maximes, dont voici les principales : se garder constamment de toute sédition et des hommes séditieux, respecter inviolablement les droits d'autrui, accorder de bon gré aux supérieurs le respect et le service qui leur sont dus, ne pas mépriser la vie domestique, féconde en fruits multiples, pratiquer avant tout la religion, et lui demander la consolation dans les rigueurs de la vie. »
7) « Que par le concours droit, harmonieux et constant de tous les catholiques, on voie de plus en plus clairement que la tranquillité de l'ordre et la vraie prospérité fleurissent principalement chez les peuples qui reconnaissent la protection et la direction de l'Eglise, cette Eglise
dont la très sainte fonction consiste à avertir chacun de son devoir, d'après les préceptes chrétiens, à unir les riches et les pauvres dans une charité fraternelle, à relever et à fortifier les cœurs dans les épreuves qui naissent du cours des choses humaines. »
En résumé, le désir du Souverain Pontife est de convier tous les catholiques à s'unir, sous la direction de l'autorité ecclésiastique, sur le terrain de « r action bienfaisante chrétienne à V égard du peuple » , action qui doit être assez large pour aider la classe inférieure, sans négliger la classe supérieure, pour se servir et de la justice et de la charité, pour ne pas affectionner ou favoriser un régime politique de préférence à un autre, pour faire droit aux légitimes revendications du peuple et lui indiquer en même temps ses devoirs dans la vie individuelle, domestique et sociale, pour faire appel à tous les dévouements catholiques, enfin, pour faire abstraction des opinions personnelles dans toutes les questions économiques qui comportent le doute.