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par le nombre des travailleurs qu'elle occupe. Dans l'ordre économique, elle est un des éléments les plus puissants de prospérité; dans l'ordre social, la classe des agriculteurs est une force honnête, conservatrice, attachée au sol, à la fois forte et féconde, énergique et indépendante, b. Divisions.
1. Le régime pastoral a été historiquement la première exploitation du sol.
Vient ensuite l'exploitation /'rtr/rtc/z^'r^s. On laisse le sol se reposer, reprendre au contact de la pluie et l'atmosphère, les éléments de fertilité enlevés par la précédente récolte. C'est le système appelé alternatif. Enfin, quand la population est trop dense pour tirer du sol la subsistance par le régime pastoral et alternatif, on applique le sy sthmQ .contînu. Il consiste à rendre à la terre par des engrais intelligemment appliqués, les substances chimiques qu'elle abandonne à chaque récolte.
2. On distingue encore la culture extensive et intensive. La culture extensive est celle qui applique un travail et un capital donnés, à la plus grande étendue de terrain possible : le système de jachères en est une application. Elle convient surtout aux pays où les terres sont à discrétion, et où les capitaux sont peu abondants. Elle est pratiquée dans certaines parties des Ardennes belges.
La culture intensive s'efforce de tirer d'une superficie limitée le maximum de produits. Le moyen d'y parvenir est le régime continu. Si, en effet, on ne rend pas à la terre ce qu'elle dépense par chaque récolte, on la condamne à bref délai à la stérilité. Cette vérité évidente a été niée par les premiers
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économistes anglais qui croyaient indestructibles les propriétés primitives du sol. La science et l'étude des faits ont ruiné cette théorie : la science en démontrant que l'aliment des végétaux n'est pas l'humus mais les substances chimiques ; l'étude des faits, en montrant les plus fertiles campagnes, en Arabie, en Mésopotamie, en Sicile, sur les côtes d'Afrique, dans les Carolines,la Virginie, la Géorgie et même certaines parties de l'Espagne, transformées en déserts ou en landes incultes.
3. On distingue enfin la. grande et la petite culture. En raison de son importance, nous réservons le développement de cette 3'' division pour le § 2.
IL Divers modes d'amodiation.
a. Le faire-valoir. C^est la. culture par le propriétaire. Si celui-ci travaille lui-même de ses mains, ou du moins dirige personnellement les travaux, on a le faire-valoir direct. Si l'exploitation est confiée à un régisseur, c'est le faire-valoir par maître-valet.
Les avantages de ce premier mode d'amodiation sont nombreux et incontestés.
Au point de vue économique, il concilie parfaitement l'intérêt permanent de l'amélioration des terres, avec l'intérêt immédiat d'en tirer le plus de bénéfices possibles. Le propriétaire, qui fait valoir son propre domaine, y engage tous ses capitaux, sûr d'avoir le temps de les en retirer ; il tire parti de tous les éléments, ménage l'avenir, apporte un soin constant et minutieux à la culture.
Au point de vue de Vordre social, le faire-valoir a de précieux avantages. Le propriétaire cultivant lui-même ses terres, si peu considérables soient-elles, s'y attache ; il les aime ; il hait le bouleversement social qui pourrait les lui enlever.
Au point de vue moral, le faire-valoir améliore les
mœurs, le caractère de ceux qui s'y adonnent. Il leur inspire des habitudes d'ordre, de prévoyance, d'économie.
b. Le MÉTAYAGE.
1. Notioîi.ll est une véritableassociation entre le propriétaire et le cultivateur. Le propriétaire fournit le capital fixe, et parfois, totalement ou partiellement, le capital circulant. Le métayer,de son côté, donneson travail, et le surplus du capital. Chacun prend une part proportionelle àe^ produits en nature. Généralement cette partie est la moitié. De là vient à ce contrat le nom de métayage (de l'italien meta qui signifie moitié). On l'appelle aussi colonat partiaire.
2. On est peu d'accord sur la valeur du métayage au point de vue économique et social.
i) 'LiQ.s, adversaires àe et système (Garnier, Baudrillart, Leroy-Beaulieu, etc.) font valoir Y)\n?,)ç.\\vs inconvénients.
a.) Le métayer a peu de liberté, peu d'initiative, peu de goût pour améliorer une culture, puisqu'il faudra céder la moitié des produits et réaliser son bénéfice sur l'autre moitié.
h.) Ensuite, le propriétaire, s'il ne veut pas être trompé, doit exercer une surveillance constante, s'entendre avec le fermier pour tous les détails de la culture et de la récolte, ce qui ne peut manquer de faire surgir des soupçons, des conflits.
c.) Enfin, Vhistoire des contrats du travail, de leur succession dans les différents pays, du développement plus ou moins grand que les circonstances économiques ont donné, en particulier au métayage, à travers les siècles (M. V. Brants. Histoire des classes rurales. M. Rérolle. Le colonat partiaire), prouve, que le métayage est, généralement parlant (i), le système des pays pauvres. Le cultivateur n'a pas assez de capital; voilà pourquoi le propriétaire doit le lui fournir en tout ou en partie. Le métayer n'est pas capable de donner une garantie pécuniaire ; voilà pourquoi le propriétaire se voit forcé de demander une partie des produits. En Angleterre et en Belgique, on
(i) D'autres causes, évidemment, peuvent contribuer à maintenir le métayage dans certains pays même riches, p. e. l'habitude, le patronage éclairé, l'honnêteté mutuelle.
pratiquait beaucoup autrefois le métayage ; mais depuis que ces pays se sont enrichis, il a presque totalement disparu. En France, on a été témoin, dans la i""^ moitié du XIX'^ siècle d'une décroissance constante du métayage, parce que le pays prospérait : ce n'est qu'après la crise agricole qui a éclaté dans l'autre moitié du siècle dernier, à la fin du second empire, que s'est produit un mouvement favorable au métayage. Le propriétaire, en effet, substitue bien volontiers à un fermier qui ne sait plus payer, un métayer qui lui donnera toujours la moitié des produits ; le cultivateur, de son côté, évite de s'engager à payer annuellement une redevance pécuniaire fixe, alors que la valeur des produits menace de baisser d'une manière croissante. En Italie, enfin, le métayage est le contrat ordinaire de plusieurs provinces, parce que le paysan y est pauvre.
Or, si le métayage est le système des pays peu développés,peu prospères ; si on l'abandonne, dès que la richesse du pavsan augmente ; si on y revient, quand une crise ou une circonstance économique quelconque amène la pauvreté ou la misère, il s'ensuit que le métayage ne présente pas les avantages qu'on se plaît à lui reconnaître sur le terrain économique.
Il) Tel est le raisonnement des adversaires de ce mode d'amodiation. Il compte cependant de nombreux défenseurs (MM. de Garidel, Raffel, Rérolle, Hervé-Bazin, en France; Minghetti, Cossa, etc. en Italie).
a.) Le métavage, disent-ils, au point de vue social, a l'avantage de rapprocher et d'unir étroitement entre elles, les classes des propriétaires et des simples cultivateurs. Le métayage demande, en effet, que les deux parties contractantes s'entendent à propos de tous les détails de la culture, du partage des produits, des améliorations du sol.
6.)Au point de vue cconoviiqne,\Q^ avantages du métayage sont encore plus considérables. Le propriétaire ayant droit, non à une rémunération fixe, mais à une part du produit brut, reste directement intéressé à l'amélioration du sol, et à la bonne exploitation de ses terres.
c.) S'il y a perte à la lin d'une année, elle est moins sensible au métayer puisqu'elle est partagée.
d.) Puisque le propriétaire, en vertu de ce contrat, conserve la haute direction de l'exploitation agricole, il lui est facile d'imposer un système de culture tenant compte des inventions nouvelles, des progrès réalisés en agriculture, des races nouvelles d'animaux, et d'arracher ainsi l'agriculteur à sa routine journalière.
m) Conclusion. Tels sont les principaux arguments qu'on peut faire valoir pour et contre le métayage.
Il semble que ce n'est pas ce système en lui-même qui produit les mauvais résultats qu'on signale, mais les passions des hommes qui l'appliquent. Comme en bien des questions économiques, presque tout dépend ici des idées morales du propriétaire et du métayer. La probité, l'honnêteté mutuelles, le patronage éclairé, le respect des coutumes, l'entente cordiale basée sur la charité chrétienne, pourront écarter les principaux inconvénients énumérés plus haut, et assurer les avantages réels que fournit le métayage. En quoi, en effet, la liberté, l'mitiative du métayer seraient-elles entravées, s'il sait qu'il peut exposer librement au propriétaire ses projets,ses plans, sûr d'être aidé, conseillé, dirigé? Comment y aurait-il danger de faire surgir des conflits par les rapports fréquents que doivent avoir entre elles les deux parties contractantes, si la charité chrétienne préside à toutes ces relations ? Enfin, que prouve l'argument tiré de l'histoire,si ce n'est que le métayer cherche à se passer du concours du propriétaire ; que celui-ci, de son côté, tend toujours à laisser à l'agriculteur, les risques,et à se réserver un revenu fixe moyen du fermage ; que les deux n'obéissent, par conséquent, qu'à leur intérêt personnel, à leur égoïsmePQu'on remplace cette étroitesse de sentiments par les principes supérieurs de la religion, de la charité chrétienne, et les deux parties contractantes trouveront dans leurs efforts fraternellement combinés, leur avantage commun. Dans ces conditions, dans le midi de la France, en Italie, le système du métayage a eu les plus heureux résultats, au point que Sismondi a pu dire que le métayage est
une des plus heureuses institutions que nous ait léguées le Moyen-âge.
c. Le fermage.
i.Notion.he fermage est un contrat par lequel un propriétaire concède à un cultivateur l'exploitation de sa terre, moyennant une redevance annuelle stable, fixe, ferme, (i)
2. Inconvénients de ce système. Ici encore, règne le désaccord entre les économistes, dans l'appréciation des services que peut rendre le fermage. Les inconvénients de ce système se résument ainsi :
Le propriétaire n'ayant rien à demander que l'exécution stricte du contrat, se désintéresse totalement de la manière dont le termier exploite son domaine ; il ne consacre ni son argent ni ses connaissances à l'amélioration du sol, et au progrès de l'agriculture.
Le fermier, de son côté, ne cherche pas à améliorer une terre qu'il devra abandonner bientôt ; il l'épuisera, au contraire, de plus en plus, à mesure qu'approche le moment de l'expiration de son bail.
Le fermier, qui est généralement le moins riche des deux contractants, doit garantir le propriétaire contre les mauvaises chances, les périls à courir, les intempéries des saisons, ce qui fait du fermier l'assureur du propriétaire.
3. Conclusion. On peut répéter cependant pour le fermage, ce qui a été dit du métayage. Le fermage n'est pas un système désavantageux en lui-même. Il est susceptible de produire d'excellents résultats, pourvu que les deux parties contractantes s'entendent et se fassent des concessions réciproques. Voici quelques-unes des conditions qui concilient l'intérêt stable du bon état des terres, avec celui des bénéfices du fermier qui les exploite actuellement.
Il faut i) que le bailleur ne se contente pas de louer ses terres, et d'en toucher le revenu. Il doit, en outre, et cela se pratique souvent en Belgique, s'intéresser directement à son bien, et, dans ce but, prendre sur lui certains gros travaux fixes.
iij Le fermier sortant doit être indemnisé des améliora-
(i) De là, le nom donné à ce contrat : fermage.
tions non épuisées qu'il laisse au sol. Si le fermier peut compter sur cette indemnité, il n'épuisera pas le sol, à mesure qu'approche le terme de son bail. Il faut avouer que l'estimation d'une telle indemnité est difficile à taire et doit soulever de grands débats. En Angleterre, la législation est intervenue en 1875, en 1883 et en i8go, mais sans produire un résultat appréciable. En Belgique, les contestations entre les fermiers et bailleurs, se produisent fréquemment, sauf en certaines parties des Flandres où une ancienne coutume, religieusement respectée, fixe l'indemnisation à fournir (pachtersrecht).
m) Le bail doit avoir une durée suffisante. Le cultivateur enfouissant dans la terre un capital, ne peut pas l'en retirer en deux ou trois ans. S'il prévoit qu'il n'aura pas le temps de recueillir le fruit de ses dépenses, il n'améliorera pas le terrain.
Eji plusieurs pays, notamment en France, le bail ne dépasse pas régulièrement g ans ; on trouve cette durée généralement insuffisante. En Angleterre, les baux atteignent couramment la durée de 20 ans.
iv) Il est enfin requis que le propriétaire laisse au fermier sa liberté d'action Sans cette condition, l'initiative de l'agriculteur est entravée. Le propriétaire doit seulement retenir le droit de reprendre ses terres, en cas de persistance de mauvaise culture. En Belgique, les clauses gênantes pour la liberté du fermier tendent de plus en plus à disparaître.
Résumons : Des trois modes d'amodiation (i) le fairevaloir l'emporte en résultats heureux, au point de vue économique et social. Les deux autres présentent des avantages et des inconvénients. Ces inconvénients ne sont pas tellement inhérents à ces systèmes mêmes qu'on ne puisse, par des mesures prudentes, les éviter, au moins en grande partie. Chercher ces mesures, étudier leur appli-
(i) Nous n'avons pas parlé des autres systèmes d'amodiation : tcntirc féodale, Erbpiichter, Rcntengiite-r, tcnurc cottagère, parce qu'ils sont particuliers à tel ou tel pays.
Voir des détails sur ces différents modes chez Rambaud, Elcni. d'écon. pol. p, 203 ; Stuart Mill, Princ. d'Écon. Pol. 1. II, ch. IX et X.
cation pratique, doit être le souci de tous ceux qui s'intéressent à la prospérité de l'agriculture, la plus importante des industries.
§ 2. Grande et petite culture.
Grande et petite propriété.
Il ne faut pas confondre la grande et la petite culture avec la grande et la petite propriété. Celle-là s'entend de l'étendue de chaque unité d'exploitation ; celle-ci de l'étendue totale, possédée par un même propriétaire. Quel est, dans la production des richesses, le rôle joué par la petite et la grande culture, la petite et la grande propriété ?