I. Grande et petite culture
La distinction entre petite et grande culture devrait être basée sur l'emploi d'un personnel plus ou moins nombreux, de machines plus ou moins perfectionnées. Mais, la délimitation ainsi obtenue serait trop vague ; aussi, se contente-t-on généralement de les distinguer d'après leur plus oti moins grande étendue. En France, les statistiques de 1882 considèrent comme grande culture, les exploitations de 40 hectares et plus ; comme moyenne culture, celles comprises entre 10 et 40 hectares ; les exploitations inférieures à 10 hectares sont considérées comme petite ou très-petite culture, (i)
(i) Le ministère de l'agriculture donne pour 1905, les renseignements suivants sur l'étendue des terres cultivées en Belgique.
L'étendue totale s'élève à 1,761,759 hectares contre 1,750,004, en 1904 ; 740,193 hectares sont affectés aux céréales et farineux ; 13,552 aux légummeuses cultivées pour la production des graines ; 99,484 aux plantes industrielles; 211,474 aux plantes racines ; 697,058 aux fourrages.
a. Avantages. La petite culture a de nombreux adversaires. On dit qu'elle est souvent dépourvue de machines et du matériel agricole ; qu'elle rend difficiles, sinon impossibles, les améliorations foncières ; qu'elle obéit généralement à l'esprit de routine et paralyse ainsi tout progrès agricole.
L'un ou l'autre de ces reproches peut être fondé ; mais, la petite culture a, en revanche, de nombreux avantages. La petite culture, disent ses partisans, Stuart-Mill, Cliffe- Leslie, etc., donne un produit brut proportionnellement plus élevé. La raison en est que le cultivateur sait mieux tirer parti des momdres parcelles de terre, et qu'il fait des économies sur une foule de détails. La petite culture, et ce n'est pas le moindre de ses avantages, a créé et conserve la forte race des paysans, si précieuse pour la nation. Ce qui confirme l'importance de la petite culture, c'est que sa situation en face de la grande culture si fortement outillée par suite de l'introduction des machines, ne s'est nullement affaiblie ; elle tend au contraire à se consolider.
On ne peut que s'en réjouir, et chercher à conserver et à élargir même, la place que la petite exploitation occupe dans l'industrie agricole.
Deux moyens semblent particulièrement aptes à procurer ce résultat :
Voilà pour les cultures principales.
Les cultures dérobées donnent : navets, 138,886 hectares ; carottes, 13,860 hectares ; spergule, 25,436 hectares ; total des cultures dérobées, 178,182 hectares.
Quant à ces hectares cultivés, ils se divisent en 296,314 exploitations agricoles, qui peuvent, au point de vue de leur étendue, se classer comme suit : 10,064 exploitations de i hectare et moins ; 90,275 id. de I à 2 hectares ; 51,463 id. de 2 à 3 hect. ; 51,135 id. de 3 à 4 hect. ; 20,971 id. de 4 à5 hect. ; 27,853 id. de 5 à 7 hect. ; 23,646 id. de 7 à 10 hect. ; 18,604 id. de 10 à 15 hect. ; 8,273 id. de 15 à 20 hect. ; 7,122 id. de 20 à 30 hect. ; 2,626 id. de 30 à 40 hect. ; 1,335 i"^- ^^ 40 à 50 hect.; 2,392 id. de 50 à 100 hect. ; 446 id. de 100 à 150 hect. ; 108 id. de plus de 150 hectares.
C'est la province de Namur qui a le plus d'exploitations de plus de 150 hectares ; elle en a 35. Vient ensuite le Hainaut qui en a 29 ; le Brabant en a 15 ; Anvers i ; les deux Flandres 7 ; Liège 9 ; le Limbourg 2; et le Luxembourg 10.
Le premier est Vassociation. Elle peut rendre de grands services à la petite culture, faciliter l'emploi des machines, répandre les connaissances techniques, fournir des débouchés aux produits agricoles, favoriser l'achat en commun de semences, d'engrais chimiques, assurer au cultivateur un capital, au moyen du crédit et des assurances. Ces avan cages, nous les voyons réalisés sous nos yeux, particulièrement en Belgique, où l'association a pris, depuis près de 25 ans, un développement extraordinaire, grâce à l'initiative des hommes d'œuvres, tels que M. l'abbé iMellaerts, M. Helleputte, M. le Chanoine Couturiaux, etc. ; grâce aussi à l'intervention bienveillante des pouvoirs publics. Nous reparlerons de V Association au chap. III de cette ^^^ partie.
Le second moyen est la réunion territoriale (samenlegging, Zusammenlegung) opposée au morcellement. Elle consiste à réunir les différentes parcelles disséminées, appartenant au même propriétaire. Le morcellement a de grands inconvénients : il est une cause de perte de temps, il élève les frais de culture, multiplie les lisières perdues pour la production, rend difficile rirrigation,le drainage etc.
Cet émiettement du sol a occupé, plus d'une fois, les Gouvernements. L'Allemagne a pris, depuis plus d'un siècle déjà, des mesures énergiques pour opérer la réunion territoriale.
La France s'en est occupée encore en 1872 et en 1875. L'Autriche, en 1883. En Belgique, les mesures prises, en 1869 et en 1887, pour dégrever de charges fiscales les échanges de biens ruraux opérés en vue de la réunion territoriale, n'ont pas eu de résultat appréciable.
b. Conclusion. Malgré ses grands avantages, la petite culture ne peut être appliquée partout. La grande exploitation l'emporte incontestablement pour les prairies et les forêts. Aussi, est-il naturel que la grande culture trouve plus de partisans dans les pays à pâturages, comme en Angleterre. Dans ce pays, les grandes exploitations de plus de 45 hectares comprennent 18 "/o du territoire; en France, celles qui dépassent 40 hectares ne forment que 2,5 "/o.
IL Petite et grande propriété.
La grande propriété ne suppose pas nécessairement la grande culture. Le propriétaire peut, en effet, distribuer ses terres par petites parcelles et en confier l'exploitation à des fermiers.
a. On est généralement d'accord pour apprécier la haute importance sociale et économique de la petite propriété. Le paysan-propriétaire est inébranlablement attaché au sol national, il est indépendant et ferme, et à l'heure du danger, il est la meilleure défense de la patrie.
Quant au côté économique, personne, proportion gardée,n'exploite mieux que le propriétaire du sol. Cette assertion n'a pas besoin de preuve. Multipliez les exploiteurspropriétaires, vous multiplierez le bien-être économique.
Si la petite propriété rurale est si avantageuse, il faut la défendre contre les causes de destruction qui pourraient l'atteindre. Telles sont les charges fiscales excessives, qui épuisent le laboureur italien ; tel encore le partage à outrance introduit par les lois de succession du code Napoléon. Il faut la fortifier, la rendre plus stable, en favoriser la création par un sage crédit d'acquisition. Il faut enfin la protection de l'Etat, préservant la petite propriété de la saisie et de la vente, pendant la vie du propriétaire, et de la liquidation forcée, après sa mort.
Plusieurs pays possèdent des lois dans ce sens : la Russie, la Roumanie (loi de 1864), l'Amérique (Home-Stead Exemption, loi de 1839), le Hanovre et le Lauenbourg (lois de 1873 et 1881) etc.
b. 'La. grande propriété a, elle aussi, son importance au double point de vue mentionné : économique et social.
I. Il est d'abord certain, et l'observation le démontre à l'évidence, que la petite propriété n'est pas une condition absolue de prospérité. La grande propriété, combinée avec certains contrats de location, peut être un élément de bien-être matériel pour toute une région. Bien plus, quand les petits propriétaires ne disposent pas d'un certain capital d'exploitation, ils font de vains efforts
pour améliorer leur situation. Dans ce cas, rien ne remplace les services que peut rendre la grande propriété.
Ensuite, le grand propriétaire est appelé à donner dans la région l'exemple et l'élan des progrès agricoles. Il fait sur les terres dont il se réserve la culture, l'expérience de procédés nouveaux, de machines, d'engrais, de semences. S'ils réussissent, tous les paysans d'alentour, ses tenanciers pour la plupart, imiteront son exemple.
Enfin, le grand propriétaire qui comprend le rôle économique qu'il est appelé à jouer, consomme sur place son revenu ; il s'établit en permance sur ses terres ; ses rentes profitent directement ou indirectement au progrès agricole, à la prospérité des campagnes.
2. Le rôle social du grand propriétaire est de même considérable. Le grand propriétaire est le trait d'union naturel entre les pouvoirs publics et les paysans de la région. Par son intermédiaire, le gouvernement central se fait obéir, fait accepter ses réformes, fait comprendre l'opportunité de ses mesures. Par son intermédiaire aussi, les paysans peuvent faire valoir leurs droits, faire parvenir leurs justes réclamations à l'autorité compétente. C'est autour de lui que gravite tout le mouvement social de la région.
Pour pouvoir remplir ce rôle si honorable et si avantageux à l'ordre économique et social, des devoirs, des sacrifices s'imposent au grand propriétaire. C'est pour ne pas en tenir compte, que nombre de châtelains, grands propriétaires, n'exercent dans leur région aucune des influences économiques ou sociales auxquelles ils pourraient prétendre.
Il est d'abord nécessaire qu'ils soient suffisamment préparés au rôle qui leur incombe. Ils doivent donc connaître leur région et ses intérêts propres, suivre le progrès de la science agricole, se tenir au courant des découvertes, être aptes à remplir la mission de conseiller ou de député qui leur sera peut-être un jour confiée dans l'intérêt de leurs protégés.
Ensuite, il faut que le châtelain soit modéré dans les
Economie Politique. g
redevances demandées à ses fermiers. Son but ne peut pas être de s'enrichir par ses terres. S'il se montre exigeant, il perd l'affection de ses tenanciers et l'influence à laquelle sa situation lui donne le droit d'aspirer.
Il faut encore que le grand propriétaire soit à la tcie de toutes les entreprises qui intéressent le bien-être matériel et même moral de la région. Il doit exercer un véritable patronage. Toutes les œuvres de bienfaisance, d'assistance, d'instruction, doivent trouver en lui un protecteur. En toutes, il doit se montrer le soutien du clergé.
Dans ce but, il est encore requis que le grand propriétaire réside habituellement dans ses terres. Sans la résidence habituelle, il ne sait pas entretenir avec les paysans, les relations nécessaires à son influence, ni connaître leurs nécessités, leurs réclamations, ni gagner ou conserver leurs sympathies.
Préparation suffisante, modération dans ses exigences, patro- Jtage éclairé et résidence habituelle, voilà donc les obligations qui incombent aux grands propriétaires, s'ils veulent remplir leur mission économique et sociale. S'ils y sont fidèles, ils sont, avec le clergé, les initiateurs du progrès matériel et moral des campagnes, la providence de toute la contrée.
ART. III
L'Industrie extractive.
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