‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 80 sur 167 · Travail · texte numérisé non relu

Travail

I. Plus le travail est éiicrgiqite, plus il est fécond. Or, la religion donne au travail une énergie que nul autre facteur ne saurait lui communiquer. Le travail implique un effort, une victoire de l'homme sur lui-même, un renoncement habituel à ses goûts de repos. Or, la religion, et elle seule, enseigne le renoncement constant, elle seule donne la force de le pratiquer.

L'intérêt, l'espoir du gain aiguillonne sans doute le travailleur, mais bien souvent il voit, dans l'oisiveté, la vie commode, un intérêt immédiat et plus grand qu'il suivra, si le renoncement chrétien ne vient pas à son aide.

Pour l'ouvrier chrétien, le travail est un moyen d'atteindre Dieu et sa propre béatitude. Donc, il mettra dans son travail quelque chose de cette tendance puissante

qui le porte vers Dieu. Donc, son travail aura une force, une énerg"ie irrésistible.

Cette preuve devient plus forte, si l'on consulte V histoire. L'énergie du travail décroit à mesure C[ue croissent les vices opposés au christianisme. La décadence des sociétés antiques, p. e. de la Grèce et de l'Empire Romain, en est la preuve frappante. (V. H. Wallon. Histoire de V esclavage, partie IL chap. IV et XII. — Bœckh. Economie politique des Athéniens, livres IV, chap. II et XXII. — Duruy, Hist. des i^owams,chap.XVIIL^ 2.— Dureau de la Malle Economie pol. des Romains, liv. IL ch. XXIII. etc.)

IL Pour que le travail soit fécond, il faut qu'il soit libre. Le travail est libre, d'abord, lorsqu'il n'est pas exécuté par contrainte, ensuite, lorsque le fruit du travail reste la propriété du travailleur. Sans ces deux conditions, le travail est un esclavage.

Or, c'est l'Eglise qui a affranchi le travail, parce qu'elle le fait aimer, parce qu'elle, a revendiqué de tout temps, pour le travailleur,le droit de propriété sur le fruit de ses efforts, parce qu'elle a aboli l'esclavage, aussitôt et dans la mesure que le permettaient les circonstances.

Que le travail servil soit inférieur en puissance au travail libre, l'histoire sociale de la Grèce et de Rome le démontrent avec évidence (V. Dureau de la Malle. Econ. pol. des Romains. \W. I,ch. XV — Dareste de la Chavanne — Histoire des classes agricoles, chap. III. Sec. II, § i).

La Russie moderne nous fournit la preuve de la même vérité : les seigneurs ont compris qu'il y a intérêt à laisser à leurs serfs une certaine indépendance, une propriété partielle des terres qu'ils cultivent. De la sorte, ils en tirent un travail plus intense, plus soutenu, et une rente plus considérable.

h\4inériqiie comptait, ily a quelque cinquante ans, des provinces où l'esclavage était loin d'être aboli. Or, dans ces provinces,l'infériorité industrielle agricole et financière par rapport aux autresEtats où règnaitle travail libre, était frappante. (V. M. Haxthausen. Etudes sur la Russie, tome I, chap. IV. — A.DE TocQUEViLLE.La démocratie en Amérique, tome IL chap. X. — Cochln. L'abolition de V esclavage.)

III. La fécondité du travail exige qu'il soit hon or é.h^homme a l'instinct et le sentiment de sa grandeur native ; il veut être honoré, quelque modestes que soient d'ailleurs son emploi, son nom et sa fortune. Si donc, on désire qu'il s'applique à son travail avec toute l'énergie, la constance, l'application, l'esprit de suite dont il est capable, il faut lui faire trouver sa dignité dans le travail, lui persuader que le travail est honorable.

Or, personne ne contestera à l'Eglise le privilège d'imprimer au travail ce caractère d'honorabilité, de grandeur, de dignité qui le fait aimer et rechercher. Elle seule, en effet, enseigne que le travail épure, fortifie la volonté et élève de la sorte TJi 01 mue vers ses fins supérieures.

Elle seule montre comment le travail, par les sacrifices dont il est l'occasion, par les humiliations même qui souvent l'accompagnent, aide r homme à s'affranchir de luimême et des choses terrestres, et à s'attacher à Dieu, la seule source de toute grandeur.

Elle seule a réhabilité le travail, avili et méprisé par le paganisme. Elle l'a réhabilité dans son but, en donnant à la richesse une fin supérieure à la simple jouissance ; dans son fondement, en faisant du renoncement, inséparable du travail, la base du mérite et de la grandeur du chrétien.

Elle seule, enfin, a la. force défaire accepter et pratiquer cette doctrine sublime concernant le travail, et par les exemples de son divin Fondateur, des apôtres, des moines, et par la grâce surnaturelle et absolument nécessaire dont elle est le canal. (V. F. de Champagny. Charité chrétienne dans les premiers siècles. — Montalembert. L^s moines d'Occident,t. I.

— Mabillon. Praef. in acta sanct. ord. S. Bened. in prim. saec. c. XIII. ; m to'tiumsaec.p. I, §48. — Hûrter. Tableau des institutions et des mœurs de V Eglise au moyen-âge, t. II.

— Gaillardin. Histoire de la Trappe, t. I.)

2, Capital.

Il est l'instrument indispensable dont se sert le travail pour produire des richesses. Or, sans la doctrine de l'Eglise la formation du capital et son usage rationnel ne sont pas possibles.

I. 'La. formation du capital est due tout entière au renoncement. Or, le renoncement n'est enseigné pratiquement, et surtout efficacement, que par l'Eglise.

Il est hors de conteste que le renoncement est la source du capital. Faire un capital, c'est mettre en réserve une partie des produits du travail, pour les faire servir à une production ultérieure. Or, réserver une richesse pour un avenir incertain, c'est s'interdire une jouissance présente certaine, c'est faire acte de renoncement.

L'intérêt pur et simple n'est pas assez puissant pour imposer à l'homme l'habitude de l'économie. L'expérience le prouve : l'ouvrier sans croyance, sans instruction, livré à ses passions, est incapable de prévoyance et d'épargne ; les hommes d'œuvres, propagateurs des caisses de retraite, d'épargne, etc., peuvent en dire long sur ce sujet.

IL L'économie, pour èivefrîictucuse, doit ne pas dégénérer en avarice. Or, l'Eglise qui donne l'impulsion à l'économie lui fixe aussi sa mesure. L'avarice suppose, et engendre en même temps, la dureté, l'égoïsme ; l'Eglise encourage la charité, défend la cupidité, inspire à ses enfants la bienveillance et la générosité ; elle enseigne la vraie destination des richesses, l'usage légitime qu'on peut et doit en faire : pour tout homme, les richesses ne peuvent être qu'un moyen d'acquérir une perfection ultérieure plus noble.

Les données de l'histoire confirment ici encore, la nécessité d'une intervention des principes religieux.

Des écrivains non suspects de partialité pour l'Eglise, ont avoué l'influence prépondérante du christianisme et de sa doctrine du renoncement, sur la constitution des richesses au sein des sociétés modernes et médiévales.

«Les christianisme, dit M. Pelletan (Profession de foi du XIX*" siècle), avait prêché à la race du Nord, assise sur un sol encore vierge, la doctrine de la privation, de la continence, et involontairement, à son insu, il avait contribué à développer l'épargne, et par l'épargne, la richesse. »

Les sociétés païennes, la Grèce et l'empire Romain, ont eu leur temps de prospérité ; ce temps correspondait avec la pratique de certaines vertus morales, qui ne trouvent

leur plein épanouissement que dans le christianisme. Dès que ces peuples se sont abandonnés aux vices, à la passion des jouissances, à l'amour du luxe, à l'oisiveté, cette prospérité a commencé à décliner, et a fini par faire place à la plus noire misère et à la ruine de la nation ellemême. (V. sur toute cette matière : Mabillon. Praef. in saecicl. tertium, p. I, § 48 et 49. — Naudet.D^ l'Etat des personnes en France sons les rois de la première race. — F. DE Champagny. Les Césars,\\\vt III, chap. I. — Mûller. De Genio, moribus et luxu aevi Theodos. t. II, chap. VI. )

b. Les Causes prochaines de la production des richesses sont les Industries. Quelle est l'influence de l'Eglise à ce point de vue ?

L'industrie, pour être productrice, doit jaillir de la libre activité de l' homme. Là où l'initiative individuelle fait défaut, toute industrie languit. Lors même qu'il ne contiendrait pas d'autres erreurs et d'autres contradictions, par la seule négation de ce principe : qu'à la base de tonte action économique doit se trouver la libre activité individuelle, le socialisme serait condamné. Mais, la liberté individuelle n'est pas la seule loi delà production des richesses.Non refrénée, elle dégénère en égoïsme, provoque la concurrence sans limites, l'écrasement des faibles, la lutte des classes, en un mot, cet ensemble de conséquences désastreuses dont nous avons parlé plus haut en réfutant le libéralisme économique.

La vraie impulsion à donner à l'industrie doit donc être un juste milieu entre les deux grandes erreurs.

Or, l'école qui montre cette voie intermédiaire est l'école catholique appuyée sur les enseignements du chef suprême de l'Eglise.

Nous n'allons pas refaire la preuve de cette doctrine qui à la fois sauvegarde la liberté, et la contient dans de justes bornes, par une intervention opportune de l'Autorité. Notons seulement que cet enseignement de l'Eglise au sujet de l'économie politique, n'est pas un enseignement de surface, trouvé pour le besoin de la cause, c.-à-d. de la question sociale à résoudre. Non, il plonge ses racines

dans la nature même de l'homme et de la société civile ; il a toujours été donné par l'Eglise, il a toujours été appliqué par elle, chaque fois qu'elle a joui de sa liberté d'action.

c. Les conditions de la production des richesses sont : r association, r intervention légale, et, nous sommes occupés à le prouver, l' influence de l'Eglise. Cette dernière condition exerce, sur les deux premières, une action puissante.

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