‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 81 sur 167 · L'associatioD · texte numérisé non relu

L'associatioD

I. Les membres qui contractent une union en vue d'une même fin, manifestent qu'ils ont foi les uns dans les autres. Si l'association fait des opérations avec des tiers, si, p. e. elle est commerciale, elle doit, pour atteindre son but, inspirer confiance au public.

Certaines sociétés, comme les mutualités, reposent en outre sur un sentiment de bienveillance réciproque. Toutes, enfin, supposent dans leurs membres V esprit de conciliation, de support, de discipline.

Or, qui ne voit que toutes ces qualités, toutes ces condi^ tions relèvent, plus ou moins immédiatement, d'un sentiment religieux ? La confiance ne s'inspire qu.e si elle a pour base Isl probité, l'amour de la justice. La bienveillance n'est sérieuse, ni durable que si elle prend son origine dans la charité chrétienne.

Le support, l'esprit de conciliation, assez développés pour faire préférer le bien commun à l'intérêt propre, supposent la vertu de renoncement, demandent que l'homme se laisse guider par un motif d'ordre supérieur.

Donc, l'association, appliquée à la production des richesses n'est puissante, ni surtout durable, que si elle a pour fondement la religion.

IL L' observation confirme la grande influence de l'Eglise sur l'associaticjn.

Cest elle qui créa au moyen-âge, la grande association de la Paix et de la Trêve de Dieu (i),qui fut, à cette époque,

(i) V. Sémichon : la Paix et la Trêve de Dieu. Ce livre met dans tout son jour l'action qu'a exercée sur la société tout entière, cette assocation créée par l'Eglise.

la seule digue opposée aux fléaux qui désolaient la société, et qui apprit aux peuples à s'associer pour résister à l'oppression des forts, pour protéger leurs biens, leur commerce contre les pillards, pour maintenir leurs droits, leurs coutumes contre les envahisseurs.

C'est sous r influence de l'Eglise que surgirent les corporations et ghildes du moyen-âge, dont on commence, de nos jours, dans les milieux les plus prévenus, à reconnaître la portée économique.

C'est grâce à l'Eglise que l'association a pris, de nos jours, une expansion si merveilleuse. C'est de la voix du Pape Léon XIII que le mouvement des œuvres sociales a reçu son impulsion irrésistible, qui aboutira, n'en doutons pas, à la constitution corporative de la société.

Les adversaires de l'Eglise, bénéficient, sans le savoir, de ses bienfaits. Ils vivent dans une atmosphère d'association, mais ils ne se doutent pas que c'est l'Eglise qui l'a formée ou ils refusent de le reconnaître. Ils s'associent eux aussi, et profitent dans ce but, de cet esprit de solidarité, de justice, d'honnêteté, de probité, dont l'Eglise a imprégné depuis des siècles, toutes les classes de la société. Mais leurs institutions, à base si faible, sont forcément caduques.

Les œuvres sociales du libéralisme sont insignifiantes ; celles du socialisme, écloses dans une haine féroce de la société moderne, habilement et énergiquement conduites, ont pu avoir, un temps, l'apparence de la force, de la consistance ; en réalité, elles ne s'appuyent que sur la violence et la passion, qui sont essentiellement transitoires. Déjà se manifestent, dans ce gigantesque édifice socialiste, des crevasses manaçantes, que les leaders du parti sont impuissant à masquer. Qu'on se rappelle les querelles retentissantes qui se produisent périodiquement dans leurs coopératives, les dissentiments profonds qui s'accentuent entre les travailleurs manuels et les intellectuels du Parti, les discussions entre les partisans de l'union professionnelle neutre, et ceux qui veulent imposer l'affiliation au Parti. Qu'on se rappelle encore les divisions intestines des sociahstes itahens et des socialistes français, et la défaite du socialisme allemand aux dernières élections législatives.

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