‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 82 sur 167 · L'intervention de l'Etat · texte numérisé non relu

L'intervention de l'Etat

I. L'Etat doit intervenir dans la question économique ; il ne peut intervenir que comme condition de plus grand succès, d'une manière restreinte, laissant à la liberté individuelle ou associée toute l'initiative qui lui revient légitimement.

Tel est le principe qui renverse à la fois le libéralisme économique et le socialisme ; tel est le seul chemin qui ne conduise pas à la ruine économique d'une nation. La preuve en a été longuement d(jnnée plus haut (V. i''^ p. chap. II).

Or, c'est l'Eglise et la philosophie chrétienne qui déterminent, de la sorte, le rôle confié à l'Etat dans la production de la richesse publique.

La prospérité économique des nations, due à la sage intervention de l'Etat, a donc sa source première dans la doctrine de l'Eglise, sciemment ou inconsciemment suivie par les Gouvernements.

Cette considérati(Mi est capitale. L'économiste chrétien ne saurait assez la souligner. L'observation des faits la confirme irréfutablement. En effet :

IL La situation économique d'un peuple se ressent nécessairement de son état politique. La prospérité matérielle ne se trouve jamais, d'une manière permanente, dans un Etat livré, soit au despotisme, soit à l'anarchie. Or, le résultat nécessaire du libéralisme franc est l'anarchie, et la condition nécessaire d'existence du socialisme est le despotisme. L'histoire tout entière de l'Eglise est là, pour prouver que sa propre existence a été une lutte perpétuelle, d'un côté contre le despotisme des puissants, d'un autre côté contre l'anarchie, l'indiscipline, le libertinage de la foule

Le développement de cette preuve nous entraînerait trop loin : qu'on se souvienne seulement des combats scnitenus par l'Eglise contre l'Etat, pcjur soustraire les peuples à l'esclavage ou simplement à l'oppression despotique de certains princes ; ensuite, des efforts tentés par cette même Eglise pour arracher les peuples à l'anarchie,

Economie politique. 14

pour empêcher les révolutions, pour rappeler les foules au respect de l'autorité légitime. (V. entre autres : Kraus. Histoire de V Eglise. )

m. Il n'y a plus de doute aujourd'hui pour aucun esprit sincère, que la civilisation européenne n'ait été l'œuvre du christianisme. Or, si la civilisation est l'œuvre de l'Eglise, la prospérité économique, qui en est une partie nécessaire, est due, elle aussi, au christianisme.

Et si, par le passé, celui-ci a exercé une si puissante influence sur le bien-être matériel de la société, il est appelé aujourd'hui à rendre le même service ; sa vertu, en effet, n'a pas diminué.

De plus, si dans les siècles écoulés, aucune civilisation, donc aucune prospérité matérielle, n'a eu de consistance, sans avoir été cimentée par les principes religieux et moraux du christianisme, nous pouvons affirmer qu'il en sera de même au temps présent. La France commence visiblement à confirmer, à ses dépens, cette assertion. Elle s'est déclarée officiellement athée, elle a déclaré la guerre à l'Eglise, mais en même temps, elle a étalé, à tous les regards, le triste spectacle de sa désorganisation intérieure, au point de vue politique, militaire, financier et surtout moral.

Hécapituladion.

Les lois générales de la production des richesses.

L Les causes éloignées de la production sont la nature, le travail et le capital.

a. La nature : i. Elle concourt à la production, comme cause matérielle, c.-à-d. comme matière à transformer par le travail.

2. L'élément le plus important est la terre. Cette importance varie d'après la composition géologique du sol, la configuration géographique et la situation climatérique du pays.

b. Le travail : i. Le travail, soit d'invention, soit de direction, soit d'exécution est la cause formelle de la

production des richesses, c.-à-d. qu'il transforme la nature et lui communique, de la sorte, une nouvelle utilité.

2. Ses deux aides sont la division du travail, contenue dans de justes bornes, et l'application des machines.

c. Le capital : Le capital, soit fixe, soit circulant, est la cause instrumentale de la production des richesses, c.-à-d. le moyen dont se sert le travail pour transformer la nature.

II. Ces trois éléments de la production réunis dans les Industries, constituent les causes prochaines de la production.

a. La production rationnelle de la richesse publique doit tenir compte de l'importance respective des industries, de la solidarité qui les relie toutes entre elles, et des besoins de la consommation.

b. L'exploitation agricole, soit par faire-valoir, soit par métayage, soit par fermage, doit tenir le premier rang parmi les industries, et revêtir à la fois, dans un même pays, le caractère de grande et de petite culture.

III. Une bonne production requiert, comme conditions nécessaires, une certaine intervention de l'association, de l'Etat et de l'Eglise.

a. L'association, i. Pour être efficace, l'activité individuelle doit être soutenue par l'association, qui coordonne, dirige et intensifie les efforts individuels.

2. L'association oftVe des avantages nc^mbrcux pour poursuivre, soit un but lucratif, soit simplement un but économique, soit la défense des intérêts professionnels.

b. L'Etat. I. L'intervention législative ne peut pas être l'absorption de l'initiative privée ou associée.

2. L'intervention législative doit consister à écarter les obstacles à la libre activité industrielle des membres de la société, à la protéger et à la défendre, à l'aider positivement.

3. La loi peut donc assigner à l'actic^i industrielle des individus, les bornes exigées par le bien commun.

c. U Eglise. 1. Son influence sur les causes éloignées de ta production : i) Les principes religieux et moraux du christianisme sont indispensables pour que le travail humain soit énergique, libre, et honoré, c.-à-d. fécond.

II) Sans ces mêmes principes, le capital ne saurait ni se constituer, ni se maintenir dans de justes limites.

Page 1