TROISIÈME PARTIE
Circulation ou échange des richesses.
V. V. Bkants. La circiilaiion des hoiiiiiies et des choses — et. Grandes lignes... liv. IV.
Hervé-Bazin. Traité élémentaire d'éc.poL, y p.
Leroy-Beaulieu. Précis d'écon. pot., 3^^ p.
PÉRIN. Prein. princ. d'éc.poL, chap. 3'-*.
LiBERATORE. Princ. d'éc.pol., i^ part., chap. IV.
Ch. Devas. Poliiical economy, Book II, Exchange.
Jos. Rambaud. Eléni. d'éco7i. pol., 2^ p.
GuiLLEMENOT. Eléin. d'éc. pol., chap. IL Paris, Bray et Retaux 1884.
Préliminaires.
I. La 2^*-* partie : Production des richesses, s'occupe exclusivement des causes et des conditions qui exercent une influence sur la création des valeurs. Mais, cette création d'une valeur peut se faire directement ou uidirecteme?tt. Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la première manière. Il nous reste à examiner la seconde : elle se fait par la circulation des richesses. Une chose produite peut être sans utilité immédiate pour ses producteurs, mais elle sera recherchée par d'autres ; il faut donc l'échanger, la faire parvenir aux mains de ceux qui veulent ou la consommer, ou s'en servir d'instrument pour une nouvelle production.
IL L'échange des richesses est un corollaire nécessaire de la division du travail, et celle-ci s'accentue à mesure que progresse l'industrie d'une nation. Il s'ensuit qu'une société ne saurait jouir d'une prospérité durable, si elle ne crée pas, dans son sein et autour d'elle, un mouvement intense de commerce, de circulation des richesses.
L'échange est nécessaire, non seulement aux nations civilisées, mais aussi, quoique dans une mesure beaucoup
moindre, aux sociétés les moins compliquées, à civilisation primitive. La raison s'en trouve clans la diversité de capacité productive des territoires et d'aptitude productive des différents hommes.
III. Toute la circulation gravite autour de la valeur d'échange des objets. Il importe donc de déterminer cette valeur. Beaucoup d'économistes ont posé comme principe fondamental dans l'appréciation de la valeur, la loi suivante : « La valeur d'une chose est en raison directe de la demande, et en raison inverse de l'offre qu'on en fait. »
C'est en effet de cette loi qu'on peut déduire les trois causes ordinaires qui exercent une influence sur la valeur d'échansj;e.
a. L'utilité et la rareté sont des éléments de la valeur des choses. Plus une chose est utile, soit absolument, par sa valeur intrinsèque, soit relativement à l'acheteur, plus celui-ci la désire, plus aussi il la demande, plus, par conséquent, elle a de valeur à ses yeux. De même, plus un (jbjet désiré est rare, c.-à-d. peu ojfert, plus on s'impose de sacrifices pour le posséder, plus, par conséquent, la valeur de l'objet augmente.
b. Le travail épargné à l'acheteur, soit pour fabriquer l'objet, soit pour se le procurer au moyen du transport, augmente, à ses yeux. \e prix de l'olDJet, le lui fait demander avec plus d'instances, le porte à le payer plus cher.
c. Les frais de production contribuent à augmenter la valeur d'échange. Le producteur a intérêt à ne vendre sa marchandise qu'avec profit ; plus la production lui a occasionné de frais, plus il se montrera exigeant quant au prix ; en d'autres termes : l'offre sera moindre et, par suite, la valeur plus élevée. Cette dernière cause a cependant des limites, elle est parfois neutralisée par la première. Si, en effet, le consommateur, à cause de leur trop grande abondance, n'a que faire de produits excellents et créés à grands frais, les prix s'effondrent, les choses se déprécient.
d. A ces causes ordinaires, il faut enjoindre d'autres qui dépendent de circonstances spéciales. Telles sont la coutume, d<jnt l'influence est surtout forte dans les milieux où la
concurrence est moins intense ; les guerres, les crises, les monopoles et surtout le sentiment chrétien de justice et de charité plus ou moins développé.
Toutes ces causes réunies forment une appréciation commune, une estimation globale qui établit une valeur courante pour les mêmes espèces échangées sur le même marché. C'est Vœsiimaiio commnnis considérée, depuis des siècles, par les théologiens catholiques, comme le critère de la valeur et du juste prix.
IV. La circulation des richesses s'impose à toute société qui s'intéresse à la prospérité publique. Il faut donc trouver les movens les plus appropriés à son développement. Le mode le plus élémentaire est le troc simple, par lequel deux hommes se donnent réciproquement une chose pour une autre, p. e. du blé pour du bétail. Vient ensuite le troc circulaire, ou par intermédiaire. Cet intermédiaire est une marchandise que les vendeurs et acheteurs connaissent et apprécient également, acceptent aisément, et qui est peu exposée à se détériorer. La plupart des pays possédaient cet intermédiaire ; les peuples pasteurs avaient le bétail ; c'est même de là que nous vient le mot pecunia, qui fait allusion à l'échange de troupeaux. D'autres peuples avaient, ou ont encore, les fourrures (Amérique), le sel et le poivre (Abyssinie), la morue sèche (Terre-Neuve), les toiles peintes, le sucre, le tabac, etc.
Le troc, soit simple, soit circulaire, présente de nombreux inconvénients. Ces différents objets peuvent changer de valeur, se détériorer parfois promptement ; ils ne sont pas toujours susceptibles de division ; l'acheteur n'en a parfois que faire. L'homme chercha mieux, et trouva, enfin, comme intermédiaire de l'échange, les métaux précieux, surtout l'or et l'argent. Enfin, vers le milieu du moyen-âge, pense-t-on, furent créés les titres de crédit qui devaient donner à la circulation des richesses la prodigieuse extension que nous admirons de nos jours.
V. La 3^ partie de ce manuel est destinée à étudier les deux grands moyens de circulation : la monnaie et le crédit. Ils seront l'objet des 2 premiers chapitres. Un 3'= chapitre tracera les limites qu'il convient de mettre à l'échange
avec les autres peuples, pour l'empêcher de devenir un obstacle à la prospérité économique de la nation. Donc :
I Chap. La monnaie.
II Chap. Le crédit.
III Chap. Le commerce international.