II. Controverse du double étalon
Le Régime établi par les conventions de l'Union latine, quoique n'étant pas un bimétallisme pur, a donné lieu à la controverse du double étalon.
Faut-il donner la préférence au monométallisme ou au bimétallisme ? en d'autres termes, faut-il adopter comme étalon, mesure officielle des valeurs l'argent et l'or, ou bien l'un des deux seulement ? Voici brièvement résumés, les arguments des deux systèmes en présence.
Premier système. Le monométallisine (Michel Chevalier, Leroy-Beaulieu, Baudrillart, Gar- NiER, etc.)
a. L'étalon étant une mesure, doit être unique ; il serait absurde de prendre deux mesures différentes, tantôt l'une, tantôt l'autre.
Qu'on ne réponde pasque le bimétallisme n'adopte, en définitive, qu'une seule mesure composite, puisque la loi fixe le rapport de la valeur des deux métaux. En effet, la valeur est variable de sa nature ; par conséquent, le rapport légal est ou fictif ou sujet à des variations sans fin.
b. D'après le thcorcmc de Greshaiu, la circulation parallèle, dans un pays, d'une monnaie dépréciée et d'une monnaie correcte, est impossible. La mauvaise
En 1870 à fr. 567jI53)29o
[Annuaire statistique de la Belgique 1906. — Publication du ministère.)
chasse toujours la bonne. En effet, supposons un pays, la Belgique p, e., où les pièces d'argent auraient cours forcé illimité, au moment oii ce métal est déprécié ; les Anglais y feraient leurs payements en argent, se libéreraient ainsi avec une valeur réelle moindre ; les négociants belges, au contraire, devraient leur payer en or, puisque, en Angleterre, ce métal est seul usité comme étalon monétaire. La monnaie dépréciée nous serait donc servie de toutes parts, et l'or serait emporté.
La conséquence de ce principe est que le bimétallisme ne saurait avoir d'application dans un pays, sans lui causer, d'abord, une perte considérable, puisque le mauvais métal abondera et remplacera le bon ; sans aboutir ensuite, pratiquement au monométallisme alternatif. La monnaie dépréciée, chassant la monnaie de prime, deviendra seul métal circulant, jusqu'à ce que par suite des oscillations de valeur, elle fasse prime à son tour.
Deuxième système. Biniétallisnie . (Périn, de Laveleye, Cauwès, Gide. VVolowski.)
a. L'emploi simultané de l'or et de l'argent forme un balancier compensateur. Quand un métal baisse l'autre hausse vis-à-vis du premier. Les fluctuations de valeur seront donc moins sensibles que dans le système du monométallisme. Ensuite, avec un métal, on n'est pas à l'abri d'un accident de baisse inattendue ; une suspension forcée de l'exploitation d'une mine, par suite d'une guerre, d'un tremblement de terre etc., suffit pour provoquer une crise métallique. Les bimétallistes n'en ressentiront pas le contrecoup, puisqu'il leur reste la ressource d'un second métal.
b. Le premier argument apporté par les partisans du monométallisme est fortement contredit par l'expérience. Le rapport légal de i à 15 1/2, fixé par la loi de 1803, n'a pas été sensiblement influencé par la valeur réelle croissante de l'or. Les pièces d'argent ont continué, et continuent encore, de circuler facilement, malgré leur valeur fictive.
c." Enfin, quoi qu'il en soit de la question au point de vue théorique, on ne peut songer actuellement, disent les défenseurs du bimétallisme, à démonétiser l'argent. On a calculé que cette mesure coûterait à la France plus d'un milliard.
De quel côté iaut-il se ranger dans ce débat?
Avant de répondre, il importe de se rendre compte de la situation de fait dans laquelle se trouvent les Etats bimétallistes, vis-à-vis des Etats monométallistes. L'avantage, à ce point de vue, est manifestement du côté des derniers. Les raisons alléguées plus haut suffisent, à le montrer ; l'expérience, d'ailleurs, fait voir que les Etats bimétallistes ont dû pratiquement reconcer à leur système.
Mais, la question a un point de vue beaucoup plus élevé. Il n'est pas seulement question de savoir quel système monétaire est le plus économique à une nation déterminée, aux prises avec des rivales, il importe surtout de se demander quel système présenterait le plus d'avantages matériels à toute riiinnanitc, à toutes les nations commerciales se mettant d'accord sur une question de cette importance.
Il semble hors de doute que dans ce dernier cas, si l'unité monétaire se faisait entre les divers pays, le meilleur système monétaire serait le bimétallisme.
Cette unification monétaire si souhaitable ne semble pas près de se faire. L'Allemagne et l'Angleterre ne se montrent, d'ailleurs, pas désireuses de réaliser cet accord. Les conférences internationales, réunies dans ce but, n'ont pas même pu faire adopter le système métrique uniforme, base de tout arrangement ultérieur.