CHAPITRE V
Le salaire*
Nous avons déduit, dans les chapitres précédents, les lois qui règlent, entre ceux qui prêtent le capital et ceux qui prêtent la force musculaire, le partage des produits qui ré-
sultent de leur association. Cependant, le sujet est assez important pour nous justifier de le traiter séparément, et sous d'autres rapports que ce partage.
Le travail est ce que chacun a à vendre. Ceux qui désirent l'acheter cherchent naturellement à l'obtenir au plus bas prix possible ; et il est habituellement appelé cher ou à bon marché , selon la quantité d'argent qui paye un nombre donné d'heures d'efforts musculaires. D'un autre coté, celui
qui offre de le vendre compare la somme des efforts qu'il veut ou doit faire pour accomplir sa tâche, avec la quantité des choses nécessaires ou commodes qu'il doit en obtenir, — choses souvent très-différentes en espèce de celles auxquelles son travail doit être employé. La proportion entre le salaire et le profit étant pratiquement réglée avant que celui-ci soit connu, c'est la quantité présente et définie, et non la proportion future et indéterminée, qui frappe le plus l'attention des hommes qui s'occupent d'entreprises, et ce fait a donné la même direction aux recherches de la plupart des économistes. En réalité, Ricardo et quelques-uns de ses adhérents regardent le salaire comme bas ou élevé, suivant la proportion qu'ils ont avec le montant du produit. C'est dans ce sens qu'il déclare que « il n'y a pas d'autre moyen d'avoir les profits élevés que de maintenir le bas prix du salaire ; » et que M. Mac Culloch dit « que les profits sont en raison inverse des gages, — c'est-à-dire qu'ils tombent
LE SALAIRE
quand le salaire hausse, et qudls aujjaiieiiteiit quand celuici tombe. » Ce dernier écrivain certifia, devant un comité du
I arlement, que « le seul effet de la facilité que le manufacturier français a d’obtenir le travail à plus bas prix que le manufacturier anglais, c est de lui permettre de faire plus de profit que celui-ci, mais non de baisser le prix de sa marchandise ; » et que cette circonstance « ne produisait aucun effet sur le prix des denrées produites dans les deux pays. Nous croyons ceci même au-dessous de la A’érité, dans le sens que M. MacCulloch avait sans doute rintention d’attacher aux mots « salaire élevé ; » car un salaire proportionnellement elevé est 1 indice d’une production à bon marché. Cependant, le comité comprit que par salaire élevé il voulait faire entendre une grande quantité ; et, quoique, dans ce sens, son témoignage soit paradoxal, les membres du comité paraissent avoir eu tant de déférence pour son opinion et pour celle de Ricardo, que leurs propres convictions en furent ébranlées. Ricardo lui-mème, dans ses écrits, n’a pas toujours réussi à employer les mots de manière à indiquer la proportion et non la quantité. Il n’y a pas de doute qu’on a supposé que son autorité était du côté de la commune erreur, que le salaire élevé, dans le sens ordinaire, — c’est-à-dire une grande quantité, estimée en argent ou en choses nécessaires à la A'ie, — est incompatihle avec de grands profits, et que tout ce c[ui est retranché de l’un est ajouté aux autres.
II n y a pas plus de doute que cette cpiniun a eu une influence pernicieuse sur la politique de l’Angleterre. M. Huskisson, dans son discours du 28 avril 1823, sur la révision des lois sur les céréales, dit, à la Chambre des Communes, « que si le capiUil n’avait pas ici une rémunération suffisante, il l’irait chercher en Améri([ue. Pour lui donner cette rémunération suffisante, il faut maintenir le bas prix du travail. » Il n’y a pas ici d’ambiguïté. Quand, en 1846, les vues de M. Hiiskinson prévalurent, et qu’on abrogea les lois sur les céréales, ce fut afin que le travail restât à bas prix.
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' Beaucoup de personnes pensent que le rappel de ces lois fut avantageux aux Etats-Unis, parce cju’il nous permit d’échanger sur les marchés anglais notre grain contre des draps et du fer travaillés à bas prix, au lieu de l’échanger contre des draps et du fer faits de nos matières premières, et fabricj[ués à haut prix dans notre pays. Quelle est la véritable économie? La réponse dépend en partie de la question de savoir jusqu’à quel point le travail à bas prix et le travail à bon marché sont la même chose.
Nous entendons par travail l’effort de la puissance physique et intellectuelle de l’homme; par salaire, la quantité d’aliments, de vêtements, de choses nécessaires et commodes, obtenue en échange de cet efibrt. On l’obtient communément en premier lieu sous la forme de numéraire, ou de tout ce qui est adopté comme signe représentatif de la valeur, que le travailleur échange contre tout ce qu’il peut obtenir de denrées ou de services sociaux contribuant à ses jouissances. C’est pourquoi nous voyons le taux du salaire exprimé par son prix en argent. Mais le numéraire lui-même est une mesure qui varie de temps en temps dans ses rapports avec les autres denrées. De grands changements ont eu lieu dans la quantité de travail nécessaire pour obtenir une quantité donnée d’or ou d’argent ; on a perfectionné les moyens d’exploitation, soit dans les mines, soit dans les lavages des sables de la Californie, soit ailleurs encore. Or, les hommes ne peuA'ent pas consentir, pendant longtemps, à obtenir une moindre quantité de pommes de terre en les plantant et en les bêchant, qu’ils n’en pourraient obtenir en déterrant de l’or pour l’échanger contre des pommes de terre ; ils ne voudront pas non plus scier du bois pour moins d’or qu’ils ne peuvent s’en procurer par le lavage du sable, — en faisant, du reste, entrer dans leur calcul les risques, les incommodités, la perte de temps pour se transporter aux placers, et les autres circonstances défavorables. Nous pouvons constater, comme fait général, que ramélioration des machines
LK sALAlIlt;.
de toiitt! espèce , pour les mines, le transport, etc., a cunstamment tendu à réduire le travail de production des métaux précieux, mais à un degré moindre que celui des denrées de première nécessité ; et c'est pourquoi le même prix argent du travail indique un plus grand pouvoir sur les choses nécessaires à la vie à une époque moderne qu'à une période plus reculée. Des changements soudains, tels que la masse d'or et d'argent versée par l'Amérique sur l'Europe, lors de sa découverte, et celle qui nous arrive plus récemment de la Californie et de l'Australie, demandent qu'on fasse, en comparant les prix du travail à des époques antérieures et subséquentes, une correction qu'il est difficile d estimer avec précision. Ces considérations nous montrent la nécessité de prendre les aliments, les vêtements, les habitations et la condition générale des travailleurs dans les temps reculés, comme la seule vérification pratique du taux de leur salaire, tandis qu'elles nous autorisent à regarder le taux en argent, à des époques presque contemporaines, comme correspondant de très-près avec celui des jouissances du travailleur.
Il y a une relation nécessaire, entre le salaire du travail et sa puissance productrice , qui emj)êche que le premier ne soit fixé à un prix arbitraire. Ainsi, Malthus dit ; « Il est absolument nécessaire que le travailleur puisse se procurer une certaine quantité de nourriture pour se maintenir ainsi qu'une famille assez nombreuse pour tenir la population stationnaire. Conséquemment, si l'on soumettait successivement à la culture des terres d'une qualité inférieure , qui demanderaient plus de travail, il serait impossible que le salaire en nature de chaque travailleur fût diminué en proportion de la diminution du produit ; il faudrait, de toute nécessité, que le travail en reçût une plus grande proportion, et le taux du profit continuerait à baisser régulièrement, jusqu'à ce que l'accumulation du capital eût cessé. »
Les disciples de Malthus et de Ricardo appellent ordinai-
LK SALAI RK.
rement ce salaire, salaù^e nécessaire. Il est évident que, selon leur théorie, le salaire doit tendre coiitinuellement a arriver à cette limite ; et ils nous apprennent que le salaire ne peut jamais excéder ce taux ^ d'une manière permanente ; car, si par hasard il lui arrivait de le dépasser, il encouragerait une augmentation de la population qui le réduirait de nouveau. A ce point de vue, la population travailleuse est considérée comme autant d'animaux ayant des besoins définis, qui n'augmentent jamais, et condamnés par des décrets éternels à rester eux-mêmes dans la même condition, et à mettre au monde des enfants qui ne doivent jamais s'élever plus haut. Il tire une ligne infranchissable entre la caste des travailleurs et celle des capitalistes, — infranchissable du moins d'un côté, car le travailleur ne peut jamais emjamber par-dessus, quoique le capitaliste puisse tomber au-
dessous.
Cependant, telle n'est pas la nécessité dont' nous voulons ]»arler. C’en est une plus physique, et elle regarde le travailleur, non comme une unité de force déterminée, mais comme une machine de pouvoirs variables, dirigée par une intelligence plus ou moins instruite, mise et maintenue en mouvement par une volonté qui varie en intensité, selon la puissance attractive des choses qu'elle a en vue.
Considérons d'abord la nature purement machinale de l’homme. Nous avons vu que les aliments remplissent le double but de maintenir la chaleur animale et de réparer la perte des tissus musculaires et nerveux que chaque effort de force produit. Les vêtements servent aussi à entretenir la chaleur animale ; de sorte qu'un homme suffisamment vêtu ne demande pas une aussi grande quantité de nourriture que celui qui ne l'est pas. Les aliments qui servent siniple-
* « La rémunération permanente des travailleurs dépend de ce ({ue nous avons appelé leur mesure habituelle : l’étendue des besoins que, comme classe, ils veulent satisfaire avant de s’engager dans les liens du ma- x
l iage, )' — J -S. Mill, Economie politique, vol. II, page 278.
LE SALA IKK.
ment à soutenir l’existence d’un homme mul vêtu peuvent maintenir un homme chaudement habillé à une température saine, et laisser un surplus qui lui permette de déployer sa force musculaire. Après que les vêtements sont obtenus, une quantité donnée d’aliments peut produire une quantité fixe de force motrice animale, et pas davantage. Ainsi, on a calculé, d’après la quantité de carbone, etc., consommée parmi adulte qui fait un exercice modéré, que dix boisseaux de blé peuvent maintenir pendant un au la chaleur animale et le développement de la force motrice animale chez un homme vigoureux. Ils contiennent les élénuuits que la chimie animale transforme, pendant cette période, en force motrice.
Considérant donc l’homme travailleur comme nous considérerions une machine à vapeur, nous voyons que la quantité de force qu’il peut déployer dépend de la (juaiitité de nourriture qu’on lui donne, — dont une partie fait l’office de la houille qui donne la chaleur, et dont l’autre tient la place de l’eau qui se change en vapeur et j)i’oduit le mouvement. Une enveloppe de tùle mise autour de la chaudière empêche, dans un cas, la perte de la chaleur, tout comme une veste de laine autour du corps du travailleur l’empêche dans l’autre.
-Mais la niacliine humaine reçoit sa nourriture, ses vêtements et son habitation sous la forme du salaire. Diminuer ce salaire, et obliger le travailleur à s'en tenir à la plus petite quantité qui puisse le faire vivre, sans entraver l’œuvre de la propagation, c’est absolument la même espèce d’économie que si on ne déployait que la moitié de la puissance motrice des machines à vapeur d’une nation, pour épargner le bois, l’eau et la té»le.
Il y a peu de l’f'gions dans le monde où le salaire ait même atteint le taux que ces considérations demandent. Sup2)osons qu’il l’ait atteint quelque j)art, le travailleur y est arrivé à la condition du bœuf. Mais il possède l’intelligence que le bu‘uf n’a jjas, et c’est là le grand élément de sa jniissance industrielle. Dans les travaux les plus grossiers, il faut du ju-
LE SALAiHE.
gement dans le choix des moyens, dans la manière d’exercer la force plus avantageusement, et dans l’adojdion des instruments et des principes simples de mécanique, pour économiser le temps et la force. Si nous jiassons au travail qui manie des machines j)lus comjdiquées, la valeur de l’intelligence devient plus apparente. Le comité d’éducation dans le Massachusetts a obtenu des inspecteurs des manufactures de cet Ktat un rapjtort des différents taux de salaires, et du degré d’éducation de ceux qui les recevaient ; et il paraît, d’a- 2>rès ces tables, qu’au bas de l’échelle se trouvaient les étrangers qui font une croix au bas du reçu de leur salaire de la semaine, et au sommet les filles qui enseignent dans les (îcoles jteiidant l’iiiver et travaillent dans les fabriques pendant l’été, (ieci n’était j)as le résultat d’un accord fait entre les i)ropriétaires des manufactures; quant à la portion d’ouvrage qui se paye à la pièce, la nature même du cas excluait tout accord. La différence entre la valeur des ouvriers américains, résultat de leur intelligence sujjérieure, et celle des ouM’iers des |3ays etrangers, a été estimée un avantage jjour nos manufactures équivalent à vingt jtour cent.
Mais, 2>our s instruire, 1 homme doit avoir jjlus de rejios des fatigues corporelles qu’il n’en faut pour rétablir simplement l’énergie 2)hysique. Il faut donc qu’il i)uisse obtenir, eu un moindre nombre d’heures de travail qu’il n’en pourrait tmdurer sans détruire sa santé et sa force, une subsistance (|ui le rende toujours cai)able de déployer la jtlus grande oiiergie. Pour tdever ses enfants, il faut qu’il imisse les soutenir jusqu’à l’époque où ils pourront contribuer au bienetie de la famille, et qu il ait les movœns de jjaver leur iiisti lu tion et leurs livres. Cette considération nécessite une autie angnientatiou de salaire, laquelle indemnise le ca^iitaliste avec intérêt et iirofit, par la idus grande puissance qu elle donne au travail. Il ne faut, en effet, qu’un jieu de léflexion ^lour coinjirendre que l’intelligence est la seule ([ualite dans le travail humain qu’il est d’une bonne écouo-
LF. SALAIRK.
mio (remployer et de payer. Kii ce qui regarde la force motrice seulement^ nous la trouvons à meilleur marché dans les agents naturels, au moyen des machines; voilà pourquoi le pouvoir animal se voit tous les jours remplacé par celui des machines, qui hobligent à faire dépendre son salaire de ses qualités intellectuelles. Lhntelligence, chez les travailleurs, invente et perfectionne les machines et améliore les procédés. Elle se répand et se pro])age ; celle dhin individu agit sur la communauté, en améliorant sa condition physique, morale et politique; et celle-ci réagit à son tour sur Tindividu, en augmentant sa sécurité, son pouvoir et les motifs quhl a d’être industrieux, honaête et économe.
ha contraction musculaire a son origine dans la volonté, et chaque répétition dépend de celle de l’ordre porté du cerveau par les nerfs. L’excitation nerveuse ne peut se maintenir sans être constamment stimulée. L’espérance est un stimulant plus puissant et plus constant que la crainte, parce qu’elle est plus agréable , l’esprit aime à la prolonger et à la nourrir ; tandis cpie la crainte est pénible , l’esprit se refuse à l’entretenir et la repousse comme uii h(jte désagréa- Ijle. L’espérance est donc le grand stimulant au travail, et le travail qui nourrit l’espérance, — en assurant pour le présent une épargne, base d’un progrès futur, perspective indéfinie d’avancement ouverte à l’imagination du travailleur pour lui et pour ses enfants, qu’il espère placer dans une position supérieure à la sienne, — ce travail a toujours été reconnu comme le plus fatigant^ pour le corps et l'esprit^ que notre nature puisse soutenir. C’est ce sentiment (pii rend l’activité américaine si étonnante aux yeux des voyageurs européens. C’est son absence qui a toujours rendu le travail des esclaves cher à tout prix, en comparaison de celui des hommes libres. A l’épO(j[ue où Pline ('crivait, on avait déjà trouvé que « coli rura ah ergastulis pessimum est, et quicquid agitur ci desper antibus. » Un auteur *, qui a examiné
’ Pureau de La Malle: Economie poliligue des Homains , vol. Pq page 151
LF sala I RF,
le sujet avec soin, nous apprend que les Grecs et les Romains évaluaient le travail d’un esclave à la moitié de celui d un homme libre ; et Homère proclame que « Le jour qui
lait d un homme un esclave lui enlève la moitié de sa valeur. ))
La conclusion à laciuellc ces faits nous mènent est la même 'jne celle contenue dans la loi de distribution que nous avons e.vpliquée dans les chapitres précédents. C’est que l’accroissement du salaire accompagne l’accroissement de la production. Nous le considérions alors comme le résultat, de même que nous venons de le considérer comme la cause, d’une augmentation plus grande du pouvoir producteur. Il s’ensuit que le capitaliste et la communauté obtiennent d’un faible salaire un travail cher, tandis qu’un salaire élevé leur Jirociire un triivail à bon marché.
l’iusicurs économistes anglais ont observé des faits mii ■•onlirinent cette loi, mais .s., ns en ilédiiire aucun principe
et, eu eflel, il leur était impossible de le faire sans renverser la théorie qui forme la hase ,1e leiirsvstème. .(iiisi, le professeur .loues .lit, ,lans.soii Essai sur la distrihution * h richesse : ,< Deux moissonneurs du lliddlesex moissouiieiit mit, mit de grain en un jour que six serfs ru.sses , et, malgré a therl,. des provisions eu .(ngleterre et leur hou marché en lussie, le iauchage d’uiie quantité de foin, qui coûterait au ermier anglais un demi-oopeck, coûtera au propriétaire russe trois ou quatre copecks. Le conseiller prussien Jacob parait ■l'oir prouvé qu’en Itiissie, où tout est àhas iirix, le travail d un sert coûte le double de celui d’.i n ouvrier en .Angleterre. „
'l- -Mac Culloch, pendant ipi’il écrivait pour YEdMurqh eotew a eu plus d’une fois occasion de faire des remarques sur la dillerence entre le bon marché réel et le nominal, en ^ parant les taux courants des salaires en .Angleterre et en ance . .M. J.-S. Alill voit que la vérité peut être généralisée
Lu jiini 1 Eihnhurifh-Ufivlpir rnnleii;.ii r;otl,.lc sulv.
mit ;
I3i l.K SALAIKK.
jusqu’à un certain point, mais il ne voit pas qu’elle est universelle, comme il aurait pu s’en apercevoir, s’il n’avait pas été aveuglé par sa foi dans la doctrine de Ricardo. Il dit :
« Rien n’est plus commun que de dire que les salaires
« Nous doutons beaucoup que le salaire soit réellement plus élevé en Angleterre qu’en France. Nous croyons qu’il est vrai que le salaire journalier est plus élevé dans le premier île ces pays; mais la question à résoudre réellement n’est pas si le salaire payé aux ouvriers, pour une certaine période, est plus élevé en France qu’en Angleterre, mais si le salaire, ou la somme payée pour faire une espèce particulière d'ouvrage, est plus élevé ? Or, ceci est évidemment une question radicalement différente de la première. Un juge très-compétent en pareille matière, feu Arthur Young, émit l’opinion qu’un travailleur du comté d’Essex, à 2 schellings 6 pence par jour, travaille décidément à meilleur marché qu’un ouvrier de Tipperary à 6 jieiice. Et sur le même principe, quoiqu’un manufacturier français puisse obtenir des ouvriers au jour ou à la semaine, pour 20 ou 50 pour 100 de moins qu’un manufacturier anglais, cependant, comme les ouvriers anglais, à cause de leur meilleure discipline et de la plus grande subdivision du travail entre eux, et de leurs habitudes industrieuses, sont capables d’exécuter une plus grande quantité d’ouvrage dans un espace de temps donné que les ouvriers français, le salaire ou le prix du travail peut réellement être plus bas dans ce pays qu’en France. » — Edinburgh-lievmv, vol. XLVI, page 28.
Il continue en exprimant la croyance que « les manufacturiers et tes machinistes anglais en coton, en lin et en quincaillerie, peuvent faire exécuter une quantité d’ouvrage à meilleur marché et incomparablement mieux travaillé qu’on ne le peut en France. »
En juillet 1835, la même Revue, devenue quelque peu plus hardie, écrit :
a Si nous connaissions la quantité d’ouvrage faite dans les fabriques dont nous connaissons le salaire, nous n’avons pas le moindre doute que les histoires débitées sur le bon marché du travail sur le continent se trouveraient aussi authentiques que les contes de fées, M. Edwin Rose, ({ui a été employé comme ouvrier ingénieur dans différentes fabriques de France et d’Allemagne, dans sa déposition devant M. Cowell ( du Comité des fabriques ), a établi distinctement qu’il fallait deux fois plus d’ouvriers, pour faire la plupart des ouvrages de fabrique en France, en Suisse, etc., qu’en Angleterre. Le salaire, dans ces pays, si on le mesure par une règle qui soit bonne à quelque chose, c’est-à-dire par l’ouvrage fait, était plus élevé qu’en Angleterre. y>— Edinhurgh- Review , vol. LXI, page 469.
LE MLAiKK. 135
sont élevés ou faibles, pour signifier seulement que le coût dû travail est élevé ou à bas prix. Le contraire serait plus souvent le cas; le coût du travail est souvent très-élevé quand le salaire est très-faible.»
Il tache de prouver que cela peut naître de deux causes, dont la première est que le travail, quoiqu’à bas prix, peut être inefficace. Il donne, comme exemple, l’Irlande où le salaire est plus faible que dans tout autre pays de l’Europe. La rémunération d’un cultivateur dans l’ouest de l’Irlande ne monte pas, dit-il, a plus de la moitié du salaire de l’Anglais même le plus mal rétribué, l’ouvrier du Dorsetsliire. Il est piouvé, selon lui, qu’il existe une différence aussi importante dans 1 effet du travail, « non-seulement par de nombieiix documents, mais par le fait que, malgré la modicité du salaire, les profits du capital ne sont pas plus forts en Irlande qu’en Angleterre, n Cette explication peut suffire, quand le salaire est bas, sans qu’il y ait augmentation de profit, mais elle est insuffisante à rendre raison de l’existence simultanée d’un taux élevé, et dans les salaires et dans les profits. Ce phénomène est ine.xpliquable dans la théorie dont
M. Mill est le disciple. Aussi dit-il, ^ en parlant des Etats- Unis :
« La, le travailleur jouit d’un bien-être plus grand que dans aucun pays du monde, à l’exception de quelques-unes de nos colonies les plus récentes ; mais, à cause du bon marche auquel il peut obtenir ce bien-être (combiné avec la grande efficacité du travail), le prix de la main-d’œuvre pour e capitaliste est considérablement moindre qu’en Europe.
11 faut bien qu’il en soit ainsi, puisque le taux du profit est plus élevé, — comme l’indique le taux de l’intérêt, qui est e 6 pour 100 à New-'iork, tandis qu’il n’est que de 3 on 3 et un quart à Londres. » Polit. Economy , book II
La \ élite, c est que le taux du salaire, me.suré en numéraire, est plus élevé dans ce pays qu’en Angleterre, en même
l ‘i(' Li; SALAIUK.
temps que le taux de Tintérèt est plus élevé. Mais M. Mill est forcé de laisser entendre que la différence du salaire lie consiste pas dans son chiffre en numéraire, mais simplement dans la quantité plus grande de choses utiles que peut procurer le même salaire en argent, — supposition tout à fait contraire au fait bien connu, — parce que sa théorie ne lui permet pas de croire que de forts salaires et de grands prolits peuA’ent coexister. Le cultivateur anglais peut gagner, suivant M. Kay ', de 7 à t) schellings par semaine, en moyenne, met-
• Social Condition of the people, vol. page 287. L’évaluation de M. Kay est un peu plus basse que le taux moyen du salaire des laboureurs, donné par M. Caird, que nous avons cité auparavant. Ce dernier remarque l’inégalité très -grande et peu naturelle des salaires payés pour la même quantité nominale d’ouvrage dans les différents comtés; le taux le plus élevé qu’il ait rencontré étant de 15 schellings par semaine, dans des parties duLancashire, et le plus bas de 6 schellings par semaine, dans le ^\iUshire méridional. Cette différence est, sans aucun doute, en grande partie l’effet delà loi sur le paupérisme, qui attache le cultivateur à sa paroisse, quoique le travail y soit peu abondant et pauvrement payé, et empêche son émigration dans les districts où le travail est plus demandé et mieux rétribué. La loi du paupérisme empêche aussi l’égalisation des salaires, les laissant régler par des causes locales dans différents comtés, malgré les grandes facilités de communication et la distance trèscourte qui sépare une partie de l’Angleterre de l’autre.
La cause la plus réelle de la diversité des salaires des différents districts paraît être l’existence des grands établissements manufacturiers dans quelques-uns et leur absence dans d’autres. Ainsi, M. Caird montre que le taux moyen des gages des cultivateurs dans les douze comtés septentrionaux de l'Angleterre, qui embrassent la région houillère et sont le centre de l’industrie manufacturière et minière, est de 11 schellings 6 pence par semaine, tandis que dans les comtés méridionaux il ne s’élève qu’à 8 schellings 5 pence. « On voit ainsi, observe- t-il, que l’inlluence des manufactures ajoute 37 pour 100 au salaire des travailleurs agricoles des comtés septentrionaux, comparé à celui des comtés du sud. La ligne passe avec beaucoup de précision par les points où cesse la houille. En comparant le taux actuel avec celui rapporté par Arthur Young, en 1770, on voit que l’augmentation dans les comtés du nord est de 66 pour 100 environ, tandis que dans les dix-huit comtés du sud elle n’est que de 14 pour 100. La plus grande augmentation se trouve
LE .SALAIRE
tons .16 schellings, 8,64 dollars par mois, ou moins de 104 par an. Sur cette somme, il faut qu’il .se nourrisse, s’habille et .se loge. Les esclaves du Maryland et de la Ydrginie sont loues, pour le même travail agricole, de 60 à 80 dollars par an, et sont nourris et quelquefois vêtus par ceux qui les emploient. Leur nourriture est évaluée à 25 dollars par an*.
dans le Lancashire et dans le West-Riding du Yorkshire, sièges de l’industrie du coton et de la lame ; là elle monte à 100 pour 100 » {yoivCaird’senglish Agriculture, en 1850 et 1851, pages 514 et sui-
\ d)lt6S« 1
page^Ul*^'^ — de l'Agriculture — pour 1849-50,
IL-P. Johnson, esq, secrétaire de la Société d’agriculture de l’État
de New-Y ork, écrit du Maryland, le 15 novembre 1852, ce qui suit au Eventng Journal d’Albany : ^
« Le travail dans cette partie de l’Etat est, pour la plupart, fait par des esclaves. Dans beaucoup de cas, les esclaves sont loués! La coutuL est, comme nous 1 avons appris, de demander à l’esclave s’il veut travail I ou non pour celui qui le demande ; et s’il refuse de le faire, on ne peut orcer. Ceci a probablement introduit une coutume qui prévaut nminenantet que nous pouvons regarder comme générale. Le prix ordinaire de louage annuel d un esclave propre aux travaux de la ferme est de 0 dollars environ. - Celui qui prend l'esclave doit avoir soin de lui ns tous les cas, e.xcepté quand il est malade plus de treize jours de ^uite; alors il est soigné aux dépens de son maître. Alîn de s’assurer les services de l’e-sclave, c’était la coutume autrefois que la personne qui dé sirait le louer lui offrit, pour son gain particulier, de 10 à 15 dol-
C est maintenant un usage général dans tous les cas de louage • et l’es c^lave a ainsi un intérêt à se conduire de manière à être uS^ nui
.le it 0,'t et ““ P'ipriélO coesi.lL-
lueilomL r “ Wa-es, el. habi-
de la volaille f^isposer de l’après-midi du samedi. Ils élèvent
aeol a
quemmenl leurs soirées à fabrite^ le n" Pe®e«l Iré-
les mules des cban.! , des colliers de feuilles de maïs pour
vent se procurer par les mcfven^b'^"' ’ P®*"'
ût leurs familles. . ^ eux
138 LK SALAiRK.
Four les travaux, d’utilité publique,, chemins de fer, etc., on les loue de 100 à 120 dollars par an. Leur salaire s^élève à peu près au taux anglais. Le travailleur libre reçoit, pour l’espèce la plus commune de travail, de 75 cents à 1 dollar par jour, ou, quand il s’engage à rannce pour les travaux de la ferme, il reçoit de 1 0 à 1 2 dollars par mois , outre sa nourriture et son logement, qui coûtent au moins le double de celui de l’esclave.
Si, au lieu de comparer le taux des salaires dans les pays à des époques différentes de jtrogrès social, nous étudions rhistûire des classes laborieuses de quelque État de l’Europe que ce soit , nous verrons qu’elles se sont tirées et qu’elles se tirent encore d’un état d’esclavage ; que cette condition est toujours accompagnée de barbarie et de pauvreté chez celui qui les emploie ; et que, de génération en génération, la hausse dans le taux des salaires, vers laquelle il y a une tendance obligée et constante, a été marquée par une augmentation aussi marquée du capital. Toutes les classes se sont approchées de plus en plus d’un niveau commun, et ce niveau s’est constamment élevé. Le travail chez les Scandinaves était fait par des thralls, et les hommes libres s’occupaient de guerre et de piraterie. Quand les Saxons ravagèrent la Bretagne, ils en partagèrent le sol entre les compagnons libres de leurs chefs, qui possédèrent ces fermes sous la redevance du service militaire, et prirent ensuite le nom de « vassaux », et les Bretons , cultivateurs primitifs du sol, devinrent « ceorls » ou rustres, et furent ensuite appelés « vilains » . Pendant la période saxonne, presque toute cette population s’occupait à produire des aliments. « Les Anglais, dit StOAve, pouvaient être regardés comme pâtres plutôt que comme laboureurs, car ils réservaient presque les trois quarts du territoire pour les bestiaux. » Les porcs, qui trouvaient leur nourriture dans les forêts, et dont les morceaux de rebut, les pieds et la queue, etc., élaient à peu près tout ce que riurtli recevait pour en avoir soin, formaient une grande.
LE SALAIRE
partie du bétail. Il était ordinaire de vendre ses propres enfants comme esclaves. Quand le concile d’Armagh défendit, en M 7 1 , le trafic que les conquérants normands faisaient de vendre des esclaves anglais en Irlande, il rappela aux Saxons qu’ils avaient mérité ce châtiment par l’ancienne habitude que leur nation avait de vendre ses enfants, aux premières atteintes du besoin . L’auteur qui rapporte ce fait historique ’ déclare que le nombre des esclaves exportés en Irlande était si grand, que le marché était absolument encombré. Un autre rapporte que, depuis le règne de Guillaume jusqu à celui du roi Jean, il y avait à peine un paysan, en Ecosse, qui ne possédât un esclave anglais.
Il s éle\a bientôt une distinction entre les vilains à Iti
Q)0SS6, qui étaient à la disposition absolue de leurs maîtres, et les \ilains à la glèbe^ attachés à la terre et passant avec elle, quand la propriété changeait de mains , par héritage ou par achat, et qui ne pouvaient s’éloigner à leur volonté, ni être éloignés à la volonté de leur seigneur. Quoiqu’il fût permis à quelques-uns d’entre eux de cultiver pour euxmêmes une petite portion de terre, tout comme on donne aux esclaves de nos Etats du Sud un petit carré de terre, dans lequel ils peuvent élever des légumes et de la volaille, cependant, suixant la loi, ils ne pouvaient acquérir aucune propriété, et tout ce qu ils possédaient d’argent ou de denrées appartenait à leur seigneur. Telle est maintenant la condition des serfs russes Beaucoup d’entre eux, en effet, amas-
^ Geraldus Cambreiisis, qui vivait sous le règne de Henri IL - Le propriétaire montre à ses vassaux la portion de terre qu’ils doivent cultiver pour lui, et partage le reste entre eux, selon sa volonté et son caprice. Dans les domaines qui, à mesure que la population augmente, sont presque entièrement partagés entre les serfs,, le propriétaire exige d’eux, au lieu du servage, ou travail forcé non rétribué, un tribut annuel appelé obrok, dont le montant est de 10 ou 12 roubles banco. Si le seigneur ne fixe ni l’obrok ni le montant du travail, la loi le limite à trois journées de travail par semaine pour tout mâle qui a atteint sa
* M-: J'ALAIKK.
sent de grandes ricliesses, et reçoivent la permission d’en jouir, en payant à leur maître un droit, au moyen duquel ils louent le privilège de travailler pour eux-mêmes.
11 y a une marche naturelle par laquelle l’esclave peut so racheter. Son travail est infructueux, parce qu’il ne donne ni courage ni espérance. Il produit peu, et il gagne peu. Le maître s’aperçoit bientôt qu’il a un moyen d’augmenter ses profits tout en augmentant la tâche de l’esclave; c’est de lui laisser en propriété ce qu’il peut gagner, après qu’il a fini son ouvrage. Avec cette liberté ])artielle naît le stimulant de 1 espérance ; il travaille plus foi‘t pour lui-même que quand il ne travaillait que pour son maître, et obtient, par conséquent, un salaire plus élevé. Son intelligence et son pouvoir augmentent, et il est aisé de voir, enfin, qu’on peut en obtenir jdus d ouxrage en lui payant de bons gages que de toute autre manière. En Angleterre, comme sur le continent, on amena ce changement en assignant aux serfs des (erres, dont on leur permit de recueillir les fruits, à la condition qu’ils culüveraient les domaines de leur seigneur. Les services qu iis rendaient ainsi furent d’abord arbitraires et incertains ; ils se composaient de tout ce que le seigneur ordonnait et devaient être rendus a l’époque qu’il lui plaisait d’assigner.
Cet état de choses dura, dans plusieurs des Etats du continent, jusqu’à une épuque assez récente. Dans le Danemark, les domaines des nobles furent cultivés, jusqu’en 1784, par des serfs, qui étaient obligés de travailler tous les jours, sans salaire, sur la principale ferme du seigneur féodal, et qui avaient, sur les confins du domaine, des chaumières et des champs qu ils cultivaient pour leur propre subsistance. Leur seigneur pouvait les emprisonner, les fouetter, les réclamer
quinzième année ; quant aux femmes et aux enfants, ils travaillent en proportion de leurs forces. Beaucoup d’entre eux, surtout les jeunes gens s’en vont dans les villes, et en obtiennent aisément la permission de leur maître, qui reçoit d’eux, alors, un obrok plus élevé. Jermann’s Pic-, titres frorn St-Peterburgh, page 154.
LK SALAIRE
s’ils désertaient le domaine, et avait, dans sa cour baroniale, une juridiction absolue sur eux. Depuis cette époque, les services ont été réglés, et les serfs sont devenus propriétaires tenanciers, payant une rente fixe à leur seigneur *. Dans plusieurs des provinces autrichiennes, — la Hongrie, la Bohême, la Gallicie et la Moravie,— une modification analogue s’effectua vers 1 776. Avant cette époque, lenombre des robots, ou journées de travail forcé sur le domaine du seigneur, dépendait de sa volonté ou de celle de son régisseur. Les autres redevances et les services étaient également illimités parle fait, sinon dans la forme ; car, lorsqu’ils étaient définis par un contrat ou par l’usage, le paysan ne pouvait se plaindre de l’infraction que devant la cour du Herrshaft ou du manoir ; et la, le seigneur, ou son procureur fiscal, était seuj chargé d’interpréter la loi. Une révolte des paysans, en 1 /73, amena la promulgation d’un code rural, qui définit
' « Vers l’an 1784, l’esprit du siècle commença à rendre les relations teodales aussi improfitables qu’odieuses. Les serfs s’enrôlaient dansl’arraee, ou s’enfuyaient dans les villes libres d’Hambourg et de Lubeck, ou emigraient et s affranchissaient ainsi, ne laissant sur le domaine que es vieillards et les intirmes pour travailler sans salaire. Quelques nobles, et parmi eux le comte Bernstoff, le premier, émancipèrent leurs serfs et leur donnèrent un salaire journalier pour le travail qu’ils dej mandaient dans leurs domaines. Quelques-uns évaluèrent le travail du J serf, la chaumière et le champ dont il tirait sa subsistance, et convertirent le montant en une dette hypothéquée sur la petite ferme ; le paysan î devait en payer l’intérêt et le capital, mais en même temps il devint
^ possesseur de la terre. Dans quelques cas, on continua à exiger le tra-
, vail comme rente, ou redevance féodale de la terre ; mais le gouvernement intenint pour fixer un tarif équitable, pour déterminer le nombre te jours par semaine et d’heures par jour que l’on pouvait exiger, et P ur rendre la tenure perpétuelle, pourvu que les conditionsfussentrem- P es, ou qu un prix stipulé fût payé en cas de non-accomplissement, ip vassaux féodaux et les serfs devinrent propriétaires de
eires, plusieurs demeurant soumis à quelques servitudes, telles I que certains charrois de tourbe, de bois ou de blé, certaines journées
Ide travau au temps de la moisson o. de la fenaison, à des ,aui pr™ it enregistres dans les .livres de la Cour locale, échappant égaleLnl a
, LK J.ALAIKK.
les robots suivant l’étendue de la tenure du paysan*. Le maximum, en Bohême et en MoraAÛe, fut fixé à trois journées du travail d’im homme par semaine. Le paysan qui payait les redevanees fixées par la loi était maintenu dans la possession héréditaire de sa terre, avec le droit d’en disposer et de changer de lieu. Le droit de racheter les robots et les autres services pour une somme d’argent est aussi assuré au paysan. Dans les autres provinces de l’empire d’Autriche, le système de servage de . la terre a été presque entièrement aboli, sous rinlluence des lois naturelles, sans l’intervention du gouvernement.
Ln Prusse, jusqu’en 1H07, personne, excepté les nobles et les privilégiés, ne pouvait acquérir d’immeubles. Ceux qui occupaient des portions des domaines qui n’étaient pas dans la possession immédiate du seigneur en jouissaient, sous une espèce de servage domanial, à la condition de payer une rente , consistant quelquefois en main-d’œuvre sur la terre du seigneur, quelquefois dans la livraison d’une certaine portion du produit (généralement la moitié) *, et, plus fréquemment peut être, dans la combinaison des deux redevances. Kn 1811,
l’extorsion ou à l’oppression arbitraire d’un côté, et à la mauvaise foi de l’autre. y>—Laing’s Denmarkand lhe dutchies, page 54.
M. Laing dit, à une autre page (155) : « Quoique l’émancipation des paysans sur les domaines des barons n’ail été accomplie qu’au commencement de ce siècle, ils ont cependant fait de plus grands progrès dans les idées et les besoins de la vie civilisée, dans les habitudes d'industrie et d’épargne qui peuvent y satisfaire, que les paysans celtes de l’Irlande ou de l’Ecosse n’en ont fait depuis l’époque oii l’histoire a commencé à parler d’eux. »
‘ Voir TurnbüU’s Amfria, vol. 11, chap. 5. M. Turnbull dit : «Un grand propriétaire bohémien, dont les domaines, avec ceux de ses frères, comptaient 18,0ü0 sujets, m’a fréquemment dit qu’il trouvait communément plus avantageux d’accepter même une partie très-minime du taux de rachat légal des journées en argent, et de louer d’autres travailleurs, que de prendre ^n travail la redevance qu'ils étaient obligés de lui payer. » Combien ce travail ne devait-il pas être plus dérisoire encore, quand toute la peine était d’un côté et tout le prolit de l’autre ! ■