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vail ÜGs maçons a créé une demande du travail qui produit les choses nécessaires à leur nsafçe, quoique la personn<3 qui employait les maçons ne fît aucune avance pour maintenir le travail employé à produire ces choses nécessaires, mais remboursât simplement, et cela à une distance (Kaii moins deux degrés, — le premier, aux maçons eux-mêmes ; le second, par les maçons aux personnes qui leur ont fourni leur pain et leurs pommes de terre, — les avances faites par d autres. U. Mill lui-même signale une exception qui est aussi large que la règle. Il y a un cas, ohscrve-t-il, (tù la demande de produits peut créer un emploi pour le travail : à savoir, quand le travailleur est déjà nourri sans avoir un emploi suffisant. Il ny a pas de pays au monde, cependant, qui n’ait un grand nombre de travailleurs qui ne soient pas constamment employés, et qui, certainement, sont nourris, puisqu’ils existent. L’oisiveté forcée existe partout, plus ou moins, — oisiveté qui ne provient pas d’un manque de bonne volontt* ou de force pliysique. Telle est celle de milliers de créatures renfermées en Angleterre dans les hiV pitaux des pauvres, dont le regard triste semble dire, selon Carlyle : « La terre s’étend autour de nous et crie : ^ iens, et cultive-moi; viens, et moissonne-moi. Cependant, nous restons ici enchaînés par un sort. Le soleil brille, et la terre appelle. La puissance du gouvernement et l’impuissance de l’Angleterre nous empêchent d’obéir. » Au nombre des lûsits de cette espèce, on peut compter les ouvriers des manulactiires, qui cherchent à gagner leur pain, mais ne travaillent que la moitié du temps. Tels sont encore partout ceux qui, tout en prétendant travailler, manquent du stimulani qui les exciterait à s’employer sérieusement, et n’accomplissent qu’un travail interrompu et insuffisant. Quel est le pays où, sans parler des classes qui n’ont pas besoin de salaire pour vivre, toute la force vive utilisable soit coiitiimellement employée? Quel est le pays où tous ceux qui sont prêts à travailler au taux courant des salairesen ont toujours la faculté? »
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pi uf5 suffire à la demande alimentaire, et, à ee point, la demande de travail, continuant toujours, devient une demande de travailleurs. Trois cent mille émigrants d’Europe débarquent chaque année sur nos rivages. Supposons qu’aucun ne soit producteur d’aliments, et que les arrivages, pendant dix années seulement , créent une demande d’aliments que puissent satisfaire les efforts redoublés de nos fermiers, sans que le nombre de ces derniers soit augmenté. Le flot do l’émigration pent-il contiimer sans cesse, sans créer la demande d’un supplément de travailleurs agricoles ? Ce flux annuel peut-il être triplé, comme cela pourrait arriver, sans créer bientôt une telle demande? Si l’on est forcé de répondre à cette question négativement , il est clair que la tlistinctioii entre la demande de travail et celle de travailleurs n’est pas fondée en principe. Elle ne pouvait se présenter qu’à l’esprit de ceux qui n’ont pas d’antres ]>hénomènes sous les yeux que ceux que leur offre une population presque stationnaire, — qu’ils regardent cependant comme excessive, on en danger coiitiiincl de devenir excessive, (Ui comparaison du capital.
M. Say professe dans tonte son étendue la doctrine que la demande dépend de la production. « C’est la production, dit-il, qui crée une demande de produits. «Un produit n’est pas plutôt créé, que, dès ce moment-là, il ouvre un débouché à d’autres produits, dans la mesure de sa propre valeur. )> «C’est parce que la production de quelques denrées a décliné, que d’autres denrées sont surabondantes. » De la vérité importante contenue dans ces propositions, il déduit la conclusion
« Que, dans tonte communauté, plus les producteurs sont nombreux et plus les productions sont variées, plus les moyens d’écoulement sont prompts , nombreux et étendus pour ces productions ; et, par une conséquence naturelle, plus ils sont avantageux aux producteurs ; car le prix s’élève avec la demande. Mais cet avantage ne peut découler que
l’kchaxgf.
(1 niio production réelle, et non d’une circulation forcée de produits ; car une valeur une fois créée ii est pas augmentée dans sou passage dune main à l’autre. » —Say, Economie politique, livre l», cliap. xv.
M. Mac Culloch, qui cite avec approbation le cliapitrc do M. Say dont nous avons extrait ce qui précède, remarque que les principes dont les conclusions de ce dernier sont tirées lurent énoncés, dès l’an 1752, dans un traité du doven Tucker, intitulé (Jueries on the late naturalization bül , qui aujourd’Imi est devenu très-rare. Nous donnons une de ces questions tirée de la citation de M. Mac Cullocli, et avec les memes caractères typographiques qu’il a employés, nonseulement parce qu’elle mérite une attention toute particulière, mais encore comme preuve que la prétendue distinction entre la demande du travail et celle des produits du travail iiY-tait reconnue ni par sou auteur original, ni par celui qui Ta tirée de l’ohscurité d’une brocliure tombée dans l’oubli ; «SI CE n’est pas une maxime infaillible, que le tkavail n’uN individu ckée un emploi pouh celui d’un autre?
c’est la perception instinctive qu’a de cet axiome l’intelligence iiopulaire,— plus sage que les écoles, quoique incapable d analyser les motifs de sa conviction, — qui a conduit à une politique de protection mutuelle que les écoles condamnent. Ce n’était pas, cependant, à l’association faite expressément pour augmenter les échanges, en diversifiant 1 industrie et en stimulant ainsi la production, que nous laisions allusion, quand nous parlions de l’association comme d’une condition essentielle de l’échange. Il est évidemment nécessaire que les producteurs soient quelque peu rapproihés les uns des auties, axant qu ils puissent échanger par un troc direct les fruits de leur travail , soit sous la forme de services personnels, soit sous celle de produits. Il faut que l’association des producteurs devienne encore plus nombreuse avant qu’il se forme une classe distincte dont l’occupation soit de négorier ot <l’opérer les échanges des denrées
l’échan«;e.
qu’elle ne produit pas elle-même. Le manque de concentration des producteurs dans un même lieu est évidemment un obstacle au trafic, quelques moyens qu’on puisse employer pourlefaire. Nous aurons occasion detraiterce pointen détail.
Le rapprochement physique n’est cependant pas la seule condition nécessaire pour établir la pratique régulière de l’échange. Personne ne pourrait abandonner, pendant un certain temps, les travaux qui lui fournissent les aliments et les habits, sans l’assurance certaine que d’autres ont pris sur eux-mêmes le soin de lui fournir des provisions et des vêtements à des conditions acceptées. C’est donc moyennant un pacte réel, quoique tacite, selon le langage de M. W akefield, « que la classe qui récolte plus de denrées alimentaires qu’il ne lui en faut peut échanger avec celle qui fabrique plus de x'êtements qu’elle n’en a besoin ; et s’il y axait entre elles la séparation complète qu’établissent la distance ou la haine, — si virtuellement les deux classes n’en formaient pas une seule pour le but commun de produire ce qu’il leur faut d’aliments et de vêtements, — elles ne pourraient diviser en deux parts distinctes l’opération de produire une quantité suffisante de provisions et de vêtements. »
Quelques-uns des ax-antages de la division du trax'ail ne poux'aient manquer d’attirer l’attention, dans les premiers âges de la société. Les hommes devaient remarquer qu’il en résultait une augmentation du pouX'Oir de production, avant d’examiner la raison de cette augmentation ; et le succès, dans un cas et dans une branche d’industrie, devait natutellement conduire à des expériences dans d’autres. Les règles de l’art et les maximes de la sagesse pratique viennent généralement longtemps avant le raisonnement scientifique, qui fait connaître leur étendue et leurs limites, et nous met en état de prévoir leurs résultats dans des circonstances nouvelles. C’est pour parvenir à ce but qu’il nous hiut découvrir les raisons de la règle, et la loi qui gouverne et explique les faits; observés.
LÉCMANGl-;.
- Far quelles causes donc la division du travail occasioiinet-elle une augmeniation du pouvoir de production ? Sans
essayer de les donner toutes, nous pouvons citer les suivantes comme les principales ;
1® La connaissance plus étendue que les hommes obtiennent des piopriétés de la matière et des lois naturelles qui interviennent dans ses divers usages ; en d’autres termes, l’éducation intellectuelle des producteurs. La division des travaux n’est jias portée aussi loin dans les opi' rations ordinaires de l’agriculture que dans les arts mécaniques; mais il n’y a aucun doute qu’on pourrait les partager, entre dilFérentes classes de personnes, heaucoup plus qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. Ce premier de tous les arts peut, cependant, nous fournir un exemple du principe que nous examinons. La culture des grains, des légumes et des fruits, exige qu on soit familiarisé avec une grande quantité de lois chimiques qui régissent les différentes couches du sol et les engrais; avec les lois mécaniques ([ui ont rapport à la construction et à l’usage des hâtiments, des instruments, des machines et des moteurs; avec une multitude d’autres choses dont l’étude demande heaucoup de temps. L’élevage des animaux exige une connaissance de lois physiologiques^ d\ui caiactère tout différent. ]\l. llakewell, en étudiant ces lois et les qualités spéciales des différentes races de moutons, a acquis un tel talent, qu’il pouvait produire un animal réunissant presque toutes les qualités désirables qui peuvent s’accorder avec sa nature ; il a réalisé de très-grandes améliorations dans les troupeaux de la Grande-Bretagne , obtenant par les croisements, la nourriture, etc., tantôt la taille et la graisse,— tantôt le poids et la finesse de la toison,— suivant le Lut et les qualités qu on désire. D’autres individus se sont li\rés, de la môme manière, au perfectionnement de la race des vaches et d’autres animaux domestiques. Il est clairqu ils 11 auraient pas acquis ces connaissances et ce talent dans l’art d’élever les bestiaux, s’ils avaient voulu y ajouter
l’kchanok.
lies connaissances aussi spéciales dans la culture des différentes graines, du lin, du coton, des graminées, des pommes de terre et des fruits. La vie est courte, 1 art est long.
Les arts mécaniques offrent des exemples d’une diversité encore plus frappante dans les matériaux que l’on emploie et dans les connaissances que l’on exige. Les omriers en métaux, et le teinturier, par exemple, se servent, dans leurs métiers respectifs, de propriétés de la matière et de lois chimiques qui ont à peine quelque chose de commun. L’application aux arts des nouvelles découvertes en chimie demande constamment une plus grande somme de connaissances spéciales, pour conduire leurs opéraüons avec économie ; et le progrès des sciences tend nécessairement à borner les études de ceux qui veulent les avancer a quelques branches spéciales. Quelle différence n’y a-t-il pas eu entre les recherches du lieutenant Maiiry, qui, par une investigation longue et laborieuse des lois qui gouvernent les vents et les courants de l’Océan, est parvenu à donner des instructions qui réduisent de beaucoup la longueur des voyages en Californie, eu Chine et ailleurs ; celles d’Ericsson, inventeur de l’hélice et delamachineà air chaud, qui rendent les vaisseaux indépendants des vents et des courants, et leur permettent de transporter assez de charbon pour la plus longue course; et celles de Steers, constructeur du yacht America, cjui a donné le modèle d’un vaisseau doué des plus grandes qualités pour la course! Et pourtant la science de tous les trois n’est qu’une spécialité de 1 art de la iiaxigation.
2® L’accroissement de dextérité, — l’éducation des muscles des producteurs, — est une cause universelle et trèspuissante de l’accroissement de production. C’est une vérité physique bien connue, que l’exercice d’un muscle augmenle sa force et son volume. Une opération, qui d’abord était difficile, devient aisée par une fréquente répétition. On parvient par la pratique à faire rapidement ce qu’on faisait lentement dans le principe ; — ce qui demandait une atten-
~ l'k(;iiaN(.F..
tion soutenue pour elre bien lait, on le fait enfin sans attention apparente, et avec une jirécision qui approche de celle de la machine. On dit qu'il y a des ouvriers bottiers si adroits qu’ils commencent à coudre une botte avec un fil long d une verge dans chaque main, étendent, à la fois, les bras de toute la longueur du fil sans tirer une seconde fois, et, à chaque nouveau point qu'ils piquent, diminuent l'essor qu ils donnent à leurs bras, de manière à se régler sur la longueur du fil chaque fois qu'il passe à travers le cuir. La délicatesse du toucher, comme la rapidité du mouvement, est susceptible d'un perfectionnement. Dans quelques opérations manufacturières, des enfants répètent cent fois à la minute, et pendant des heures entières, des mouvements qui impliquent l'action de plusieurs muscles. Comme exemple de 1 économie obtenue par une discipline convenable . des muscles , on raconte « qu une espèce de cordonnet ou
de guipure », faite en Angleterre, » qui, lors de son introduction, coûtait 3 schellings de façon, ne coûte plus, maintenant, qu'un sou anglais; et ce résultat est dû seulement ;i 1 augmentation de dextérité des ouvriers, sans l’intervention d’ancnne machine nouvelle '.
Il est évidemment impossible qu’une personne acquière autant de dextérité dans un grand nombre de procédés diffélents que dans un seul; et, quand elle y parviendrait, le temps passé à les apprendre serait autant d'enlevé au tra- \ ail productif. On dit quelquefois (jue c'est un avantage de la simplification de procédés de pouvoir employer des enfants plus jeunes qn on ne pouvait le faire autrefois. Ceci est, cependant, d une utilité très-douteuse. Les années de l'enfance doixent être, pour le plus grand ax'antage de la communauté, employées a son éducation générale : le foyer paternel, l'école et la pelouse autour de la maison sont les lieux où les corps et les esprits encore faibles peuvent gagner le plus
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pour la richesse commune, eu s’approvisionnant de forces au lieu d’en dépenser.
3“ La division du travail permet la distribution des différents emplois, de telle sorte que chacun puisse être confié aux personnes dont les qualités s’y adaptent et qui sont le mieux faites pour y réussir. Quelques branches d'industrie demandent une grande force de corps; il en faut très-peu dans d'autres, où la rapidité du mouvement et la délicatesse du tact sont les principales qualités requises. Il en est de même du talent. On peut, en quelques jours, apprendre à entre- Icnii le feu d une machine à vapeur, mais l’éducation d'un ingénieur demande des mois et des années. Ce serait une grande perte de force s’il fallait que l’ingénieur fit le feu. Il y a une économie de puissance productive chaque fois qu une personne trouve de 1 emploi, malgré les particularités défavorables de sa constitution physique ou de son éducation. ün aveugle peut tourner une meule, un boiteux peut faire courir mne navette, un muet peut arranger des caractères d'imprimerie. Différentes parties d'une série d'opérations nécessaires à un but commun peuvent être accomplies, avec le même succès, par des individus dont les facultés, innées ou acquises, sont aussi différentes que celles du muet, de 1 aveugle ou du boiteux. S’il y a quatre opérations, dont une seule demande la possession des cinq sens et de bonnes jambes, trois personnes atteintes des infirmités dont nous avons parlé et une personne qui en est exempte pour-
ront faire le môme ouvrage que quatre autres individus bien conditionnés ; tandis que, sans cet arrangement, le pouvoir productif de trois d’entre elles serait perdu pour la société, et leur subsistance resterait à sa charge. Cette vérité s'étend aux différences moindres de capacité, quoique le profit de leur utilisation puisse être moindre.
4" L’economie des instruments. Les différentes opérations exigeant 1 emploi de machines et d’outils, qui sont aussi différents, 1 homme qui voudrait exécuter à lui seul ces di-
l’échange.
verses opéraliuiis aurait besoin (ruii assortiment immense cl’ontils. Trois individus dont chacun essayerait cVètre, tour à tour, charpentier, forp;eron et tisserand, doivent avoir trois fois plus d^outils qu’ils n’en auraient besoin, si chacun se bornait à un seul métier. Ils perdraient trois fois autant de travail à se procurer ces auxiliaires de la production, et ce temps est retranché de la production elle-même.
Voilà, à peu près, les principaux avantages de la division du travail. Un autre, qui est ajouté par Adam Smith, c’est l’économie du temps, généralement perdu cjuand on passe d’une occupation à une autre. « Un tisserand de campagne, observe-t-il, qui cultive une petite ferme, doit perdre beaucoup de temps en passant de son métier à tisser à l’ouvrage des champs, et de cet ouvrage à son métier. Quand on peut suivre deux occupations dilférentes dans le même atelier, la perte de temps est, sans doute, moindre; mais, dans ce cas même, elle est encore très-considérable. Un ouA'rier traîne communément un peu avant de passer d’une espèce de travail à un autre. Quand il commence le nouvel ouvrage, il est rare qu’il s’y mette de tout cœur ; sou esprit, comme l’on dit, est ailleurs, et, pendant quelque temps, il s’amuse plutôt qu’il ne s’applique ». M. Babbage remarcfue que, « quand la main ou la tête de l’homme ont été occupées pendant un certain temps d’une espèce d’ouvrage, elles ne peuvent, instantanément, changer de travail d’une manière satisfaisante. Les muscles des membres en activité ont acquis, pendant qu’ils étaient employés , une flexibilité , et ceux qui étaient en repos une rigidité, qui rendent tout changement lent et inégal au commencement. Une longue habitude produit aussi dans les muscles exercés la propriété de résister à la fatigue bien plus longtemps qu’ils ne le pourraient dans d’autres circonstances. Il semble qu’il y ait un effet analogue dans tout changement d’effort intellectuel ; l’attention accordée à un nouveau sujet n’est pas aussi parfaite d’abord qu’elle le devient après un j)cu d’exercice. » D’un autre coté, on observe, et
l’kcuan(.e.
avec raison, qu’un changement d’occupation apporte souvent une distraction, quand autrement un repos complet serait nécessaire; parce que l’emploi d’autres muscles et d’autres facultés de l’esprit permet à ceux-ci de se reposer et de se retremper. Cette considération a sans doute quelque poids, et nous met dans l’impossibilité d’assigner aucune règle générale, à l’égard du degré d’uniformité le plus avantageux dans les occupations du corps et de l’esprit. Quant au temps nécessairement employé à se transporter dans les endroits où se font les différentes espèces d’ouvrages, nous l’avons omis dans notre énumération, parce que l’objet était de constater les causes par lesquelles la division du travail augmente la production, — en supposant que les producteurs emploient le même temps au travail réel.
Un autre des avantages énumérés par Adam Smith est que « l’invention de toutes les machines qui facilitent et abrègent tant le travail semble avoir eu pour origine la division du travail. » L’homme dont l’attention se concentre sur un seul et même objet est beaucoup plus apte à apporter des perfectionnements dans les outils et dans les méthodes qu’il emploie pour accomplir cet objet, que s’il était distrait par beaucoup d’autres. Cet avantage paraît, cependant, être plutôt une conséquence qu’un effet direct. Üe cette manière la division du travail prépare les moyens de rendre le travail futur bien plus productif; mais l’invention, quelque admirable qu’elle soit, n’est pas cette augmentation immédiate de production que nous recherchons.
M. Senior a remarqué un autre avantage, provenant de la circonstance « que les mêmes efforts qui sont nécessaires 2)our produire un seul résultat sont souvent suffisants pour produire plusieurs centaines ou plusieurs milliers de résultats semblables. Il cite l’établissement de la pos'te aux lettres, comme un exemple familier. Il est aussi aisé de transporter cinquante lettres qu’une seule de New-York à Chicago, et presque aussi aisé d’en transporter mille. Si chaque individu
L KCllA^ÜK.
essayait de transmettre sa propre correspondance, celui qui fait beaucoup d'affaires serait obligé d'avoir un grand nombre de messagers constamment en route. Tous les habitants des Etats-Unis, agissant isolément, ne pourraient effectuer ce que, par leur association et leur accord à faire du transport et de la distribution des lettres l'ouvrage d'une classe particulière d'individus, le travail de quelques-uns accomplit. H y a d'autres fonctions, remplies par les gouvernements et leurs agents, qui offriraient des exemples de la même espèce. M. Senior a cité les mesures pour la défense du pays, pour la découverte et la punition du crime, et pour l'administration de la justice aux particuliers, (l’est ce principe qui est la grande source de l'économie qu'on trouve dans les opérations industrielles do toute espèce entreprises sur une grande échelle, et son application est susceptible d'une extension indéfinie. On le comprend généralement sous le titre d^association, et souvent on le mêle avec des idées et des projets avec lesquels il n’a point de rapports nécessaires. Le mot « d’association » en est ainsi venu à signifier des utopies et des rêves impraticables, souvent même subversifs et dangereux, aux yeux de beaucoup d'individus à qui l'on parle tous les jours d'échange et de division du travail, sans que leurs opinions conservatrices en soient le moins du monde effarouchées, quoique, au fond, ces différents mots représentent la même idée. Ce n'est point à nous de discuter la direction dans laquelle l'application de ce principe doit être étendue, ni d'en fixer les limites. Ceci est une affaire de détail. Le principe lui-même rentre dans les considérations sur l’économie dans la distribution du travail, que nous avons énoncée comme le troisième des principaux avantages qui découlent de sa division.
L'échange et la division du travail, ainsi que nous l'avons vu, ont la même étendue et dépendent l’un de l'autre. L'échange ne peut profiter à l'individu, et à la communauté dont l’individu fait partie, qu’en raison de raccroissement de
L rciiAXbi;.
production qui résulte de la division du travail. A et fi ont, chacun, besoin de chapeaux et de bottes, et nous pouvons supposer qu'il faut autant de travail pour faire les uns que pour faire les autres. Nous pouvons aussi supposer, pour rendre l'exemple plus sensible, que A, en se livrant exclusivement à la fabrique des chapeaux, est parvenu à produire un chapeau en quatre jours de travail; pendant que B, qui borne ses efforts à la production de bottes et de souliers, peut produire une paire de bottes en travaillant le môme nombre de jours. Si, au contraire, chacun d’eux ax’ait essayé d’exercer les deux métiers, et avec eux une demi-douzaine d'autres, nous pouvons être sûrs qu'il aurait employé huit jours à fabriquer un chapeau, et tout autant à faire une paire de bottes. Quatre jours de travail de chacun d'eux, quand ils concourent à la production par la séparation de leur industrie, ont le même résultat que huit sous le régime opposé. Le chapelier se fait un chapeau en quatre jours, et, en en faisant un pour son voisin le cordonnier, en quatre jours de plus il se procure une chaussure. Le cordonnier fait la même chose. En huit jours, chacun a un chapeau et une paire de bottes ; tandis que, sans la divison du trax'ail et l'échange, l'un n’eût pas eu de chapeau, et l'autre pas de bottes. Jusqu'ici le profit paraît être limité à ces deux personnes ; mais si elles continuent à travailler encore huit jours, la communauté sera enrichie de deux nouveaux chapeaux et de deux nouvelles paires do bottes, pour deux autres personnes, qui, sans l'association des producteurs, auraient été obligées de se passer de CCS choses essentielles à leur santé et à leur comfort, et qui contribuent aussi à augmenter leur pouvoir productif. Le gain combiné des individus qui produisent et qui échangent est celui de la communauté dont ils font partie. Ce que le cordonnier a gagné, c'est le temps qu'il a économisé, — les quatre jours qu'il n'a pas perdus à faire la moitié d’un chapeau, et qui l’ont mis à môme d'augmenter le fonds commun d’une autre paire de bottes. Ce que le chapelier a gagné, c’est
l’échange.
le second chapeau, qu’il a eu le moyen de laire en économisant son pouvoir productif. La communauté, dont tous les deux sont des membres, gagne un chapeau et une paire de hottes, que, dans l’autre cas, elle aurait perdus.
Supposons qu’au lieu d’être des membres de la même communauté, le chapelier demeure dans le Connecticut, et le cordonnier en Angleterre, et supposons qu un échangé de leurs produits ait lieu sans frais de transport, et sans 1 intervention de marchands dans le traüc. Que s’ensuivrait-il ? Le chapelier américain gagnerait sans doute 1 équivalent d un chapeau comme auparavant, et son pays le gagnerait aussi, mais celui-ci n’aurait pas le gain de la paire de bottes de surplus que le cordonnier anglais peut laire. Celle-ci est perdue pour le Connecticut, et devient le gain de l’Angleterre. Il y a, certainement, un profit pour les deux pays (laissant de côté les frais de transport, etc.), mais il n’est que la moitié de celui que l’un ou l’autre aurait recueilli si les deux personnes qui ont fait l’échange et les deux profits lui avaient
appartenu.
Si l’on peut persuader au cordonnier anglais d’émigrer, et d’exercer son métier dans le Connecticut, il est clair que ses échanges avec le chapelier donneront un double profit à cet Etat. La communauté s’enrichit de ce qui 1 enrichit luimême. — L’augmentation d’efficacité de son travail, qui vient de ce qu’il peut en échanger le produit contre celui du travail d’un de ses nationaux, sert à l’avantage de l’Etat, sous la forme d’un plus grand approvisionnement de bottes et de
souliers.
Ni la manière d’estimer la valeur des produits échangés, ni la différence de prix entre les bottes à Liverpool et celles à New-llaven, ne peuvent changer la nature de ce grand fait; quoiqu’un raisonnement basé sur les valeurs et les prix puisse en obscurcir la perception. La valeur et le prix, aidés de quelques autres circonstances, peuvent, à la vérité, déterminer la limite des frais auxquels réchange mténeur peut