‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 1 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Noire premier soin doit être de définir le mot dont on se sert pour désigner la science dont nous offrons un Manuel , composé de la réunion des faits économiques qui existent, et de leurs déductions logiques ; indiquant en outre ce qu' pourrait être dans un ordre de choses meilleur , et plus approprié aux progrès de la civilisation et aux besoins des sociétés modernes.

Cette science dont nous ferons sentir toute l'importance , porte le nom d'ÉcoKOWE politique ; économie vient de deux mots grecs : qÏho;, qui signifie maison; et vo^uo; , qui veut dire loi : loi de la maison. L'alliance des mots : économie politique, indique, d'une manière nette, qu'il s'agit des lois de la maison sociale , des lois do la société. Néanmoins on se ferait une idée trop vaste de l'économie politique si on supposait qu'elle embrasse l'étude de toutes les lois sociales ; car elle ne traite que des forces productives de la société' , elle explique les phénomènes de la pro-

lomie politique n'est que l'une des trois

parties de la haute et imposante trilogie qui constitue la science sociale, et qui comprend la politique, la morale et l'économie politique. Chacune de ces trois branches prise isolement serait impuissante à résoudre le grand problème du bonheur de tous ; mais leur harmonie, leur union intime , révèlent des moyens certains d'y parvenir. Chacune des parties de la science sociale se rapporte» des actes humains bien distincts : les actes politiques , les actes moraux, et les actes physiques ou industriels.

Nous ne traiterons dans cet ouvrage que de l'économie politique; mais nous ferons de temps en temps quelques rapides excursions dans le domaine de la morale et de la politique; pour éclairer par elles plusieurs questions qui resteraient obscures sans la clarté de leur flambeau.

On a beaucoup disserté sur la question de savoir si la science qui fait l'objet de cet écrit existe, on si elle est à créer. Toute discussion à cet égard nous semble fûtila , et n'a que l'importance d'une querelle de mots. Les faits qui constituent une science existent nécessairement . aucune nation n'a passé sur cette terre sans se livrer à des faits économiques ; et toutes ont su grouper, à l'aide de l'observation, un assit grand nombre de faits pour en tirer des déductions logiques et créer la science. Seulement cette science est plus ou moins avancée, selon l'importance et le nombre de? faits qui ont W

réunis en faisceaux dans des traites particuliers, ou dans des ouvrages de politique générale.

Nous nous étonnerons donc avec un savant économiste moderne, M. Jules Leroux, que Say et Sismoudi aient pu prétendre que la science économique n'existait pas chez les anciens.

« Aux volumineux traités des modernes , dit-il , « l'antiquité pont opposer des traités non moins « volumineux. Nous avons, dit Arislote dans sa h politique , nous avons des écrivains qui ont k traité de toutes ces matières. Charète de « Paros et Apollodore de Lemnos ont écrit sur « la grande et la petite culture. Toutes les par- « ties des arts et métiers ont été approfondies « par d'autres auteurs. Ceux qui veulent ack quérir des connaissances plus précises sur ces « objets peuvent consulter leurs ouvrages. »

t On peut encore recnillir des méthodes in- « génieuses éparses dans divers écrits. »

On le voit, non-seulement les faits économiques existaient dans l'antiquité ; mais l'économie politique y était connue. De tout temps des théories plus ou moins rationnelles, plus ou moins appuyées solidement sur une bonne observation , out été formulées. Disons donc hardiment que la science n'est point à créer , surtout si l'on considère que de nos jours les faits sont bien plus variés, bien plus féconds qn'ils ne l'étaient sous l'empire de l'esclavage et soui; celui du servage , cette première transformation qui précéda la, culture libre. ïîâtous-nous d>

jouter en même temps, qn'mcomplète et vicieuse cette science précieuse » besoin que 1» nwjn, hardies de ....leur» tourbeux mais

rt de danaereuses utopies.

Mais le bien-être de tons n'est point qno utoigé «toi qu'en ait pu dire l'école de Smith , de itauSo et de Sey. Ce dernier philosophe a blasphémé eu professant le principe de la misère Inévitable, an miHeu de tous les elenrtns de richesses sociales dont la France abonde.

Mena savons que ces élémens mis en œuvre par des mains inhabiles , inSdeles, cupides et spoliatrices, peuvent être détournes facilement de lenr destination ; c'est une Économie politique saké, probe et rationnelle qui peut seule les exploiter pour le bonheur de tons. %n comprise elle régularise les forces industrielles d une nation, elle règle l'action de lWenigence humaine sur les objets matériels que cette action approprie à l'utilité de la société-. L'application dp ses principes conduit à l'aisance, à la moralité , et de là au bonheur privé et public.

L'économie panique vraie a mission d'éclairer les peuples sur l'origine de leurs inaux industriels, elle leur fait toucher du jjast la soi du malaise qui les tpurt»nte- . Elle ' mi cacha d'od)e

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Si l'économie politique consciencieuse éclaire; l'économie politique à l'usage des abus les perpétue, les sanctionne et les colore du vernis

qui préconisent cette dernière n'en font sortir qne do perfides enseignement qui abusent les douleurs, les rendent silencieuses et inactives sans les guérir.

£a derrière école à la tête de laquelle se trouve Say, et qui, eu abandonnante système mercantile venu d'Angleterre, n'a pu encore rompre arec le principe dangereux de la prééminence de l'espace sur l'individu qui conduit tout droit à la justification delà misère, et y rend indifférent au point d'en faire une presque nécessité, la dernière école a cependant fait un pas immense par le seul fait de l'énonciation des produits immatétérièts , eRe est sortie de l'ornière ou Adam Smith avait laissé l'économie politique dans son ouvrage sur la richesse des nations, Vaste bazar de faits qui ne sont point fécondés par une haute pensée sociale.

Il fait beau voir, vraiment, au milieu d'une société organisée d'une manière vicieuse , quelques économistes s'écrier à cens qui meurent de faim : Il n'y a pas de couverts pour vous au banquet de la vie; vous êtes de trop ; allez-vous en ! Cela serait à peine tolérable si tous les moyens de production étaient époisés ; mais (Ma d« là , la culture n'est point arrivée au zénith de son perfectionnement , de vastes sur-

faces restent encore à féconder ; de choquantes inégalités existent abritées par des abus qu'il faut combattre par la suppression de ces mêmes abus, et seulement ainsi. La production n'est point poussée jusqu'où elle pourrait l'être, la distribution n'est point équitable , et la consommation est limitée ; que de conditions de souffrances ! et c'est au milieu de tous ces élémens de malaise qu'on vient dire qu'il n'y a pas place pour tous au banquet de la vie! Ironie!

Le temps est venu au contraire où, en dépit des belles théories île la froideuretdel'égoïsme, la terre nourrira tous ceux qu'elle porte; nous savons parlaitement qu'avec la meilleure organisation possible des choses, il peut arriver que l'équilibre entre la population et la production soit rompu, et qu'alors il faille subir les funestes conséquences de cette catastrophe, où l'imprévoyance est frappée la première; car la société, arrivée à un effroyable sau^e quipeut, reçoit alors un coup terrible, un affreux ébranlement dont le temps seul peut limiter les conséquences.

Ces temps de calamités seraient bien rares avec une organisation sociale où les lois économiques les plus sages et les plus rationnelles seraient consacrées.

Il faut donc s'appliquer à bien connaître ces lois; l'étude de la science qui les enseigne est indispensable aux travailleurs, et à ceux qui les dirigent : elle doit être familière aux gouvernons comme aux gouvernes.

Aux premiers , pour avoir la connaissance intime des forces productives dont ils disposent ; aux seconds, pour qu'ils puissent veiller à ce qu'on n'épuise pas les sources de la fortune publique. Dans les sociétés modernes , où souvent les citoyens sont appelés à exercer des droits politiques , et doivent procéder à de nombreuses élections, il est nécessaire qu'ils puissent apprécier par eux-mêmes les capacités qui se présentent ; appelés aussi à exercer une parcelle du pouvoir, ils doivent connaître l'origine des richesses nationales , les causes de leur décadence , et les conditions de leur accroissement.

L'importance des faits humains, en un mot , dans leur manifestation physique, ne peut être bien comprise et bien sentie que par ceux qui ont une teinture suffisante de la science qui fait l'objet de ce livre. Elle conduira, cette science , en marchant de progrès en progrès , sans secous ses et sans violence, a la grande transformation sociale qui se prépare. Ce n'est pas de nos jours que cette transformation aura lieu complète et satisfaisante ; mais sachons être patiens et ne nous décourageons pas , bien que nous ne travaillions que pour nos descendans. Chaque épo~ que tient sa place dans le grand travail humanitaire. Il faut savoir ne point brusquer les succès pour en assurer la durée. Chaque époque apporte sa pierre au grand édifice de Y unité sociale, c'est-à-dire la participation de tous aux avantages offerts par la nature et vivifiés par le travail.

Les économistes du pouvoir eux-mêmes obéissent au mouvement qui les entraine dam la voie du progrès; ils se te bornent plus à examiner ce qai est; mais ils pensent à la nécessite dek modifier ; et ils annoncent un avenir meilleur. Ils se sentent à l'étroit dans les limites d'Adam Smith , agrandies qu'elles soient par J. fi. Say ; ils abordent les questions les plus ardues , ils ne regardent plus l' organisation actuelle comme inattaquable, et se placent pour juger l' économie politique au point dnwoephilosdphiqsie.

Ils conçoivent que h. classification sociale en propriétaires ou capitalistes, toàUte* ou botfrgeois, ouvriers ou prolétaires, serait aussi féconde en abus que l'organisation féodale où le droit de la naissance e'tail la base de la société, si cette société n'était préservée de l'injustice par des lois économiques sages et fondées sur la raison et l'équité.

M. Rossi de -Genève, l'ami de M. de Brogtie, M. Rossi est l'expression vivante du progrès philosophique que nous signalons; U dépasse déjà Say auquel U a succédé, comme Say a dépassé lui-même l'école mercantile.

« Aujourd'hui, a dit M, Rossi, en ouvrant dernièrement son cours d'économie politique au collège de France, aujourd'hui un grave problème préoccupe les esprits : c'est la coexistence de deux faits qui sembleraient devoir s'exclure; d'une part l'accroissement de la richesse sociale; de l'autre k misère et la MuûraaM

d'une grande partie des travailleurs. La solution du problème a été demandée à l'économie politique) et jusqu'ici aucune des solutions proposées n'a satisfait le public ; car le public ne veut sacrifier ni le progrès , ni les intérêts du grand nombre. Cette solution, si elle était trouvée , serait le plus grand progrès social qu'on pût faire aujourd'hui. Nouveau motif d'étudier la science qui fournit des lumières sur ces questions difficiles. C'est là que réside la véritable phîlantropie. »

On le voit, les économistes avoués par le pouvoir lui-même , quand Us sont consciencieux et honorables , signalent aussi le grand malaise qui tourmente les sociétés modernes ; ils en appellent à la science qui enseigne à connaître et à régulariser les sources de la production, ils en appellent à la morale , à la politique, pour asseoir enfin la société sur une hase solide et durable. Ils laissent bien loin derrière eux la doctrine du laisses faire, laissez passer ; ils n'abandonnent point l'individu, tout en s'occupât t de l'espèce , et ils reconnaissent que c'est pour avoir trop négligé le premier que la seconde s'appauvrit dans des tiraillemens continuels.

Mais la science sociale bien enseignée, bien comprise, améliorera le sort des hommes; la France est dans une bonne voie, parce qu'elle a l'intelligence de sa position ; l'économie politique, bîeD appliquée, ne détruira pas la propriété; à Dieu ne plaise, elle l'assurera, elle la consaa

crera, mais elle la rendra plus mobile; elle ne dépouillera point le riche pour enrichir le pauvre ; car elle ne ferait par là que déplacer la misère ; son but est de l'extirper du sein des sociétés modernes ; en un mot la boune économie politique conduit à la solution du grand problème du bien-être pour tous, sans lésion des intérêts de qui que ce soit.

MANUEL is d'économie politique.

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