‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 2 sur 44 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la population.

Avant de nous occuper de ce qui constitue la richesse nationale ; avant de montrer comment elle est produite, comment elle est distribuée dans tout le corps social , et comment elle y est consommée, nous regardons comme rationnel de parler de la population, de ses variations, de ses phases, de3 causes de son augmentation et de celles de sa décadence.

Il y a des richesses naturelles et des richesses produites par les efforts de l'homme; ces dernières étant les plus importantes, nous considérons comme nécessaire a la clarté de notre œuvre de ta faire précéder de quelques considérations sur l'influence de la population ; car ces richesses sont plus ou moins grandes , selon que la population est plus ou moins considérable, plus ou moins industrieuse.

Dès l'abord, il se présente une sombre vérité de laquelle on a trop abusé. C'est que la population augmente dans une progression qui n'est point en rapport avec l'augmentation des

productions nécessaires à sa subsistance. Le mouvement ascensionnel de la population dépasse de beaucoup celui de la production. On a conclu de là que dans toutes les sociétés humaines , quelque bien organisées qu'on les sup-

5 ose, il doit y avoir une classe nécessairement tstinéeà périr quand l'équilibre vient à se rompre entre la production et la population.

Cela serait vrai si des lois économiques sagement combinées, et heureusement harmonisées avec de bonnes lois politiques , ne pouvaient parvenir à maintenir cet équilibre , et ne faisaient peser sur tous les membres de la société, sans distinction, les calamités qui surviendraient, si, malgré toute prévision humaine, cet équilibre si désirable venait à être rompu.

Quelques économistes modernes , héritiers des saist-siinoniens , les disciples de Charles Fourier , créateur de la théorie sociétaire , veulent associer les pauvres pour améliorer leur position. Dans leur noble préoccupation d'adoucissement du sort des masses, les sociétaires ont écrit sur leur drapeau : béforme industrielle. Ils la conçoivent , cette réforme , par l'association et l'exploitation des passions humaines au profit de tous ; nous reviendrons sur cette doctrine sociétaire qui mérite de fixer l'attention. Nous ferons seulement observer ici que les sociétaires s'abusent en supposant qu'une réforme industrielle radicale puisse avoir lieu sans la réforme politique, qui assurera des droits aux pq-

Eulations qui en sont privées, et les conduira au ien-ëtre par l'anéantissement des abus.

Il faut reconnaître que la source la plus féconde des malheurs delà société, c'est le TO on fpole ; Or , trop de gens sont actuellement intéresses à son maintien pour qu'a ne soit pas

possible de le renverser autrement que par une réforme politique; c'est donc la réforme politi- <pw qni doit, ce nous semble , préoccuper les esprits soucieux dn bien-être de tous.

Les sociétaires; parlent d'un minimum, assure" a chacun ; mais pour en arriver là , il faut posséder les élémens de ce minimum , et si la terre sociétaire ne les a pas produits, ces élémens , îl iaudra 3 es demander au dehors ; et s'il ne s'en fc-ouve pas au dehors , il n'y aura pas de minimum .possible. Ce minimum empêcherait la trop eraade misère, dit-on, et conserverait la popuiaiaon décimée par le malaise ; oui, s'il était possrirfe dans toutes les circonstances ; mais il faut iiien reconnaître qu'il ne peut exister aucune socjeié k 1 abn de la disette , et que par conséquent Je minimum n'est qu'un rêve d'honnête

; 1 sur l'accroissement de la popula-

1 serait considérable , il tendrait à l'augmenter; car il donnerait an malheureux moins de prévoyance qn'tl n'eu a , §'il ert possible, et dans des années de calamité, il romprait promptement l'équilibre entre elle et la production.

Dans Je cours de cet ouvrage, nous développerons au moyeu par lequel nous croyons pon- ■»oir sauver 1 imprévoyance mit matfieureux , ■par ifi crainte du malaise, s'ils s'abstiennent de travailler.

Koùs pensons qu'il est possible de conserver l'équieibre entre la population et la production, par ta sage distribution des richesses nationales. Sans l'empire de lois économiques justes et raisonnables, et pal* un travail soutenu et censtant de la part dès Masses , l'attraction passionnelle -sur laquelle comptent les sociétaires serait, a notre sens, inhabile à exciter l'ardeur des Vr*~

Tailleurs de tons les genres. Il faut le dire, l'attrait de la propriété offerte en perspective, comme récompense d'un travail persévérant, d'une part , et d'autre part la crainte du malaise suspendue comme une menace sur la tète du travailleur, l'excitent et le tiennent constamment en garde contre la paresse si naturelle à l'homme, et posent une digue à la population, qui est en progrès on en décadence selon que les moyens de subsistance augmentent ou diminuent.

L'absence des moyens de subsistance n'est pas toujours la cause de la décadence de la population ; la guerre, on quelque violente maladie épidéinique, déciment aussi les hommes; mais daus ces cas exceptionnels les lacunes causées par des ravages momentanés sont promptement remplies. Cependant il faut, pour que le vide produit soit comblé, que la perturbation jetée dans la société par la mort d'un grand nombre de ses membres n'ait pu porter atteinte à la production; car alors le mal continue, et la famine joint ses coups à ceux de la guerre ou de la maladie.

Heureusement pour l'humanité que la nature, inépuisable dans ses ressources, semble doubler les facultés reproductives des populations, etl'onaremaïquéqo'nin ès un fléau décimateur, il s'opérait une forte réaction destinée à combler les vides opérés par la destruction. Mais cette réaction serait funeste si elle régnait trop long-temps ; car les produits de la terre s'augmentent par une progression rapide , mais qui a ses limites , tandis que la faculté procréatrice de l'homme suit une progression plus rapide et illimitée. A.msi, un temps arrive toujours où l'équilibre est rompu, si

les lois économique!} n'ont pas U puissance d<i

maintenir. C'est une erreur de prétendre que la production peut marcher de pair avec la population; cette dernière est en avance sur ta première, et la production qui fait halte, force la population h retrogader au travers d'épouvantables catastrophes, telles que la guerre , la famine et la peste.

Offrons un exemple : la France contient , et peut nourrir 3a, 000,000 d'habitans dans l'état actuel des choses; supposons à la culture toute l'extension dont elle est susceptible, supposons que l'application du phalanstértsme , par exemple, double ses produits, la France alors pourra nourrir le double d'habitans, c'est-à-dire 64,ooo.ooo. Mais au-delà , il n'y a plus rien ; si la population dépasse ce second chiffre, comme il est évident que le sol ne peut plus produire an-delà de la subsistance de 64,000,000 d'hommes, il faudra que l'excédant de la population périsse , ou que fa population s'arrête au dernier chiffre, d'où il suit que les moyens de subsistance ne sont point en progression proportionnelle avec la population.

Mais, dira-t-on, un pays n'estpoint limité, pour les produits nécessaires à la vie de ses habitans, à sa seule superficie. Si la population d'une contrée excède s:i production, son industrie commerciale , alimentée par son industrie manufacturière, lui amène par la puissance des échanges les subsistances excédantes des autres contrées. D'accord, mais il y a des limites à ces ressources exotiques, et la difficulté se trouve seulement reculée. Il arrive de toute nécessité une époque , à quelque distance de soi qu'on veuille la placer , on l'équilibre est forcément rompu. Cette vérité est dure ; mais il faut savoir Jit reconnaître,

Sons le régime du monopole où nous vivons , il arrive souvent que par mauvaise répartition plutôt que par absence de moyens de subsistance, la population n'est plus en rapport avec la production. Alors les classes pauvres et laborieuses dépérissent, les maladies les déciment , l'absence de soins de tous genres enlève les enfans les vieillards et les mères dans le besoin ; l'affaiblissement des masses travailleuses amené la cessation du travail , les hôpitaux s encombrent, et malgré les efforts de fa charité publique et privée , une partie de la population s étîole, meurt, et l'équilibre se rétablit ainsi avec violence entre la production et la population.

L'inégalité de la distribution des richesses et de la répartition des charges publiques, est pour beaucoup dans ce malheur qui accable les classes laborieuses plus que les autres, lorsqu'il serait juste qu'il pesât également sur toutes. Il faut le dire aussi . les classes laborieuses sont peu prévoyantes, et parmi t-llcs les familles croissent et multiplient outre mesure. Les gimvcrnemens par des mesures paternelles devraient chercher à mettre, par des inovens moraux , une digue au* envabisseniens .le la popnlatiou , mais leim premier, leur plus important devoir, est de jelerTaisance dans les musses adirés pur des lois qui favorisent la division des propriétés , et diminuent les charges du pauvre- La révolution de tiq a répandu l'aisance dans un grand nombre de familles jadis malheureuses et vivant au jour le jour. Dans ces familles, la prévoyance a surgi, le père a voulu placer ses enfans dans la position où il était lui-même, alors il en a limité le nombre. Mais à cette époque, une puissante cause d'augmentation de population venait de naître, et malgré là prfi--

voyance du père de famille, cette augmentation a été rapide. C'est que la production avait augmenté aune manière sensible par une meilleure culture , suite du morcellement des propriétés. La population s'est mise en équilibre arec la production, et l'industrie de la France, prodigieusement améliorée, l'a fait jouir, par les puissances de son commerce des richesses répandues sur toute la surface du globe.

Nous l'avons dit , au moyen de l'échange, une contrée peut nourrir plus d'habitaus qu'elle n'en ferait vivre, si elle était abandonnée à ses propres ressources. Il résulte de ce qui précède sur la population , et de son rapport nécessaire avec ia production , que ceux qui préskient aux destinées des peuples doivent, par tes lois économiques les plus sages, maintenir l'équilibre entre l'nne et l'autre ; c'est au moyen des indications précises de la statistique que l'on pourrait parvenir à balancer à coup sûr les forces de la population et les puissances de la production. Tant qu'il y a misère et besoins nombreux , il n'y a pins équilibre ; si la production peut suffire k tous, et qu'un grand nombre souffre, c'est qu'il y a despotisme, c'est qu'il y a monopole, c est que le plus grand nombre est exploité par le pins peOt, c'est qu'il y a injustice.

flous avons parlé de l'imprévoyance du pauvre ; mais dans la société faite au profit de quelques-uns, le pauvre est abandouné , et les douceurs de l'hymen sont ses seules jouissances. Que de fois de jeunes époux pauvres ont répondu à ceux qui les trouvaient entourés de nombreux enfans , et leur adressaient les remontrances les plus douces et les plus paternelles sur leur imprévoyance : Hélas ! nous n'avons pas d'autre plaisir que celui de l'hymen. On les croit suffi-

samment heureux quand iU peuvent vivre matériellement , et la vie morale? on ne s'en inquiète pas.

Dans leur vie de lutte et de souffrance , au milieu d une société égoïste autant par futilité que par endurcissement, au milieu d une société où l'intérêt matériel des classes laborieuses est aussi négligé que leur intérêt moral , où sont les plaisirs, les distractions du pauvre? Nulle part!

C'est en présence du tableau des misères humaines que l'on se sent une ardeur invincible

Eour l'étude de l'économie politique qui tend à armoniser tons les principes de vie de la société; c'est cette noble science qui doit amener un jour une répartition plus rationnelle des ressources matérielles et des biens moraux qui sont mis à la disposition de l'homme ; c'est elle qui ouvrira les voies à l'élévation du pauvre , sans porter atteinte à la position du riche ; car elle met en relief les richesses nationales, elle favorise leur

Eroduction , règle leur distribution et enseigne :s secrets de leur consommation. Elle doit fixer l'attention des hommes que préoccupe le bonheur des sociétés , et qui , dans leur philautropie, demandent le bien-être pour tous.

Nous joignons à ce cliapilre , comme preuve de la progression ascendante de la population , le tableau suivant, que nous empruntons à l'Indicateur général de i834 :

Dï LÀ POPULATION IN FRANCE.

(Année moyenne.)

IfAX5&UfC£S.

f légitimes 464 06M

Garçons] ï 4g8 8ao

(naturels 54 709,;

(■légitimes. .... 435 458 \ FiUes 1 468 6 7 4

(naturelles. ... 35 a36j

Total des naissances. ... 967 4<)<i Hommes 5q4 346)

Ffc .__ Z J *• ®>

Mariages a54 545

. . 5g4 346j . . 38 7 i36jj

(Garçons. . 104 4 ? 4) Acer, de populJ } 186013

(Filles. . . 81 558)

En dix années la population de la France s'est augmentée de 1 ,932,057 individus.

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