‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds-muets. Tome II - ExplicationsChapitre 100 sur 104 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

Sur les syllabes composées de deux consonnes et d’une voyelle. '

Les sourds-muets n’ayant eu, dans leurs premières leçons , que des syllabes dont la prononciation était absolument indivisible, lorsque nous lçur en écrivons qui commencent par deux consonnes, et qui exigent par conséquent deux différentes dispositions de l’organe avant la prononciation de la voyelle qu’elles précèdent, cette opération souffre de la difficulté.

Ainsi nous écrivons pra, pré 9 pri, pro , pru ,• mais les sourds-muets ne manquent point de dire peur a, peuré , peuri, peuro, peuru. Pour corriger ce défaut, nous leur montrons qu’ils font deux émissions de voix, et que nous n’en faisons qu’une. Nous leur faisons mettre deux doigts de leur main droite sur notre bouche, et deux doigts de leur main gauche sur notre gosier : ensuite nous prononçons'comme eux, très tranquillement peura, peuréj peuri, etc., en comptant avec nos doigts une et deux, à mesure que nous prononçons chacune de ces syllabes, et nous les avertissons que ce n’est point comme cela qu’il faut faire.

AUX SOURDS-MUETS. 34 g

Alors nous leur disons par signes qu’il faut serrer et unir ces deux syllabes que nous avons separees, et n’en faire qu’une seule. Leurs doigts étant donc toujours sur notre bouche et sur notre gosier, nous prononçons très précipitamment pra , et ensuite de même pré, pri , pro, pru. Nous leur montrons, à chaque fois, que nous ne faisons qu’une seule^ émission de voix ; ils le sentent, ils essaient de faire la même chose , et pour l’ordinaire en peu de temps ils y réussissent.

Mais, comme je l’ai remarqué ci-dessus, il faut bien prendre garde de les rebuter, s’ils n y réussissent pas en peu de temps. Tout homme trop vif et sujet à l’impatience ne serait pas propre à ce ministère.

D’après l’opération que je viens d’expliquer, on concevra facilement comment il faudra s’y prendre pour faire prononcer toutes les syllabes qui commencent par une consonne suivie d’une r. Quant à celles qui, comme pla, plé, pli , plo , plu ; sont suivies d’une 7, il faut faire sentir au sourd-muet le retroussement de sa langue vers son palais, qui doit se faire pour 17, immédiatement avec la prononciation de la consonne p.

35 o L’ART D’ENSEIGNER A PARLER ARTICLE III.

Sur les syllabes qui finissent par une a.

Pour les syllabes qui finissent en n, comme tran, pan, san , nous disons aux sourds-muets ^que la voix doit se jeter dans le nez : alors nous leur faisons mettre leurs deux doigts index sur . le côté de chacune de nos narines , et les presser doucement. Ensuite nous prononçons tra, pa, sa, et nous leur faisons observer qu’ils ne sentent aucun mouvement qui se fasse dans nos narines.

Après cela nous disons tran, pan, san, et nous leur faisons remarquer le mouvement très sensible qu’ils y éprouvent. Nous mettons à notre tour nos doigts sur leurs narines , et nous leur faisons prononcer d’abord tra, pa, sa; mais nous lés avertissons ensuite de jeter leur voix dans leurs narines, comme ils ont senti que nous avions fait nous^mêmes pour dire tran, pan, san . Quelques uns d’entre eux nous exercent un peu long-temps, d’autres le font dès la première fois. Nous aidons cette opération, en leur faisant sentir que lorsqu’ils disent tra, pa, sa, l’air qui sort de leur bouche échauffe le dos de leur main, et qu’il n’en

est pas de même lorsque leur bouche étant fermée, l’air ne sort que par leurs narines.

Page 1