‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds-muets. Tome II - ExplicationsChapitre 33 sur 104 · N° XXXIII · texte numérisé non relu

N° XXXIII

verbe Etre.

Nous avons parlé ailleurs du procédé par lequel, dans la plupart des institutions;, on insère l’adjectif dans le substantif pour l’en extraire ensuite, et en déduire le verbe être.

Le verbe être est, dit-on , le lien de la qualité avec le sujet.

Nous ne discuterons pas la justesse de cette définition qui est au moins insuffisante; car la simple apposition d’un nom et d’un adjectif suffit pour marquer leur union, et d’une manière bien plus intime que ne peut le faire le verbe être; elle exprime toujours un rapport manifeste connu d’avance. Quand je dis cette fleur bleue, je désigne la fleur par une qualité que je suppose évidente pôurrrèlui à qui je parle, èt hors de toute contestation. En ajoutant le mot est, j’aunonce une nouvelle modification que j’aperçois dans la fleur, et que je suppose n’avoir pas encore été remarquée de celui à qui je parle :

Cette fleur bleue est jolie.

Je joins simplement l’adjectif au substantif, quand je veux fixer l’attention sur ce dernier, en le caractérisant par une qualité connue.

Au contraire, j’interpose le verbe être quand je veux faire connaître la qualité que je remarque dans le substantif. Car nous parlons pour exprimer, non pas simplement l’objet de notre pensée, mais en même temps ce que nous y découvrons.

Voici par quel procédé vous pourrez expliquer au sourd-muet cette vue de l’esprit.

Vous prenez un fruit, vous le goûtez sans cependant laisser paraître sur votre physionomie l’impression qu’il fait sur votre palais. L’élève ne le goûte pas. *

Vous écrivez d’abord : ce fruit. Vous demandez à l’élève, mais par signes seulement, si ce fruit est doux ou acide, bon ou mauvais. le vais te le dire ; ajoutez-vous, et vous écrivez : ce fruit est... et après une petite pause, pendant laquelle vous lui faites remarquer ce mot est, vous ajoutez 1 ^qualification propre au fruit : Ce fruit est doux.

Vous avez dans votre poche un livre, vous le faites toucher à votre élève ; mais sans qu’il en voie la couleur..

Vous écrivez : Ce livre est...

Et vous ajoutez la couleur du livre : Ce livre est rouge.

Vous prenez votre mouchoir, vous le touchez attentivement, et vous écrivez : ce mouchoir est fin.

Vous placez à quelques pas de vous un bouquet de fleurs de couleurs différentes, ir.

Vous dictez par signes à votre élève ces deux mots qu’il écrit sans difficulté :

Cette fleur.... vous la désignez par sa couleur, comme jaune, bleu, rouge, que l’élève ajoute au mot fleur.

Après des questions analogues à celles que vous avez faites dans le premier exemple, vous écrivez :

Cette fleur, que vous désignez par sa qualité, cette fleur jaune est odorante; cette fleur rouge n’est pas odorante, etc., etc. ( Planche XIX.)

Le premier adjectif, servant à déterminer le substantif, s’y joint immédiatement; le second, qui exprime la qualité que je veux faire remarquer dans la fleur, est précédé du verbe être.

Si vous désirez un signé pour le verbe être, vous pourrez le désigner par une petite pause entre le sujet et l’attribut, par une affirmation de la tête ou de la main. Exemple :

Pomme cette.... (Iei une légère pause) bonne. Fleur bleue cette.... jolie, etc.

C’est ainsi qu’en une leçon, vous aurez aplani une difficulté qui était restée si long - temps insoluble.

N os XXXIV et XXXV.

VERBE avoir 3 ET conjugaison du verbe neutre avec LE VERBE être.

L’élève a déjà vu le verbe avoir dans la composition du passé. Il sera étonné de le rencontrer avec un nom, et ne soyez pas surpris, si d’abord il le traduit encore par le signe du passé.

Le sentiment de la propriété est cher à tous les hommes. Le sourd-muet n’aura pas attendu vos leçons pour en avoir l’idée.

Vous n’aurez donc pas de peine à lui faire connaître la valeur du verbe avoir dans la signification de posséder.

Un choix d’exemples, pris dans ce qui l’entoure, l’amenera à connaître ce mot, dont il vous donnera lui-même le signe.

Les sourds-muets l’expriment ordinairement en pressant les mains croisées contre leur poitrine , comme pour tenir embrassée la chose possédée. ;

Je n’ai pas besoin de dire que l’on doit éviter, au commencement , toutes les locutions où le mot avoir n’exprime pas positivement la possession, comme dans les expressions :

J ’aifaim fai froid , fai chaud.

On fera connaître un peu plus tard ces locutions

100 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE en les représentant comme une sorte de verbes composés : avoirfaim , avoir froid.

Maintenant que l’élève a,l’idée des verbes avoir et être , on les lui fera conjuguer en entier.

Il étudiera ensuite la conjugaison passive, en regard avec la conjugaison active dans tous les temps.

On passera de là à la conjugaison de quelques verbes dont les temps se composent avec l’auxiliaire être XXXV. )

On fera conjuguer en regard un verbe avec l’auxiliaire avoir, et un verbe avec l’auxiliaire être.

On terminera l’étude de la conjugaison par les verbes pronominaux, que l’on ne complétera néanmoins qu’après l’étude des prépositions ; car pour conjuguer les verbes pronominaux dans leurs temps composés, il faut distinguer si le second pronom est complément direct ou complément indirect, ce qu’on ne peut reconnaître , si l’on n’a étudié préalablement les prépositions.

Remarques sur la conjugaison.

H y a dans les verbes français cinq temps primitifs qui servent à former tous les autres; ce sont: le présent de l’indicatif, le passé défini, le présent de l’infinitif, et enfin le participe présent et le participe passé.

Comme le participe passé n’est pas encore

iox

connu de notre élève, nous y avons substitué dans nos tableaux le passé indéfini, et au participe présent, la première personne du pluriel du présent de l’indicatif, qui en est toujours formée.

De la première personne du présent de F indicatif, on forme la deuxième et la troisième personne. Le pluriel de ce temps se forme du participe présent.

La seconde personne du singulier se termine en Sj si ce n’est dans les verbes dont la première personne est terminée en oc, alors la deuxième personne est aussi terminée en oc.

La troisième personne du singulier des verbes en er, se termine toujours en e, et dans les autres verbes elle est terminée par t. Mais lorsque la première personne du présent de l’indicatif est terminée par ds , es y on retranche le t de la première personne du singulier : Je prends, il prend Je vaincs, il vainc.

Du présent de l’indicatif on forme F impératif, excepté la troisième personne du singulier, et la troisième personne du pluriel, qui sont empruntées du présent du subjonctif.

La deuxième personne de l’impératif est toujours semblable à la première de l’indicatif.

De la première personne du pluriel du présent de Fmdicatif, on forme :

ioa MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE

i°. La seconde et la troisième personne en changeant la terminaison ons en ez, ent.

2 °. L’imparfait, en changeant la terminaison ons en ais.

3°. Le présent du subjonctif, en changeant la terminaison ons en e.

Du participe passé et du verbe auxiliaire être ou avoir, on forme tous les temps composés, savoir : le passé indéfini et le passé antérieur indéfini; le futur antérieur, le passé du conditionnel, la seconde personne de l’impératif; le passé et le plusque-parfait du subjonctif, le passé de l’infinitif.

Du passé défini on forme l’imparfait du subjonctif, en changeant is ou ai en sse, sses, sse, etc.

De l’infinitif on forme le futur en changeant r ou re en rai.

Le présent du conditionnel se forme sur le futur, en changeant rai en rais.

Remarques sur quelques verbes réguliers, (i)

Verbes terminés en er.

Dans les verbes terminés en cer 3 il faut mettre

(î) Cgs remarques se trouvent avec plus de développement encore dans toutes les grammaires françaises, on ne les reproduit ici que pour épargner à l’instituteur lanterne de les chercher ailleurs.

DES SOURDS-MUETS. ioS

une cédille sous le c, dans les temps où le c est suivi d’un a ou d’un o. Annoncer, annonçais, annonçant, annonçai.

Dans les verbes terminés en ger, quand les terminaisons commencent par a ou o, on met un e après le g. Il sera bon de faire conjuguer quelques verbes en ger.

Verbes terminés en ayant, oyer, uyer.

Devant e muet, on change toujours^ de la terminaison en i. Exemple : employant, f emploie, nous employons ; voyant, que je voie ; croyant, que je croie.

On pourra exercer l’élève sur les verbes balayer, effrayer, essayer, payer, broyer, employer, déplçyer, nettoyer, ennuyer. *

Dans tous les verbes qui ont le participe actif en uant, il faut mettre deux points sur l’£ aux terminaisons en ions, iez. Nous louions, vous louiez ; nous remuions, vous remuiez; nous concluions, vous concluiez : avouer, baffouer, jouer, louer.

Verbes terminés en eler, eter.

Dans les verbes dont le participe est terminé en enant, elant, étant, on double Y ri, VI et le t, aux personnes où ces lettres sont suivies de e muet,

io4 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE j’appelle; j’appellerai; ils appellent; j’appellerais; ils prennent , qu ils prennent, etc. Je jette, je jetterai, je jetterais.

Quand la première personne de l’impératif se termine par une voyelle, on y ajoute une s, par euphonie quand y et en doivent suivre : Donne-sen, porte-s-y ; mais si l’impératif est suivi d’un autre verbe, on l’écrit sans s. Ex. : va y porter mes; livres.

. Verbes en ir, issant.

Sur finir, on fera conjuguer : abolir; bannir , bâtir, chérir, durcir, finir, frémir, languir, noircir, vieillir.

Répartir (partager), participe présent répartis s ant.

Repartir, partir de nouveau, repartant.

Sortir (terme de palais, obtenir), sortissant. ■

Ressortir (être du ressort), ressortissant.

Sortir (aller hors), sortant.

Ressortir ( sortir de nouveau ), ressortant.

Bénir, participe passé béni, bénie. Bénit, bénite, ne se dit que de choses bénites par les évêques ou par les prêtres. (Les poètes emploient l’un et l’autre indifféremment.)

Fleurir, en parlant des arts, des sciences et des empires, fait au participe florissant ainsi on dit : ils fiorissent, il fiorissait , ils fiorissaient.

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Hoir, fait au présent je hais , tu hais, il hait. Le prétérit défini de ce verbe n’est pas en usage.

Sur dormir se conjuguent mentir, sentir y se repentir, pressentir, ressentir.

Sur bouillir se conjuguent rebouillir, débouillir ( terme de teinturerie ).

Dire et redire sont irréguliers dans vous dites, et à l’impératif dites.

Sur contredire se conjuguent dédire, interdire, médire, prédire, maudire (maudissant) ; éconduire, reconduire , déduire, enduire, instruire, induire, introduire,produire, reproduire, réduire, séduire, traduire, cuirerecuire, construire, reconstruire, détruire.

Nuire n’a pas de participe passif ; passé indéfini : j’ai nui.

Sur écrire : décrire, inscrire, circonscrire, prescrire, proscrire, récrire, souscrire, transcrire.

Sur répandre se conjuguent fendre, fondre, perdre, mordre. .

Sur prendre conjuguez reprendre, apprendre, désapprendre, comprendre, déprendre, entreprendre, se méprendre. S’éprendre n’est guère d’usage qu’au participe {épris), et aux temps composés.

Sur plaindre conjuguez ceindre, oindre, éteindre, feindre, peindre, dépeindre, enfreindre, empreindre , astreindre , restreindre , teindre ,

io6 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE déteindre, reteindre , atteindre , joindre , adjoindre , conjoindre, disjoindre , rejoindre, enjoindre.

Quand résoudre s’emploie pour réduire, changer en quelque autre chose, le participe passé est résous, qui n’est usité que dans les temps composés, et ne s’emploie jamais comme participe passif.

Exemple : le soleil a résous en pluie le brouillard.

Absoudre et résoudre sont défectifs.

Plusieurs verbes prennent tantôt l’auxiliaire avoir, tantôt être ; tels sont :

Apparaître , comparaître , disparaître , croître, accroître, décroître , recroître. (Quand accroître est actif, il prend toujours avoir. )

L’instituteur en donnant ou en faisant connaître a l’élève l’infinitif d’un verbe, aura toujours l’attention d’y joindre la première personne du singulier du présent de l’indicatif, la première personne du pluriel, le passé indéfini, et le passé défini; car ce sont là les élémens qui servent à former tous les autres temps.

Verbes irréguliers.

Sur cueillir; tressaillir, accueillir, assaillir, recueillir. Le futur est irrégulier, on le forme de la première personne de l’indicatif, en y ajoutant rai. ( Faillir est défectif.)

Sur acquérir ; enquérir, requérir, conquérir, guérir; les quatre premiers sont défectifs.

Sur tenir ; contenir, détenir, entretenir, maintenir, obtenir, appartenir, retenir, soutenir, se souvenir, se ressouvenir.

Venir, convenir (être d’accord), disconvenir; devenirintervenir, parvenir, provenir, revenir, survenir, prennent l’auxiliaire être.

Avec l’auxiliaire avoir on conjugue :

Convenir (être convenable), prévenir, subvenir.

Sur mouvoir; émouvoir, promouvoir.

Sur recevoir; concevoir, apercevoir, percevoir, décevoir. (Pourvoir est singulier.)

Sur voir; entrevoir, revoir.

Sur valoir; équivaloir.

Sur faire; contrefaire, défaire, refaire, surfaire, satisfaire.

On trouvera à la fin de la première Partie un tableau de toutes les terminaisons des temps primitifs des verbes réguliers, et un tableau des verbes irréguliers.

io8 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE Verbes neutres.

Nous ayons vu qu’il y a des verbes qui, par la nature même de l’action qu’ils expriment, ne peuvent avoir de complément direct.

Exemple : marcher, arriver , partir.

Mais il n’en est pas ainsi de tous les verbes neutres ; la plupart ne le sont que parce que l’usage leur refuse un complément direct, quoique leur signification pût le comporter. Aussi voyonsnous tel verbe neutre dont le synonyme est actif dans la même langue, (i)

C’est donc l’usage et la mémoire qui.font reconnaître les verbes neutres. Voilà pourquoi nous en ayons dressé une liste exacte, qui se trouve à la suite des tableaux ( tome I ), laissant à la sagacité de l’instituteur à fixer l’époque où il croira pouvoir en faire commencer l’étude.

Nous avons partagé ces verbes en cinq classes. i°. Les verbes neutres qui ne sont jamais employés comme verbes actifs.

a 0 . Les verbes neutres que l’on emploie aussi

(i) Vous marquerez le verbe actif par 2 3. Le chiffre 2 est le signe général du verbe; le chiffre 3 est celui du complément direct. Le verbe neutre sera marqué par 2 Le trait qui divise le chiffre 3 rappelle que ce verbe ne peut être suivi d’un complément direct.

comme verbes actifs, en changeant leur signification passive en active.

Exemple : La peau brunit au soleil.

Le soleil brunit la peau.

La maison brûle.

Le feu brûle la maison .

Vous remarquerez qu’un grand nombre de ces verbes neutres s’emploient aussi comme verbes pronominaux.

3°. Verbes neutres dont on fait des verbes actifs, sans en changer la signification.

Exemple : Je soupire après mon ami.

Toi qui ... m’aidais à soupirer les malheurs deSion.

On apprend à hurler, dit Vautre, avec les loups.

Je hurle, en longs sanglots, ma plainte lamentable.

4°- Verbes actifs employés comme verbes neutres sans changer de signification.

Exemple : Approchez, mon ami.

Approchez cette chaise.

Marie chante bien.

Elle chante un cantique.

Vous avez chassé aujourd’hui.

Vous avez chassé le cerf.

'5°. Verbes neutres qui changent de signification, employés comme verbes actifs.

MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE Exemple : Un navire aborde.

Aborder quelqu'un.

Assister quelqu'un.

Assister à une cérémonie.

Causer avec quelqu'un . Causer un malheur, etc.

N os XXXYI et XXXVII,

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