N°L XXIII
Qui.
Nous ne chercherons point dans les grammaires la définition de ce que l’on homme pronom relatif.
Le grammairien et l’instituteur des sourds-muets envisagent les mêmes choses sous des aspects toutà-fait différens. L’un ne considère que les relations des mots avec les mots dans la construction de la phrase; l’autre s’attache particulièrement aux rapports des mots avéc les idées dans l’expression de la pensée.
Étudions-nous donc, je në puis trop le redire , à nous former, avant tout , une idée nette et précise de ce que nous voulons enseigner, et comparons l’expression française avec l’expression naturelle du langage des gestes, où plutôt avec la pensée même.
C’est faute de cette précaution;, que l’enseignement des sourds-muets a été hérissé de tant de difficultés , la plupart gratuites, Contre lesquelles sont venus échouer ions les efforts des maîtres et des élèves.
Tout se tient et s’enchaîne dans les opérations de l’esprit. Portons un œil attentif sur l'expression de la pensée, et nous y trouvons la même liaison, le même enchaînement.
Le premier mérite de l’instituteur est de ne
jamais passer d’intermédiaires. Il faut qu’il sache démêler et saisir le principe auquel vient s’attacher le plus immédiatement ce qu’il va enseigner.
Que la gradation de ses leçons soit comme une pente douce et. insensible, qui mène sans effort au sommet d’une haute montagne, où le voyageur mesure de l’œil avec étonnement l'élévation où il est parvenu.
Notre élèv£ est familiarisé depuis long-temps avec l’emploi de l’adjectif, dont la principale fonction est de restreindre T étendue de la signification du nom auquel il est joint, ou plutôt de déterminer l’objet dont on veut parler, et de le démêler au milieu des objets de la même espèce.
Le pronom relatif transporte aux verbes la fonction de l’adjectif* dont l’emploi bien connu nous mène sans peine à celui du pronom relatif.
Afin de rendre plus sensible ce rapport, nous avons mis en regard, dans le Tableau que nous allons étudier, deux colonnes d’exemples. Dans les premiers, qui ont été vus précédemment et ne sont-rapportés ici que comme moyen de transition, le nom.est déterminé par un adjectif; dans les autres , le nom est déterminé par un verbe précédé du pronom relatif.
Nous répétons ici l’exercice que nous avons fait au sujet de l’adjectif.
L’élève écrit sous la dictée de vos signes :
DES SOURDS-MUETS. i 85
Cette fleur..... est jolie. Vous lui faites laisser un intervalle après le mot fleur.
Vous lui demandez par signes : cette fleur?
quelle fleur ? désignez-la.
Comme nous n’avons pas encore vu le mot quel, la question que nous venons de faire est indiquée dans le Tableau par un espace vide suivi d’un point d’interrogation.
L’élève reconnaît la nécessité d’ajouter.une qualité au mot fleur, pour déterminer celle dont on veut parler et la faire reconnaître au milieu du bouquet où nous l’avons placée.
\ Passant à la seconde colonne, vous lui faites écrire l’exemple correspondant :
Cet homme est fatigué, et vous lui demandez,
toujours par signes : cet homme ., quel est-il?
désignez-le.
Il ajoutera alors de lui-même, ou d’après vos signes:
Cet homme donnant. (PZ. XIII.')
Le mot dormant ne peut l’embarrasser; il le connaît depuis long-temps.
L’étude des PI. XIII et XIV lui a appris, ou plutôt lui a fait sentir que la terminaison ant des verbes annonce une manière d’être actuelle, mais passagère. (Nous traiterons plus tard des diverses significations du participe.)
Il ne s’agit plus maintenant que de lui faire traduire dormant par les deux mots, qui dort.
qui en sont l’équivalent, comme l’indiquent les deux petites lignes que nous avons tirées du mot dormant j et qui viennent aboutir, l’une au mot qui, l’autre au mot dort.
Il traduira de même dans les exemples suivans : lisant, par qui lit; dansant, par qui danse.
Ces enfans marchant , par ces enfans qui marchent.-
Vous lui faites remarquer ici que le verbe s’accorde avec l’antécédent marchent est au pluriel, parce que enfans est au pluriel.
Jusqu’ici le pronom relatif ne nous a servi qu’à déterminer l’individu où les individus.
Dans les exemples qui suivent, il sert à désigner l’espèce, comme le fait l’adjectif dans les phrases correspondantes.
On ne passera à celles-ci que lorsque l’élève aura été suffisamment exercé sur les premières.
Les deux derniers exemples :
Les hommes qui aiment le travail ne s’ennuient jémais; .
Les hommes qui ri aiment pas le travail sont malheureux,
pourraient nous servir de nouvelle démonstration, s’il en était besoin , pour faire mieux sentir encore le rapport de l’adjectif avec le pronom relatif suivi d’un verbe. Én effet , qui aime le travail, est l’équivalent de laborieux, comme qui ri aime pas le travail, est l’équivalent de oaresseux.