‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds-muets. Tome II - ExplicationsChapitre 60 sur 104 · N° LXXX · texte numérisé non relu

N° LXXX

Celui qui, celle qui ; ceux qui, celles qui; ce qui.

L'antécédent du pronom relatif n’est pas toujours un nom; c’est quelquefois un autre pronom.

Les pronoms auxquels le relatif se joint le plus fréquemment, sont celui, celle, ceux , celles.

Quand ces pronoms sont absolus, # c’est-à-dire employés sans antécédens, ils sont toujours suivis de qui . ^

Lorsque nous en avons parlé^ nous n’avions pas encore traité des pronoms relatifs ; voilà pourquoi nous n’avons pas donné des exemples de leur emploi sans antécédent. Ils trouvent donc naturellementleur place après le pronom relatif avec lequel ils marchent constamment unis.

Le premier paragraphe de ce Tableau montre le pronom relatif précédé de celui, ceux, celle, celles , avec un antécédent.

Dans le second, ces mêmës pronoms ne sont précédés d’aucun nom auquel ils se rapportent. Ils n’ont alors relation qu’aux personnes, et signifient toujours(1) : l’homme qui, les hommes qui, les personnes qui, etc .

Ce qui a toujours rapport aux choses, et pourrait être remplacé par la chose qui.

(1) Excepté après voilà : voilà qui est bien, voilà qui est mal.

ï 9 8 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE

Vous ferez remarquer à l’élève que le pronom absolu celui peut être sous-entendu quand il est sujet de la phrase , etc.

Ainsi, il est indifférent de dire:

L’homme qui aime le travail,

Ou bien :

Celui qui aime le travail ne connaît pas l’ennui ;

Ou enfin, ,

Qui aime le travail ne connaît pas l’ennui.

Qui vous punit pour vous corriger, vous aime plus que qui vous flatte.

On sous-entend aussi le pronom celui, ceux, quand il est complément de certains-verbes :

Exemple: Dis-moi qui tu fréquentes, et je te dirai qui tu es.

. Je sais qui vous êtes, et vous ne savez pas qui je suis .

Qui est tout à la fois, ici, complément d’un verbe, et sujet ou complément d'un autre verbe : c’est un pronom conjonctif. Nous y reviendrons' un peu plus loin.

Ce, ne peut être sous-entendu que lorsqu’il est complément indirect d’un verbe.

Ainsi l’on ne pourrait pas dire :

Je ne sais qui vous chagrine;

Au lieu de :

Je ne sais ce qui vous chagrine.

La première façon de s’exprimer laisserait à

penser que c’est d’une personne que l’on parler.

Mais on peut dire :

i99 eut,

Je ne sais à quoi vous pensez. .

Les mots à \uoi, qui ue se rapportent jamars aux personnes, ne laissent, aucune amph.bologte. ( Voyez plus loin, Pronoms conjoncüjs.)

2oo MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE

N° LXXXÏ.

PRONOMS INTERROGA.XIFS.

Les pronoms relatifs bien connus nous mènent naturellement aux pronoms interrogatifs, qui n’en diffèrent que parce que l’antécédent est supprimé dans ces derniers, et remplacé par un signe d’interrogation. En-effet, que je dise : Nommez la personne qui.a déchiré ce livre; ou que, retranchant le premier membre de la phrase, je dise, avec un signe d’interrogation :

Qui a déchiré ce livre ?

La pensée est parfaitement la même.

C’est ce que nous avons rendu sensible dans ce Tableau.

La question : gfza* ci déchiré ce livre? suppose deux propositions antécédentes. Car, non seulement elle fait entendre que le livre est déchiré, mais elle fait croire aussi que celui à qui l’on adresse la question connaît la personne qui a déchiré le livre , et peut la nommer.

Voilà pourquoi nous avons fait précéder cette question des deux phrases :

Une personne a déchiré ce livre ,

Nommez cette personne?

L’élève réunira ces deux en une seule, conformément à la leçon du N° LXXV, et il écrira :

Nommez la personne qui a déchiré ce livré?

Renversant cette phrase, vous en transportez à la fin le premier membre, que vous supprimez ensuite, en le remplaçant par le signe d’interrogation.

Voici la construction ordinaire du sourd-muet dans son langage des gestes.

Ce livre , a déchiré personne quelle , nommez.

Ce livre j a déchiré personne quelle ?

Ou mieux eocote :

Ce livre , a déchiré main quelle ?

En faisant lire à votre élève cette phrase, vous en obtiendrez sans peine le signe du qui interrogatif. Il se peut cependant qu’il la traduise avec un impératif, comme elle a été d’abord écrite, ce qui ne serait d’ailleurs de nul inconvénient.

Voici, au reste, le signe naturel de qui interrogatif. L’index étendu se porte la pointe en avant, comme, si vous cherchiez à montrer la personne dont vous voulez parler. Votre regard se dirige alors sur votre élève, avec un signe d’interrogation, qui l’invite à vous désigner celui que vous cherchez.

Qui est-ce qui? Qui est-ce que?

Cette forme d’interrogation étant l’exact équivalent de celle que nous venons d’étudier, nous pourrions nous contenter de l’écrire au-dessous de l’autre, comme il suit :

Qui a déchiré ce livre ?

Qu’est-ce qui a déchiré ce livre ?

et nous ferions entendre à l’élève que ces deux expressions sont identiques.

Voici un autre procédé un peu plus long, mais qui néanmoins nous parait préférable, parce qu’il rend raison de chacun des mots de cette singulière locution qui est-ce qui?

Nous écrivons cës deux phrases :

Une personne a déchiré ce livre.

Cette personne est Jean.

L’élève les réunira en une seule :

La personne qui a déchiré ce livre est Jean.

Supprimant maintenant le mot Jean, je mets :

Une personne a déchiré ce livre. *

Cette personne est....

Ce que l’élève transforme en,:

. La personne qui a déchiré ce livre-est....

. Ou bien même :

Celui qui a déchiré ce livre est —

J’ajoute un point d’interrogation avec la figure d’un index, qui lui rappelle le signe de qui interrogatif. ' .

Je lui fais substituer à cet index le pronom qui, que nous transportons ensuite au commencement de la phrase ; ce qui nous donne :

Qui est celui qui a déchiré ce livre ?

d’où nous allons à :

Qui est-ce qui a déchiré ce livre?

des sourds-jmuets. f 2 q3

Vous suivrez le même procédé pour les autres exemples ; seulement vous ferez observer a 1 eleve que lorsqu’il ne s’agit pas de noms de personnes, au lieu de qui, nous avons mis quoi, que nous

changeons en que, le F°““

qui, sans antécédent, ne pent se due que des per-

sonnes. . . . .

Nous ferons remarquer un peu pins lom que ce

pronom composé qui est-ce qui, n’est jamais complément indirect.

N° LXXXIL

Qui? Quelle?

Qui a déchiré ce livre ?

Qu’est-ce qui a déchiré ce livre ?

Que désirez-vous?

Qu’est-ce que vous désirez ?

Ces interrogations n’ont rien qui puissent arrêter votre élève. Il sait que les deux premières ont rapport à une personne ; les deux autres à une chose.

Mais si vous lui écrivez :

Un enfant a déchiré ce livre ;

A déchiré ce livre enfant ?

il est probable qu’il traduira cette dernière phrase par:

Qui enfant a déchiré ce livre ? '

Vous lui ferez remarquer que, dans l’exemple de l’autre colonne, aucun nom n’accompagne le pronom interrogatif qui, dans celle-ci, est suivi du mot enfant.

Alors vous effacez le mot qui, et vous y substituez quel.

Encore trois ou quatre exemples comparatifs, et l’élève sentira que lorsque le pronom interrogatif gst accompagné d’un nom, on ne doit

employer ni qui, ni qui est-ce qui; quels, quellequelles, (i)

mais quel,

(,) Quel, Quelle est un véritable adjectif, et non pas un pronom; mais nous devons nous servir des termes nsites.

Page 1