N° XC
Que CONJONCTIF.
Nous ne chercherons pas à faire trouver à notre élève un rapport entre le que relatif et la conjonction que , en les rapprochant comme il suit:
Le soleil )( que )( tu vois est lumineux.
Je crois )( que )( le soleil est un globe.
S’il existe entre ces deux phrases d’autres rapports que la conformité des lignes qui les enveloppent, ils sont trop subtils pour que nous en embarrassions l’esprit du sourd-muet. Bien plus, pour prévenir toute erreur, peur écarter tout rapprochement, nous nous hâterons de lui dire que ces deux mots que , bien qu’ils soient les mêmes pour les yeux, sont tout-à-fait différenspour la signification , et surtout pour l’usage que l’on en doit faire.
Il n’âppartient qu’aux yeux les plus exercés, aux esprits-les plus délies, de discerner et de suivre dans leur gradation ces nuances délicates qui se fondent insensiblement les unes dans les autres. Pour l’élève qui commence ce serait une source de méprises continuelles. Son esprit n’est frappé que dés oppositions les mieux tranchées.
Notre élève connaît déjà le que relatif. Il a
220 MANUEL. D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE même vu le que conjonctif après un adverbe de comparaison. Il l’a vu encore dans ces locutions : c’est à lui que ; c’est pour vous que , etc. Nous ne chercherons pas encore à établir aucun rapprochement entre ces différens que.
Quant à celui qui nous occupe en ce moment, il sert à marquer l’influence d’un verbe, ou d’une préposition sur une proposition entière.
Voici comment nous le ferons connaître à notre élève.
Nous lui présentons d’abord quelques phrases qui n’ont aucune liaison entre elles.
Exemples : Jules lit ,
Adolphe dessine,
Jean regarde des estampes.
Il n’a pas de peine à mettre les chiffres d'analyse sur tous ces mots. Il se gardera bien d’établir aucune ligne de liaison entre ces trois phrases.
Ajoutez maintenant :
Paul (ou tout autre nom), Paul ma écrit.
Montrez lui une lettre vraie ou supposée; faiteslili en voir la signature , et faites-lui transcrire une phrase de cette lettre. Ayez soin d’en choisir une qui ne renferme pas de pronoms de la première ni de la secondé personne (nous verrons tout ad’heure le motif de cette précaution).
Supposons donc que vous ayez trouvé dans la lettre la phrase suivante :
Jules est malade.
DES SOTJRDS-MUETS. i%\
Vous faites écrire ces mots à la suite de Paul m’a écrit.
Qu’il mette les chiffres.
Tout ce qu’il vient de voir lui fait sçntir que, l’influence du verbe écrire doit porter sur la phrase suivante:
Jules est malade.
Mais comme chacun de ces mots a déjà un chiffre, il ne sait où mettre le chiffre 3 , signe du complément du verbe écrit.
Vous dissiperez son embarras en encadrant dans quatré petites lignes la proposition secondaire, qui dès-lors pourra être considérée comme un seul mot. Vous écrivez au-dessus le chiffre 3 , que vous joindrez par un signe au chiffre 2. C’est cette ligne, marquant l’influence du premier; verbe sur la deuxième proposition, que vous traduirez par que; de cette manière , cette conjonction ne peut manquer d’être entendue.
L’élève comprendra fort bien que ce mot ne doit être employé que lorsque le complément.est une proposition entière, c’est-à-dire une phrase composée au moins d’un verbe et de son sujet.
Ce n’est pas tout, par l’effet de l’influence qu’exerce la conjonction sur la proposition suivante, le discours, de direct qu’il était, devient indirect; ce qui embarrasse d’autant plus le sourdmuet, qu’il fait, dans son langage, l’usage le plus fréquent du discours direct. Ce ne sera donc
222 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE qu’après de nombreux exercices, qu’il pourra s’habituer à opérer immédiatement ce changement.
Voici comment vous l’y amènerez.
Vous écrivez d’abord la proposition, comme elle est supposée avoir été énoncée :
Paul m'a dit : Je donnerai des livres à Jules .
A qui se rapporte le .mot je , dites-vous a votre élève? C’est à Paul. Vous intercaléz le mot Paul entre deux parenthèses, immédiatement après le mot je qui en tient lieu.
Par une troisième opération, vous effacez le mot je; ce qui vous oblige à ôter au verbe le signe caractéristique de la première personne pour y substituer celui.de la troisième :
Paul dit que Paul donnera, et vous laissez à votre élève le soin de faire disparaître cette répétition du mot Paul, en remplaçant le deuxième par le pronom personnel il.
Vous voyez dans le Tableau copiment chaque nom ou pronom du discours direct doit être remplacé par l’un des trois propoms personnels.
DES SOURDS-MUETS. aa 3