DE LA. PROPOSITION
Nous avons fait connaître au sourd-muet tous les élémens dont se forme la proposition. Nous
DES SOURDS-MUETS. 3o3
terminerons en jetant un coup d’œil rapide sur la proposition même, mais un coup d’œil tel que le plan de cet ouvrage peut le permettre. Une proposition est l’expression d’une pensée. Une pensée est la perception d’un rapport entre deux idées.
Toute proposition a donc nécessairement deux termes : le sujet, qui est l’objet même de la pensée , et Y attribut , qui est la qualité que nous apercevons dans le sujet, ou autrement, l’idee que nous trouvons en rapport avec l’idée du sujet.
Il est un autre élément de la proposition : le verbe, qui caractérise l’acte même de la pensée, et la distingue de l’idée proprement dite.
La proposition se compose donc de trois éîémens ; elle ne peut en avoir moins ; elle ne saurait en comporter davantage.
Ces trois élémens ne se manifestent pas toujours distinctement dans l’expression de la pensée.
Souvent le verbe est uni à l’attribut. Le soleil est brillant ; le soleil brille, (i)
Quelquefois on sous-entend le sujet. Exemple : Avançons ! écoutez ! c’est-à-dire nous, avançons. Vous, écoutez. Quelquefois le signe et le verbe sont à la fois supprimés. Exemple : Cou-
(») Ne peut-on pas dire aussi que le signe, le verbe et l’attribut sont réunis en un seul et même mot dans il pleut, il neige, etc. ? car dans ces expressions On ne peut guère considérer il comme un sujet logique.
3o4 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE rage ! patience ! c’est-à-dire vous, prenez courage / vous, ayez patience. Enfin, il arrive même que de toute la proposition il n’y a d’exprimé qu’une partie de l’attribut. Exemple : Bien ! à merveille ! c’est-à-dire vous avez fait bien (i) • vous avez fait à merveille.
L’instituteur , en expliquant ces propositions elliptiques, doit les rétablir dans leur intégrité pour en offrir distinctement les élémens à l’attention de l’élève. Par un procédé contraire, il réduira à leur plus simple expression les termes des propositions complexes, et montrera au sourdmuet les trois élémens essentiels de toute pensée dans la phrase la plus compliquée comme dans la plus simple.
Le sujet.
Le sujet est simple, quand une seule idée est l’objet de la pensée. Le soleil brille ; mais cette idée peut être expliquée par plusieurs mots, et même par d’autres propositions secondaires qui en dépendent. Exemple : Le globe de feu qui roule sur nos têtes, et qui répand sur la terre la lumière, la chaleur et la vie, etc. Le sujet est alors complexe.
Le sujet peut être aussi composé de plusieurs idées distinctes et indépendantes l’une de l’autre,
(i) Il ne faut pas confondre ces propositions elliptiques avec les interjections, qui sont les signes d’une vive impression , en exprimant des sentimens et non pas des pensées.
DES SOURDS-MUETS, et à chacune desquelles convient l’attribut commun. Exemple : La science et la sagesse sont désirables. Dans les propositions semblables on peut former autant de propositions partielles qu’il y a de sujets.
La science est désirable.
La sagesse est désirable.
De plus, chacun de ces sujets peut encore être complexe.
Il est une autre espèce de sujet composé, que l’on pourrait nommer sujet combiné. Il est formé de plusieurs sujets distincts entre eux, mais inséparables dans la proposition, parce que c’est dans leur combinaison que nous trouvons le rapport exprimé par l’attribut. La proposition ne peut plus se décomposer comme tout à l’heure en propositions partielles.
Exemple : Le vice et le bonheur sont incompatibles. On ne pourrait pas dire : Le vice,est incompatible; le bonheur est incompatible.
JÜ attribut.
L’attribut est simple, quand il est formé d’une seule idée exprimée par un seul mot.
L’attribut est complexe, quand l’idée est expliquée ou développée par d’autres idées qui en dépendent.
L’attribut composé est formé de plusieurs idées distinctes et indépendantes l’une de l’autre, et dont chacune peut être affirmée du sujet.
3o6 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE, etc.
L’attribut peut être à la fois composé et complexe.
L’attribut combiné est formé de plusieurs idées distinctes de leur nature, mais inséparables dans la proposition, parce qu’elles sont affirmées comme réunies dans le sujet.
.. Notre élève est déjà familiarisé avec l’emploi de tous les élémens 1 grammaticaux de la proposition. Il faut maintenant lui apprendre à en reconnaître les élémens logiques, et à distinguer, dans chaque terme d’une proposition complexe, l’idée principale de toutes les idées accessoires qui l’expliquent , ou la modifient. Après avoir été exercé à réduire à leur plus simple expression , chaque élément d’une proposition complexe, il ne lui sera pas difficile, par une opération inversé, de transformer une proposition simple en proposition complexe, en développant d’abord le sujet, puis l’attribut ; ensuite l’un et l’autre à la fois, et enfin même les idées accessoires. Il ne faudra plus que lui apprendre à marquer les rapports des pensées entre elles, par l’emploi des conjonctions, et plus encore par la disposition et l’enchaînement "des idées, et il arrivera ainsi graduellement à la composition de la période* Nous n’avons pas cru nécessaire de donner des modèles d’exercice sur ce sujet , qui appartient plus à la rhétorique qu’à la grammaire.
FIN DU MANUEL b’ENSEIGNEMENT PRATIQUE.