‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds muets (vol. 2)Chapitre 15 sur 115 · N° XL · texte numérisé non relu

N° XL

NOMS DE NOMBIIE.

Ce n'est pas pour nous conformer à la classification ordinaire des grammaires que nous plaçons ici les noms de nombre. Comme nous voulons arriver promptement au verbe , afin de pouvoir composer de petites phrases, nous avons besoin de quelques notions sur les divisions du temps; ce qui exige la connaissance des noms de nombre.

Les noms de nombre ne peuvent être d'abord compris par le sourd-muet , qu'autant qu'on les joint aux objets dont ils marquent la quantité'. On se représente fort bien à l'esprit deux livres , trois hommes , quatre arbres, etc.; mais il n'est pas aussi facile de se figurer abstractivemerit ces mêmes nombres 2, 3, [\, indépendamment de tout objet ; car il n'y a rien dans la nature qu'on puisse désigner par ces mots, un, deux , trois, etc.

C'est après avoir appris au sourd-muet à compter sur ses doigts les objets sensibles qui lui seront présentés, qu'on pourra le conduire à la connaissance des noms de nombre abstraits. Tel est le sujet de la Planche IX.

Nous offrons pour chaque nombre trois exemples, afin que l'élève ne s'imagine pas que les mots deux , trois , etc., ne s'appliquent qu'à une

4a MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE seule espèce d'objets, et ensuite parce qu'il lui sera plus facile, en prenant ce qu'il y a de pi«s commun dans les trois exemples, d'en déduire les noms de nombre, comme nous avons essayé de le rendre sensible dans la quatrième colonne de cette planche.

Oa peut avec avantage substituer aux figures de cette planche des objets réels , comme des jetons, des livres, des plumes , etc., et on poussera cet exercice aussi loin que pourra le permettre l'attention de l'élève, que l'on doit avoir" soin de ne jamais fatiguer.

Quoique toute là numération soit mise à la portée des esprits les moins pénétrans, l'instituteur peut se contenter de l'étude de cette planche, etpasser légèrement sur les trois numéros suivans, où nous traitons de la Numération, des Noms de nombre fractionnaires et des Noms de nombre ordinaux.

Nous pouvons discerner d'un coup d'œil irois objets unis : que trois arbres, trois hommes se présentent à nos yeux, un seul regard suffit pour les embrasser; mais passé ce nombre, on est obligé de compter; il faut alors deux regards, deux opérations', et quoique l'intervalle qui sépare ces opérations soit presque imperceptible , la perception du nombre a'est pas instantanée et se fait au moins en deux temp§.

Cependant, si les objets sont groupés de ma-

nière que la série de trois reste distincte, elle deviendra une sorte d'unité, et le coup d'œil aura plus d'étendue.

Le nombre cinq, ainsi disposé, sera saisi d'autant plus facilement que nous le retrouvons à chaque instant dans les doigts de la main , type habituel de nos calculs.

D ? après cette observation,. si nous formons des séries de groupés de cinq unités (PL X) , nous pourrons embrasser, presque d'un seul regard, des nombres considérables dont nous aurons en même temps l'idée la plus complète et la plus précise; ce qui est pour le sourd-muet d'autant plus important, qu'il n'a pas, comme nous, la ressource des noms k l'aide desquels nous fixons l'idée des nombres ou du moins nous y suppléons.

Dans la leçon précédente , notre élève a passé , des nombres concrets , aux nombres abstraits , qu'il a appris à représenter ou par des mots ou par des chiffres.

Nous allons' maintenant achever de lui faire connaître le système de la numération.

On peut, avons-nous dit, embrasser facilement d'un coup d'œil cinq objets réunis. Si à côté d'un groupe de cinq unités, mais à un léger intervalle , vous ajoutez encore un, deux, trois ou quatre autres unités, l'élève n'aura pas de peine à embrasser ces deux groupes inégaux.

Si vous formez deux groupes de cinq chacun ,

44 MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE leur parfaite similitude les fera saisir d'un seul regard, sans qu'on ait même besoin de les compter; d'autant mieux que ces deux groupes ainsi dispose's rappellent nos dix doigts , auxquels nous rapportons naturellement toute la numération.

Nous renfermons ces deux groupes entre quatre lignes, au-dessous de ce petit cadre, nous en plaçons deux autres semblables, renfermant également dix unités pareillement disposées. Au-dessous de celles-ci , nous mettons successivement trois , quatre , cinq, six, sept, huit, et neuf cadres de dizaines semblables. Nous avons soin de les disposer entre eux exactement comme nous avons fait pour les simples unités, afin que nous puissions les embrasser aussi d'un coup d'œil et sans confusion.

Revenant au premier cadre et descendant à tous les autres , nous les faisons compter comme de simples unités, et nous les marquons de même des chiffres i, i, 3, 4> etc., qui indiquent pour le moment autant de dizaines et que nous reculons un peu à gauche.

Passez à la seconde colonne : nous y trouvons une dizaine , que nous marquons d'abord du chiffre i ; au-dessous , nous voyons encore un cadre de dizaine, et une unité. Pour le cadre, nous devons mettre le chiffre i; pour l'unité qui est à côté, nous mettrons également un second chiffre i .

Plus bas, nous voyons une dizaine avec deux,

trois unités- Nous comptons celles-ci sur nos doigts, et nous écrivons successivement, toujours 1 pour la dizaine et ensuite à côté, 2,3,4 pour les unités. Remettez le crayon à votre élève , il va continuer sans plus d'explication. Arrivé à 20 , il marquera 2 pour les deux carres de dizaine.f et écrira ensuite, 21, 22, a3, 24, etc.

•Mais jusqu'ici les nombres 10, 20, 3o, n'ont été marqués que par les chiffres 1, 2 , 3, comme les unités, dont il faut les distinguer avec soin.

Tracez donc sur votre planche noire quelques eedr-es de dizaine, trois, par exemple, mettez plus bas un même nombre d'unités , et encore un peu plus bas écrivez le chiffre 3. Demandez à votre élève à quoi répond ce chiffre; aux trois dizaines ou aux trois unités? C'est assez pour lui faire sentir la nécessité" de donner un signe caractéristique aux dizaines, à celles du moins qui ne sont pas suivies d'unités; car dans ce dernier cas, leur position au second rang à gauche, indique suffisamment leur valeur.

Ramenez l'attention de votre élève sur le nombre 23. Demandez à l'élève à quoi correspond le 2; il vous montrera les deux cadres de dizaine; le 3? les trois unités.

Passez de là au nombre 33, il vous. fera signe que le premier 3 indique les trois dizaines , et le second les trois unités.

Revenez aux nombres 10, 20, 3o, vous lui

faites remarquer que ces cadres de dizaine ne sont suivis de rien, et vous caractérisez l'absence d'unités par o.

Enfin , 'pour ne lui laisser aucun doute sur la valeur du zéro, vous en écrivez un ou plusieurs sur votre planche noire; vous lui demandez de vous indiquer quel nombre vous avez écrit; et s'il hésite ou se trompe , vous lui ferez signe que ces chiffres ne représentent aucun nombre.

Il vous reste une dernière épreuve pour vous assurer s'il vous a parfaitement compris. v

Mettez entre ses mains une certaine quantité de jetons. Écrivez un nombre sur la planche, par exemple i5. Il faut qu'il puisse compter et vous présenter un nombre pareil de jetons. S'il se trompe, ramenez-le au tableau, faites-lui compter sur ses doigts les dix points que renferme le cadre de dizaine, puis les cinq unités; après quoi, faiteslui faire la même opération sur les jetons. Pour prévenir toute confusion, il faut avoir soin de lui faire disposer les jetons sur la table, comme le sont dans le tableau les points qui composent les dizaines ou indiquent les unités.

Vous ne mettez fin à cet exercice , que lorsque l'élève pourra reproduire sur-le-champ, avee les jetons , quelque nombre que vous lui demandiez.

Vous pourrez le conduire, de cette manière, jusqu'aux nombres les plus élevés. Mais il faut craindre de fatiguer sans nécessité son attention et

sa mémoire. Vous aurez assez souvent occasion de revenir sur la numération dans le cours de vqs leçons. Pour le moment , il suffit qu'il sache compter jusqu'à cent , à moins qu'il ne manifeste luimême le désir d'aller plus loin.

Quels sont maintenant les signes de la numération dans le langage des sourds-muets. Le premier moyen naturel serait de représenter chaque unité par un doigt , ainsi le pouce élevé signifierait 1 , le pouce et l'index 2 , et ainsi de suite. On ouvrirait les deux mains autant de fois qu'il y aurait de dizaines à exprimer ; ensuite on ajouterait les unités. Mais vous sentez combien ce procédé serait long quand il s'agirait d'un nombre élevé, et quelle attention il exigerait de part et d'autre.

L'on peut donc se contenter de tracer les chiffres en l'air.

Il est un autre moyen usité dans la plupart des institutions de France.

On désigne les premiers nombres jusqu'à io, en levant autant de doigts que l'on veut désigner d'objets.

Depuis iojusqu'à 20 exclusivement, on exprime la dizaine en ouvrant les deux mains, puis on ajoute les unités.

Depuis 20 jusqu'à 100, on exprime le nombre dçs dizaines comme si c'étaient des unités, et on les caractérise par l'addition d'un zéro, qui se fait

comme l'o de l'alphabet manuel, après quoi on ajoute les unités.

Cent et mille sont de'signe's comme dans les chiffres romains, par Cet M. Ainsi pour exprimer le nombre 2453, les signes du sourd-muet seraient :

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