DES
La. surdité , qui, dans le premier âge, entraîne toujours le mutisme, ne porte pas atteinte, comme on l'a cru long-temps, au principe des facultés intellectuelles; mais en mettant l'enfant qui en est frappé hors de la sphère de nos relations sociales , elle restreint son entendement aux seules acquisitions de son expérience personnelle , et le prive de ce puissant instrument du langage, auquel l'esprit humain doit en grande partie le développement de ses forces.
Ce n'est pas que le sourd-muet n'ait un langage naturel , au moyen duquel il se fait entendre des personnes qui l'entourent ; mais ce langage, brut comme son esprit, borné comme le cercle des pensées dont il est le tableau , n'est compris que des personnes qui vivent dans sa plus intime faii. i
miliarité. Si nous voulons le faire entrer au sein de la société , il faut qu'il reçoive la loi de la majorité, et apprenne la langue de son pays.
Mais comment apprendra-t-il cette langue? le son de notre voix n'a jamais porté à son esprit l'expression de nos pensées; et ses lèvres, sans une instruction toute particulière, ne sauraient articuler des mots qui n'ont jamais frappé son oreille.
11 faut donc suppléer à l'ouïe par la vue, et substituer l'écriture à la parole.
On peut expliquer aussi au sourd-muet le mécanisme de la parole. On peut lui apprendre à articuler les sons, et à lire les mots sur les lèvres dans le jeu des organes de la voix; mais il n'y voit que des figures et des mouvemens correspondant aux signes de notre écriture. La parole n'est pour lui qu'une suite de caractères fugitifs, une mobile écriture des lèvres.
Ainsi , alors même que l'on voudrait en faire la base de l'instruction des sourds-muets, c'est toujours le langage écrit qu'il faudrait leur enseigner. C'est là tout ensemble le moyen et le but de ce genre d'instruction. Pour lire sur les lèvres, il faut qu'ils sachent lire sur le papier 5 . Quand ils sauront exprimer leurs pensées par écrit, ils ne seront plus ni sourds ni muets pour qui sait lire et écrire; et lalecture leur ouvrira tous les trésors des connaissances humaines qui sont renfermées dans les livres.
Alphabet Manuel.
L'écriture est composée de caractères élémentaires qui sont les lettres. Nous commencerons donc par faire connaître les lettres au sourd-muet , et nous exercerons sa main à les tracer.
Il ne les distinguera point par rapport aux sons qu'elles représentent , et dont il ne peut avoir aucune idée ; mais il les distinguera par leurs figures. Au lieu de les lui faire articuler , nous lui apprendrons à les représenter par diverses formes de la main, comme on le voit dans la Planche I.
Pour exprimer un mot par l'alphabet manuel , on figure successivement, par des positions convenues des doigts, les lettres qui composent ce mot : on peut reproduire ainsi des phrases entières et tout un discours.
C'est ce qui constitue ce qu'on appelle la Dactylologie. Ce n'est qu'une sorte d'écriture en l'air (t) , qui, de même que l'écriture ordinaire, ne peut être
(i) Dans plusieurs institutions d'Allemagne on ne fait pas usage d'alphabet manuel; on trace toujours en l'air la forme des lettres, comme si l'on écrivait, et comme font souvent les sourds-muets de nos écoles. Mais les lettres tracées ainsi sont trop fugitives ; d'ailleurs elles supposent une grande habitude d'écrire sur le papier, et ne peuvent être, par conséquent, d'aucun usage pour les premières leçons.