‹ Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 11 sur 27 · SANTA REQVELE DS DEDIT · texte numérisé non relu

SANTA REQVELE DS DEDIT

Je me suis demandé tout d’abord, en étudiant cette inscription, quel sens présente le mot TANTO, encadré, comme il l’est ici, dans une mention chronologique. Ce n’est pas cette fois, je le pense, dans le domaine de l’épigraphie qu'il faut chercher une explication.

Aux iemps anciens, comme maintenant encore, il existait des formulaires dressés pour servir de modèles d'actes, de contrats et de lettres privées. Les désignations de personnes, de localités et de dates, nécessairement non remplies, y étaient représentées d'ordinaire par le pronom ile, comme dans ces mots : « Actum in « lo loco... Ego itaque ile, anno ullo illius regis Fran-

D'ÉPIGRAPHIE CHRÉTIENNE. 6l

« chorum, mense lo, die i/{a, quod facit ipse men- « sis, sub comite 7/0, scripsi et” subscripsi felici- « ter{, »

Pour les choses qui pouvaient se compter, le mot fantus remplissait souvent le même office et l’on écrivait dies tantos, solidos tantos, etc, ?,

Les Grecsenemployaientl’équivalent, ainsi que le montre cette formule donnée comme type de date par une novelle de Justinien, et que reproduit notre inscription : Baorhstac Todde Toù Deroracrou Aÿyobatou xal Adtoxpdropos Étous rogodde 5, $

C’est cette expression vague qui me semble remplacer ici uneindication précise de l’année du règne de Clovis.

Comment un mot semblable s'est-il glissé dans notre texte ? Indique-t-il simplement ici l'ignorance du temps écoulé depuis l’avénement du prince ? A-t-il été copié sans réflexion sur un modèle à l’usage des graveurs? Il est difficile de le dire, J’incline toutefois à accepter cette dernière supposition, à croire que, comme la diplomatique, l’épigraphie a eu ses formulaires.

A défaut de ces anciens manuels, que nous ne possédons plus dans leur entier, cherchons sur les marbres eux-mêmes la marque de leur existence.

1. De Rozière, Recueil général des formules usitées dans l'empire des Francs, p. 240. — 2? De Rozière, op. cit., p. 13, 85, 87, 211, 241, 249, 269, 326, 983, 984, etc. —3 Auth. collat., V, tit. IT, nov. XLVII, "À

J'invoque ai d’abord un fait général. On l’a vu pl haut, le style de l'épigraphie chrétienne a rapidement varié d'âge en âge. Chaque façon de dire, chaque symbole y a successivement sa phase d’existence. Telle expression, telle figure qui se montre au v° siècle en a remplacé d’autres et disparaïitra bientôt pour céder la place à quelque nouveauté. Cette loi, si constante en Gaule, en Italie, doit avoir sa raison d’être; elle me paraît exclure chez les graveurs la fantaisie individuelle, impliquer l'existence de types acceptés par une mode qui devra les rejeter plus tard. Quelque écrit les fixait sans doute et les faisait connaître aux gens du métier qui les suivaient si fidèlement.

Les monuments me semblent le montrer d’ailleurs. Souvent, en effet, des inscriptions de localités éloignées présentent des mentions frappantes par leur étroite ressemblance.

Nous lisons en même temps sur des sépultures païennes, à Vérone ! et à Bevagna ? :

YIVITE FELICES MONEO MORS OMNIBVYS INSTAT; sur deux marbres différents à Rome à :

NAMQVYE DOLOR TALIS NON NYNC TIBI

CONTIGIT VNI;

1 Maffei, Mus. ver., 172, 1.—2 Fabretti, III, 438, n° 189,—3 Murat., 1239, 10; Ficoroni, De Larvis, p. 107,

sur deux autres de-la même vilie! :

ee

DECIPIMVR VOTIS ET TEMPORE FALLIMVR ET MORS, DERIDET CVRAS ANXIA VITA NIHIL;

à Vérone ?, à Turin ÿ, et sauf une légère variante :

QVAERERE GESSAVI NVMQVAM NEC PERDERE DESI MORS INTERVENIT NVNC AB VTROQVE VACO;

de même à Arles # et à Rome : :

TE LAPIS OBTESTOR LEVITER SVPER OSSA QYIESCAS:

deux fois à Arles 6 :

FILIAE KARISSIMAE ET OMNI TEMPORE VITAE SVAE DESIDERANTISSIMAE,

deux fois à Rome ? :

IN HOC TYMYLO IACET CORPVS EXANIMIS CVIVS SPIRITYVS INTER DEOS RECEPTYS EST SIC ENIM MERVIT;

trois fois dans cette même villes :

NOLITE DOLERE EVENT VM MEVM PROPERAVIT AETAS HOC DEDIT FATVM MIHI;

1 Grut., 6711, 12; Zaccar., Exc. litt., p. 119. —? Mus. ver., 172, 2. — 3 Mus. ver., 225, 7. (Cf. Burmann, Anthol., 1[, xx.) — * Le P. Dumont, {nscript. antiqg. d’Arles, n° 50.

5 Grut., 685, 3, au lieu de LEVITER, LEVIS VT. Ailleurs (Ficoroni, loc. cat.) : TE LAPSIS OBTESTOR LEVITER SVPER OSSA RESIDAS. (Voir encore, pour les pièces en vers, Marini, Arvali, p. 493, 494.)

6 Le Père Dumont, nos 86 et 89, — 7 Boldetti, p. 455; Henzen, in t. IT Orell., n° 7418.—8 Jahn, Spec, epigr., p. #1, 98, 99.

à Valentine et à Limoges :

,..°0AETERNO DEVINCTVS MEMBRA SOPORE!; deux fois à Aix :

.... INNOCVVS PIA SEMPER MENTE PROBATYS 2.

Ces reproductions ne sont pas moins frappantes dans les inscriptions chrétiennes.

Deux épitaphes de Rome ont ce même début :

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