‹ Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 12 sur 27 · DOMINO FILIO INNOCENTISSIMO ET DYLCISSIMO BONO SAPIENTI · texte numérisé non relu

DOMINO FILIO INNOCENTISSIMO ET DYLCISSIMO BONO SAPIENTI

Des légendes de Trèves et de Reims reproduisent presque identiquement le distique :

SEDEM VICTVRIS GAYDENS COMPONERE MEMBRIS CORPORIS HOSPITIVM SANCTYS METATOR ADORNAT 4.

Nous lisons à Saint-Jean de Bournay * :

INSTITVIT SVBOLEM SIMPLICITATE FIA,

en même temps que cette autre épitaphe, conservée dans nos manuscrits, sans indication de provenance, contient un vers presque semblable :

Catholica sollers cauta moderata venusta Prompta peregrinis parca modesta sibi

Moribus ornata vultu speciosa decoro Libera conloquio casta benigna decens

17. C. G., n° 595 À, et Millin, Lettres sur quelques inscriptions découvertes à Limoges. — ? I, C. G., n° 624. — 3 Grut., 1057, 2; Gudius, 369, 6, — # J. C. G., nos 242 et 335. — 5 I, C. G., n° 462.

Morigera conjux fido sociata jugali Enutriens sobolem severitate pia

Moribus hic vivens decessit tempore fixo Undecimam ducens vidit olympiadam !.

Deux hexamètres inscrits à la célèbre basilique de Saint-Martin de Tours,

1 Biblioth. imp. ms. lat, 2832, fo 122. C’est le manuscrit d’après lequel Duchesne a publié diverses épitaphes (voir Z. C. G., t. I, p. 69, t. II, p. 413), et qu’on croyait avoir passé dans la collection du Vatican. Il a été récemment retrouvé par le savant M. Delisle. En tête se lit cette décidace : « Voto bonxæ memoriæ Mannonis liber ad sepulcrum sancti « Augendi oblatus. » Mannon, connu par d’autres dons semblables, mourut vers la fin du 1xe siècle. (Cf. Histoire littéraire de la France, t. V, p. 657, 658, et la note de Ruinart, p. 686 de son édition de Grégoire de Tours.) D j

On ne s’étonnera point de ne trouver aucun nom propre dans l'inscription que je viens de transcrire. Ordinairement les épitaphes métriques étaient suivies de quelques lignes de prose où se lisaient le nom du défunt, son âge et la date de sa mort ou de son ensevelissement. Ceux qui recueillaient ces petits textes n’en reproduisaient souvent que les vers, sans attacher d'intérêt aux indications de personnes. Le nom propre disparaissait donc lorsque le poëte avait laissé à d’autres le soin de le dire. C'est ainsi que nous lisons, entre autres, dans le Codex Palatinus (Grut., 1167, 6), une inscription demeurée anonyme, le copiste ayant négligé de transcrire les lignes de prose qui suivaient les vers. La preuve de ces omissions existe pour l’épitaphe de Cædual, que Bède nous a conservée complète (comparer Gruter, 4173, 11, et Bède, Hist. eccl. angl., V, vu); pour une légende funéraire de Vercelli, dont l'original présente trois lignes de prose qui manquent dans le Codex Palatinus (comparer Gruter, 1169, 8, et Gazzera, Iscrizione cristiane del Piemonte, p. 102, 103), et pour l'inscription de sainte Paule (Hieron., Ep. cvirr ad Eustoch., n°8 33 et 34), dont la fin a été supprimée dans un de nos antiques manuscrits (Bibl. imp., ms. lat., 2832, fo 112). Il existe toutefois des épitaphes métriques qui ne portent pas le nom du défunt. (Lucien, Dæœmonaz, ec. 44; Cavedoni, Museo del Catajo, p. 61; I. C. G., n° 462.)

INGREDIENS TEMPLVM REFER AD SVBLIMIA VYLTVM INTRATVRI AVLAM VENERANTES LIMINA CHRISTI,

se lisent encore aujourd’hui sur une porte de l’église de Mozat 1, L'idée qui inspira ces vers d’une épitaphe d’Anse ?,.

IN QVA QDOVIT HABENT CYNCTORVM VOTA PARENTVM CONTVLERAT TRIBVENS OMNIA PVLCHRA DS,

se retrouve dans une autre inscription chrétienne récemment découverte au même lieu,

IN QVA QYIDQVID +. ORVM EST CONTVLETUE GYNCTA DS 5,

et rappelle ce distique d’un monument païen de l’Es< pagne { :

QVOD.VOTO,PETIERE.SVIS.PLERVMOVE.PARENTES CVNCTA,TIBI,DIGNAE.CAESIA,.CONIICERVNT, elC:

Je relève par trois fois, à Briord et à Vienne, cet hexamètre :

VTILITAS LAVDANDA NIMIS MIRANDA VOLYNTAS °.

11. Ci G.; n9 170, —2 No 12, — 3 No 662, — + Burmann, Arfhologia, t. Il, p. XLIV: — 5 J, C, G., n° 698.

Les premiers vers dé l'épitaphe du pape saint Grégoire le Grand, |

SVSCIPE TERRA TVO CORPYS DE CORPORE SVMPTVM REDDERE QVOD VALEAS VIVIFICANTE DEO,

sont signalés deux fois encore dans les recueils épigraphiqués ?.

Comme le montrent les rapprochetheits qui suivent, les formules d’un marbre de Vaison existent en même

temps sur d’autres monuments funéraires :

sn:

1 Grüt.; 1175, 4.

2 Grut.; 1168, 15 Mar., und 492, Je les ai retrouvés également, avec cette Label ftibn RE dans une ot du xvi1e siècle, conservée à Saint-Maximin de Metz :

DEXICIPE ;,SERRARVO;:CORRES DE CORPORE;SVMPTV,REDDIDVM QVOD.VALCAS.VIVIFICATE DEO.

Voir sur cette inscription le Bulletin de la Société des antiquaires de France, 1867;

"UOÂT e ‘TE où 9 ‘9 ‘J 1 — ('SHAIG SAGIUHdAVd : LAIX ‘ae ‘@uvoyna ay dh4) ‘snisAuoIG ÉSINAIH SHAIG IAIS UAdAVA : 149 ‘d ‘nid pruysnonN ‘ionsnog{ nq *Y {ISIS VISHGON VOuVd : 887 ‘d ‘Ir 1 ‘D? ÉSHAIG SAGIUHdAVA : LGY où “9 ID)

LWAULSAT VOIANI SUON LIAd VU NKANIOHG LSO4 HAN KVAÙ 9 SINAIH SHAIG IAIS SADUVd SAAIUAdAVA SANDUVT

e SALVIOA HAÜUOLIAU AVIULVd TASHVUd SAIDIULYd LIXNYS VNISSLLSAI SIGON ALYLAId VLONAIGY SITANV SAGIAUA SISSINNON LAUVA VUHAI KHAN IAÔ

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x STTIALIL SIMILSATNI

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SALVIOA HAOUALIAU AVIULVdA SOLSAN KVN SILULIAUV LIXNVS VNISSILSAI LIGHŒ VUAI GOAÙ SHINHANT

WASA LIUHAÔNTTI NA9 ÆVLIA NATISVU SALVIVIN VA

"STIALIL SIVLSA'TNI

: y uosteA ep ouydeydg

Je lis sur quatre monuments de Briord :

ABSTVTA PASSIINS DYLCISSEMA APTA !

ABSTYTVS ARGVS DYLCISSIMVS ARTVS: ?

ABSTYTI PASSIINS DYLCISSIMI APTI Ÿ ABSTVTYS PASSIINS DYLCISSEMVS APTYS #.

La première des légendes qui portent ces mots est en prose; les trois autres sont écrites en vers ou composées de lambeaux métriques. Pour ces dernières, l’hexamètre que représente cette série d'épithètes pèche contre toutes les règles prosodiques; pour la troisième, l’adjectif passrINs s'accorde mal avec les pluriels qui l’entourent. Ces lourdes erreurs ont leur prix, car elles accusent limitation d’un modèle Commun où figurait un hexamètre que la combinaison des quatre textes semble per-

mettre de restituer ainsi :

Astutus, largus, patiens, dulcissimus, aptus.

J'ai expliqué comment un défaut de réflexion me paraissait avoir fait passer dans l'inscription de Crussol une expression des formulaires, et j'ai pu citer l’un des types qu’elle reproduit exactement. Une autre pierre de la Gaule porte les mots TRANSIET IDAS KALENDAS NOVEN- BRAS ”, qui semblent accuser l'insertion naïve de deux indications diverses entre lesquelles un modèle banal

donnait le choix.

11,C. G., n°0 376.—2 No 311.—53 No 380.—4* No 381. —5 NO 474.

Deux de nos textes épigraphiques, que je citerai avec plus de confiance, permettent, pour ainsi dire, de prendre sur le fait le procédé de leur composition,

A Saint-Romain-en-Gal, l’épitaphe d’Euphrasius, terminée par le faux hexamètre Surrecturus die cœlo cum venerit Auctor !, vient à coup sûr d’un type régulier où le premier mot de ce vers était au féminin.

Une inscription funéraire de Briord, faite pour deux époux, mais copiée sur une pièce écrite pour un seul personnage, accuse de même limitation. Les mots QvI FVERVNT INSIGNIS MERITIS nous ramènent à l’hémistiche Qui fuit insignis meritis, comme la phrase TRANSIERVNT AD VERAM REMEANS E CORPVRE VITAM, qui garde du modèle un participe au singulier, redevient un vers par la simple substitution de fransiit à TRANSIERYNT ?.

Les poésies épigraphiques composées par des auteurs célèbres furent, on le conçoit aisément, les modèles les plus imités.

Un hémistiche de saint Paulin de Nole, cORPORE MENTE FIDE *, se retrouve dans une inscription de Rome,

L’épitaphe que saint Damase écrivit pour sa propre tombe * fut empruntée pour deux autres sépultures 5,

Les deux premiers vers de la légende funéraire come

11, C. G., n°0 398. — 2 No 380, — 3 No 594, — # Nicolai, Bas, di S. Paolo, p.158.— 5 Carm. xxx1v.— 6 Dionys. Cryptæ vatie., p. 82; Brower, Annales Trevirenses, t. I. p. 61; comparer encore Gruter, 1169, 4.

posée pour sainte Paule par saint Jérôme, ont été reproduits dans celle de saint Romulus !,

Une église d'Angleterre portait une inscription faite des vers de deux pièces épigraphiques, écrites par Fortunat, pour des basiliques de Paris et de Nantes ?.

On copia, en 1062, pour l’épitaphe d’un évêque de Sens #, cet hexamètre gravé sur la tombe de Tétricus “ ;

SVMMVYVS AMOR REGVM POPVIH DECVS ARMA PARENTVM. \

Le premier vers de l'inscription de l'abbé Victorianus : |

QVISQVIS AB OCCASY PROPERAS HVC QYISQVIS AB ORTV,

sert de début à une légende funéraire du x1r° siècle 6.

Le curieux distique de Fortunat”, que les bénédictins inscrivent sur la croix de leur rosaire, fut inséré par Calbulus dans une pièce épigraphique$.

Pour une époque plus rapprochée de nous, le savant M. de Longpérier signale un même vers sur deux épitaphes de Grenade, en Espagne, et de Saint-Augustin-lez- Limoges ?,

1 Hieron, Epitaphium Paule, éd, des Bénédictins, t. IV, p. 688, 689. Bolland., t. II, febr., p. 333.

2 I, C. G., n° 208. — 3 Bibl, imp. dép. des mss, Co/lection de Champagne, t. 43 fo 412 vo, et Gallia christiana, t. XII, p. 38. — * J, C. G,, no 3. — 5 Fortunat, IV, 11; cf. mon t. I, p. 497. — 6 Ciampini, Vetera monimenta, t. IT, p. 57. — 7 Fortunat, II, 6. — 8 Burmann, 47thologia, t. 1, p. 623. — 9 Bull, de la Société des antiqg. de France, 1858, p. 137,

Ces redites si évidentes me paraissent accuser l’existence de modèles communs, où puisaient en même temps, dans des mesures diverses, quelques compositeurs d'inscriptions.

J'ai dit que les anciens manuels, dont je tente de rechercher la trace, ne se retrouvaient plus dans leur entier. Peut-être n'est-il pas impossible d’en ressaisir quelques débris.

Un formulaire latin du 1x2 siècle, provenant de l’abbaye de Reichenau, contient, parmi divers modèles, cette légende épigraphique:

Hanc quique devoti convenitis ad aulam Poplitibusque flexis propiatis ad aram Cernite conspicuum sacris ædibus altas Geroltus quod condidit lamina nitent Virgineo quod condecet almo podori Subque voto Mariæ intulit in aulam Hic Agni cruor caroque propinatur ex ara Cujus tactu hujus sacrantur lamina axis

: Huc quicumque cum prece penetratis ad arcem Dicite rogo alme miserere Gerolto Titulo qui tali ornat Virginis templum Æthereo fruatur sede felix in ævum f.

Sur les marges d’un glossaire du même siècle, une main contemporaine a tracé des formules et des modèles divers, parmi lesquels figure une épitaphe :

1 Mone, dans le Zertschrift für die Geschichte des Oberrheins, t. MI, p. 392, formule 4, et de Rozière, Recueil général des formules, p. 1143.

Vir pietate probus Verecundi nomine dictus Insignis clarus diviciisque plenus )

Quas bene dispensans cœlestis culmina regni Mercatus petiit conjuge cum propria

Vir februi octonis præreptus morte kalendis Decessit sequitur nec mora post obitus

Nobilis uxoris Gerberga fuit vocitata Hæc etiam quinis morte obiit numero !.

Cette réunion à des formules semble montrer que les deux pièces qu’on vient de lire étaient elles-mêmes destinées à servir de modèles; peut-être fait-elle connaître, en même temps, l’un des usages des anciennes collections d’épitaphes métriques latines, textes le plus souvent médiocres et recueillis sans aucun but historique ?. |

Les manuels dont je soupconne l’existence devaient se trouver apparemment, comme un instrument de profession, entre les mains des lapicides, Je n’appellerais pas l'attention du lecteur sur un point qui n’exige certes aucun effort de démonstration, si le seul auteur latin qui ait parlé de ces artisans ne me semblait donner, à cet égard, un témoignage utile à recueillir. Je crois rencontrer, dans ses lettres, la preuve de l'intérêt que les graveurs attachaient à fournir et à vendre les textes épigraphiques, et de leur déplaisir lorsque d’au-

1 Bibliothèque impériale, ms. lat., 7680, fo 34 vo. — 2 Voir ci-dessus, p. 65, note.

tres étaient chargés du soin de ces compositions f.

« Veillez, disait Sidoine Apollinaire en adressant à « Secundus une épitaphe qu'il venait d'écrire, veillez à « ce que le lacipide grave sans faute cette pièce sur le « marbre; une erreur commise dans son travail, soit à « dessein, soit par négligence, serait attribuée bien « plutôt au poëte qu’à l’ouvrier ?. »

Le mauvais vouloir du graveur pouvait donc introduire des fautes dans les poésies épigraphiques fournies par un autre que lui-même, et le saint évêque de Clermont se défiait d’une petite vengeance prévue.

1 On sait que parfois les inscriptions étaient composées, soit par celui qui préparait sa propre tombe (Lucien, Dæmonax, 44; Grut., 1161, 8; Fabretti, p. 283, n°0 183; Mommsen, Jnscriptiones regni Neapolitan t latinæ, n° 1137; L. Renier, Inscriptions de l'Algérie, 2074), soit par les parents ou les amis du défunt. (Bonada, Anthol., X, 17, 25; Bosio, p. 152; I, C. G., n°5 377 et 512. Cf. ci-dessous, p. 85.)

2 Epist., HI, xt1. Parmi les fautes imputables au graveur, je rappellerai ce vers devenu faux par la transposition d’un mot ; HANC IN AETERNO SIBI SÉDEM CONSTANTIA QVAERENS (Marini, Iscr, Alb., p. 31); cet autre, par une suppression : NAMQVE . DOLOR , TALIS . NON . TIBI. CON- TIGIT , VNI (Murat., 1239, 10; un autre marbre nous donne le vers complet : NAMQVE . DOLOR . TALIS . NON. NVNC. TIBI. CONTIGIT , VNI, Ficoroni, De Larvis, p.107); ce dernier, par une addition : ARBITRIHS NAM CVSTYS PATRIAE RECTVRQVE VOCATYS (1, C, G., n° 492).

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