‹ Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres de la Gaule, accompagné d'une bibliographie spécialeChapitre 3 sur 27 · SET TIMVIT MORTEM NEC SE MORI POSSE PVTABAT · texte numérisé non relu

SET TIMVIT MORTEM NEC SE MORI POSSE PVTABAT

et de ces mots gravés sur la tombe d’une chrétienne : BEATIOR IN DNO CONDEDIT MENTEM (1. C. G., n° 44).

les gentils. Mais faire voir à tous, dans la séparation, une eause de joie plus qu’un sujet de larmes, était certes une entreprise difficile. Les plus éloquents y échouaient, et sur cette matière l’enseignement demeurait toujours à reprendre !, En accusant l’état des esprits, un exact relevé des inscriptions chrétiennes fera comprendre quelle fut la grandeur de la tâche. Aux premiers siècles de l'Église, alors que tant d’âmes flottaient incertaines entre les croyances d’autrefois et la loi de l'avenir, des fidèles, mal pénétrés encore de la doctrine évangélique, hésitèrent à rappeler sur les tombeaux la date de leur deuil ?, La succession des âges, je le montrerai plus loin, devait seule modifier la coutume antique *.

J'ai déjà noté plus d’une différence entre les marbres funéraires des païens et les épitaphes des premiers fidèles. Il en est une autre, digne de remarque, et qui se rattache à un sentiment fort répandu aux premiers siècles chrétiens, Je veux parler de l'éloignement pour le métier des armes.

La loi nouvelle inspirait cette répulsion inattendue chez un peuple grandi dans les combats.

1 Voir mon tome Ier, p. 92, 93; Chrysost., Homul. XLI, 1n Epist., I ad Corinth., S 4; Homaül. 111, in Epist. ad Philipp., ce. 1,84; Conc. Tolet., 111, a 589, c. 22; Greg. Turon., Vilæ Patrum, XIX, 1; Gratianus, Decretum, causa XIII, quæst. 2, etc.

2 Une loi de 381, reproduisant les motifs d'une autre loi de 290, montre combien, au point de vue de l’horreur de la mort, les idées furent

lentes à se modifier, (Voir mon tome II, p. 220.) 3 Voir ci-dessous, p. #2.

Les Actes des saints et des martyrs étaient lus publiquement aux offices !, Ces édifiants récits, que le fidèle écoutait debout, comme l'Évangile même?, lui disaient la vertu de Tarachus abandonnant l’armée par respect pour la foi ÿ, l’héroïsme de Maximilien qui, repoussant, comme chrétien, la marque militaire, paya de la’ vie une noble résistance #, Par ces exemples sans cesse proposés à son admiration, dans les leçons des Pères, le fidèle apprenait que la guerre était une œuvre maudite, qu’en désarmant saint Pierre, le Seigneur avait condamné le métier des armes *, |

Voilà pour l’âge des martyrs. Le triomphe de la foi ne pouvait rien changer à ces sentiments, Constantin s'était efforcé de sanctifier la vie des camps; mais la légion qui assistait aux saints mystères et répétait la prière écrite par l'Empereur, n’en devait pas moins verser le sang des hommes 5, Saint Martin refusait de combattre, et sa gloire en devenait plus haute 7, Un Père cependant montrait tout le danger de cet amollissement

1 Conc. Carthag., 11, ©. #7; Mabillon, Liturg. gall., p. 20, 21, 39, 385, 405, 407, etc.

2 Cæsar. Arelat., Sermo LXxXXV (n° ccc dans l’Appendix des OEuvres de saint Augustin),

3 Acta S. Tarachi, $$ Let VIT, (Buinart, Acéa sincera, p. 423 et 436.)

k# Acta S, Maximiliani. (Acta sincera, p. 300.)

5 Tertull., De Corona militis, c. xIx; cf, Orig., Contra Celsum Liv, VIII; $. Damas., Carm. xxV; Ambros., Expos, in Lucam, ce. X111: Lactant., Inst. divin., V, xvir, 125 VI, xx, 15,

6 Euseb., Vifa Const., 1v, 20, — 7 Gregor. Turon,, Mirac. S. Mar £. IF, 29 et 49.

des mœurs !; et, devant la nécessité de pourvoir à la

défense commune, l'Église, dès son triomphe, devait frapper elle-même ceux de ses enfants qui désertaient les aigles ?.

Rien ne saurait mieux que les inscriptions montrer ce que fut l'étendue de ce grave changement dans les

esprits.

Trois collecteurs que je choisis à dessein, comme ayant enregistré des monuments de localités différentes, Reinesius #, Steiner #, Mommsen Ÿ, m'’aideront à le faire voir. Sur 40,050 inscriptions païennes que contiennent leurs recueils, j’ai compté 545 épitaphes de soldats; ce qui donne une moyenne de 5,42 pour 100. La même “opération faite sur l'Index de Séguier, qui enregistre

Lee. Labiéitels De Regno, éd. de 1612, p. 22. (Voir à ce sujet les adjurations du païen que réfute Origène, Contra Celsum, liv. VII, ed, Cantabrig., pe 1/6 x 19 FE

2 Concil. Arelat:, X, a° 314, c. 3 : « De his qui arma projiciunt in « pace placuit abstineri eos de communione. » On x discuté sur le sens que présentent, dans ce texte, les mots x pace. L'opinion la plus accréditée, et que j'avais adoptée d’abord, est qu'il s’agit ici de la paix rendue à l'Église. (Conc. Gall., t. I, p. 97.) La comparaison avec les ois romaines me paraît maintenant montrer que le concile d’Arles parle des désertions en pleine paix, par opposition à celles qui pouvaient se produire en temps de guerre. Dans le Digeste, les expressions nr pace, in bello, distinguent en effet ces deux cas. L. V, $ 1, De re militari : « Qui in pace deseruit eques gradu pellendus est; pedes militiam mu- « tat. In bello idem admissum capite puniendum est. » Cf. L. 4, S 2 « Qui filium suum subtrahit militiæ belli tempore, exilio et bonorum « parte mulctandus; si in pace, fustibus cædi jubetur. » (KLIX, 16.)

3 Syntagma inscriptionum antiquarum. — * Codex inscriplionum romanarum Rheni. — 5 Inscriptiones regni Neapoutant.

4,134 inscriptions chrétiennes, ne m'a donné que 26 soldats, soit 0,55 pour 100.

En Gaule, de même qu’en Italie, en Espagne, en Afrique, le titre de soldat est rarement inscrit sur les marbres des fidèles, et si l’on peut en chercher la cause dans cette loi nouvelle qui faisait le plus souvent omettre dans l’épitaphe la profession du mort, ce trait est aussi trop conforme à ce que nous savons de l’adoucissement des mœurs aux premiers siècles chrétiens, pour ne pas accuser en même temps l'immense progrès réalisé par la prédication de l'Évangile.

On le voit par les pages qui précèdent, c’est à l’aide d’un long travail que l’épitaphe de l’idolâtre se transforme jusqu'à devenir l'inscription funéraire du chrétien. Tentons maintenant de marquer l’âge auquel nous reporte chacun des changements que je viens de signaler, Nous y pourrons surtout parvenir en étudiant dans le détail les formules des légendes lapidaires.

Les inscriptions chrétiennes à marques chronologiques, ces précieux types à défaut desquels il serait difficile d’estimer l’âge des monuments sans dates, n’apparaissent que tardivement sur notre sol. Dans la cité des Catacombes, les premiers monuments enregistrés par M. De Rossi remontent aux années 71, 107 et 441. Ils deviennent nombreux dès le rrr° siècle f,

1 Inser., christ. rom. 1.1.

Le plus ancien de nos marbres chrétiens datés appartient à l’an 334; quatre autres suivent, en 347, 377, 405 et 409 !; mais il nous faut presque descendre à la seconde moitié du v° siècle pour rencontrer en quelque nombre ces vieux monuments de la foi,

A Rome, une part considérable des inscriptions sans date est évidemment antérieure à celles qui portent des marques chronologiques. J’hésite à penser qu’il en soit de même dans notre patrie. Une grande simplicité, un laconisme extrême, distinguent, dans la ville sainte, celles des inscriptions chrétiennes qui ne sont point conçues dans le formulaire païen *. Ce caractère fait presque complétement défaut sur notre sol #, |

Le type commun dont procède le plus grand nombre de nos textes épigraphiques confirme les données de la chronologie en accusant une époque secondaire. Leurs formules de début, combinaisons banales où figure d'ordinaire le mot REQVIESCIT, ne se rencontrent pas, à Rome, avant la fin du 19° siècle; en Gaule, avant 4224, C’est là une première indication qu'appuie encore

1 1, C, G., n°5 62, 596, 369, 591 et 248.

2 Voir, par exemple, en se reportant à ce que j'ai dit plus haut, nos inscriptions de Marseille et d’Aubagne, ci-dessous, p. 52 et 53,

3 Je dois même ajouter qu'en Gaule il ne saurait être tenu pour un guide infaillible. La partie gauche de notre sol présente, en effet, des inscriptions de basse époque, composées d’un nom seul, (Voir mon tome Il, no 579.)

k I. C, G., n° 53. Voir, pour l’âge comparatif des formyles initiales, ci-dessous, p. 22 et 23.

l’excessive rareté des symboles primitifs, le Poisson et l’Ancre.

J'ai parlé de la brièveté comme signe ordinaire d’une origine ancienne ; quelques rares inscriptions de Vienne, de Vaison, ne mentionnent ni l’âge du fidèle, ni le jour de sa mort, et présentent, par leur laconisme, le type exact des vieux marbres des Catacombes. A Trèves, une seule légende funéraire est datée; elle remonte à l’an 4091, et j'ai dit pourquoi la plupart des inscriptions de la contrée me semblent devoir être groupées autour de cette époque ?. Leur ancienneté m'est encore démontrée par plus d’un signe : mention du nom de ceux qui ont fait faire les tombes 3; défaut d'indication du jour de la mort#; fréquence remarquable de la colombe, l’un de nos plus vieux symboles; défaut de croix gravées au début des épitaphes 6 ; absence de l’épithète bonæ memoriæT; emploi des mots puella Dei pour désigner les religieuses $; usage enfin du monogramme 4 °, de formules antiques !°, du début Hicjacet 1.

Il est encore, pour les marbres des fidèles, d’autrés

1 7. C. G., n° 208. — ? Nos 248 et 277. — 3 Voir ci-dessous, p. 33 et suiv. — # Voir ci-dessus, p. 12 et suiv. — 5 Voir ci-dessous, p. 27. — 6 Voir ci-dessous, p. 28. — 7 Voir ci-dessous, p. 24. — 8 Voir cidessous, p.24. — 9% Voir ci-dessous, p. 27. — 10 J, C. G., n° 316.

1 Voir ci-dessous, p. 22. Je noterai de plus, mais sans attacher trop d'importance à cette particularité souvent insignifiante, que les monnaies trouvées dans les tombes de Trèves appartiennent au 1ve siècle (Z, C. G., nos 239 et 282). Voir encore, au sujet de l’âge des inscriptions qui nous occupent, mes autres observations, ci-dessous, p. 104 et suiv.

signes d’antiquité ; c’est l’absence de toute expression chrétienne dans des épitaphes que caractérisent seules des marques extérieures ; c’est le nom triple que portaient les vieux Romains; c’est une rédaction conforme au type épigraphique païen?, sans autre marque de christianisme qu’une parole vague, un symbole des premiers âges; c’est enfin, au point de vue matériel, une exécution élégante, où se montre l’habileté des anciens lapicides. Ces particularités se rencontrent à Arles pour des inscriptions chrétiennes uniquement reconnaissables aux sculptures des riches sarcophages où elles sont gravées* ; à Aubagne surtout et à Marseille, sur deux épitaphes de style primitif, témoins irrécusables de l'antiquité de notre foi,

En recherchant l’âge probable des monuments où la date fait défaut, je viens de m’appuyer sur l’emploi ou l'absence de certains symboles, de certaines formules. Le style, les ornements de l’épigraphie ont, en effet, varié avec les siècles, et des marques, plus saisissables

1 Je parle ici de la réunion du prænomen, du nomen et du cognomen, telle que nous la présentent les noms de Marcus Tullius Cicero, Publius Virgilius Maro. (Voir mon tome Ier, p. 133; De Rossi, Inscr. christ. rom, t. 1, Prolegom., p. CxiI.

2 À Autun, une épitaphe de l'an 378 (I. C. G., n° 7) porte encore la formule MEMORIAE AETERNAE des inscriptions païennes. Le mot PAXx, qui se lit au début de plusieurs marbres des idolâtres, figure dans les mêmes conditions sur les plus antiques épitaphes chrétiennes d’Arles. (Cf. ci-dessous, p. 46, n'te 4.)

3 I. C, G., n°8 517, 5 5. — * Nos 548 À et 51 B. (Cf. ci-dessous, p. 92 et 53.)

qu’on ne serait tenté de le supposer d’abord, permettent d’assigner, en quelque sorte, un rang chronologique aux inscriptions sans dates.

Des indications courantes sur les épitaphes des païens, la fliation, la patrie, la condition sociale, la profession, et, je le montrerai plus loin, la mention de la postérité dans la famille, ne figurent point, pour ainsi dire, sur les inscriptions chrétiennes de langue latine. Une suppression si générale accuse avec toute certitude l’existence de loisqui régissent les formules ; elle m’autorise à rechercher les marques de leur application.

Exposer les principaux résultats que me donne, sur ce point, un examen d'ensemble, ce sera, je l'espère, dissiper plus d’un doute, répondre par avance, en quelque sorte, aux questions que l’on s'adresse parfois sur l’âge des monuments chrétiens dépourvus de toute marque chronologique.

Nos inscriptions en prose se divisent en deux parts. Quelques-unes, et c’est le petit nombre, sont conçues dans une forme qui procède plutôt des œuvres littéraires que du vrai style épigraphique !; celles-là ont été,

1 7. C. G., nos 17, 211, 257, 391, 438, 483, 515, etc. Notre inscription tio 48, entre autres, si peu conforme au style épigraphique, se termine par la formule OPTAM VOBIS FILCISSIMI VALEATIS, qui est surtout parti culièré aux lettres. (Cyprian. Æpist. 1, 2, 3, 4, T, 8, etc.; Acta S. Montani, $S X1; S. Aug., Epist. 128, 129; Henzen, t. II Orellii, n° 7245; Euseb., H. E., v. 4, in fine; Epist. Bonif. epise. dans Labbe, Concil.,

t. IV, p. 1645; De Rozière, Formules, p. 951 et 1044, etc.) NOTAVI, qui se lit sur deux épitaphes (1. C. G., nos 36 et 461), appartient au

à coup sûr, écrites par les parents, par les amis du mort! ; elles ne peuvent guère apporter d'éléments aux recherches de la statistique. Les autres, qu’un type commun rattache à différents groupes bien tranchés dans la famille épigraphique, sont plus intéressantes à étudier sous le point de vue spécial où j'envisage en ce moment les marbres.

En rompant, comme nous venons de le voir, avec les usages païens qui froissaient leur sentiment religieux, les fidèles ont continué ceux que ne paraissait point exclure la foi nouvelle. Ainsi, tandis qu'obéissant à la parole de Dieu, ils supprimaient, sur les sépulcres, l'indication patronymique directe, un tel fils d’un tel, ils y maintinrent d’abord les noms des parents qui avaient fait construire la tombe, et parmi ceux-là figure souvent ce nom du père terrestre dont la règle nouvelle proscrivait la mention?.

Cette forme, qui procède évidemment dutype païen, caractérise, en Gaule, comme une première période dans le style épigraphique. On le voit aux marbres de Trèves, dont l’ancienneté se révèle d’ailleurs par un ensemble de signes importants $ ; aux inscriptions

formulaire diplomatique (7. C. G., n° 461, voir encore n° 475). Sub hoc conswe, de l’inscription d'Evian (7. C. G., n° 683), est une façon de dire familière aux chronologistes. (Voir Marius d’Avenches, le Chronicon paschale, etc.)

1 Voir ci-dessus, p. 5. —? Voir ci-dessous, p. 74, note 14.—3 1, C.G., Préface, p. v et vI.

d’Arles, que leurs formules, leurs symboles, le système des noms, lestyle et la richesse des tombeaux !, classent de même au premier rang; aux épitaphes de Sainte- Croix, de Vaison, datées de 405 et de 470; aux deux marbres de Marseille et d’Aubagne, dont l’antiquité ne peut être mise en doute? s

Vers le début du v° siècle, un changement radical s’opère dans la rédaction des textes lapidaires. La mention dont je viens de parler disparaît, et l’usage se répand de commencer les épitaphes par le mot Hic. HIG IACET, HIC PAVSAT, HIC OVIESCIT, qui se montrent à Trèves, en même temps que la vieille formule, semblent être, en Gaule, les plus anciennes combinaisons où figure cet adverbe. Il en est de même à Rome, où, d’après le relevé des marbres antérieurs au vrr° siècle, l’on trouve la première dès 365, la seconde en 371. HIC REQYIESCIT, moins fréquent sur notre sol aux temps anciens, et qui ne paraît à Rome qu’en 376*, marque réellement la venue de l’ère nouvelle.

A l’époque de la décadence, c’est l’effet d’une sorte de loi que les formules se compliquent et s’allongent. Cicéron, Pline, écrivent simplement, au début de leurs lettres : « Tullius Tironi salutem. » — « CG. Plinius « Tacito suo salutem. » Au temps desaint Augustin, de

1 7, C. G., nos 517 et 525. Ci-dessous, p. 35, note 1. — 2 Voir cidessous, p. 52 et 53, — 3% De Rossi, {nser. chr, rom., t. I, n° 178. — 1 Id. n° 224.

saint Paulin de Nole, on y hira: « Domino merito vene- « rabili et vere suscipiendo patri Augustino episcopo « Macedonius, » — « Dilecto fratri merito prædicabili « et venerantissimo Pammachio Paulinus!. » Le style épigraphique suit la règle commune ; la formule nic REQVIESCIT va se compliquant, lorsque les temps s’avancent, et l’on voit successivement paraître chez nous en 469,473,488, HIC REQVIESCIT IN PACE, HIC REQYIESCIT BONAE MEMORIAE, HIC REOVIESCIT IN PACE BONAE MEMORIAE?, avec cette circonstance remarquable que la formule la moins simple est en même temps la plus récente. IN HOC TYMVLO REOQVIESCIT, IN HOC TYMYLO REQVIESCIT BONAE MEMORIAE, IN HOC TVMVLO REQVIESCIT IN PACE BONAE MEMORIAE, se montrent à dater de 4924, comme pour compléter et pour clore la série des formules tumulaires de l’époque mérovingienne. Les noms de ceux qui ont fait faire les tombes, les débuts du style ancien, HIC IACET, HIC QVIESCIT, HIG REQVIESCIT °, ne se remarquent plus alors,

La statistique peut fournir encore plus d’un moyen

1 Voir encore les lettres de Fortunat, éd. de Luchi, V, 1, v, vi, etc., Grégoire de Tours, H. Fr., IX, xxxix et XLII, les formules réunies par M. de Rozière, p. 965 et suiv., etc.

2 I. C. G., n° 87, 72, 314 A. — 3 Voir ci-dessous, p. 49, un autre exemple de ce fait. — # I. C. G., n° 32. — 5 no 477. C’est notre dernière inscription datée; elle est de l’an 695. — 6 Sauf pour une épitaphe qui, de toute évidence, ne procède pas du type épigraphique commun (I. C. G., n° 211), HIC REQVIESCIT, sans formule accessoire, ne se trouve pas en Gaule au delà de 487 (n° 379),

d'appréciation, et j’enregistre, d’après l’ordre de leur succession matérielle, les façons de dire auxquelles je crois utile de s’arrêter.

DEPOSITIO, Suivi du nom au génitif, apparaît, pour la Gaule, en 334 et en 405!; recessir, de 347 à 489?; DECESSIT,, en 378 3; OBIIT, de 429 à 632 environ *; TRANSIT, de 466 à 695 5.

En 431, 491, les religieuses sont nommées, sur nos marbres, DEO SACRATA PYELLA, PVELLA DEO PLACITA 6; dans les inscriptions de Trèves, dont l’antiquité est sans conteste, PYELLA DEI, PYELLA SANCTIMONIALIS 7, En 511 pour la première fois, en 520, 524 et 540, ces saintes filles reçoivent le nom de RELIG10SA 5, fréquent, comme on le sait, dans le texte de Grégoire de Tours, les Capitulaires, les lois barbares *, et qui devait rester dans notre langage.

FAMYLYS DEI se montre de 449 à 55210; l’épithète banale BONAE MEMORIAE, de 473 à 689 !!; je ne retrouve, en Gaule, qu’en 511, PLYS MINYS, qui se présente pour la dernière fois sur un marbre daté de 643 ou 690 ?;

1 I. C. G.,n°s 42 et 591.—2 Nos 595, 79 et 548. (CF. ci-dessous, p. 26, nôte 8, pour les marbres de Marseille.) — 8 Z.C. G., n° 7. — * Premier exemple, n° 74; dernier exemple, n° 573 A. (Cf. n° 391.) Cette formule est la plus fréquente. — 5 Premier exemple, n° 74; dernier exemple, n° 477. Formule moins fréquente que la précédente. — 6 Nos 44 et 388. — 1 Nos 258 et 259. — 8 Nos 387 À, 663, 435, et 688; voir encore, nos 545 et 685, deux inscriptions évidemment de basse époque. (Cf. cidessous, p. 495.) —9 Canciani, t. I, p. 118; t. INT, p. 261, 270, 282;

t. IV, p. 66. — 10 J, C. G., n°8 667 et 65. — 11 Nos 72 et 621. 12 7, C, G., nos 437 et 586 A. A Trèves, où les inscriptions, bien que

OBUIT IN CHRISTO, formule spéciale aux légendes lapidaires de la Viennoise, paraît de 515 à 565!

Les inscriptions portent souvent des marques chronologiques mulilées, ou insuffisantes, quoique demeurées intactes. Telle est, par exemple, l’indiction exprimée seule; tels sont encore la trace d’un postconsulat,

sans dates, présentent des signes sérieux d’antiquité, cette expression parait avoir été employée plus anciennement que dans le reste de la Gaule. Elle existe dans cette ville sur des marbres marqués du mono-

gramme secondaire ï. (Nos 239, 245, 263, 2173.)

Je ne saurais évidemment prétendre à expliquer la venue successive des formules que j’enregistre; pour plusieurs, sans doute, leur adoption n’a été que le résultat d’une mode. L'apparition tardive de PLVS MINVS semble toutefois avoir sa raison d’être. Chez les Romains, comme l’a fait observer le savant M. Le Clerc (Journaux chez les Romaïns, p. 198), le jour de la naissance était noté sur un registre spécial, A côté de cette constatation intéressante au point de vue civil (Pardessus, Mém. de l’Acad. des inscriptions, t. XIIL, p. 266 et suiv.), la croyance à l’influence des planètes faisait relever avec soin jusqu’à la dernière circonstance astronomique du moment où l'enfant venait au monde, (De Rossi, Inscript. christ. urb. Rome, t. 1, n° 172; Allmer, Découverte dans léglise de Saint-Pierre de Vienne, p. 21 : SED INIQVA STELLA ET GENESIS MALA, ete.) Il est donc rare de trouver dans les inscriptions paiennes la mention PLVS MINVS, qui indique l'incertitude sur l’âge des défunts. (Fabretti, p. 588, 589.) L’exactitude dans les constatations devait disparaître plus tard. En même temps que la sénilité de Rome, les invasions barbares vinrent détruire les vieux usages; le christianisme, pour lequel l'heure de la mort importait plus que celle de la naissance, condamna la foi à l'influence des astres. (Tertull., De idolol., c. 1x; S. Augustin, Confess., VII, vi; S. Chrysost., In Epist. ad Cor., Hom. V, éd. de Montfaucon, t. X, p. 32 A.) Alors seulement devint fréquente la formule de doute PLYS MINVS, dont la multiplication, au temps du Bas- Empire, est peut-être attribuable aux deux causes simultanées que je viens d'indiquer.

1 1. C. G., n°5 693 et 466 A.

les noms des consuls à nombreux homonymes !, Il importe de tirer parti de ces vagues données.

Je note, dans ce but, que, sur les marbres originaux, l’abréviation du mot cohsul n’est point écrite cos après 311?; que notre premier postconsulat est de 405, de même que le titre impérial de Dominus noster? ; que la première longue série d'années calculées après un postconsulat remonte à 4864; que le titre de wir clarissimus ne figure point dans les dates épigraphiques avant 447% ; la désignation junior, ajoutée au nom du consul, avant 47456, et qu’enfin, je trouve pour la première fois en 447 le nom d’un seul de ces hauts personnages 7, Quant aux épitaphes datées simplement de l’indiction, je dois rappeler que, sur notre sol, le premier emploi de cette supputation, d'ordinaire accessoire, neremonte qu’à l’an 491$.

1 Le nom de Symmaque, entre autres, se trouve cinq fois dans les fastes, de 330 à 522.

2 I, C. G., n° 369. Cette observation, que le petit nombre de nos marbres anciens ne m’eüt point permis de consigner, résulte des rele-

vés opérés par le savant De Rossi sur les épitaphes romaines qu'il a fait connaitre.

3 I, C. G., n° 591. — + Nos 662, 388 À, 481 À, 474 B. —5 No 35, — 5 No 632. Cette qualification est très-utile pour l'appréciation des dates à une époque où les marbres ne portent souvent que le nom d’un seul des deux consuls. — 7 No 35,

8 I, C. G., n° 388, Les marbres datés de la seule indiction portent un autre signe de basse époque dont le mot obtit, qu'ils présentent tous (nos 37, 386, 458 À, 478 L, 513, 523, 524, 532,616 À, 628, 629), à l'exception des deux épitaphes de Marseille, où une coutume locale a longtemps retenu la vieille expression recessit, (Nos 545 et 551; cf. mon tome IL, p. 33.)

Le relevé statistique des symboles peut de même servir au classement des épitaphes. |

L’Ancre et le Poisson figurent sur nos marbres, et, bien que nous y retrouvions la dernière de ces marques en 474 et plus tard même, sans doute!, l'antiquité incontestable de quelques-uns des monuments qui les présentent ?, les données positives fournies sur leur âge par les tombes romaines, ne sauraient permettre d’hésiter à leur assigner, pour la plupart des cas, le premier rang.

Les autres signes et symboles apparaissent dans

l'ordre suivant sur nos inscriptions datées :

SIGNES

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