PREMIÈRE PARTIE. —ÉPOQUE ROUAINE
Jusqu'à la fin du tu* siècle.
Les inscriptions de cette époque que nous avons réunies n'atteignent pas le nombre de cinquante. Ce chiffre peu élevé rend inutile une classification méthodique. Nous préférons l'ordre géographique, et nous partons du centre pour aborder les divers points de la circonrérence. Les inscriptions conservées jusqu'à ce jour précèdent celles qui ont disparu et dont l'authenticité, ou du moins la fidèle transcription sont douteuses. On verra bientôt que, depuis la renaissance, les érudits ont trop souvent manqué de conscience, et partant d'exactitude. Toute inscription publiée sur la foi d'un seul savant doit être relevée de nouveau sur le monument par la critique moderne.
Les inscriptions romaines de Limoges ne donnent pas une idée suffisante de la splendeur de cette ville au temps de l'empire. Il a fallu les fouilles multipliés de l'industrie moderne pour nous convaincre do la' vérité des tableaux de nos anciennes chroniques. Dans un espace de
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près de trois quarts de lieue d'étendue , du pont Saint- Etienne à la Roche-au-Got , sur la Vienne , on n*a , pour ainsi dire, qu'à gratter le sol pour en tirer des médailles, des marbres, des poteries, des mosaïques dePépoque romaine. Des statuettes du plus grand prix , des fragments d'une statue colossale en bronze , des peintures encore éclatantes de fraîcheur^ des revêtements de marbres rares, attestent la magnificence d'une cité que la ville moderne n'est pas sur le point d'éclipser. Après toutes les découvertes que nous avons suivies depuis dix ans , nous croyons aux merveilles jusque-là douteuses du palais de Duratius. Pour nous, il est incontestable que le monde s'est appauvri en vieillissant. Une puissance qui n'a jamais eu d'égale avait transformé l'Europe ou plutôt l'univers. Sa chute serait peu regrettable, si nous avions gagné eâ bonheur ce que nous avons perdu en grandeur et en beauté. Hais nous oublions trop les merveilles que nous devons au christianisme; la Rome antique n'a rien à leur opposer. Ce recueil en fournira lui-même plusieurs preuves.
Selon une ancienne tradition, saint Martial , en introduisant le christianisme à Limoges , aurait élevé des églises au vrai Dieu sur l'emplacement même dés temples consacrés aux idoles. Ainsi , la cathédrale actuelle , consacrée sous l'invocation de saint Etienne, aurait remplacé un temple dé Jupiter. Les découvertes modernes tendent à prouver de plus en plus la vérité de ces récits jusque-là dénués de preuves. Deux tombeaux romains se trouvent aux abords de la cathédrale , et nous en avons découvert un troisième sur les voûtes mêmes de cet édifice. Des sondages nombreux , opérés pour constaler
sa solidité^ nous ont fait voir à une grande profondeur des subslructions d'origine romaine. *
L'antique abbaye de Sainl-Martial aurait été bâtie sur l'emplacement d'un cimetière gallo-romain. On en donnait pour preuve , au siècle dernier , une inscription funéraire engagée dans la construction du clocher. Nous la donnons ci-dessous sous le n^'G. En 1790^ la collégiale fut supprimée, et l'a démolition de cette antique église , berceau de la foi en Limousin^ commença sur-le-champ par les soins du sieur Brousseaud, entrepreneur de bâtiments^ qui s'en était rendu acquéreur. On trouva dans les fondations sept autres tombes romaines. Pendant que sous la pioche des démolisseurs tombaient en pièces les chefs-d'œuvre de l'art roman et gothique ^ accumulés dans cetle basilique par la piété des siècles , l'origine de ces pierres les sauva. Elles furent recueillies par M. Juge Saint-Martin^ et déposées dans sa pépinière de la place des Arènes. Nous dirons plus loin ce qu'elles sont devenues.
Millin ayant eu communication de ces inscriptions en 1808 en donna, dans le Magasin encyclopédique , une interprétation que nous lui empruntons.
(I) DM •« ET -« M... (lacune). Dis Manibm et memoriœ,
- T -« PROCV.,. (lacune). Titi ou TulliProculeilrenes. IRENEf -
CAES -• PACÏV (lacune). Cœsar Pacalus Pater et sihi
PAER ► "5" •• SIBI suisquevivus (po^mi).
SVISQ - VIVS (lacune).
Inédite. Au musée de Limoges.
Un bac à demi brisé , en granit , gisait dans des décombres; en le retournant^ il y a quelques semaines.
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on a pu lire œUe inscription en grands et beaux caractères. Elle est tracée sur un cippe en forme d'autel , que décoraient autrefois une corniche et une base aujourd'hui mutilées. Kous ne savons si l'excavation qui lui avait fait donner une destination si vulgaire est ancienne. Les caractères admirablement formés et les points triangulaires permettraient d'attribuer cette inscription au siècle d'Auguste» si les enlacements de lettres n'accusaient pas une époque postérieure; nous la croyons du second siècle. L'S du nom ïrene$ a la forme de la même lettre employée dans la typographie ordinaire. La destination de cette pierre l'a sauvée, comme deux autres que nous décrirons plus loin. Bassin de fontaine, abreuvoir de chevaux ou auge à porcs » voilà donc ce que deviennent les tombes des aïeux ! Les antiquaires, ne nous enseigneraient-ils que le respect des sépultures , n'auraient vraiment pas perdu leur temps. — Hauteur» 3 pieds ; largeur, 4 pied et demi.
PAET. PAETINI
DECVRIONIS