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Un fait curieux ressort de cette insciîption si simple. L'église de SaintrBartbélemi de Chénerailles est un peu antérieure au décès de Barthélemi de la Place, arrivé en 4 300 ; elle a le même patron. Ne sommes-nous pas fondés à conclure qu'il en fut le fondateur? Nous allons trouver la preuve de ce fait curieux dans le baul relief suivant. Oive figures y sont distribuées dans une composition pyramidale. La sainte Vierge en occupe le sommet. Vêtue d'une ample draperie , couronnée comme une reine, elle tient sur son bras gauche Tenfant Jésus qui la caresse et lui sourit. Un dais ouvragé abrite sa tète. Elle est debout sur un petit édifice percé d'une porte gothique. Nous y retrouvons, en miniature, les moulures, les colonnettesj toute l'ornementation de la porte de l'église de Chénerailles. Une inscription ne permet pas d'en douter; on y lit, en caractères remplis d'une pâte bleue et rouge : Portait de Canalicù. Dix marches con-
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(luisent à ce trône original. Saint Martial (S: MARCIAL:), vêtu d'un pluvial ou chape à capuchon^ coiffé d'une mitre ornée, les gravit en agitant un encensoir. De l'autre côté , un petit ange tient un flambeau. Le martyre de saint Cyr et de sainte Julite, sa mère (S : CIRIC : ET : S : IVLITA : MATER : El : ) , occupe la droite de la sainte Vierge. Remarquons, en passant» que le tait figuré ici diffère notablement du récit de la légende. Les mains gantées^ vêtu d'une armure de maiUesque recouvre en partie un surcot, et coiffé d'un casque simple^ un bourreau vient de frapper saint Cyr. La tête est détachée du tronc. Sur ce jeune et gracieux visage , le froid de la mort lutte avec le calme de la céleste béatitude. Le corps s'affaisse sur lui-même ; déjà les mains , naguère élevées > viennent de retomber vers la terre. Sainte Julite, sa mère » attend le coup fatal dont va la frapper ta longue épée d'un bourreau. Agenouillée, les mains jointes pour une dernière prière , pleine de calme , elle recule instinctivement sous le fer par un mouvement insensible. Dieu accueille ce double sacrifice ^ et sa main montre le ciel aux martyrs. Ce n'est pas en vain que coule ce sang précieux. Il est destiné à purifier le prêtre dont rame > rajeunie par l'immortalité ^ est présentée à Jésus porté par Marie. Agenouillé dans ce séjour de gloire , le défunt Barlhélemi de la Place lève vers son juge un regard plein de confiance. Il s'abrite sous les vêtements de son sacerdoce , son meilleur titre à l'indulgence et au pardon. A sa droite^ saint Barthélemi (S : BTOLOMEVS : ), son patron, auquel il a consacré une église, le présente à Jésus et pose sur sa tête une main bienveillante et protectrice. Saint Aignan ( S : ANIANVS : ) , évêque , placé derrière, lui assure^ par un geste éloquent^ un appui
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semblable. Comment pourrait-il trembler? Le pîédestxil qui sert d'escabeau à Marie est formé de Téglise même que Barthélemi de la Place éleva à son saint patron. Saint Martial, apôtre du diocèse de Limoges, en a gravi les marches. Une enfance divine tend à Barthélemi de la Place une main fraternelle et lui sourit entre les bras d'une mère couronnée. Dieu lui-même ratifie sa prière. La main divine sort d'un cadre de feuillages et le bénil. Habitué à symboliser la grandeur morale par la grandeur physique , le sculpteur du xiii' siècle a donné à la Vierge une hauteur de beaucoup supérieure à celle des autres personnages. Tous , bourreaux et saints , nous offrent, dans leur élégance exquise, les costumes civils^ militaires et religieux du xiii* siècle. Les souples cottes de mailles, les mitres basses et légères , les chasubles el chapes de tous ces petits personnages sont à étudier pnr notre époque qui a perdu le sentiment de l'élégance alliée à la simplicité.
Deux consoles ornées de feuillage supportent un troisième relief. Jésus-Christ est attaché à la croix entre la sainte Vierge et saint Jean. La douleur de ces deux compagnons de la Passion contraste avec la douceur ineffable du demi-sourire de l'Homme-Dieu. Il accueille par ce tendre regard un soldat coiffé d'un casque et dont une main mutilée semblait porter un bouclier. De l'autre côlé, un personnage à ample vêlement implore à genoux le Sauveur. Ils représentent le centurion Longin , qui perça le côté de Jésus-Christ avec sa lance, et l'un des juifs qui ouvrit son intelligence , comme l'aveugle Longin ses yeux , pour reconnaître le Sauveur et proclamer sa divinité. En faisant d'autres conjectures , on pourrait croire que Barthélemi de la Place , avant de se consacrer à
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Dieu , a combattu du glaive et de la lance dans un ordre militaire. Le soldat, ce serait lui; il se recommanderait au Dieu dont le sang a lavé les péchés des hommes , de même que, prêtre, il se mettait naguère sous la protection du Dieu incarné. Peut-être faudrait-il prendre notre description au rebours et interpréter ce sujet en commençant par le haut : Barthélemi de la Place consacrant ses armes à Dieu , puis embrassant le sacerdoce , puis mourant. Tel serait l'ordre suivi par le sculpteur. Nous ne savons ce que figuraient les deux appendices mutilés placés sous les bras de la croix. Y faut-il voir deux ornements sans signification? Le soleil et la lune qui accompagnent la crucifixion se figurent toujours au-dessus des bras de la croix.
Quoi qu'il en soit, la variété d'expressions rendue avec tant de bonheur en ce petit monument le recommande à ceux qui ignorent ou dédaignent la sculpture gothique. Il faut avoir la main heureuse pour exprimer avec ce sentiment la douleur dans toutes ses nuances , les saintes joies du martyre, la confiance de la prière, l'amour maternel et filial. Je lis sur tous ces petits visages ; leur émotion me gagne, et je me laisse attendrir avec eux. En revenant au paganisme , la renaissance coucha des cadavres savamment étudiés sur les cercueils. Les tombeaux ne furent plus que les succursales des salles d'anatomie; la correction avait tué l'expression.
HIC JACET DlLECrUS
DEO ET HOTN^ ' FRATER * Hominibus.