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CHAPITRE II

La poésie

Aucune œuvre importante — Essais médiocres — Joseph Lenoir

La poésie n’a pas produit d’œuvres remarquables pendant cette deuxième période de notre histoire littéraire. Il y eut peu de poètes, et peu d’art dans leurs vers.

XI convient de signaler tout d abord, au début de cette période, au moins à titre documentaire, le premier recueil de poésies qui ait ete publié chez nous, les Êpitres, Satires, Chansons, Epigrammes et autres pièces de vers, de jMichel Ribaud. Ce recueil date de 1830. Il est composé de pièces qui parurent dans les journaux — les premières satires furent publiées en 1817 — et il ne renferme vraiment pas de bonnes poésies. Rarement il arrive à Bibaud d’être poète. Et les vers qu’il publie sont plus intéressants à étudier au point de vue de l’histoire des mœurs et des idées, qu’au point de vue de l’art, qui y est le plus souvent médiocre.

Denis-Benjamin Viger, qui fut meilleur patriote que poète, a souvent publié dans les colonnes du Spectateur, de Montréal, sous la rubrique de Portefeuille canadien, de lourdes poésies.

Plus artiste que Bibaud et Viger, doué d’une âme plus sensible et plus lyrique F.-X. GarNeau, connu

canadiennë-française

surtout comme historien, a écrit quelques pièces de vers qui sont, chez nous, les premiers chants de la poésie patriotique. L’inspiration de Garneau, d’abord lourde, jaillit ensuite, plus personnelle et plus chaude, des méditations où s’élaborait V Histoire du Canada.

L’on peut voir dans le Répertoire national ou Recueil de littérature canadienne que, vers 1830, de plus nombreux ri meurs et poètes entreprirent de faire des vers ; on y relève aussi, vers cette même époque, les premières traces de l'influence de la littérature romantique sur les esprits, influence qui s’accroîtra surtout à la fin de cette période. Il est facile de constater aussi que toutes les inquiétudes patriotiques de cette époque si troublée de notre vie nationale, essayaient souvent de s’exprimer en vers dans les journaux du temps. L’inspiration était louable et la matière digne de l’art poétique : mais nous n’avions pas encore les poètes qu’attendait notre littérature canadienne.

Joseph Lenoir (1822-1861) est le premier et le seul poète un peu remarquable de cette époque. L’œuvre qu’il a laissée et qui vient d’être recueillie en un volume(l), intitulé Poèmes épars, est peu considérable, mais elle témoigne d’un talent délicat. Lenoir a collaboré pendant plus de douze ans aux recueils et aux journaux de son temps. Ses poésies y étaient accueillies avec admiration. C’est dans les loisirs que lui procurait un emploi au départe-

(1) Poèmes épars, Montréal, 1916.

ment de l’Instruction publique/ que Lenoir aimait à rimer. Ses fonctions d’assistant-rédacteur du Journal de V Instruction publique, que dirigeait P.-J.ü. Chauveau, lui donnaient l’occasion d’écrire et de se livrer au culte des lettres. Mort à 38 ans, à Montréal, où il avait vécu, il fut vivement regretté, et il suffit de parcourir les articles nécrologiques qui parurent au lendemain de sa mort pour voir en quelle estime littéraire il était tenu par ses contemporains.

Lenoir est essentiellement lyrique. Son âme se charge vite d’émotions ; et il exprime quelquefois en strophes lamartiniennes sa sensiblité romantique. Il a évidemment lu les maîtres français de la poésie contemporaine, et il cherche trop à les imiter, et il répand trop volontiers sur des sujets exotiques ses effusions parfois éloquentes. Mais le vers de Lenoir est le plus souple, le plus gracieux, le plus jaillissant que l’on eût encore fait chez nous ; s’il est inexpérimenté souvent, souvent aussi il se multiplie en des couplets excellents. Il est regrettable que Lenoir, trop tôt enlevé aux lettres canadiennes, n’ait pu donner la pleine mesure de son talent.

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