Souroes principales i
Cinq Vies anonymes^ dans Westermann, Vilarum scriptores^ et dans les principales éditions d'Euripide»
▲ consulter :
Notice de Nauck, en tête de son édition d'Euripide (Bibh Teubner) ; P. Decharme, Euripide et V Esprit fie son théâtre i Paris^ 1893.
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y ait entre eux une notable différence de temps. Sophocle, jusque dans ses innovations, s attache respectueusement à la tradition. Euripide la subit, quand il ne peut pas faire autrement; mais, par tous ses instincts, il est en opposition avec elle. En r«'ligion, en philosophie, en politique comme en matière d'art, c'est un indépendant, qu'aucune discipline héréditaire ne retient solidement. Entre ses mains, la tragédie se modifie jusque dans son fond le plus intime. Elle se dépouille de ce qu'elle avait gardé jusque-là d'antique, pour devenir de plus en plus moderne.
Né en 480, à Salamine, Euripide ne semble avoir appartenu ni à l'aristocratie, comme Eschyle, ni à la haute bourgeoisie, comme Sophocle. Quels qu'aient été ses parents, ce que nous ignorons, — car on ne peut accepter à cet égard les témoignages de la comédie, — ses origines furent probablement populaires. Il ne trouva dans son berceau aucune tradition de race qui pût l'attacher au passé. Il dut recevoir l'éducation ordinaire des jeunes Athéniens; mais tout semble indiquer qu'il la compléta par lui-même, dès qu'il fut en ilge ; et, sans doute, ce fut à ses lectures, à ses réflexions personnelles, peut-être à la fréquentation intermittente de quelques hommes distingués qu'il dut sa haute culture intellectuelle. On nous le représente comme un solitaire, un méditatif, et cela se sent encore dans toute son œuvre. Il est donc peu vraisemblable qu'il ait eu des maîtres à proprement parler. Heraclite, Anaxagore, Prodicos, que l'on cite comme tels, ont certainement exercé leur influence sur son esprit; mais rien ne donne lieu de croire que cette influence ait pris la forme d'une transmission de doctrines orale et directe. On rapporte qu'il avait réuni une des premières grandes collections de livres dont on ait gardé le souvenir. C'est par les livres que la plupart des idées du jour ont dû venir jusqu'à lui.
EURIPIDE
Il hésita, dit-on, sur le choix de sa carrière. Nous lisons, dans sa Vie anonyme, qu'il voulut être athlète, puis peintre. Rien de tout cela n'est sûr. En tout cas, il paraît avoir débuté au théâtre de bonne heure. En 455, à l'âge de vingtcinq ans, il se fit recevoir au concours tragique avec une trilogie dont faisait partie la tragédie intitulée les Filles de PéliaSy mais il n'obtint que le troisième rang. De 455 jusqu'à sa mort, en 406, il ne cessa plus guère de concourir. Les principales dates de sa carrière dramatique sont marquées pour nous par Alceste (438), Aîédée (431)» Hippolyte couronné (428), les Troyewnes (415), Hélène {ii2), Oreste (408), Iphiyénie à Aulis et les Bacchantes, représentées un an après sa mort, en 405. Ses succès furent médiocres au début. Sa première victoire est de 440; il n'en remporta que quatre autres dans les trente-quatre années qui suivirent. Cela prouve que ses œuvres étonnèrent d'abord le public athénien et ne s'imposèrent que lentement. Il ne devint tout à fait populaire et vraiment maître de l'opinion qu'après sa mort.
Soit par goût de l'étude, soit par dédain des honneurs, soit pour tout autre motif, Euripide se tint constamment en dehors de la vie publique. Sa vie privée fut, dit-on, attristée par des contrariétés domestiques. Dans sa vieillesse avancée, il s'éloigna d'Athènes et se retira d'abord chez les Magnètes, puis à la cour de Pella, chez le roi de Macédoine Archélaos, qui le reyut magnifiquement. 11 y mourut à l'âge de soixante-quinze ans, en 406. Il laissait trois fils, dont le plus jeune, qui portait son nom, tut poète aussi. Archélaos lui fit élever un tombeau en Macédoine, dans la vallée d'Aréthuse ; Athènes, privée de ses restes, ne put lui consacrer qu'un cénotaphe; mais, au siècle suivant, elle érigea sa statue avec celles d'Eschyle et de Sophocle dans le théâtre de Dionysos, achevé par les soins de l'orateur Lycurgue.
Nature mobile et impressionnable, douée d'instincts et
de facultés qui se contrariaient parfois, Euripide est plus difficile à caractériser en quelques mots que ne Tétaient Eschyle et Sophocle. Une sensibilité vive, et même un peu féminine, une sympathie admirable pour toutes les affections naturelles, le don du pathétique le plus simple et le plus attendrissant, et, avec cela, une imagination charmante, pleine de grâce, de douceur, de fantaisie, voilà les dons essentiels du poète. Mais la poésie proprement dite était loin d'absorber tout son génie. Il y avait en lui une extrême curiosité d'esprit, qui le portait à toucher à toutes les questions; tout l'intéressait et le sollicitait, la nature, la société, l'homme ; il aimait à s'interroger lui-même et à interroger les autres sur les problèmes les plus divers. Très indépendant et très mobile, les solutions traditionnelles le satisfaisaient rarement ; au contraire, les systèmes, les vues ingénieuses le tentaient. Son intelligence prompte, pénétrante, hardie, et même téméraire, excellait à soulever des doutes, comme à voir les défauts des choses. Il n'est pas sur qu'elle eût assez de vigueur ni de fermeté pour assembler en doctrine les idées qu'elle se formait, ni surtout pour y demeurer attachée. C'était un penseur plutôt qu'un philosophe, un chercheur plutôt qu'un dogmatique. Cette activité incessante de l'esprit devenait parfois pour lui un jeu, ce qui est un inconvénient chez un poète. Son œuvre y a perdu par moments en sérieux et en sincérité. Il a eu le goût du paradoxe, de la dissertation brillante, mais inutile, de l'esprit hors de propos. Mais, quand cette finesse et cette clairvoyance s'appliquaient aux parties obscures de l'àme humaine, elles faisaient de lui un moraliste singulièrement avisé. En somme, bien moins grand qu'Eschyle, bien moins harmonieux que Sophocle, il rachetait en partie cette double infériorité par la variété de ses qualités, surtout par sa liberté d'esprit, par la richesse infinie de ses émotions, enfin par le sens le plus délicat des faiblesses humaines.
EURIPIDE
2. Son œuvre.— Pièces subsistantes ^ — Le nombre des pièces qui lui étaient attribuées, tragédies ou drames satyriques, varie, suivant les témoignages, de soixantequinze à quatre-vingt-douze. Dix-neuf seulement nous sont parvenues. Sur ces dix-neuf pièces, on compte un drame satyrique, le Cyclope; en outre, une tragédie, le Rhésos, qui n'est certainement pas de lui. Il avait composé, de plus, quelques poésies élégiaques ou lyriques. On citait, en particulier, un poème funèbre sur les Athéniens morts en Sicile et une ode triomphale en l'honneur d'Alcibiade, vainqueur aux jeux olympiques. Il ne nous reste qu'un court fragment de chacune de ces deux compositions.
Les débris de ses tragédies perdues sont nombreux ; beaucoup de ces morceaux se composent de sentences ou de courtes dissertations, qui ofl'rent un très réel intérêt, poétique et moral. Mais il s'en faut qu'ils permettent de reconstituer la structure générale des pièces disparues, ni même toujours d'en discerner sûrement le sujet. Les plus importants proviennent des tragédies intitulées Éole, Antiope.Bellérophon, Érechtée,Phaéthon,Philoctète. En général, Euripide semble avoir préféré aux grands événements épiques des faits secondaires, qu'il arrangeait d'ailleurs très librement. Ce qui déterminait surtout son choix, c'était le caractère pathétique des sujets. Il lui fallait, autant que