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G. Dindorf, Euripidis tragœdix et fragmenta, 7 vol., avec des excursus, des notes et les scolies, Oxford, 1834-1863 ; Kirchhoff, Eunpidis fabulœ, 3 vol., Berlin, 1867-1868 ; Fix, Euripidis fabulas, avec trad. latine, Paris, 1843 (Bibl. Didot; les fragments ont été publiés dans la même collection, avec ceux de tous les tragiques ^ecs, par Wagner et Dûbner); H. Weil, Sept Tragédies d'Euripide, avec une introduction, des notices et des notes, Paris, Hachette, 1878; Nauck, Euripidis tragœdiœ, avec les fragments, à vol., Leipzig, 1854, l" édit., Bibl. Teubner. A oonsalter :
Ouvrages de Welcker, de Patin, de Weil, signalés plus haut, p. 267*
possible, des situations violentes, fécondes en passions et en souffrances. C'est ce que nous trouvons dans la plupart de ses pièces subsistantes.
Huit d'entre elles ont des dates certaines. Ce sont, en suivant l'ordre chronologique :
Alceste (438), qui fut jouée en guise de drame satyrique. Alceste, épouse du roi de Thessalie Admète, consent à mourir à sa place. Elle meurt en effet; mais Héraclès, l'arrachant à Thanatos, le génie de la mort, la rend à son mari. Le rôle d'Alceste est un des plus touchants qu'ait créés Euripide. Celui d'Admète confine par moments à la comédie sérieuse, de même que celui de son père, Phérès. Héraclès, comme dans le drame satyrique, est à la fois héroïque et bouffon. La pièce peut être jouée par deux
acteurs.
Mëdée (431) a pour sujet la vengeance de Médée, abandonnée par Jason, qui veut épouser la fille du roi de Corinthe. Furieuse, elle fait périr sa rivale, et tue ensuite ses propres enfants. Avant Euripide, Néophron de Sicyone avait mis le même sujet à la scène. Mais Euripide a peint admirablement la fureur sombre de Médée, sa dissimulation, ses combats intérieurs, et enfin l'emportement sauvage qui triomphe dans son âme de la tendresse maternelle. Bien de plus beau que le monologue qui précède le meurtre.
Hippolyte couronné, InrôXuTo; areçavia; (428), est un remaniement du Premier Hippolyte on Hippolyte voilé, dont nous ignorons la date. Le jeune Hippolyte, fils de Thésée et de l'amazone Antiope, inspire à Phèdre, sa belle-mère, un amour incestueux, qu'il repousse. Phèdre, accablée de honte, se tue. Thésée, trompé par une dénonciation calomnieuse qu'elle a laissée, croit au crime d'Hippolyle : il le chasse et le maudit, en appelant sur lui la colère de Poséidon. Hippolyte périt, mais avant de mourir il fait reconnaître son innocence à son père et lui pardonne. Le
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EURIPIDE
rôle d'Hippolyte, qui est le premier en importance, a été loué à bon droit pour sa fierté un peu sauvage, pour sa grâce ingénue et pour sa noblesse. Celui de Phèdre est admirable par la force de la passion, par la peinture du délire qui égare l'imagination et qui trahit la volonté, par la contradiction secrète d'un cœur qui veut et ne veut pas. On regrette seulement qu'en le reléguant au second rang, Euripide se soit refusé à lui-même le moyen de le développer autant qu'il le méritait. Dans le Premier Hippolyte, il l'avait faite plus hardie ; cette hardiesse fit scandale ; en se corrigeant lui-même, il a laissé de côté un effet dramatique que Sénèque et Racine lui ont repris.
Les Troyennes (415) sont moins une tragédie proprement dit»^ qu'une série de scèni'S pathétiques d'une grande beauté, où Euripide a rassemblé, autour du personnage d'Hécube, quelques-uns des épisodes les plus émouvants du hmdemain de la prise de Troie : le partage des captives, le délire de Cassandre, la mort d'Astyanax.
Hélène (412) repose sur une donnée singulière, qui remonte au moins à Stésichore. Hélène a été transportée par Hermès en Egypte, tandis (juo Paris, trompé, n'emmenait à Troie que son fantôme. Après la prise de Troie, Ménélas, poussé par les vents sur le rivage d'Egypte, y retrouve sa femme, au moment où le roi du pays, Théoclymène, veut l'épouser. Ils se reconnaissent, trompent le roi au moyen d'une ruse et réussissent enfin à s'enfuir, grâce à l'intervention des Dioscures. Malgré l'invraisemblance de ces aventures, la pièce intéresse par le charme du rôle d'Hélène.
Oreste (408) a pour sujet le jugement d'Oreste parricide par le peuple d'Argos. Ici encore, l'invention des événements est passablement romanesque. Nous assistons à un complot, grâce auquel Oreste, Electre et Pylade se rendent maîtres du palais et forcent ainsi leurs adversaires à subir leurs conditions. Les plus belles scènes sont celles du début, où nous voyons Oreste, malade, tendrement soigné
HISTOIRE DE LA LITI'ÉRATURE GRECQUE
par sa sœur Electre, et où nous sommes témoins de son délire. Dans la suite, Euripide fait presque œuvre de poète satirique lorsqu'il nous met sous les yeux, d'une part, les péripéties d'un procès capital dans une démocratie, où le caprice du peuple peut tout; de l'autre, les lâchetés des hommes politiques, personnifiés en Ménélas.
Dans Iphigénie à Aulis (405), Euripide a repris la légende du sacrifice d'Iphigénie, déjà traitée par Eschyle et par Sophocle ; il en a modifié seulement le dénouement, en supposant la jeune fille sauvée par Artémis, qui met à sa place une biche sous le couteau du sacrificateur. Par la peinture des sentiments, c'est une de ses plus belles tragédies. Iphigénie y tient le premier rang ; elle émeut profondément le spectateur, d'abord par sa grâce, sa tendresse filiale, sa naïveté, puis par son attachement à la vie et ses supplications, enfin par son héroïsme. A côté d'elle paraissent Agamemnon, douloureusement hésitant et très vrai dans sa faiblesse même ; Clytemnestre, tour à tour défiante, suppliante, emportée, menaçante ; Achille, fier, généreux, prêt à lutter sans espoir de succès.
Les Bacchantes (405 également) ont pour sujet la résistance de Penthée, roi de Thèbes, à l'établissement du culte de Dionysos, et son châtiment. L'effet dramatique résulte surtout du contraste entre l'aveuglement du jeune Penthée, plein de mépris pour une superstition étrangère, qu'il traite d'ivresse et de folie, et la puissance cachée du dieu, qui se manifeste à la fois par l'exaltation mystique de ses adorateurs, par sa sérénité hautaine et ironique, et enfin par la mort affreuse de Penthée, que déchire sa propre mère. Par exception, le poète a pris sans protester l'esprit de mysticisme enthousiaste qui était celui de son sujet.
Les neuf autres pièces subsistantes n'ont pas de dates certaines, mais elles paraissent appartenir presque toutes au temps de la guerre du Péloponnèse, c'est-à-dire à la Beconde partie de la vie d'Euripidei
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Andromaque semble dater du commencement de cette période. Nous y voyons la veuve d'Hector devenue la servante de Néoptolème, de qui elle a eu un fils. En l'absence de celui-ci, elle est menacée par Hermione, qui a épousé le fils d'Achille. La lutte des deux femmes et l'intervention du vieux Pelée qui sauve Andromaque forment le sujet de la pièce. Malgré de belles scènes, c'est une des tragédies secondaires du théâtre d'Euripide.
HccubCj probablement du même temps, ou à peu près, est fort supérieure par le mérite dramatique. Le poète y a réuni deux sujets : la mort de Polyxène, immolée sur le tombeau d'Achille, et la vengeance que tire Hécube du roi de Thrace Polymestor, assassin du dernier fils qu'elle ait eu de Priam. La première partie de la pièce est admirable par la représentation pathétique des supplications d'Hécube et par le rôle héroïque de Polyxène.
Electre paraît antérieure de peu à Hélène. Euripide y a repris le sujet des Choéphores d'Eschyle et de VÉlectre de Sophocle, en lui donnant quelque chose de romanesque. La scène est transportée à la campagne dans la demeure d'un paysan, qui est l'époux d'Electre, mais de nom seulement. Le poète semble accroître à dessein par le choix des détails ce qu'il y avait d'odieux déjà dans la légende, comme pour mieux condamner le crime par son horreur même, bien que les dieux l'aient ordonné.
Les Héraclides appartiennent manifestement au temps de la guerre du Péloponnèse. Le poète y rappelle la dette de reconnaissance qu'Argos a contractée envers Athènes, quand celle-ci protégea les enfants d'Héraclès contre Eurysthée, leur persécuteur. Dominée par une intention politique, la pièce manque de sentiments nouveaux et profonds.
Héraclès furieux (qu'il vaudrait mieux appeler ia Folie d'Héraclès) est une tragédie passablement confuse, où ressortent pourtant de puissants effets dramatiques. Héraclès, descendu aux Enfers, en revient juste à temps pour sauver
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son vieux père, sa femme et ses enfants, condamnés à périr par l'usurpateur Lycos. A peine l'a-t-il tué que la folie s'empare de lui. Il les massacre tous, sauf son père, et il ne recouvre la raison que pour reconnaître son malheur.
Les Suppliantes sont une pièce de circonstance, qui a dû être composée vers 420. La valeur dramatique on est médiocre. Les mères des chefs argiens tombés devant Thèbes viennent implorer le secours d'Athènes pour se faire rendre les corps de leurs fils, auxquels les vainqueurs refusent la sépulture ; Thésée prend en main la défense du droit sacré des morts, il défait les Thébains et rend les honneurs suprêmes aux chefs argiens.
Iphùjénie en Tauride doit dater des dernières années de la vie d'Euripide. C'est une de ses belles tragédies. Iphigénie, transportée en Tauride par Artémis et consacrée là à son culte sanglant par le roi du pays, Thoas, est sur le point d'immolor son frère Oresle, qu'un oracle a conduit sur ce rivage désert. Ils se reconnaissent, et réussissent à s'enfuir ensemble. On admire à la fois dans cette pièce la conduite habile de l'action et la peinture délicate des sentiments.
Ion, dont il est plus difficile de fixer la date, nirme par approximation, n'a pas une moindre valeur. Le sujet est l'adoption du jeune Ion, fils d'Apollon et de Creuse, par le roi d'Athènes Achéos, qui a épousé celle-ci. Il y a un charme profond dans le rôle de ce jeune homme d'origine inconnue, voué au culte d'Apollon ; et le poète a su amener la reconnaissance entre le fils et la mère par une série de péripéties fort pathétiques.
Les PAenicienncs appartiennent au dernier temps diiséjour d'EurJpide à Athènes. C'est une ample composition qui a pour centre la lutte fratricide d'Étéocle et de Polynice, c'est-à-dire le sujet traité par Eschyle dans les Sept; mais Euripide l'a enrichi d'épisodes variés. U principale beauté
de la pièce est dans le rôle de Jocaste et dans les admirables récits où est développée la catastrophe.
Voilà les tragédies subsistantes d'Euripide. Le Rhésos, dont nous dirons un mot plus loin, n'est certainement pas de lui. A ces tragédies s'ajoute un drame satyrique, le Cyclope, où il a représenté, avec beaucoup de charme et d'originalité piquante, l'aventure d'Ulysse et du Cyclope, d^près le IX« chant de VOdyssée. A son mérite propre, ce drame joint un intérêt spécial, dû à ce qu'il est pour nous l'unique spécimen, entièrement conservé, d'un genre fort
curieux.
3. Conception nouvelle du drame. — Variété et pathétique. — Structure de l'action. — Prologues et dénouements ^ — Euripide ne semble pas avoir introduit de nouveauté importante dans l'organisation matérielle de la tragédie ni dans la mise en scène, comme l'avaient fait Eschyle et Sophocle. A cet égard, les traditions étaient fixées lorsqu'il débuta, et, probablement, il n'essaya môme pas d'y rien changer. En revanche, il modifia très sensiblement la conception intime du drame; mais cela même, il le fit peut-être sans dessein arrêté, en suivant instinctivement les tendances de son génie.
La tragédie ne pouvait être pour lui, comme elle avait été pour Eschyle, la représentation religieuse d'un grand événement légendaire. Non qu'il répudiât ouvertement les idées admises sur l'influence des dieux dans les choses humaines. Sans doute il lui arrivait de prêter à tel ou tel de ses personnages, dans le cours de l'action, des propos de libre penseur, qui traduisaient ses opinions personnelles; il pouvait même s'arranger pour provoquer, dans la conscience des spectateurs, une protestation secrète contre la donnée religieuse de la légende. Mais, cette donnée, en