‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 118 sur 264 · I . Éditions · texte numérisé non relu

I . Éditions

(j. Dindorf, Aristophanis comœdiîP, avec les frao^ments, excursus, noies et scolies, 4 vol., Oxford, 1835 1830; texte reproduit avec une triduclion latine dans la liibl. Didot. Aristo/jhanis cotnœdiae, l*ans, 183'J, en un volume qui cotilient aussi les fragments: les scolies forment un vcdume distinct; Bergk, Arislopliattis comœdiœ^ 2 vtd , Leipzig, 1852 et 18 12, Bibl. Teubner; iUaydes, Aristophanis comœdise, avec des notes et les scolies.

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ARISTOPHANE ET SES CONTEMPORAINS

d'un petit domaine à Kgine, ils l'exploitaient en qualité d,clérouques. Le jeune Aristophane fut un enfant de géui.. Presque adolescent encore, il lit représenter en 427 sa pi »micre pièce, aujourd'hui perdue, les Cojj^iresi^il'Hciach^ (AaiTaXf^;), qui lui valut le second prix. Déjà moraliste < i critique acerbe des tendances nouveUes, il y faisait le procès de l'éducation à la mode. L'année suivante, en 42'.. dans une autre pièce également |>erdue, les Hahi/lonicn-, avec une audace toute juvénile, il s'attaijuait aux dém.i gogues, et particulièrement à Cléon. Cela lui valut un proi . > retentissant, dont il paraît être sorti à son avantage. Il n'en fut ni intimidé, ni découragé. En 425, il donna ses Achat nivns, la plus ancienne de ses comédies subsistantes, qui le fit classer au premier rang, bien qn'il eût pour concurrents Cratinos et Eu polis. Il y fait paraître un brave paysan. Dicéopolis, que la guerre a contraint à (juitler son chani| pour se réfugier en ville. Ce bonhomme veut la paix à loiii prix, et, comme il est seul à la vouloir, il la conclut pour son compte personnel. Les (liarbonniers d'Acharna», qni forment le chœur, accourent pour assommer le traître. Mais il réussit à les convaincre qu'il a raison. Et alors, dans uik série de scènes joyeuses, nous le voyons jouir des bienfait de la jjaix, vendre etacheter, faire bonne chère, tandis qu» les autres souffrent de la faim et des misères de la guerre. D'un bout à l'autre, la pièce est excellente par la gaîté des

12 vol.. Halle, i8Sl)-J899; von Velsen et Z.ichcr. Avistophani^ comœdiœ, Leipzig, 18f;i)-18î>7.

Biographies et témoignages anciens :

Diverses bio'^raphies anonymes, réunies en tète du vol. flc> Scholia (jrœca in Avisbtjth., Hibl. Didot.

A consulter :

Outre les ouvra«,'es signalés plus haut, p. 333, nxiu'Xi'.ArisInphanes, dans Pauly-VVissowa, Heal-Enti/clopedie : Deschanel. Etudes sur Aristop/tane, Paris, 1867; Th. Rock, Arislopfianes a/s liichter und Poliliker, dans lihein. Muséum, t. :i9, 1884; Muller- Strubing, Aristophanes und die historische Krilik, Leipzig, 187:1.

inventions, par le mou\emenl, [larles surprises et le rcnou- \«'llemenl «le l'intérêt, enlin painne vecNc poétique qui ne >(• dément pas un seul inslaiil.

Aristophane avait fait lepré-senlcr ces premières pièces iivec le concours d'un ceitain (^allistratos, qui se chargeait d'en préparer et d'en diriger l'exécution. Il y a lieu de ( roire qu'il ne dissimulait pas pour cela qu'il en fût l'auteur, (^est ainsi du moins (ju'il paraît le plus raisonnable d'inlerpréter un fait assez obscur, attesté par lui-même. .his(ju'à la lin de sa vie, il eut recouis assez fiéquemment soit au même Càllistratos, soit à un nommé IMiilonidès.

Toutefois, en 424, c'est lui-même qui se chargea de faire jouer sa comé<lie des Chcraliers, ratla(|uc la plus violente (juil eût encore dirigé-e contre le démagogue Cléon. Celui-ci \<'naitde remporter un succès militaire ines|M''ré à Sphaclérie. Malgré cela, le jeune poète n'hésita pas à tourner en dérision la faveur dont il jouissait auprès du peuple. Il entreprit de faire rire les Athéniens non seulement de leur lavori, mais d'eux-mêmes, et il v réussit. Sous le nom de Démos, il personnilie ce peuple tout-puissant; vieillard crédule, Démos se laisse duper ])ar ceux (jui le flattent. lia disgracié ses fidèles serviteurs, en qui nous reconnaissons -Nicias et Démosthène, et il leur a substitué un fourbe Paphlagonien, qui feint de lui être dévoué et ijui l'exploite. Ce fourbe est Cléon. Les serviteurs disgraciés imaginent de susciter à ce favoii un rival, dans la personne du charcutier Agoracrite, impudent, ignorant, braillard, qui finit par supplanter Cléon en nsant des mêmes moyens que lui. Démos, détrompé, retrouve la jeunesse avec le bon sens. La lutte d'Agoracrite contre Cléon forme le sujet de la pièce. Celle-ci n'a pas la gaîté ni la grâce rustique des Ac/iarm*en,<î; elle y supplée par une force saliri(iue et comi(|ue qui ne se retrouve au même degré dans aucune autre. Les juges athéniens lui attribuèrent le premier rang.

L'année suivante, en 423, Aristophane, reprenant l'idée à

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laquelle il avait déjà touché dans ses Bahffhntieus, faisait dans les Nuées la satire des soidii^tes et de Péducatioii n<nivelle. Stre[)siade, paysan simple, lahorieux, économe, a un lils prodigue. Incapable de payer ses délies, le père \v\\\ apprendre la rliétori(|ue, qu'il considère comme l'art d.dépister les créanciers en tiompant les juges. Cet art a pour représentant î^ocrate, transformé pour la circonslaucr en un charlatan. Mais Strepsiade a la tète trop dure jmuji comprendre les leçons qui Kii sont données. Il envoie doiu son lils étudiera sa place; et ce fils, IMiidippide, ainsi iustiuit, se moque de son père et le frappe. Voilà les fruits d«- Téducation tant prônée. SIrepsiade, furieux et converti, me! le feu à l'école de Socrate. Les Nuées, cjui donnent Irm nom à la pièce et qui en forment le chœur, repiésentrnt les brouillards (jue les philosophes adorent. La pièç. n'oblint que le Iroisiènie rang L'auteur, plus surpris d»son insuccès que d.M-ounigé, la remania, mais il ne semhl' pas l'avoir lait jouerde nouveau. C'est cette seconde édition qui est venue jus(|u'à nous. Le rôle de Strepsiade y e?t excellent, et c'est lui qui lait surtout la valeur du drame; ^ celui de Socrate n'est qu'une charge assez grossière, amusante pourtant, mais qui nous scandalise p.ir son injustice. Elle montre du moins à quel point l'cqiinion contemporaine s'est laissé tromper à certaines apparences en appréciant ce grand homme. Si la comédie d'Aristophane n'a pas contribué directement à sa condamnation, postérieure de vingt-cinq ans, il serait téméraire daflirmer qu'elle ne l'a pas préparée de loin par l'image fausse et odieuse qu'elle dut mettre et laisser dans les esprits.

Les Guipes, jouées en 422, semblent avoir une portée moins générale. Aristophane s'y moque de la manie de juger qui s'est emparée des Athéniens ; mais, den ière ce travers, il aperçoit et démasque la politique des démagogues, qui entretiennent l'oisiveté du peuple et ses mauvais penchants. En réalité, c'est Cléon qui est encore en

ARISTOPHANE ET SES CONTEMPORAINS

..uise. Un vieillard, nommé Philocléon, est fou de procès; autour de lui bourdonne le chœur des guêpe-, c'est-à-dire des vieux héliastes, à l'aiguillon toujours menaçant, qui |i.irlijgent et entretiennent sa folie. Son fils, Bdélycléon, «ntreprend de le corriger. Otle entreprise difficile est le sujet même de la pièce. Philocléon et ses amis finissent par >•' convertir; et désormais, débarrassé du souci déjuger, le vieillard mène joyeuse vie. La pièce est vivement conduite, pleine d'esprit et d'incidents amusants; elle a fourni à llacine quelques-unes des scènes les plus plaisantes de ses Plaidcun.

La /V/i.r, jouée en 421, fut remaniée plus lard. Nous n'avons que la première édition. C'est le sujet des Acharuiens, sous une forme très inférieure. Le vigneron Trygée, fatigué de la guerre, monte dans l'Olympe sur un escarbot; il en ramène la Paix, qu'il fait entrer chez lui, malgré l'opposition de quelques forcenés. L'action est peu intéressante et refroidie parles allégories; mais la pièce est pleine de morceaux charmants, où respiie la poésie de la campagne.

A la même période (entre 42* et 421 j appartenaient deux pièces perdues, \e?> Laboureurs et les Vaisseaux de transport, où le poète plaidait encore pour la cessation des hostilités.

De 421 à 414 s'étend pour nous une lacune dans la série chronologique de ses œuvres; mais nous n'avons aucune raison de croire qu'il ait eflectivement gardé le silence pendant ce temps. Ces années ont du étie remplies par un certain nombre des pièces qui ne sont pas venues juscju'à nous. La série reprend en 414, SLxecVAwpliiaraos, dont \\ ne nous reste d'ailleurs rien, et les Oiseavo\ qui nous ont été conservés. Là, commence un second groupe dejiièces, où la satire est en gén«'ral moins âpre et surtout moins personnelle.

Les Oiseaux sont une charmante fantaisie, mêlée de satire, mais sans intention générale très accusée. Deux Athéniens, Pisétaire et Évelpide, las d'habiter une ville où

HISTOIRE DE LA LlTTÉRATl RE GRECuLE

AIUSTOIMIANE ET SES CONTEMPORAhNS

Ton plaide du matin au soir, sVn vont trouver les oiseaux, saccommodentaveceux.etlesdécidentà bâtir une cité nouvelle entre ciel et terre, qui prend le nom de Néphélocorcygie. Les inlriijants d'iei-bas voudraient bien y pénélrer: on les en chasse à coups de bùton. Quant aux «lieux, ils essavcni en vain d'y dominer; on traite avec eux; en définiliv., c'est Pisétaire qui s'adjuge la royauté aux dépens de Zeus. Tout cela est d'une invention i'olle, aussi poétique .jî;. capricieuse et spirituelle. La leçon morale, s'il v en a une consiste surtout à démasquer «erlains imposteurs et cliailatans ; mais, à vrai dire, le poète semble viser bien plul«M à amuser son public qu'à l'instruire.

Deux ans plus lard, en 411, il donnait h/sislralc et le> Frtcs fie Démêler (He^iJioçooià^ouaa' . D;ms la première de ces pièces, il plaidait tle nouveau contre la guerre. Cette fois, ce sont les femmes qui demandent la piiix, ou plutôt qui rimposent en se séparant de leurs maris. Le complot est conduit par Lysistrate, qui donne son nom à la comédie. Il n'en e3i pas de plus ris«(uée, soit par la fable même, soit parb> incidents; mais il n'en est pas non plus où l'action soit mieux construite. L'objet des Fêtes de Dcmcter est de tourner en ridicule Euripide. Par ses attaques contre les femmes, le poète tragique est censé les avoir profondément irritées. Pour épier et déjouer leurs complots, son beau-père, Mnésiloque, déguisé en femme, se glisse au milieu des Athéniennes, réunies pour la fête de Déméter. Il court là mille dangers, dont son gendre, l'adroit Euripide, tinitpar le tirer, non sans peine. Le drame est fort gai ; mais Aristophane .i négligé d'y résumer ses griefs contre Euripide en quelques traits généraux; c'est un jeu satirique plutôt qu'une vraie satire, une suite d'escarmouches plutôt qu'une attaque en règle.

Cette seconde série se termine par les firniouUle^. iiii.des pièces les plus importantes d'Aristophane et qui Ini valut le premier rang aux Lénéennes de 405. Là, il s'agit

M.iinient d'un jugement complet sur l'art d'Euripide. Celuici vient de mourir, un an a[)rès Sophocle; Agathon est en Macédoine ; Bacchus, le dieu du théâtre, est fort inquiet pour la tragédie. Il lui faut un poète. Tout peureux qu'il est, il se décide à aller le chercher chez les morts. Qui ramener? Il hésite entre Eschyle et Euripide. Un concours s'engage ; les deux rivaux s'attaquent mutuellement; ton! leur art est ainsi critiqué, tant au point de vue moral (ju'au point de vue |>oétique. Euripide se révèle comme un sophiste (jui a corrompu la tragédie, dégradé l'idéal, troublé les âmes, compromis les bonnes mœurs. Hacchus choisit Eschyle et le ramène triomphant sur la terre.

Les années qui suivirent fnrent peu favorables à la comédie. La fin de la guerre du Péloponnèse accabla les Athéniens. Oiiand la démocratie eut été rétablie, la cité respira, mais l'esprit public n'avait plus le même ressort qu'autrefois. La comédie fut contrainte de se transformer. Le poète, qui avait incarné en lui-même sa fantaisie exubérante et ses hardiesses de toute sorte, dut s'accommoder, en vieillissant, à «e régime nouveau. Il le lit avec une souplesse d'esprit reniarquîible, sans produire toutefois de chefs-d'œuvre comparables à ceux de sa jeunesse.

En 392, il donna V Assemblée des femêiies, où il s'en prenait à des théories contemporaines. Les femmes athéniennes, inspirées par Praxagora, se rendent maîtresses de l'assemblée et y font voter les principes d'un communisme absolu : plus de propriété, plus de famille. Le sujet de la pièce, c'est la vive représentation des conséquences qui résultent delà. On n'y trouve plus d'àpre satire, visant les puissances du Jour. Ce que le poète attaque, c'est un système d'école, une chimère. Vise-t-il d'ailleurs spécialement une certaine école, par exemple celle de Platon, comme on l'a supposé? Il ne l'a pas dit, et nous l'ignorons. Même tendance dans le Ploutos, qu'il avait fait jouer sous une première forme <"n 408, et qu'il remit à la scène en 388, après l'avoir rema-

it.1t

HISTOIRK DE LA LITTÉRATIRE GRECOIE

ARISTOPHANE ET SES CONTEMPORAINS

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nié ; c'est ce remanioment que nous lisons encore. In brave homme, Clirémyle, a liouvé le dieu «le la riclwsso. dieu aveuL'le. comme on sait. Il remnn'Mie an lomple <rA«j(l(''piosje fait iruéiir, et le garde chezliii. GrAce à cela, tout un groupe de bonnes gens, ses voisins, et lui-même devienneiii riches et font bombance. Sous cette donnée, on enti. voit quel([ue chose de rélernelle question sociale; et l'iulervrnlion de la Pauvreté, dans une scène céb'bie onell. vante ses méiiles, donne à la pièce une valeur morale, qur le dénouement diminue et obscurcil plut'd..

Ce fut i»robablement la d«'rnière comédie qu'Arislophan.lit représenter sous son nom II composa encore, dil-on, !• Cocalos et VKolosicon, pièces p»'rdues, mais il les fit repi< senter comme des œuvres de son tils Araros, au(ju«'l il voulait ainsi gagner la faveur du public. La première élail déjà une comédie dinliigue, la sfconile une parodie.

Aristophane mourut peu de temps après. Platon, dit son biographe anonyme, composa pour lui cette épitaphe : « l.<- (iràces, cherchant un temple qui ne dut pas périr, uni choisi rame dAristophane. » Outre les onze pièces qu nous possédons et celles que nous avons mentionnées, il en avait composé un assez grand nombre d'autres, dont il ne nous reste que les titres et quelques fragments. Le total paraît s'être élevé à quarante.

2. Tendances générales d'Aristophane. — Ses vues poli tiques, sociales, littéraires. — Sa religion. — La premièi question qui se pose, lorsqu'on veut apprécier cette séiid'oeuvres remarquables, c'est de savoir jusqu'à quel poiiii il est permis de les prendre au sérieux. Rapprochées !• unes des autres, elles suggèrent l'idée d'un ensemble «1 vues politiques, sociales et littéraires, d'où l'on pourrai dégager une doctrine. On est donc tmté de prendre Ai itophane pour un penseur.qui aurait jugé tb' haut bschosr^ de son temps, et dont les opinions mériteraient d'éii pesées. En est-il réellement ainsi ? Et derrière ces pam-

phlets brillants, devons-nous chercher une politique arré- |.'m\ une croyance ferme, une critique ;q3puyée sur des principes ?

Si cela était, Aristophane devrait étn* considéré comme un dévoijieJiLiîiiliiidon» ennemi résolu de toutes les nouveautés. Il faudrait admettre que, dès sa jeunesse, avant vingt ans, il avait pris parti résolument pour le passé coatnjQ^ ravenjr, et que, dévoué à l'idéal ancien, qui s'altérait de plus rn plus, il n'a cessé de le défendre en s'attaquant à loiit ce qui tendait à le corrompre. Après tout, cela n'aurait (Mi soi rien d'impossible. Mais il semble qu'alors on devrait pouvoir dégager de ses critiques un certain nombre d'aftirnialions qui constitueraient sa doctrine. Or, dès qu'on les cherche; on s'aperçoit qu'il est impossible de les formuler. Aristophane censm-eja démocratie; est-il donc partisan des institutions aristocratiques et voudrait-il déterminer un rourant d'opinion en vue de les rétablir? Il n'y a rien dans ses pièces (jui permette de le soupçonner. Ce (ju'il critique, ce sont certains hommes et certains abus : il llétrit ou tourne en ridicule Cléon,Lamachos, Hyperbolos, Cléophon, il a raillé Périclès lui-même après sa mort ; il montre le |t«niple trohipé^'el quelquefois exploité par eux. Pensait-il pour cela qu'il eût été mieux gouverné s'il se fût donné d'autres maîtres? Nous n'en savons vraiment rien. II dénonce l'impiété^des sophistes, les subtilités dangereuses de leur enseignement, les séductions immorales de la rhétorique qui oblitère le sens du juste. Aurait-il voulu qu'on ^abstînt d'apprendre l'art de la parole et qu'on en revînt purement à la vieille éducation? Ou bien entendait-il seu-' lement signaler des excès regrettables, tout en admettant drs changements nécessaires ?ll ne nous l'a pas dit. Adversaire résolu d'Euripide, l'était-il également de toute la poétique nouvelle ? Il semble que non, car lui-même admirait au moins le style de celui qu'il tournait en dérision. Quant à la religion, s'il prétendait la défendre contre les

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théoriciens de l'alliéisme, ce n'était pas à coup sûr i|i! il professât un respect scrupuleux h l'égard des dieux. Oii - t assez avec quel sans-faron il les a traités en plus d'un |.;i^sa^'e. Tout cela, il faut le reconnaître, ne donne pas l'i.l . d'un doctrinaire ni d'un croyant. No^xiu Yoyt>f«j-lw<in à qu i il s'attaque ; mais dès que nous cherchons à dire préj i r ment ee qu'il défend, nous sommes en peine.

Ne serait-ce pas qu'au fond lui-même ne l'a jamais l»i. n su et peut-être n'a jamais éprouvé le besoin de lesavoii? Représentons-nous coninient il s'est formé. Dès l'adol. cence, son inslinct, qui n'était que la conscience do - > rares facultés, l'a porté vers la comédie. Son éducali.ii s'est faite à entendre jouer les pièces de Cralinos et de >. > contemporains, à les méditer, à essayer de les imiter. I). qu'il a commencé à penser, sa pensée s'est en quehjiisorte moulée sur la leur. En essa}ant de prendre leur ail. il a pris aussi leur esprit, (|ui en était inséparalde, e->£ia (i. satire, d'opposition, de inoç^uerie à outrance. Le pli prolV>sionneT~iresr ainsi adapté «le bonne îfêïire à la direclion spo"nlanée de son génie, qui était déjà la même. El il en est résulté qu'il n'a jamais eu le souci de chercher le vi-.ii et le possible ; saisir le ridicule pour l'étaler à tims l< ^ yeux, voilà son anaire'.nroùl«è"^aclairvoyanc(î, tout son 1». ii sens naturel, toute sa malice s'appliquaient à le dépistai comme son talent poétique et sa fantaisie à le grossir cl i le mettre en action. Les natures ainsi laites n'ont pas (l< doctrines, car elles sont étrangères à la réflexion désini'lessée; elles ont des tendances, où entre comme élém<Mi! principal l'instinct de ce qu'exige leur art et de ce qui esi le plus propre à faire valoir leurs facultés.

Est-ce à dire, d'antre part, qu'il n'y ait rien de sérieii.v dans les comédies d'Ai i>topliane? N'allons pas jus«|ue-l.i. Certes, (juand il attaque les liomimîs d'Étatcontemporaiiis. nous ne pouvosis pas accepter son témoignage, quiestcehn d'un pamphlétaire et d'un virtuose de la satire* Nousn'avon-

pas lieu de le croire plus juste alors qu'il ne l'est quand il juiic Euripide. iMais il Test autant, et c'est déjà beaucoup. Car, en critiquant Euripide, s'il ne voit que ses défauts et s'il les exagère au-delà de toute mesure, il fait preuve toutefois, par la justesse de ses remarques essentielles, d'une perspicacité incontestable. Il en est de même de toutes ses ronsures. Qu'il ait calomnié Périclès, Cléon, beaucoup ({autres, nous n'en doutons j)as. Mais, en leur attribuant des intentions qu'ils n'ont pas eues et des îictes qu'ils n'ont pas faits, il a plus d'une fois aperçu et fait apercevoir le vice secret de leur politique, ou, mieux encore, le vice de toute politique qui dépend de l'opinion et qui se croit tenue de la flatter ou même de la tromper pour la gouverner. Il serait liî en pTffs injuste en somme de le ravaler an rang des •^impies pla[sants que de l'élever à celui des |diilosoplies ou des politiciues. Un bon sens naturel très fin, voilà ce qui fait la valeur morale de ses drames; et, si ce bon sens ne lo préserve ni des [«réjugés ni des injustices, il lui fait'^ sans cesse mettre en lumière des vérités, dont l'application particulière peut bien être contestable, mais dont l'autorité durable ne l'est pas.

3. De l'invention dramatique chez Aristophane. — Ses sujets et sa conception de l'action. — Pour mettre en stèue ces vt'rités sous forme conii()ue, Aiislophane ne paraît pas avoir modifié sensiblement la manière de faire de ses prédécesseurs. On ne lui attribue aucune innovalion remarquable, ni quant au fond, ni quant à la fonne. Ce qui le distingue des autres poètes comiques, ce n'est pas la méthode dramatique, ce sont ses qualités personnelles.

Il a eu à un degré éminent, la force et la variété de linveiition, jointes à la grâce et à une sorte de discK^tion al tique, qui se fait sentir chez lui jusque dans l'exagération bouffonne.

Son invention a pour premier mérite d'être toujours la

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HISTOIKE DK LA LITTÉRATIRE r.RECODK

ARISTOPHANE ET SES CONTEMPORAINS

plus propre àfairc valoir son u\('v ; ollo n, on outre, ceîiii d'être naturellement comi^jue et de prêter à un ri( hr développement de lîi fantaisie. A ce dnuld»' point dr vue. ehacun de ses sujets est une trouvaille ; jdus on Tétiiili. . plus on en admire Tà-propos, la justesse, la drôlerie intiin.. Veut-il plaider la cause de la paix? il y avait certes mil!. manières dr* le faire. Mais quelle bonne idée que demelii.en scène un homme qui a fait un traité pour lui tout >. il et qui jouit tle la pai.x, tandis que tout le monde aiîToui 1. lui souffre de la guerre î Voilà aussitôt la thèse traduite m drame, la voilà pourvue d'une démonstration vivante <\ sensible. Et que d'incidents amusants un tel sujet n'olli. t-il pas de lui-même à rimai,'inalion d'un poète! A coup su i. l'invraisemblance en est énorme; pourtant, elle n'est pa^ de celles que la fantaisie ne puisse accepter. Elle a en el|. même une certaine raison, puisqu'elle consiste simpleni» ni à investir un individu isolé des droits que la société réserve dans la réalité. Cela est impossible au point do'"' social; soit; mais cela n'est pas absurde en soi. Et ce i|iinous disons là des Acharninis s'appliquerait de même aux Chevaliers^ aux Guêpes, aux Xiiées, si nous en considérinnrinvention essentielle. Toujours même netteté dans li définition du sujet ; toujours une situatxpn faite pour dunii' r à l'idée toute sa valeur, en la présentant sous la forme à l.i fois la plus propre à la démonstration et la plus plaisan . Et partout, dans la bouffonnerie, ce mênje sentiment de 1 1 réaUté qui avertit l'esprit du spectateur et lui fait sen r qu'il assiste à une scène de la vie contemporaine.

Même quand l'imagination du i>oète semble prendre !• plus librement son essor, dans des pièces qu'on pourri! il dire de pure fantaisie, comme les Oiseau.r, des remanpi analogues trouvent encore à s'appliquer. Au centre d'ui drame, une invention se détache, qui est justement ce! où apparaît ridée, et cette invention folle se révèle cornu pleine de sens i c'est ici la cité idéale, Néphélococcygi

ini s'oppose à la cité réelle, Athènes, et qui se garde soigneusement de tout ce qui encombre l'autre. Une telle • vention définit le sujet et crée toute la pièce.

l'ar conséquent, si les sujets d'Aristophane ne différaient j)a.s essentiellement de ceux de Cratinos et d'Eupolis, on est en droit d'admettre qu'au moins ils offraient, à un degré phis éminent, les qualités nécessaires au genre, de façon à en réaliser la perfection. D'ailleurs, ces qualités, chez Arislo|>hane, n'étaient pas seulement dans l'invention première et fondamentale ; elles se manifestaient non moins dans la conduite du drame ; et là, peut-être, était la raison princijtalo de sa supériorité.

L'art de conduire l'action, dans la i(>médie ancienne, élait i>roprement celui démettre une certaine logi([uedans l'incohérence et une certaine vraisemblance dans la fantaisie. Qda supposait un rare mélange de qualités diverses et même opposées. Nous avons vu que Cratinos, avec sa verve intarissable et son imagination puissante, y échouait fré- • juemment. Oubliant ses propres inventions, il s'égarait dans la fantiiisie pure ou dans les digressions satiriques. tVest ce qu'Aristophane ne fait jamais. Non qu'il s'attache, avec une exactitude lourde et sans grâce, à une liaison rationnelle des événements, qui eût fait disparate au milieu d'une action de fantaisie. Tout paraît libre dans la conduite de son dram»' ; tout, ou presque tout, y est incident, surprise, caprice imprévu, saillie, boutade, improvisation drôle ou saugri'uue. Les idées de détail naissent tout à coup dans l'esprit des personnages; cha<jue scène a son invention propre, qu'on n'attendait pas. Celaestnécessaire,etc'estdans cette variété, dans cette incohérence apparente que se révèle le génie comique du poète. Mais rapprochons ces inventions de détail de l'invention fondamentale ; nous voyons aussitôt qu'elles y tiennent toutes, qu'elles en sortent spontanément, et qu'elles n'en sont en quelque sorte que l'épanouissement et le développement. Certes, Dicéopolis

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AKISrOPUANE ET SES CONTEMPORAINS

va

pourrait faire, dans la seconde partie des Acharniens, aiiiu chose que ce qu'il faiL La scène du Mégarien, celle du Béotien, celle de Laniathos ne sont pns des scènes nér.>saires, exigées par la situation; elles ont loutes quel.jn chose de fortuit, elles sont indépendantes les unes desnnhv. elles semblent se suivre sans autre loi que la fanlaisic .lu poète. Cela est vrai. Et pourtant toutes sont conformes à !,i donnée générale, toutes sVnchaîuenl naturellement, ton! ~ tendent à la même démonslralion. Il y a donc de la logiqu. dans cet assemblage, mais une logique souple, disrn-i. . vraiment attique.

Le plan des pièces dAiistopliaiie est, comme on \v voii, celui que nous avons défini plus haut, en raltrilniant à l(nil. la comédie ancienne. Il est fait de l'union d'une thés.' .1 d'une fable, associées de telle faron que la fable suit l,i démonstration delà thèse. Ce qui lui est propre, c'esl li fusion parfaite de ces deux éléments. La thèse, chez lui, hun d'alourdir la fable, lui communique ce qu'elle a elle-mèmr d'intéressant et de piquant; la fable, loin de voiler la Ihè^ . la découvre dès le début, l'impose à l'esprit par sa for-. propre, et enfin lui prête, parsa progression et sondénnn. ment, une sorte d'évidence sensible.

4. Les personnages. — Leur double caractère, idéal et réel. — Dans ces pièces vil et s'agite tout un peuple de p. 1 sonn^ges, qui, naturellement, pfirticipent ;iux caractères dr l'action. Ils sont, comme elle fantaisistes, bouffons, souvonl incohéients. Ce que nousavons dit plus haut, d'une manièi r générale, des personnages de lacomédieancienne s'applicpi en particulier à ceux d'Aristophane, carc'estsuitoutd'api. eux que nous avons essayé de nous représenter les autro Il n'y aurait donc pas lieu de revenir ici sur ce sujet, -; certains traits, sans être peut-èlre tout à fait spéciaux . notre poète, ne ressortaientcepen.iant chez lui avec un rcii- ! qui cippelle l'attention.

La plupart de ses grands personnages, — j'entends ])ai

là ceux du premier plan, qui nous intéressent par euxmêmes, — sont des ty^es, avant d'être des individus. Us représentent une classe^l'hommes, dont ils ont les sentiuients dominants. Dicéopolis et Strepsiade, c'est le paysan athénien sous deux aspects différents; Philocléon, c'est le bourgeois d'Athènes, considéré dans un de ses travers les plus curieux; CIqûu lui-même est bien moins le personnage liistoiique de ce nom que le démag^ogue (jui flatte le peuple pour s'en rendre maîtie; et le Socrate des ^uécs iiest en aucune faron le maître de Platon, c'est le sophiste, uu, en d'autres termes, le marchand de savoir falsifié, iiiailre de toutes les habiletés sus[)ectes. Par là, ils ont tous un caractère idéal ; car ces traits communs à toute une classe ne se dégagent de la réalité complexe qu'aulaut que le génie du poète s'élève au-dessus des menues particularités par une abstraction qui vise à l'universel. D'ailleurs, ils s'éloigij^nt encore de la réalil^ pour une autre raison, qui est l'exigence même du genre comique, tel qu'on le concevait alors. Ce genre ne se contentait pas d'uu ridicule modéré; il s'était fait un besoin de l'exagération bouffonne. Tous les êtres fictifs créés par les poètes comiques devaient en conséquence outrer quelques-uns au moins de leurs traits caractéristiques bien au-delà de ce que comporte la nature. La passion du paysan pour sa trancpiillté personnelle, chez Dicéopolis, son goût de l'économie, chez Strepsiade, la bassesse même du démagogue, chez Cléon, sont ainsi poussées jusqu'à la charge. L'exagération en eux a quelque chose de grandiose. De parti pris, l'imagination du poète se jette dans une sorte d'idéal, (|ui est celui même de la comédie aneienne.

Seulement, cela n'empêche pas ipiil n'y ait en lui, sinon de l'observation à proprement parler, du moins une vive intuition du réel. El il semble bien que ce siit là justement uu des côtés par où Aristophane était supérieur à Cratinos.

Les figures typiques chez lui sont fortement individmnisées, et elles le sont avec une tin«\sse de touche reni.nquablc. Dicéupolis a l'esprit frondeur, imh'pondant ; il . .f bon vivant, naturellement Joyeux et malin; en outre, alci i. et actif, c'est un vrai paysan du Parnès, au rorps sec h agile, toujours en mouvement, parlant et agissant à la lois. Strepsiade, drjà plus âgé, est jdus morose, plus grondem : il est crédule et fùté tout ensemble, inventif, mais inc,pable de comprendre cr qui dépasse son expérience ; il ..i économe, dur pour lui-même, honnête au fond, bien .ju. raffolement des dettes à payer lui fass*' tenter des écliaipatoires malhonnêtes; enfin, romme père de famille, il o^i à la fois faible et autoritaire. De même, Bdélycléon, Pi<. taire, Lysistraté, Praxagora, Chrémyle ont Chacun il ^ traits (|ui leur sont propres. S'ils étaient mêlés à une action plus raisonnable, ees traits suffiraient à faire d'eux do êtres tout à fait semblables à nous, ot cette comédie

ARISTOPHANE ET SES CONTEMPORAINS

fantaisie exubérante laisserait se dégager la comédi caractère quelle contient en germe. La folle exlravagan.. à laquelle elle est vouée s'y oppose ; il n'en est pas moin. vrai que chacun de ces p(îrsonnages bouffons est qu. I qu'un.

Il faut ajouter que ce réalisme excellent ne se manifesl. pas seulement dans les sentiments et les manières d'êti. des personnages. 11 se fait sentir aussi dans la peinture du milieu où ils vivent. Aristophane excelle à nous donner, par de brèves descriptions, mêlées au chant ou au dialogue, mille impressions justes et précises, gnke auxquelles comédie prend corps. Dicéopolis, conduisant la i.rocessioi des Dionysies autour de son enclos, fait passer devani nos yeux l'image d'une fête rustique ; Strepsiade, regrettaiii sa maison toute pleine de provisions, nous transport, hors d'Athènes dans le petit domaine paternel, où il . grandi et où il s'est fait ce ,,uil est; les laboureurs de 1;. Paix nous font assister aux scènes familières de l'existenc*

viila^^eoise, aux réunions où les voisins s'assemblent, à leurs causeries paisibles et oisives, qu'ils égayent en buvant. C est de ses pièces, en somme, qu'on peut tirer le plus de iK. talions fines et précises sur les mille aspects d'Athènes el de l'Attique dans la seconde moitié duv« siècle.

5. Le lyrisme d'Aristophane. — Sa langue. — Que (levaient être les parties lyriques de la comédie entre les mains d'un tel poète? 11 avait l'imagination vive, la gaieté, la malice, et, en outre, le sens le plus délicat du rythme. Ce sont les qualités qui dominent dans son lyrisme. Ses «liants ont quelque chose de l'improvisation, en apparence (lu moins. C'est une poésie spontanée et capricieuse, brillante et facile, qui unit la simplicité la plus charmante à léclat et à une certaine grandeur. L'inspiration profonde y est rare ; mais la sincérité et la vivacité des impressions Y éclatent partout.

Les couplets satiriques abondent dans ses pièces. Cette sorte de chanson agressive, légère, pétulante était aussi izrecque qu'elle est française ; mais, en Grèce, elle tenait plus de l'iambe populaire, dionysiaque, elle était plus folle et plus méchante à la fois. Aristophane a, en ce genre, une verve extraordinaire. Nous ne pouvons en citer d'exemple ici, car ces moqueries personnelles ont presque toujours besoin d'explications, qui les alourdissent. Elles sont d'ailleurs fort diverses. Tantôt, ce sont des allusions mordantes, à demi dissimulées sous d'ingénieuses allégories; tantôt, des séries de coq-à-l'àne, qui nous semblent voisins de l'incohérence, mais où éclatent les bons mots, les calembours, les images bouffonnes. Avec un air vif el approprié, on comprend combien ces folles chansonnettes devaient amuser le peuple. Mais on s'explique aussi qu'elles aient perdu aujourd'hui une bonne partie de leur charme.

Ce qui est vraiment durable dans le lyrisme d'Aristophane, ce sont les morceaux où se déploie la grâce de son imagination. Rappelons particulièrement ceux où s'exprime

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ARISTOPHANE ET SES CONTEMFORALNS

le sentiment de lajiature. Chez cet homme qui seml.l,. n'avoir vécu que pour la ville, Tamour de la campa-în. a dû être sincère et exquis. Qui peut lire sans le plus ni plaisir, <lans les Oiscaiw, l'appel que la liupj»e adivsvr ,, travers les prairies et les forêts, à tout le p«'U[)le ail.- ? |.;, tinesse s'y allie d'une façon charmante à l'essor libi. .|. l'invention; mille détails ressorlent, et, pourtant, on .1 - n définitive la sensation do l'espace libre, de l'horizon I.mhtain :

Vite, vite, ici, ici, ici, ici, vous t«)iis qui volez romnie iii.i; ici, vous qui rôdez dans les lumnes terres des l-iboiu-. m v beequel.mt çh et là, peuplades nouibreuses des ninupeurs dOi.r. race des pilleurs de crains, à Iniie vive, à la voix lé^'ère; i. 1. vous qui, daus le sillon, sautillant de motte en molle, j'I / doucement voire cri joyeux : tio. lio ; ici, hôtes faudliers .i. jardins, perchés sur les rnuienux du lierre, et vous, liahitnuN I la montairne, qui picorez l'olive sauvage ou l'arbouse, accom vite à mon appel...

Cela est preste, léger, sautillant même, mais le des-^m général du morceau est simple, et les menuf's impressitu-. si nettes qu'elles soient, se fondent dans une impressinu générale qui ne les laisse pas s'éparpiller.

Ajoutons que la haulejioésie ne manque pas à ce lyrisui • qui vise en général à être [dutôl gracieux ou plaisant. 1» que le sujet y piêle, les L-randes visions se présentf ni d'e|l.'S-mômes à celte imaiiiiialion heureuse. Lorsju»' chœur des Nuces clianle deriièie la scène avant de montrer à Sociate. le poète, en quelques mots, noi découvre le merveilleux spectacle du monde illuminé | i le soleil :

Nuées éternelles, élevons-iuius dans les airs et déploy aux regards nos molles et vaporeuses ondulations Du s.in . l'Océan, notre père, du milieu de ses Mots reteutissant", monlm vers l.'s cimes élevées qu'ombri^'ent les forêts. De là, n..,vernujs la teire sacrée qui nourrit les IVu ts, le^^ fleuves dixiiaux flots bruyants, la mer qui uiu^jH sourJemeut. Le soleil, a il

toujours ouvert au fond de l'éther, brille de tous ses feux. Déjjajjeons-nous de ces vapeurs humides qui nous enveloppent, et. révélant nos formes immortelles, contemplons, d'un regard inlini, toute la surface de la terre.

Kulin, il y a même une certaine dose d'émotion parfois (jaus cette poésie, destinée pourtant à accompagner le iiic. Nous ne pouvons^ citer ici la seconde parabase de la pair, morceau trop étendu et qui se prête mal à être fragiiitiitt'. Il suflit de rappeler combien est délicieux le rêve du laboureur qui voit finir la guerre et qui va retourner à son champ. Sous l'enjouement léger, on n'y peut méconniître une sympathie natuielle du poète pour les choses dont il parle. Toutefois, les quelques passages de ce genre quOn pourrait citer sont en somme exceptionnels. D'une manière générale, le lyrisme d'Aristophane est dans le ton de la comédie, à laquelle il lient intimement. Son mérite propre est de s'y développer à l'aise, avec une admirable variété de nuances.

('/est aussi celui de la langue qu'il fait parler à ses personnages. Elle représente pour nous la perfection du lanuaiie atlique sous sa forme familière. Les contemporains croyaient y sentir l'imitation d'Euripide; et Aristophane luimême, bien qu'adversaire décidé du grand poète tragique, ne se défendait pas absolument du reproche ou de l'éloge de lui emprunter quelques-unes des qualités de son slyle. Au reste, son vrai modèle, c'était la conversation des Athéniens de son temps. Il excellait à en reproduire les lours vifs, l'allure dégagée, la finesse et la variété, et cela avec une élégance simple qui semblait ne lui coûter aucun elîorL Une grâce naturelle, mais une grâce piquante, voilà le mérite propre qu'aucun de ses contemporains ne paraît avoir possédé au même degré que lui. On ne saurait mieux 1p caractériser, comme écrivain, qu'en lui appliquant ces jolis vers d'un de ses fragments, oii il disait d'un de ses jtersonnages : u 11 a le langage moyen de la ville, sans les

if.t i

afTectations nu pou molles de uos citadius, mais .in^si sans rien de cette rudesse qui sent la rusticité. »

Les qualités coiuiquos ot dramati([urs de celte lansont celles qu'il faut noter surtout. Klle est prodiixioiiM-. ment adroite à jouer avec les mots. Dans le dialogue Im.iiIfon, elle ne craint pas de descendre aux calembours s.iniirenus; mince mérite à notre t;oût, mais non peul-étrc m goût du public d'alors. A un degré supérieur, il y a lien .!.• louer en elb» l'invention plaisante: invention des mots euxmêmes, tels que composés baroques; invention aussi d > effets de toute sorte, résultant des surprises et des rapin-uchements. Mais tout cela appartient plutôt au genre qn'.ni poète lui-même. Ce qui lui est vraiment personnel, < < -i la prestesse de sa diction, la vivacité de ses tours. Nnl n. sait mieux «pie lui couper une pbrase, détacher un liait. accumuler plaisamment des mots, les mettre en opposition. Ce n'est pas assez de dire que son dialogue est pi» m de vie et de mouvement; chaque phrase y est un Ir.nt. chaque mot y provoque le rire. Et par là, ce style, soupl- . étincelant, s'adapte merveilleusement aux situation> • i aux personnages. Qu'on relise, dans les Chevaliers, la plusante scène où l'esclave qui est Démoslhène fait subir ,i charcutier l'examen préalable, ponr bien constater que, iisachant rien, il est prédestiné à devenir homme d'Kl..t (v. 150 et suiv.). Le charcutier, surpris et timide encoi.. est tout ahuri de ce qu'il entend; de petites questions, d.doutes, des exclamations naïves, plus de gestes et de Jeu de physionomie (jue de mots; il croit et ne croit pas ; il < là, moitié déliant, moitié convaincu, dans la main du drùl qui le pousse. Du côté de celui-ci, au contraire, l< phrases nettes et courtes, le ton de maître, les assertion catégoriques; et, avec cela, quand il le faut, le mot ins nuant, qui détruit le doute, qui excite l'ambition, (jui ras sure ou qui commande. La langue, ici, est vraiment u moyen de notation morale; elle caractérise le personnage

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Ces observations achèvent l'idée qu'il faut garder d'Arislojdiane. Son art «est égal à son génie ; il le sert sans le aominer. Ensemble, ils donnent limpression d'une des imaginations les plus fécondes, les plus libres et les plus cracieuses que l'on puisse citer, associée à l'esprit le plus \if, le plus clairvoyant, et à l'instinct le plus prompt du

ridicule.

6. Contemporains d'Aristophane. — Eupolis. — Fin de la comédie ancienne. — Autour d'Aristophane se groupent un rerlain nombre de [loètes, qui ont été ses rivaux. Leurs (iiivres, aujourd'hui perdues, ressemblaient plus ou moins iiix siennes. Nous en p«»urrions énumérer près d'une trentaine ; mais trois seulement ont gardé quelque célébrité et méritent de n'être pas entièrement passés sous silence. Ce sont Eupolis, Phrynichos et Platon.

Eupolis, Athénien, fut presque l'égal d'Aristophane en uénie et en réputation. Né peu avant 44H, il lit représenter sa première pièce en 421>. Pendant près de vingt ans, il obtint un succès brillant. Il avait composé, dit-on, quatorze ou dix-sept comédies, et il fut classé sept fois au premier rang. 11 mourut en 411, dans un naufrage, en j)articipant à une expédition militaire. Ses pièces les plus • élèbres étaient : les Chèvres (423?), où il opposait les nnrurs rudes et simples des rustiqties chevriers à la mollesse efféminée des citadins; le Marivas (420), violente attaque contre le démagogue Hyperbolos, qui avait succédé à Cléon; les Dèmes, de date incertaine, où il évoquait du fond des Enfers plusieurs des grands hommes d'Athènes pour faire la leçon au peuple ; c'est là que se trouvaient les vers si souvent cités sur l'éloquence de Périclès:

C'était, de tous les hommes, le plus puissant par la parole. Lorsqu'il paraissait devant le peuple, il faisait comme font les bons coureurs : il donnait dix pas d'avance à tous les orateurs, cl il les dépassait tous par son éloquence. — Voilà, certes, un «oureur rapide. — De plus, il avait en propre un don de per*

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Nlll,

snadcr, qui résidait sur ses lèvres. Sa parole était une stN lion; et, seul entre les orateurs, il laissait lai-uillon dans r.,,,,. des auditeurs.

Mentionnons encore de lui les Brt/3/cs\ représentés i)r..|.,blement en 4i;i, où raudacieu.\ poète flétrissait les se. i ,leurs de la déesse thrace Cotytto, et, aver eux, Alcibiil . alors très puissant.

Bien quEupolis semble avoir soutenu les mêmes i.b . s qu'Aristopbane, ils ne furent amis que peu de lfin|.^: dès 420, ils se brouillaieHl, à propos de griefs littéraii.s qu'il est impossible d'élucider complètement aujourd'lmi D'après le témoignage des critiques anciens, Eupolis ..i,,i( doué d'un génie inventif, d'une imagination féconde et gra cieuse, et, à l'imilalion de Cralinos, ilse montrait injurieux et mordant. Aussi spirituel qu'Aristopbane, il semble (pi il ait été moins tempéré, et en somme plus inégal.

Pbryuicbosnous est beaucoup moins connu. Sa carriciv dramatique s'étend de 435 à 40.i environ. On citait surloui son Misanthrope (Movorpono;), qui concourut en 414 aw. les Oiseaux d'Aristophane et n'obtint que le troisièni.

rang.

Platon, surnommé le Comique pour le distinguer du pi losoi-he, semble avoir élé le plus jeune de cette pléiu.! de poètes. Il obtint ses plus brillants succès pendaiil seconde partie de la guerre du Péloponnèse et dans Iannées qui suivirent. Comme Aristophane, il s'attaqii souvent au.x hommes d'Llat contemporains, nolammenl .. Cléophon. Mais ce qui dominait dans son théâtre, c'élail 1. parodie. L'imporlance et l'éclat qu'il sut donner à genre l'ont fuit considérer quelquefois comme un poète la comédie ujoyenne.

Avec ces divers poètes et leurs contemporains, l'ai cienne comédie atteignit son apogée, qui fut très près d sa disparition. Elle tinit avec le siècle. Les causes de-cell disparition assez brusque ne sont pas parfaitement coi

nues. Les anciens l'expliquaient par une loi qui aurait imposé silence au chœur en lui interdisant la satire; on dirait aussi qu'après la guerre les citoyens appauvris ne vêlaient plus trouvés en état de fournir aux déi)enses des choré«'ies. Ni l'une ni l'autre de ces explications n'est tout M fait satisfaisante; car elles se rapportent toutes deux à lin état de choses passager; la liberté put Cire étouffée un mutant, mais, en délinilive, si elle eût été réclamée par lopinion publi«iue, rien ne l'empêchait de renaître dans l'Alhènes du iv<^ siècle; quanta l'apjïauvrissement qu'on allègue, il ne fut ni universel ni durable. Les vraies causes df la transformation de la comédie doivent donc élre rlKMchées ailleurs. Il semble (|u'on en puisse découvrir

trois principales.

D'abord la susceptibilité plus grande de l'esprit public. La démocratie avait fait, à la tin de la guerre du Pélo-

nnèse, une rude exjtéiience. Ilétablie, elle r.îsla plus

liante. Les luttes des orateurs, la multi|diiilé des accusations publiques en sont la preuve. Dans ces conditions, une satire directe de la politi<iue (lu.joiireùl été impossible au théâtre; car elle y aurait mis les partis aux prises.

En second lieu, le genre lui-même s'était usé peu à peu. S«^s iiivrnti«)ns fanla>tit|ues étaient condamnées par leur nature inêinc à s'épuiser. On «•ommenrait probablement à sen las-er, lorsiiue les représentations furent interrom- |.ues par les événements de 404. Il parut impossible d'y

revenir.

Enlin, la plus importante dcrs trois causes à noter fut probablement la transformation progressive du goût et de l'esprit public. 11 est certain que le iv« siècle, dans son ensemble, accorda de idus en plus la préférence à la raison tint» et délicate sur les fantaisies de riinaginalion C'est un temps de [)hilosi)pliie, d'observation morale, de dialectique, et, dans l'ensemble, les qualités tempérées y prédouiinent sur les autres. Celte tendance était directe-

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IIISTOlHi: DE LA M1TÉRATURE r.nECQri:

ment contraire à celle de la comédie ancienne. Ou s, dégoûta de ses hyperholes, de ses bouffonneries, de >rs violences et de ses grossièretés. Nous verrons plus h in comment les formes nouvelles du genre comique fuivm précisément celles qui convenaient le mieux à celte disj.osition nouvelle des esprits.

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