Jug. sur Thiicyd.y
à propos de l'histoire de Darius. Et ainsi de suite jusqu'au bout. Il y a pourtant une différence entre les six premifis livres et les trois derniers : dans ceux-ci, les digressions sont moins longues; la continuité des grandes lignes «si plus apparente à partir du moment où s'engage la lutte décisive. Ainsi, dans VOdyssée, les acteurs se rapprochent à la fin pour la crise suprême et l'action marche d'une alliue plus régulière. — Celte composition d'Hérodote ne ressemble tout à fait à aucune autre. Avant lui, l'art de l;i composition n'existait pas; après lui, sous l'innuence de la rhétorique, il deviendra plus rapide et plus concentré. Chez lui, un dernier reflet de l'épopée colore et égaie l'histoire. C'est un charme singulier, aujourd'hui encore, de se laisser ainsi porter sur ce beau fleuve sinueux, au cours un p.u lent, aux courbes agréablement variées, aux nombreux affluents, qu'on remonte et qu'on visite. On ne va pas vite et droit au terme du voyage; on ne fait pas non plus une exploration méthodique du pays; mais on glisse parmi des paysages amusants, sous de vieilles villes étranges, et l'on finit en somme par prendre une idée juste de toute la région. Le style d'Hérodote n'était pas une moindre nouveauté. Tous les logographes, nous dit-on, écrivaient à peu près de la même manière. Hérodote, au contraire, est personnel, et il est le premier écrivain en prose qui ait donné à la Grèce, selon Denys d'Halicarnasse, l'idée qu'une belle phrase en
prose pouvait valoir un beau vers*. Tous les critiques anciens vantent sa douceur insinuante, son charme, sa grandeur aussi et sa gravité religieuse. On l'appelle « très homérique ^ ». 11 a toutes les qualités nobles et charmantes; ce qu'il n'a pas, ce sont les qualités oratoires proprement dites, celles d'un Thucydide ou d'un Démosthène. Tout chez lui concourt à cet effet : le dialecte d'abord, ionien dans son fond, mais moins près du langage parlé que celui de ses prédécesseurs,