‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 121 sur 264 · Annuaire de* Études grecques, 1878, p · texte numérisé non relu

Annuaire de* Études grecques, 1878, p

,ju'on disait de Ninus et de Sémiramis dans les rues de Habylone. Ajoutons, pour être justes, que ce n'est pas là un service méprisable rendu à la science de l'histoire par sa curiosité naïve et diligente.

En ce qui touche l'Orient plus moderne, la part de vérité est évidemment plus grande. Il ne faut pourtant pas (lublier que, dans les siècles étrangers à la science, les iéjiendes naissent presque en même temps que les faits aux- (juels elles se rapportent. Son histoire de Cyrus est en par- lie fabuleuse, et son Crésus ressemble souvent à quelqu'un des Sept Sages de la Grèce.

Les mêmes observations s'appliquent, dans une certaine mesure, même au récit des choses grecques. Pour les périodes anciennes, cela est de toute évidence. Avec les j>ériodes récentes, l'histoire d'Hérodote gagne singulièrement en solidité, et ce qui le prouve, c'est la clarté même du récit : les événements s'enchaînent si naturellement (ju'on peut affirmer que, dans l'ensemble, son histoire des guerres médiques est vraie. Mais, si la contexture du récit est inattaquable, le détail est parfois sujet à caution. Il y a trop d'oracles réalisés, trop d'apparitions de héros, trop de v miracles, trop de ces mots qu'on invente après coup, trop de précision dans la peinture de scènes qui n'ont pu avoir que de rares témoins. Ses récits de batailles sont plutôt pittoresques, psychologiques, épiques, que techniques et vraiment militaires. La politique est plutôt saisie dans ses manifestations extérieures et finales que dans ses préparations. Il dessine avec justesse l'attitude morale d'un Thémistocle, d'un Aristide, plutôt qu'il ne démêle leurs vues avec profondeur.

Il cherche pourtant, nous l'avons déjà dit, à mettre de la ^ philosophie dans l'histoire; il croit à l'existence d'une loi qui gouverne les événements. Mais cette loi est toute rdigieuse ; elle s'applique du dehors et de haut, plutôt qu'elle ne sort des faits eux-mêmes. C'est la vieille loi de la mo-

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raie religieuse et poétique, la loi de la Némésis. Toiiltï faute attire à l'homme une punition, mais surtout l'orgueil, «jni est la faute irrémissible. Les échecs de Xerxès n'ont pas d'autre cause. On voit sans peine la beauté morale et jmh'-tique de cette conception, qui rassemble à celle de Bossuet. Mais on voit aussi combien elle est éloignée de la rechenh»' vraiment scientifique des causes secondes, des cou>.s immédiates, les seules qui intéressent un Thucydide ou iiii Polybe.

4. L'art d'Hérodote. — L'art d'Hérodote, si déliciiux, présente tout autant que sa science ce caractère interiin'diaire qui le rattache à la fois aux logographes, ses pn-dt'cesseurs, et aux grands historiens qui l'ont suivi. Il est classique par la perfection où il a porté un certain geiir»' de récit historique, mais ce genre est plus semblable à cehii d'un Charon ou d'un Hécatée qu'à celui d'un Thucydide.

D'abord ses procédés d'exposition sont essentiellement conformes aux modèles antérieurs. Dans ses récits, à côté de l'exposé des faits essentiels, on trouve sans cesse <!«» véritables petits romans en miniature. Dans les discours qu'il prête à ses personnages, il s'occupe moins d'analyser leurs vrais motifs historiques que de les faire deviser en héros d'épopée ou de roman, avec ampleur et bonne gnlr». De plus, d'un bout à l'autre de son livre, il est toujours en scène de sa personne, jugeant les personnes et les choses, discutant les oracles, donnant son avis sur toute matière avec bonhomie et finesse, à la Montaigne. Tout cela est fort aimable, mais d'un art encore naïf, qui ne se fait pas une idée tout à fait juste des conditions auxquelles il devrait se plier pour être l'interprète exact d'une science scrupuleuse.

Arrivons à ce qui est, dans l'œuvre d'art historique, indépendant de la science même qu'il s'agit de traduire, c'està-dire à la composition et au style.

Denys d'Halicarnasse a très judicieusement mis en lumière

LA PROSE IONIENNE CLASSIQUE

la nouveauté de la composition chez Hérodote K Les anciens logographes, traitant un sujet très restreint, n'avaient qu'à ranger les faits les uns après les autres; ils écrivaient des chroniques; ils ne « composaient >. pas véritablement. Mais Hérodote embrasse dans son ouvrage une matière immense et très complexe; pour y mettre de l'ordre et de l'unité, il j fallait en dégager une idée directrice capable d'organiser > la masse confuse des faits et de tirer du bloc une image vivante. C'est ce qu'il a fait en artiste, en poète épique. Il s'attache à une idée principale à laquelle tout le reste va se subordonner, ceUe de la lutte entre les Grecs et les barbares, depuis Crésus jusqu'à Xerxès. 11 l'indique dès les premières lignes et il y restera fidèle. Par là, il y a dans son histoire, comme dans une Iliade ou une Odyssée, une véritable unité d'action. Mais cette action, toujours comme dans Homère, se développe sans hdte et sans rigueur. Elle ne court pas au dénouement à la façon d'une action dramatique; elle s'y achemine avec lenteur et liberté, à travers les épisodes et les digressions. Lui-même a pleine conscience de cette liberté conteuse, un peu vagabonde et pourtant suryeillée. Il parle souvent de ses digressions. Le premier livre est un exemple achevé de cet art si capricieux en apparence et cependant attentif à ne jamais s'égarer tout à fait. Après avoir indiqué son sujet, la lutte entre Grecs et Barbares, il en rappelle les causes légendaires; puis il arrive à Crésus : c'est là le vrai début de son histoire, et il y insiste. Coup d'cpil en arrière sur les prédécesseurs de Crésus, puis retour aux préparatifs de la lutte que le roi de Lydie va entreprendre contre les Perses. Il cherche l'alliance de Sparte et d'Athènes : digression sur ces deux cités. Cyrus entre en scène : digression sur la Perse et, à ce propos, sur l'Ionie et sur Babylone. Voilà le premier livre. Le second est une digression sur l'Egypte, à propos de l'histoire de Cambyse. Une partie du quatrième est une digression sur la Scythie,

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