‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 125 sur 264 · londeChios-. — Le poète tragique Ion de Ghios fut · texte numérisé non relu

londeChios-. — Le poète tragique Ion de Ghios fut

i. VII, 61-99.

2. Fragments recueillis dans C. MûUer (Bibl. Didots Fragm. historicorum grœcorum, t. II, et dans Allègre, />e lone Chio, Paris,|1890.

aussi un prosateur et une manière d'historien. Né entre 484 et 481, il séjourna longtemps à Athènes, où il connut la plupart des hommes illustres de son temps. Outre ses Iraiiédies, il avait composé, en prose ionienne, une histoire de la Fondation de Cliios (Xiou xTÎaiç) qui rappelle, par son lilre, les ouvrages des logoi^raphes ; un traité sur l'origine des choses intitulé Triades (Tc'aY;jio':), où il ne reconnaissait que trois éléments ; et enlln une œuvre plus originale, de curieux Mémoires ('Vr.ol^.W^[xoizoL\, dont il nous reste surtout une jolie page relative à Sophocle. Ce sont d'aimables réminiscences, des anecdotes où s'exprime une douce bonhomie, dans une prose irmienne un peu nonchalante et d'un gracieux effet. Ces trop courts fragments font regretter la perle du reste.

6. Ctésias^. — Nous revenons à l'histoire proprement dite avec Ctésias. Né à Cnide dans la seconde moitié du v« siècle, il appartenait à la confrérie des Asclépiades, qui pratiquaient la médecine. Une aventure inconnue le fit tomber comme prisonnier de guerre entre les mains des Perses. Il devint médecin de la cour de Suse. Il y resta dix-sept ans, en grand honneur, ayant accès aux archives officielles, et composant des livres sur les choses de l'Orient. Il assista comme médecin d'Artaxerxès à la bataille de Cunaxa (401). On lui attribuait divers écrits historiques, géographiques et médicaux. Les plus célèbres étaient une Histoire perse (Flepaixâ) et une Description de rinde ('IvBixà). Nous n'en avons guère de fragments textuels, mais les anciens en ont souvent parlé. Comme écrivain, on louait son agrément, sa clarté, sa douceur un peu prolixe. Comme historien, il eut le mérite de savoir beaucoup de choses, et le grave défaut d'être étrangement dépourvu d'esprit scientifique. Ce qui faisait la valeur et l'intérêt de son Histoire perse, c'est qu'il avait pu lire les

i. Fragments recueillis dans C. MiUler (Bibl. Didot), Ctesiœ Cnidii reliquise (à la suite de VUérodole de la même collection).

parchemins royaux (Bi^eipai |3a<jiXixaî) des archives de Suse. Par malheur, il était hdbleur et menteur : par exemple, il déclarait avoir vu lui-même, de ses propres yeux, certains animaux fantastiques de Tlnde ou certains actes quasi miraculeux. Gela met en défiance sur le reste. Cependanl. quand il disait qu'il avait lui-mt^me vu les choses, il ne mentait pas touJours,^til en avait vu de fort intéressantes, par exemple dans la campagne de Cunaxa. Sur les mœurs perses de son temps, sur le palais d'Artaxerxès, sur l.i chronique de la cour et les intrigues du S('rail, sur les évroements militaires jugés au point de vue perse, il était un témoin bon à entendre, sinon à croire toujours. ( )n s'explique ainsi son succès, qui fut grand. Non seulement Diodorc l'a en partie copié, mais IMutarque lui-même, qui le juge awr sévérité. Ta amplement mis à contribution dans sa vie d'Artaxerxès. C'est une sorte d'Hérodote aventurier et suspect, qui ne manque pas de mérite, mais qui justifie à l'avance le Grœcia mendax de Ju vénal.

7. La philosophie : Démocrite^ — Parmi les philosophes de ce temps qui ont écrit en dialecte ionien, on pourrai! ranger le sophiste Protagoras; mais son grand rôle comme sophiste oblige à l'étudier avec les autres représentants de la sophistique : nous le retrouverons donc dans un chapiti <■ suivant. Démocrite, au contraire, est une des figures principales de ce groupe ionien que nous e.ssayons de faire revivre.

Il était né à Abdère, vers 460. C'est peut-être à Abdèro qu'il connut Leucippe, dont on fait quelquefois un Abdéritain, et qui fut l'inventeur des théories atomistiques reprises par Démocrite. Il parcourut l'Kgypte, l'Asie, la Grèce ; il causait avec les savants, en particulier avec les mathématiciens, qu'il trouvait d'ailleurs peu capables de lui apprendre grand chose, et surtout il observait la nature. Il

1. Fragments recueillis par Mullach (Bibl. Didot), Fragm. philosophorum (frsecorum, t. 1, p. 330-382.

LA PROSE IONIENNE CLASSIQUE

vint à Athènes, où on ne le comprit guère. Il mourut fort il^é, à quatre-vingt-dix ans, selon les uns, à cent ans, selon d'autres, par conséquent dans le second quart du iV" siècle.

Ses écrits étaient fort nombreux. Les principaux paraissent avoir été un ouvrage intitulé : Miya; ôiàxoapç, où son système de la nature était résumé, et un traité Sur VÉquilibrede Came (Ilepî eùOuiJLÎa;), qui était son principal ouvrage de morale. De tous ces livres, il ne nous reste que des fragments très courts, mais fort intéressants.

Son système nous est bien connu par les analyses qu'en a données Aristote. Comme Leucippe, il voit le principe des êtres dans les atomes, infinis en nombre, éternels, absolument simples et semblables entre eux par la qualité, mais différents de volume et de forme, qui se meuvent dans le vide et se groupent diversement de manière à former les êtres particuliers. L'ûme est un feu composé d'atomes très subtils. Il y a de l'àme dans l'univers entier. Les dieux de la mythologie n'existent pas, non plus que l'Esprit ordonnateur d'Anaxagore ouïe Dieu-Providence de Socrate; mais on peut admettre que des âmes supérieures à celles des hommes, des el'BwXa, qu'on appellera, si l'on veut, des dieux, sont répandus dans l'espace et agissent même parfois sur notre destinée.

En morale, il prêchait, comme Xénophon et presque toute la (îrèce, la recherche du bonheur parla culture des facultés raisonnables, par la modération dans les désirs, par la préférence donnée à l'Ame sur le corps. On reconnaît à chaque ligne, chez Démocrite, un esprit très pénétrant, très fin, parfois élevé, délicat observateur de la vie, un peu égoïste et froid peut-être, mais assez intelligent pour comprendre que l'égoisine ne se suffit pas à luimême et que le meilleur moyen d'être heureux, c'est de savoir quelquefois sortir de soi.

Ce lin moraliste était aussi un très ^bon écrivain. Les anciens font souvent l'éloge de son style. Ses fragments,

LA PROSE IONIENNE CLASSIQUE

fort courts, comprennent surtout des maximes, des phrases générales d'un tour sentencieux et brillant. Il ne devait pas écrire toujours ainsi : on entrevoit pourtant, dans les passages relatifs à la physique, qu'il devait procéder le plus souvent par afQrmations dogmatiques et tranchantes plutôt que par discussions dialectiques. Par là, ainsi que par l'esprit général de sa doctrine, il est bien le successeur des premiers oniens ; il reste comme un survivant de l'ancienne méthode, dans l'âge des sophistes et de Socrato : on comprend qu'Athènes, quand il la visita, l'ait laissé passer inaperçu.

Voici quelques pensées qui pourront donner l'idée de sa manière sentencieuse et spirituelle ;

Convention que le froid, convention que le chaud ; en réalité. rien que les atomes et le vide.

Nous ne savons rien réellement : la vérité est au fond de Tablme.

Ce qui fait le bonheur, c'est une âme joyeuse dans la nauvreté ; le malheur vient d'une âme mécontente même dans la richesse.

Le bien consiste non seulement à ne pas commettre l'injustice, mais à ne pas la vouloir.

La beauté du corps est un avantage digne des animaux, si rintelligence ne la relève.

11 ne vaut pas la peine de vivre si Ton n'a pas un bon ami.

Une vie sans fête est une longue route sans hôtellerie.

3. La médecine : Hippocrate^ — A côté de la philosophie, la médecine prend alors une grande place dans la civilisation ionienne, et elle s'y rattache d'ailleurs par des liens assez étroits.

La médecine, à vrai dire, est fort ancienne en Grèce. Déjà, dans les poèmes homériques, on voit l'armée grec»iue accompagnée de ses médecins, Podalire et Machaon, lils d'Asclépios, qui est lui-même fils d'Apollon. Apollon est

1. Éditions de Littré (10 vol. in-8% Paris, 1839-1861), •vec introduction, excursus divers, notes et traduction française : de Ilberg et Kuhlewein ( Bibl. Teubner, 1894 et années suiv.). avec d'importants Prolégomènes.

souvent un dieu qui guérit. Asclépios est le dieu guérisseur par excellence. On venait chercher la guérison dans ses sanctuaires. Autour de ceux-ci, à Cnide, à Cos, à Rhodes, àCyrène, se formèrent de bonne heure des confréries médicales sous le nom d'Asclépiades. Ces Asclépiades n'étaient ni les prêtres du temple, ni les membres d'une même famille mythique : c'étaient des médecins laïques, réunis en corporation sous l'invocation du dieu, et qui d'ailleurs se déplaçaient volontiers pour aller exercer leur art dans les différentes villes. Cet art, naturellement, consistait surtout en recettes empiriques et en formules mystérieuses. Mais, au v« siècle, les philosophes abordèrent souvent les problèmes médicaux dans un esprit plus libre et plus scientifique. Le pythagoricien Philolaos, Empédocle, Diogène d'Apollonie, Anaxagore, Démocrite lui-même portèrent souvent de ce côté leur curiosité pénétrante et leur souci des lois générales. De là, au v« et au iv<^ siècle, un essor tout nouveau de la médecine grecque, alors la première du monde, plus recherchée des rois de Perse que celle même de l'Egypte, malgré la vieille réputation de celle-ci. Le nom le plus illustre de cette période est celui d'Hippocrate, qui domine les autres de si haut qu'il a fini par devenir, comme celui (1 Homère, moins le nonf d'un homme que celui d'une forme de littérature. Il en résulte que sa personne même est mal connue, et qu'il est difficile, parmi tous les écrits hippotratiques, de distinguer ceux qu'on peut rattacher avec vraisemblance à son activité personnelle.

Hippocrate naquit à Cos et fit partie des Asclépiades de sa ville natale. Il était déjà célèbre au temps où Platon place Ja scène de son Protagoras, c'est-à dire, semble-t-il, dans les premières années de la guerre du Péloponnèse. Parvenu à un âge avancé, il mourut, dit-on, à Larisse. Après lui, ses ^••s, son gendre Polybe, plus tard ses petits-fils et arrièrepetils-fils continuèrent de maintenir l'école de Cos, qu'il avait illustrée.

Un paèsage du Phèdre de Platon semble indiquer qullippocrate avait écrit'. Parmi les soixante-douze ouvrages de ia collection hippocratique, quelques-uns peut-être sont de lui En tout cas, dans les plus anciens d'entre eux, .,, retrouve, sinon son style, du moins sa pensée. Cest le ,us pour les traités intitulés : De l'Ancienne Médecine; Des .l,r.<, de^ Eaux et des Lieux ; Pronostic ; Du Hér/imc dans tes mahée^ aiguës ; Des Épidémies (livres 1 et 111) ; Aphorismes.

Le style, à vrai dire, est peu à considérer dans ces ouvrages, exempts de toute prétention littéraire. Le plus intéres.anl, à ce point de vue. est le traité De l'Ancienne Médecine, dont l'auteur cherche à montrer le côté général et humain de la science médicale. Bornons-nous à y noter une simphc.le tout archaïque et ionienne, qui ne vise nullement a I éloquence, mais qui n'exclut pas une flnesse discrète.

Ce qui est plus important que le style, c'est le fond .neme des choses. Il y a dans ces écrits un méfange curieux d esprit déjà très scientifique et d'erreurs qui tiennent à la nouveauté de ces tendances positives et à la difliculte de sy conformer sans défaillance dans la pratique. L'auteu. a

cette idée très nette et vraiment profonde que les lo.s de la nature sontconstantes, qu'elles agissentseules, elqu ex|d,-

auer certains faits extraordinaire» par une interyenl.on îivine particulière, c'est se payer de mots^. La medeeme usinée de l'observation, d'abord instinctive, ensuite ..llechie et méthodique. Elle ne peut faire de progrès que par a pratique de l'observation, par la méfance à l'égan. des principes arbitraires et des hypothèses». Tout cela s

îJm rable, et Hippocrate, en effet, par l'application «.,•

iTlode à fait des découvertes définitives dans la descnp- Uon de certains faits pathologiques. Mais, à quelques li.nes dldistance, il trébuche étrangement : il ne veut pas quon

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