Édition de Blass (Bibl. Teubner), 2* éd
brité ne fit que s'accroître. On lui attribuait plus de centsoixante discours. On ne sait quand il mourut.
De cette immense production, nous ne possédons plus (jue trois discours, relatifs à l'affaire d'Harpale. Le premier est dirigé contre Démosthène. On le lit avec intérêt, à cause du grand nom de Démosthène. Les deux autres nous laissent froids. Dinarque est un habile orateur, qui profite correctement, judicieusement, des exemples de ses prédécesseurs; mais il est impossible de découvrir, dans cette parole exempte de fautes, un seul accent vraiment personnel, rien qui ajoute quoi que ce soit au patrimoine oratoire d'Athènes.
18. Démétrios de Phalère; conclusion sur l'éloquence attique. ~ Faul-il, après Dinarque, mentionner encore Démétrios de Phalère? Celui-ci ne figurait pas dans la liste des classiques, et d'ailleurs il ne fut pas seulement un orateur et un homme d'État, mais en outre un philosophe et un érudit'. Démétrios, du dème de Phalère, était né vers le milieu du iv« siècle. Son père, qui avait été esclave, était devenu citoyen et riche. Démétrios reçut l'éducation la plus soignée ; il fut l'élève et l'ami de Théophraste. Partisan de la Macédoine, il devint tout-puissant sous Cassandre, et gouverna Athènes pendant dix ans (317-307). Renversé par Poliorcète, il se retiraen Egypte, auprès de Ptoléraée Soter, lui donna, dit-on, l'idée de fonder la bibliothèque d'Alexan- 'Irir, et, tombé en disgrâce sous Philadelphe, mourut vers 280. 11 avait laissé divers écrits historiques, politi^iues, littéraires (Histoire de dix ans. Sur la Démago(jie, Hhétoriqucy etc.), et des discours que Cicéron et Quintilien lisaient encore. Bien de tout cela ne subsiste. Mais nous savons que son éloquence était agréable, fleurie, avec des t»^ndances philosophi(|ues. Démétrios, bien qu'Athénien, est déjà presque un alexandrin par son érudition curieuse et son bel esprit. H a du moins pu monter encore à la tri-
1- Fia}»menls dan» les Fragmenta htstoricorum grxc. (I)idot), t. II.
Cf'
buneaux harangues. Après lui, c'en est fini de l'éloquoii attique. ï.a perte de la liberté rend la tribune silencieuse; l'art du logographe devient un métier dont toutes l.s recettes sont connues; l'éloquence d'apparat, réfuijiée dans l'école, n'est plus pratiquée que par les maîtres de rhétorique. En somme, il n'y a plus d'éloquence vérit.iMe, et surtout il n'y a plus d'élo^pience attique. Ce qui caractérise dans tous les genres le véritable atticisme, c'est la victoire du naturel et de la raison sur l'artifice et le mauvais goût. La grande beauté de rélo«|uence atti(|ue lui «lail venue du fond de logique et de bon sens auquel cha( un, selon son génie, avait ajouté ses qualités originales, l'esprit, la grAce, le pathétique. De là une littérature ornloire incomparable; non pas toujours véridi«|ue, assurément, ni impartiale, ni d'un niveau moral très élevé, ni nu ine exempte de toute sophisticjuc; mais très grande néanmoins, parce qu'elle n'est jamais tombée dans la manière et qu'elle a été quelquefois sublime. Désormais, c'en est fait de 1. luquence sérieuse. La rhétorique sera toujours cultivét", et même avec ardeur; mais elle sera moins^défendue .|ue jamais par le sérieux des choses réelles contre les vanités du bel esprit et les séductions du mauvais goût.