A consulter
Aux ouvrages sur la comédie signalés plus haut (p. 333), ajoutons : G. Guizot, Ménandre, étude historique et littéraire sur la eomédie et la société grecques, Paris, 1855 ; Fielitz. De Alticomm comœdia Iripailita, Bonn, 186H. — Témoignages anciens, dans les prolégomènes àe V Aristophane de la Bibl. Didot, et dans Kaibel, l^oet. comicor. fragm.^ t. I, pars i.
C'est dans le dernier tiers du siècle, au temps d'Alexandre, et surtout après sa mort, que la comédie transformée a jet»' le plus vif rclat, avec Ménandre et lMiil»^mon. Clie forme vraiment neuve d'un genre ancien sappolle, dans l'histoire littéraire, la comédie nouvelle, par opposition ii la comédie ancienne, du siècle précédent. Entre Tune et l'autre, l'usage s'est établi de distinguer, sous le nom de comàlie moyenne, une forme intermédiaire, qui aurait commenc»' à peu piès avec le iv*' siècle et aurait duré Jus«iue vers iJ.IO. Cette division de l'histoire totale de la comédie en trois périodes paraît remonter jusqu'aux criticjues du temps de l'Empire, ou, pour être plus précis, jusqu'au second siècle de notre ère; elle est peut-être même plus ancienne. Une fois établie, elle s'est perpétuée; elle était classi.|ue chez les Byzantins ; elle est venue d'eux jus(|u'à nous. Pourtant, elle était étrangère aux contemporains; Aristoie oppose la comédie nouvelle à l'ancienne, mais il ne parle pas de comédie moyenne. Et il faut avouer que les délinitionsde cette forme intermédiaire, (entées par les criti<|ues anciens ou modernes, sont en somme vagues et insuflisantes. La vérité est que la comédie nouvelle apparaît d»'s le commencement du iv siècle ; seulement, elle a eu, comme autrefois la comédie ancienne, une période d'essais plus ou moins confuse (jui a précédé et préparé celle <les chefs-d'œuvre. On peut donc, si l'on veut, en parlant de celte période, la désigner comme celle de la coni» die moyenne. Mais cette distinction, bien qu'autorisée lar l'usage, a plus d'inconvénients que d'avantages. Car - llo paraît donnera une simple série de formes transitoire^ la même importance qu'à deux groupes d'œuvres nettenjonl caractérisées; et, de plus, elle tend à laisser croire que les comédies de la première partie du iv« siècle sont à é^ale distance de celles d'Aristophane et de celles de Ménan<.'re, tandis qu'en réalité elles diffèrent beaucoup plus des premières que des secondes.
LA COMÉDIE AU IV* SIÈCLE
2. Période de transition. — Essais d'une comédie non politique. — Ses caractères. — Laissant donc de côté un nom sans valeur, nous devons reconnaître que la comédie nouvelle n'arrive à sa perfection que dans le dernier tiers du iv« siècle. Dès lors, il y a lieu de donner d'abord quelque attention à la longue période de transition où elle s'élabore, afin d'en définir sommairement les tendances.
Ce qui caractérise le plus nettement cette comédie en voie de transformation, c'est l'abandon de la satire politique et de la fantaisie extravagante. D'une part, on renonce à mettre sur la scène les hommes d'État et les affaires publiques; d'autre part, on se détache de la féerie et des inventions bouflonnes, pour se rapprocher chaque jour davantage de la vie réelle. Nous n'avons pas à revenir sur les causes de ce changement; mais il faut insister un instant sur ses effets.
Les concours de comédie subsistent au iv« siècle à peu près dans les mêmes conditions qu'au v^ Leur perpétuité est attestée par de nombreux documents, épigraphiques et littéraires. Nous voyons seulement que, vers le milieu du siècle, cinq poètes, au lieu de trois, prenaient part à ces concours. Cela donne à penser (|ue chaque pièce était alors moins longue à représenter. Faut-il expliquer ce fait par la disparition complète du chœur? Les témoignages des critiques et grammairiens du temps de l'Empire affirment cette disparition; mais ils sont contredits par divers documents épigraphiques et même par quelques passages d'écrivains du temps. En réalité, le chœur comi(|ue ne fut pas supprimé; mais il devint à peu près étranger à l'action. Son rôle se réduisit à occuper les intermèdes par des danses. Dès lors plus de parabases, plus de chants satiriques, plus de ces amples développements lyriques qui se mêlaient autrefois à la trame même de la pièce. La durée de la représentation en fut naturellement diminuée. En outre, chose plus importante, le chœur d'autrefois ayant
représenté rélrment le plus fantaisiste, il était naturel qu. l'un disparût avec Tautre. Plus de guêpes, plus de nuées, plus d'oiseaux; il n'y a désormais, sur la scène, que drs hommes et, dans Torchestre, qu'un corps de ballet.
Les créations les jdus ordinaires des poètes nouvpjinx sont des parodies et des pièces qui tiennent à la fois de l.i comédie d'intrigue et de la comédie de mœurs.
Les sujets de mythologie plaisante avaient été déjà «n honneur auprès de certains poètes comiques du v siècl< On tournait en farce les mythes qu'illustrait la tragédi. , on travestissait en bouffons ses dieux et ses héros. Cratinns, Aristophane lui-même, mais surtout Platon le Gomiqu.' avaient fait exemple en ce genre. Dans toute la premièimoitié du iv siècle, on put croire (jue ces parodies seraienl désormais une des grandes ressources de la comédi»-. Presque toutes les légendes divines semblent, en eflet, avoir été mises alors à contribution. Le procédé comi(|ii' consistait sui tout, semble-t-il, à représenter les dieux . t les héros comme de bons bourgeois. Sans grossièreté, saii> extravagance, le simple contraste entre la grandeur convenue des personnages et la vulgarité de leur rôle provocjunii le rire. Voilà pourquoi on recherchait particulièrement \v> légendes (|ui permettaient de les montrer sous l'aspect le plus trivial : naissances, mariages, ban(iuets, aven tu k^ galantes. Quelquefois, des allusions aux choses du jour s.cachaient sous ces inventions, devenues allégoriques: mais cela n'était ni nécessaire, ni peut-être ordinaire. Li parodie, en général, devait se contenter d'être parodie. Au reste, en tournant les mythes en ridicule, elle ne se proposait pas de faire publiciuement acte d'impiété ; l'opinion ne l'aurait pas permis; mais, qu'elle le voulût ou non, la mythologie ne pouvait que pwdre en considération à êlr.' ainsi traitée. Le succès de ce genre artificiel semble avoir été assez passager; quand la comédie nouvelle fut vraiment constituée, elle le laissa de côté.
LA COMKDli: Ai: IV' SIÈCLE
La véritable nouveauté en fait de comédie, au iv« siècle, n'est pas là ; elle consiste dans la représentation des mœurs ; et cette nouveauté se laisse apercevoir dès la première moitié du siècle. D'abord superficielle, elle ira sans cesse en progressant jusqu'au temps de Ménandre, où elle atteindra sa perfection.
Un grand nombre des pièces qu'on rapporte à la comédie moyenne ont des titres qui désignent soit un métier, soit une condition sociale, soit un i)ays : h' Paysan, la Raccommodeuse, le Joueur de flûte, la Béotienne, le Byzantin, le Peintre, le Cocher, le Soldat, etc. D'autres, également nombreuses, empruntent leur litre à une particularité quelconque, aventure, état mental d'un des personnages, détail caractéristique de l'acli^tn : l'Ennemi des méchants, les Frères consanguins, les Jumeaux, le Trésor, \' Outrage, etc. Sans prétendre tirer de là des conclusions trop précises, nous pouvons au moins affirmer deux choses. La première, c'est que toutes ces pièces avaient une donnée fondamentale prise dans la vie conimime. Il s'agissait manifestement de choses qui arrivent ou qui peuvent arriver tous les jours : un paysan, quel(|ue peu niais, vient à la ville et s'y fait duper ou tourner en ridicule ; deux hommes se trouvent porter le même nom, d'où résultent des confusions plaisantes. La seconde, c'est que la peinture des mœurs étai un des éléments nécessaires de ce genre; car les aventures mises en scène ne pouvaient être vraisemblables et intéressantes que si les gens à qui elles arrivaient ressemblaient à (les êtres réels.
Seulement, celte représentation des nneurs était encore élémentaire et superficielle. On ne pouvait passer inimédiatem<nt de la fantaisie extrême à l'observation délicate et [uofonde. Les poètes de ce temps créèrent un certain nombre de types convenus, dont la génération suivante ne dédaigna pas de profiter : types du parasite, du soldat fanfaron, du marchand d'esclaves, du cuisinier; il est bien pro-
bable qu'ils en ébauchèrent encore beaucoup d'autres, types de vieillards et de jeunos gens, d'esclaves et de courtisanes. En tout cela, ils amusaient sans doute les esprits par un semblant de vérité plaisante, plutôt qu'ils ne les captivaient par un véritable intérêt moral. Sauf en quelques passages peut-être, leurs personnages ne découvraient guère le fond de leur àme ; ils avaient plus de ridicules extérieurs que de sentiments vrais; ce qui leur manquait à tous, c'était ce quelque chose d'intime qui est l'homme même.
Par suite, il est permis de conjecturer ce qu'était Tiiitrigue. Des (irecs qui avaient lu Euripide, qui voyaient sans cesse représenter ses tragédies, ne pouvaient étr«embarrassés de combiner ingénieusement des événements. Beaucoup des titres qui ont été cités plus haut nous suiigèrenl l'idée de péripéties passablement compliquées. Mais, comme on ne sentait pas encore tout le prix des fino^ peintures de sentiments, ces intrigues n'étaient pas combinées de manière à les rendre possibles. Les poètes, vu organisant l'action de leurs comédies, visaient plutôt aux situations purement comiques qu'à celles qui auraient pu mettre en jeu les dispositions intimes de leurs peisonnagt> Ce n'était [>as la science de l'intrigue qui leur faisait défaul. c'était une idée nette de sa destination supérieure.
8. Poètes de la période de transition. — Antiphane et Alexis 1. — Un assez grand nombre des représentants d« cet art de transition nous sont connus de nom ; nous po> sédons aussi quelques fragments de leurs ceuvres; miiicela ne suftit pas à nous donner de chacun d'eux une idé< précise. Nous n'en distinguerons ici que deux, comme plii^ célèbres que les autres : Antiphane et Alexis.
Né vers la lin du v« siècle, Antiphane était probablemen; un Grec d'Asie. Il vécut jusque vers .330, et fut, par cons' quent, contemporain de Platon, d'Isocrate, et même d» Démosthène. Les uns lui attribuaient deux cent qualn
i. Fragments dans les recueils signalés plus haut, p. 332.
LA COMÉDIE AU IV" SIÈCLE
vingts comédies, les autres trois cent soixante cinq. Une telle abondance n'est guère conciliable avec les scrupules d un art exigeant. Antiphane travaillait hâtivement Banalité et négligence, telles étaient les conséquences nécessaires de sa précipitation. Il ne remporta, dit-on, que treize victoires. Une partie de ses pièces, comme le prouvent les titres subsistants, consistaient en parodies mythologiques; son théâtre marquait donc l'apogée de ce genre assez vulgaire. L'autre partie devait mettre en scène des types populaires. L'impression que nous retirons aujourd'hui de ses fragments lui est médiocrement favorable. L'esprit qu'on y trouve n'est guère qu'une aj.titude à s'approprier certaines formes de plaisanteries convenues. Antiphane est long et monotone ; son principal mérite paraît consister en une facilité élégante. Il sait tourner une réflexion, prêter parfois une forme assez piquante à des idées d'ailleurs vulgaires, amuser un instant son public par des effets de style ou d'invention. C'est en somme un poète de second ordre, sans originalité très caractérisée.
Alexis, plus jeune que lui d'une vingtaine d'années peutêtr3, semble lui avoir été supérieur. Né à Thurium,dans la (jrande-Crèce, et plus tard naturalisé Athénien, il fut, au témoignage de Suidas, l'oncle de Ménandre et son maître dans l'art dramatique. Sa longue vie, qui dépassa cent ans, remplit tout le iv« siècle. Le même biographe lui attribue deux cent quarante-cinq comédies. Une chose digne de remarque, c'est le très petit nombre de sujets mythologiques traités par lui. Il est probable qu'il a été un de ceux qui dégagèrent la comédie de ses incertitudes et lui assignèrent définitivement son domaine nouveau. Un grand nombre de ses fragments sont remarquables par la gaieté malicieuse, par l'amusante variété, parla vivacité de l'invention. Sa fantaisie, sous une forme discrète, est fine et vraiment plaisante. L'éducation d'Héraclès par Linos (fragm. 135 de Kock) est de tout point une jolie scène. D'ailleurs,
plus de bonne humeur Joyeuse que de force ou de pénétration. Aucun de ses fragments n'atteste un don particuliei d'observation ni une élude stTrée de la réalité. Alexis devait dessiner vivement et à grands traits certains types plaisants, plul<H (jue représenter le détail des lud'urs et des sentiments. Un auteur ancien, réfuté par Athénée ', voulait qu'il eût créé le personnage du parasite. Cela prouve au moins que, chez lui, ce type semblait avoir pris un relief nouveau, comme sans doute celui du cuisinier vantard, comm»' plusieurs autres encore.
4. Achèvement de la comédie nouvelle. — Ses caractères propres. — C'est à partir de 330 environ, c'est-à-dire au moment où les poètes dont nous venons de parler disparaissent ou vieillissent, que s'achève la comédie nouvelle Avant de parler des hommes qui l'ont illustrée, il sera bon de la caractériser sommairement par ses traits généraux.
La tendance essentielle qui se laissait apercevoir dans la période que nous venons d'étudier atteint alors son termr. C'est donc, quant au fond, une comédie d'intrigue, mai^ qui vise à imiter la vie contemporaine. Négligeant systématiquement la vie publique, qui, d'ailleurs, perd de plus en plus son intérêt, elle prend ses sujets dans la vie privée. C qu'elle y cherche, c'est la vérité humaine. Là est son caractère vraiment distinctif. 11 y avait soixante ans qu'oi' tendait à se rapprocher de la réalité; mais on restait tro)souvent à mi-chemin, dans un comique de convention Ménandre et Philémon affranchirent définitivement lu comédie de ce préjugé. Les interminables descriptions d festins, les parodies, les contrefaçons de discussions philosophiques, les plaisanteries convenues, les bavardages ron liants des cuisiniers ou des soldats fanfarons, les lon^ récits des parasites, tout ce qui avait amusé deux généra tiens d'Athéniens, entre la lin de la guerre du Péloponn. et l'avènement d'Alexandre, parut fastidieux, quand