‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 169 sur 264 · Alhénée, VI. îi · texte numérisé non relu

Alhénée, VI. îi

LA COMÉDIE Al* IV'' SIÈCLE

vérité fut trouvée. Si l'on en garda quelque chose, ce fut à titre de brefs épisodes, tout à fait secondaires ; l'intérêt, désormais, était ailleurs. Dès qu'on eut montré aux Athéniens la véritable image de la vie athénienne, et, derrière celle-ci, l'image de la vie humaine en ce qu'elle a d'éternellement attachant, ils ne voulurent plus autre chose.

En ce genre, le sujet par excellence s'offrit ou s'imposa de lui-même : ce fut l'amour. Une passion qui est de tous les jours et pres(|ue dv tous les âges, (lui révèle, en chacun de ceux qu'elle agite, ce qui lui est propre, qui augmente le charme et l'ardeur de la jeunesse, qui rend la vieillesse quelquefois touchante et plus souvent ridicule, qui met en jeu mille intérêts domestiques, (jui suscite projets sur projets, qui a besoin sans cesse d'expédients et d'intrigue, qui est ]dus agissante qu'aucune autre, et qui, avec cela, touche sans cesse au pathétique sans sortir des limites de la comédie, c'était bien là ce qu'il fallait aux poètes nouveaux. L'amour devint l'élément essentiel de toutes leurs pièces. Par malheur, les mieurs athéniennes ne comportaient guère la représentation de l'amour légitime; l'opinion n'eût pas permis de dévoiler indiscrètement l'intérieur de la famille. Il fallut donc se réduire aux amours irrégulières. La comédie y perdit, non seulement en qualité morale, mais aussi en variété.

L'intrigue, ingénieuse, adroitement conduite et variée, évitait désormais de se perdre dans une multiplicité excessive d'événements, qui aurait relégué au second rang la peinture des sentiments. Les imitations des poètes latins Plante et ïérence nous donnent une idée assez nette de ce <|u'elle dut être en général. N'oublions pas cependant les différences. Les pièces latines sont presque toujours plus chargées d'épisodes, plus compliquées. Leurs auteurs suivent de très près une pièce grecque,' choisie comme thème ; mais ils ajoutent, çà et là, des scènes qu'ils empruntent ailleurs. Dans l'ensemble, la comédie grecque devait

paraître plus simple encore. Une seule idée dramatique s'y développait, et tout naissait de là. On avait toujours \v goût des reconnaissances. Il n'y avait guère de pièces où quelque secret ne s'éclaircit ù la lin, au profit d'un amour intéressant. Un des types les plus ordinaires du genre él.iii celui-ci : un jeune homme s'éprend d'une jeune lille inconnue ; divers obstacles s'opposent à la réalisation de ses vœux, la condition de la jeune tille, le manque d'argent, l.i volonté d'un père ou d'un tuteur; un esclave rusé aide If jeune homme; on réussit et on échoue, on espère et on désespère; à la lin, on découvre que la jeune fille est dnaissance libre; tout se termine par un mariage. Cela pouvait se varier «le mille manières. Les poètes athéniens v excellaient. Ou peut se les rei»résenter comme de curieux chercheurs, sans cesse à rall'ùt du fait ilivers. Un procès, une trouvaille, un enlèvement, un retour imprévu, un héritage, un coup de fortune, uno aventure bourgeoise, unsituation fausse révélée par les indiscrétions quotidieuin-^ c'étaient là pour eux autant de suggestions, vivement s;iisies : ils savaient les approprier à leurs besoins, en modifiant et en achevant ce que la réalité avait esquissé.

Cette tendance à imiter la vie était médiocrement favorable à la création de personnages d'un caractère fort • tranché. Un Alceste, un Tartufe, un Harpagon ne se rencontrent guère tout faits dans la réalité; la nature ébaucli. et disperse les traits que des génies puissants et idéalist»savent seuls réunir. Les poètes d'alors n'y songeaient mén! pas. (> qu'ils montraient à leur public, c'étaient surlou' ces façons de penser et de sentir par où tous les boni ni' se ressemblent; et, dans cette ressemblame générale, I différences qu'ils faisaient le plus vivement ressortir, c'étaient celles qui tiennent à l'âge, au sexe, à la condili» sociale, aux relations de parenté, enfin à la situation inr ginée plutôt qu'au caractère lui-même. Il y avait, danleur théâtre, trois ou quatre types de pères, deux ou tro.^

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de jeunes gens, autant de types d'esclaves, de courtisanes, deux ou trois aussi de femmes mariées, etc Dans chaque catégorie, les traits communs l'emportaient sur les traits individuels. Ces analogies, qui nous frappent au travers des imitations de la comédie latine, étaient rendues plus sensibles encore par les masques des acteurs. Il faut lire dans Pollux {Onomasticoriy 1. IV, 11.3) l'énumération très curieuse des masques de la comédie nouvelle. Le masque dénotait par son simple aspect ce qu'il y avait de typique dans un rôle : c'était là ce qui frappait les yeux tout d'abord; l'élément individuel ne se dégageait que peu à peu des paroles ou des actions de l'acteur, et il restait toujours subordonné.

Il y avait là un danger de monotonie. La finesse de l'esprit attique l'éluda. Les poètes donnèrent à leurs personnages, à défaut de caractères très nets, une philosophie de la vie qui variait avec leurs instincts et leur situation. On a plaisir à voir, dans les fragments subsistants, la diversité, la hardiesse, la grâce, queI(|U(^fois même la profondeur, et aussi la délicate adaptation des réflexions qu'ils mettaient dans leur bouche. Ils savaient, avec un tact et une souplesse remarcjuables, modifiera l'infini la vision des choses et les jugements qui en ré^ldtent, en tenant compte non Seulement des ditféiences permanentes d'ùge, de sexe, de situation, mais aussi des mouvements d'humeur et du jeu intime des sentiments. C'est ainsi qu'une variété vraiment dramatique éclatait partout dans la représentation de ces mœurs, en apparence identiques. Les pères indulgents et les pères sévères, ceux qu'on trompe et ceux qui se laissent tromper, étaient bien au fond toujours les mêmes ; mais, dans la manière de motiver cette indulcence ou cette sévérite, dans les degrés et les phases de l'une et de l'autre, que de différences délicates, amusantes et dune fine vérité !

Ainsi faite, cette comédie était-elle vraiment comique?

A coup sur, elle n'excitait plus le rire bruyant et tumultueux de la comédie ancienne; mais ce n'est pas à dii. qu'elle eût renoncé à amuser. Elle était plaisante, comm« la vie elle-même l'est parfois, par les déceptions des iious trop tonfiants, par les catastrophes ridicules des sots, p.ii les inventions souvent déjouées des trompeurs. Elle avail, en outre, comme par héritatje, ses personnages attitrés (|tii avaient charge de faire rire : le parasite, le soldat fanfaron, surtout l'esclave intrigant, qui dupait les vieillards au pii»tit des jeunes gens. Ce dernier était incomparable par son audace, sa présence d'esprit, son adresse à feindre, se> inventions inépuisables. Il a donné naissance à la longin lignée des Scapins, auxquels il est resté supérieur: ceux-» i sont devenus des repris de justice et de vrais bandits: lui n'était qu'un polisson sans scrupule, qui avait les vices d<' son état, mais avec les excuses qu'il comportait, et à qui, d'ailleurs, les bons sentiments ne faisaient pas toujoui^ entièrement défaut.

L'esprit épicurien se fait sentir dans toute la comédi.nouvelle. Il y est reconnaissable dans les mœurs, dans !•idées, peut-être dans la conduite des pièces par le roi»complaisamment attribué au hasard (Tj/ti». Toutefois, < n'est pas Tépicurisme théorique et systématique qui domiin le théâtre d'alors; c'est bien plutôt l'épicurisme pratitpit souvent inconscient et inconséquent, tel qu'il régnait en faii dans une société où la discipline de la vie s'était singuln rement relâchée, où les croyances étaient molles et vagu« où les habitudes avaient plus de force que les princi[« . Voilà pourquoi, au lieu de refroidir ou d'alourdir les drani qu'il inspire, il leur prête un air de naturel, et il en fin' pour nous autant de témoignages singulièrement intén sants d'un état d'esprit alors général.

Au point de vue de la moralité, c'est une question délicate de savoir si la comédie nouvelle est inférieure ou supérieure à l'ancienne. Celle-ci était grossière et scanda -

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leuse; mais elle avait un idéal, qui se dégageait de ses bouffonneries: elle vantait l'honnêteté politique, la simplicité des mœurs, la haute vertu des vieux poètes ; à tout prendre, c'était une satire saine et vigoureuse. Kun de pareil dans la comédie n<iuvell<'. Celle-ci montre à son public des ridicules, des faiblesses, drs pa.ssions mal réglées; ce spectacle, par sa vive réalité, est à la f<ds un amusement et un avertissement; un homme intelligent s'y ratTermit dans le bon sens, dans la prudence, dans la modération; d'autant plus ([ue les situations, étant choisies et composées à dessein, sont par là même plus instructives. Mais il faut reconnaître que cette instruction n'est pas très élevée. Ces spirituels poètes nous monireni linement à quel point l'avare est vilain, le superstitieux ridicule, le bourru désagréable aux autres et à lui-mêm«'; ils nous l'ont voir la facilité des pères à se laisser tromper, ils nous mettent sous les yeux les avantages et les inconvénients de l'indulgence et de la sévérité, ils dépeignent les étourderies et les entraînements de la jeunesse: c'est une leçon d'expérience, rien de plus; une leçon fine, amusante, profitable aux bons esprits, qui grossit leur provision d'idées pratiques, qui les exerce à juger, qui élargit en eux la sagesse mondaine, mais qui ne provoque ni hautes pensées ni sentiments généreux.

5. Les maîtres de la comédie nouvelle. — Philémon et Ménandre '. — Cette comédie eut de nombreux représentants, dont les noms nous sont encore connus. Les plus illustres sont Diphile de Sinope, qui fut imité plusieurs fois par Plante ; Apollodore de Carystos en Eubée, qui a fourni à Térence l'original du Vhormion et de VHécyre; Phi-

1. Fragments dans les recueils signalés plus haut. Ceux de Ménandre, dans la Bibl. Didot, sont joints au volume qui contient les comédies d'Aristophane.

A consulter :

Guill. Guizot, ouv. cité p. 573; Benoît, Essai historique et littéraire sur In comédie de Ménandre, Paris, 1854 ; Weil, Eludes sur VAntiquité grecque, Paris, 1900.

lémon, MéQandre, et enfin Posidippe, de Cassandréa on Macédoine, qui appartient déjà au siècle suivant. Nous iw nous arrêterons ici qu'à Philémon et à Mônandre.

Pliilémon, né probablement en Cilicie, en 361, débuta, dit-on, à Athènes vers 330. Il y vécut depuis lors au Pirée, jusqu'à un âge fort avancé; suivant Klien, il serait morl seulement en 262. Poète très fécond, il avait composé au moins quatre-vingt-dix comédies. Soixante de ces pièces nous sont encore connues par leur titre et par quelques fragments. La plupart furent accueillies avec faveur, ••! Philémon l'emporta même à plusieurs reprises sur Ménandre. Plante l'a imité de près dans plusieurs de s«'> œuvres : le Mercator est une copie plus ou moins exacte de son "Efxnopoç, le Trimmwvoi de son ©r.aau&o:, et peut-être ]aMo>itellnriade son <!>â^;jLa. Philémon était doué d'un génir

inventif et facile; mais il s'attachait encore à l'intrigu autant ou plus qu'aux personnages ; s'il créait des situationamusantes et variées, ses caractères étaient molleniml dessinés et manquaient de relief. Il dissimulait ce défaul par l'esprit et la grAce du dialogue, par la vivacité brilhinb* des réflexions, par une imagination naturellement éléganiet amusante, enfin par l'art de se servir de cette philosopliide la vie dont nous avons parlé plus haut.

Bien au-dessus de Philémon se place Ménandre, te vén table maître de la comédie nouvelle, le successeui d'Aristophane dans la lignée des grands poètes comiqu<'>. La mauvaise chance qui nous a privés de ses œuvres n nous empêche | as comjilèlement d'apprécier son méril<'

Né à Athènes un pou avant 340, il était plus jeune qii Philémon d'environ vingt ans. Son père, Uiopithe deKtpli sia, semble lui avoir laissé une belle fortune. Neveu «1^ poète Alexis, dont nous avons parlé plus haut, il recul «i lui, dit-on, les premières leçons de son art. Kn philosopha il subit l'influence de Théophraste et d'Épicure. Sa pi» mière pièce fut jouée en 322, environ un an après la rnui

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d'Alexandre le Grand. Les événements douloureux dont la firèce fut alors le théâtre ne semblent pas avoir beaucoup préoccupé le jeune poète. Élégant et oisif, aimant le plaisir, il s'éprit de la célèbre (ilycère, et vécut auprès d'elle dans sa villa du Piiée. Plolémée Soter chercha vainement à l'attirer en Egypte : Athènes lui plaisait uniquement, et elle le retint. Il était beau, bien que son regard ne fût pas droit; épicurien délicat, il soignait sa mise et sa démarche. Son unique afl'aire semble avoir été d'écrire des comédies. Pendant un es[)ace d'environ trente ans, jusqu'à sa mort qui eut lieu en 292, il en composa plus de cent, c'est-à-dire plus de trois en moyenne par an. Selon le témoignage d'Apollodore, il ne fut vainqueur que dans huit concours. Philémon plaisait davantage au peuple; mais Ménandre avait pour lui l'opinion des connaisseurs, et lui-même semble avoir eu le haut sentiment de sa supériorité. Un jour, suivant Aulu-Gelle, il rencontia Philémon, qui venait justement d'obtenir le prix : « Dis-moi franchement, Philémon, lui demanda-t-il, quand tu l'emportes sur moi, estu satisfait de toi-même?»

Aucune pièce de Ménandre n'est venue jusqu'à nous. Du moins, nous le retrouvons encore, jusqu'à un certain point, chez Plante et Térence; le premier lui a emprunté ses Bncchides (AU âÇa-aTôv) et son Stiehus {^CKiozXfoç}^ peutêtre aussi son Pœnulus (KapyrjSdvioc) ; le second lui a dû son Andrienne^ ses Adelphes et V Homme qui se punit lui-même. En outre, il nous reste un grand nombre de fragments des pièces perdues. Citons particulièrement ceux du Laboureur, publiés en 1898 d'après les débris d'un papyrus égyptien. Entre ceux qu'on possédait anciennement, il faut distinguer les Sentences monostiques, recueil de sentences diverses formé à l'époque romaine, oii des vers de Ménandre se trouvent mélangés à d'autres, de provenance inconnue.

Il n'y a pas lieu d'insister sur les mérites des pièces de Ménandre quant à leur structure. Nous n'en pouvons juger

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que par les imitations de Tr-reiice, plus fidèles que celles de Plautc; mais Trrence lui-même a mêh? aux pièces qu'il reproduisait des scènes prises ailleurs. Disons seulement que Ménandre semble avoir possédé à un haut deiiré rinslinct dramatique; peut-être, toutefois, l'invention dr^ situations comi<jues était-elle ehe/ lui inférieure à er quelle était chez Philémon.

Sa grande supériorité, à n'en pas douter, résidait dans l.i peinture des mo'urs. Tous les témoignages anciens sont unanimes sur ce point. Il n'y a, parmi les critiques qui ont pu le lire, qu'une seule voix pour louer la vérité exquise et le parfait naturel des sentiments qu'il prêtait à ses personnages. Avec une souplesse remarquable, il savait traduire en un langage toujours élégant, quoique approprié ;'i chaque réde, les difTérences de jugements, de ton r[ d'humeur. Tous ses personnages avaient en commun une certaine grâce, qui était le don original du poète. Ils pailaient tous la même langue, rapide, aisée, ingénieuse, familière et de bon goùl; tantôt, elle se faisait tendre et |».i> sionnée; tantôt, grave, forte, amère; ailleurs, ironique ti moqueuse; ailleurs encore, gaie, folitre, brillante, toute fantaisiste et toute sémillante. Au reste, la force pathétiqune lui manquait pas plus que le don du comique. César, eu louant le poète latin Térence dans une épigramme célèbre, le déclarait inférieur à Ménandre, parce qu'il manquait «l» force; c'était reconnaître le mérite complet du poète gn»

Cette vérité frappante des sentiments, cette vivacité dr i matique, cet instinct de la vie éclatent encore dans ue grand nombre des fragments que nous possédons. Malheureusement, la plupart n'ont été conservés que parce qu'ils exprimaient des pensées générales. C'est donc, en quehpn sorte, l'élément le moins personn(d de ce théâtre que nonconnaissons le mieux. Mais, justement à cause de cela, «es fragments nous donnent lieu d'admirer comment Ménandre a su donner un tour nouveau à des réflexions traditionnelle >

H ou courantes. Sous le lieu commun, il excelle à nous faire

1^ sentir l'humeur particulière du personnage. Son bourru

s'écriait :

Si quelqu'un des dieux venait me dire : Écoute, Craton, quand tu seras mort, tu renaîtras. Ce que tu voudras être alors, tu le seras, chien, mouton, houe, honnue ou cheval; c'est une seconde vie qui t'attend. Voilà ta destin«'e : à toi de choisir ce que tu veux. -- Tout au monde, mécrierais-je aussitôt, tout plutôt que d'être homme ! Entre tous les animaux, cest le seul dont le bonheur et le malheur n'aient rien de commun avec la justice. Un cheval est-il excellent, on le soi^^ne mieux que tout autre. Si tu deviens un bon chien, tu .seras beaucoup plus estimé qu'un mauvais ehien. In coq qui est brave est autrement nourri que le lâche, et celui-ci tremble devant son supérieur. Mais un homme, au contraire, qu'il soit honnête, bien ne, généreux, tout cela ne lui sert à rien par le temps qui court. Celui qui réussit le mieux, c'est le flatteur ; après le tlatteur, c'est le sycophante : après le sycophante, c'est le méchant. Mieux vaudrait devenir âne que de voir des gens qui ne nous valent pas nous eflacerpar leur splendeur.

Cela revient à dire, en somme, que le succès est loin d'aller toujours au vrai mérite, ce qui n'était pas en soi une pensée bien neuve, même au temps de Ménandre. Mais, comme on sent ici l'homme exaspéré, qui se complaît dans son parti pris et qui développe son idée à outrance, avec tout son esprit, toute son imagination, tous ses ressentiments! C'est la vérité dramatique qui fait le prix de telles pensées, bien jjIus que leur valeur propre, et cette vérité est poussée ici de la manière la plus heureuse jusqu'à la plénitude de l'effet comique.

Admirable dans la comédie de mœurs, Ménandre ne semble pas s'être élevé, plus qu'aucun de ses contemporains, jusqu'à la comédie de caractères. La plupart de ses personnages appartenaient à la moyenne de l'humanité. Les traits personnels, finement indiqués, n'étaient pas assez forts ni assez profonds pour créer en eux ces grandes individualités dramatiques qui se détachent sur le fond corn-

mun. Peut-être dut-il justement à cela une part de rinfluence universelle qu'il a exercée après sa mort. Chez lui, plus que chez aucun autre, la comédie grecque, tout en manifestan» ses qualités propres, s'est montrée larj^ement humai lu*. Dans les hommes de son temps, elle a révélé l'homme t'ii général, sous les aspects qui se retrouvent toujours les mêmes partout, à peu de chose près; et elle Ta étudié avec une sympathie que la moquerie elle-même n'empêche pas d'apparaître sans cesse. Le vers célèbre de Térence : Homo swm, hiimani ïiihil a nie alienitin puto^ expiime très bien unr des choses qui lui font le plus d'honneur.

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