‹ Manuel d'histoire de la littérature grecque à l'usage des lycées et collèges [microform]Chapitre 19 sur 264 · Éditions · texte numérisé non relu

Éditions

Bibl. Didot, Homeri cavmina el cycli epici reliquiœ, Paris, 1837-1856; Bibl. Teubner, G. Kinkel, Epicorinn grœcorutn fragmenta, t. I, Leipzig, 1877. Sommaires de Proclus, dans B. Westphal, Scriptores metrici grxci, t. ï, Leipzig, 1866 (Bibl. Teubner).

A consulter :

Welcker, Der epische Cyclus, Bonn, 1849-1865; Wilamov^itz Mœliendorff, Homerische Untersuchungen, Berlin, 1884.

ÉPOPÉES CYCLIQUES ET RAPSODES

presque entièrement dans le cours du vi*. Cette décadence de l'épopée héroïque tint à plusieurs causes, dont les principales sont : Tépuisement des sujets, après une production si abondante; l'avènement, puis les tentatives heureuses du lyrisme, et surtout, au vi" siècle, la transformation du dithyrambe et la naissance de la tragédie, qui firent sentir la monotonie et les longueurs des vieilles compositions; les progrès de la réflexion et de la curiosité historique, qui donnèrent naissance à la prose, suscitèrent la philosophie, l'histoire, la géographie et refoulèrent partout le merveilleux; enfin, les changements sociaux, la décroissance de Taristocratie, le développement de la culture générale par l'augmentation des échanges internationaux, l'affluence des idées et des connaissances, le goût nouveau de la discussion, toutes choses qui transformèrent peu à peu un public docile, crédule et indéfiniment attentif, en une foule plus difficile à satisfaire, avide d'émotions vives, éprise d'idées, mais surtout impatiente et mobile. Il serait infiniment curieux, si nous le pouvions, de suivre l'histoire de l'épopée héroïque à travers ces quelques siècles. Mais l'antiquité elle-même en perdit de très bonne' heure la connaissance précise ; elle ne nous a laissé sur ce sujet que des témoignages incomplets et suspects. Tout ce que nous pouvons faire est d'essayer de nous orienter d'une manière générale au milieu d'une période pleine d'obscurité.

On a coutume, depuis l'antiquité, de désigner la plupart de ces poèmes perdus sous le nom de cycliques, et on appelle cycle l'ensemble des épopées posthomériques, qui embrassaient presque toutes les légendes héroïques. Il importe d'abord de bien s'entendre sur la valeur exacte de ces dénominations

Le premier classement des vieux poèmes épiques paraît avoir été l'œuvre du grammairien Zénodote d'Éphèse, qui fut, au troisième siècle avant notre ère, bibliothécaire

des Ptolémées à Alexandrie. En rangeant ces poèmes dans la bibliothèque royale et en les cataloguant, Zénodote constitua par là même un cychy c'est-à-dire un tout, quelque chose de complet en son genre, puisque, grâce à cette collection, la masse des vieux récits apparut désormais comme entière et fermée. Respectant d'ailleurs l'indépendance des œuvres, Zénodote n'avait tenté ni de les mettre d'accord entre elles ni d'en former une série continue. Ce fut là l'œuvre des mythographes. Comme ils cherchaient uniquement dans ces vieux récits les faits qu'ils contenaient et qu'ils voulaient les coordonner, ils en tirèrent des extraits qui se reliaient les uns aux autres et se combinaient entre eux, sauf à laisser de côté les parties contradictoires et celles où les mêmes choses étaient répétées. Ces cycles artificiels furent assez nombreux dans la période impériale; quelques-uns étaient destinés à l'enseignement; d'autres s'adressaient au public curieux des vieilles choses. Nous possédons encore, sous le nom de tables iliaques, quelques tablettes ou fragments de tablettes, sur lesquelles étaient gravés des épisodes de la guerre de Troie, d'après tel ou tel cycle, dû à quelqu'un des érudits alors renommés. Soit qu'elles aient été destinées à l'enseignement, soit qu'elles aient servi à orner des bibliothèques et des cabinets de travail, elles attestent la popularité de ces compositions. Le cycle qui nous est le mieux connu est celui de Proclos. L'auteur était, selon les uns, un grammairien du second siècle de notre ère; selon d'autres, c'était le philosophe néoplatonicien de ce nom qui vivait au v« siècle. Quoi qu'il en soit, son cycle est une simple compilation, précieuse en ce qu'elle nous a conservé les sommaires partiels d'un certain nombre d'épopées perdues avec les nomsdes poètes auxquels on les attribuait alors. Seulement, en nous en servant pour reconstituer une image de la vieille épopée grecque, nous ne devons pas oublier qu'elle nous apparaît là sensiblement défigurée. Les auteurs de cycle choisissaient, entre les

ÉPOPÉES CYCLIQUES ET RAPSODES

poèmes, ceux qui se prêtaient le mieux à leur dessein, et, dans ces poèmes mêmes, ils négligeaient ce qui leur était inutile. 11 en n^sulte qu'à travers leurs comptes rendus, ces vieilles œuvres mutilées ont Tair d'avoir été toujours faites pour s'ajuster les unes aux autres, ce qui est loin d'être exact.

Avant de parler de quelques-unes d'entre elles, essayons de marquer leur place à toutes dans l'histoire générale que nous esquissons et d'en indiquer les caractères communs.

La plupart de ces épopées semblent avoir manqué de l'unité intime qui caractérise VIliade et VOdyssée; obéissant aune tendance secrète du genre épique vers l'histoire, qu'il contenait en germe, elles offraient plutôt des séries continues d'événements que le développement de certaines passions ou de certaines situations morales. C'est, sans doute, la raison qui a fait qu'elles ont disparu de bonne heure; en tant qu'œuvres d'art, elles étaient inférieures aux deux grands poèmes homériques, quel que pût être d'ailleurs leur mérite dans certaines parties. En outre, venues au monde plus tard, quand l'invention commençait à s'épuiser, elles ont dû souffrir presque toutes de cet abus de l'imitation qui marque la fin des genres. On y retrouvait sans doute jusqu'à satiété les mêmes thèmes épiques, les mêmesprocédés, les mêmes situations, les mêmes caractères, le même style. Sous une variété superficielle et apparente, régnaient une monotonie profonde et une irrémédiable banalité. Ce qui, plus tard, devait perdre le lyrisme après Pindare et la tragédie après les grands poètes du v« siècle, perdait déjà l'épopée après les premiers homérides.

Ces épopées furent-elles, dès le début, de grands poèmes continus et complets? Ou bien se formèrent-elles, comme nous l'avons admis pour VIliade et VOdyssée^ par des accroissements successifs ? Nous l'ignorons ; et, à vrai dire, il est peu croyable qu'une même réponse, quelle qu'elle soit, puisse s'appliquer à toutes. Les plus anciennes, faites pour

être chantées dans les mêmes conditions que les poèmes homériques, ont dû naître comme eux. Les autres, produites quand l'art d'écrire était en progrès, quand les récitations rapsodiques s'organisaient, ont pu se constituer immédiatement sous forme d'amples compositions. Nous en sommes réduits sur ce point à des hypothèses nécessairement vagues.

A considérer les sujets, ces poèmes semblent s'être répartis en un certain nombre de groupes qu'on peut encore distinguer assez nettement.

Quelques-uns se rapportaient aux antiques légendes cosmogoniques; c'étaient des Théogonies, des Titanomachies, différentes sans doute des poèmes hésiodiques relatifs aux mêmes sujets en ce qu'elles étaient moins didactiques et plus dramatiques. - D'autres traitaient certains points de l'histoire des vieilles races; telles la Danaïde, la Phocéide, la Minyadc, VAtthide, V Amazonie, etc. Nous ne connaissons en ce genre qu'un assez petit nombre de titres ; mais il paraît probable que les poèmes de cette sorte ont dû abonder pendant plusieurs siècles pour constituer le riche fonds où ont puisé tour à tour la poésie lyrique, la tragédie, l'élégie alexandrine et l'érudition archéologique. - D'autres poèmes encore prenaient pour sujets les exploits de certains héros renommés. C'est ainsi qu'à partir du vin« siècle, et peut-être antérieurement, jusqu'au vi% il y eut un grand nombre d'Héracléides, qui célébrèrent les travaux du fils dAlcmène. La Prise d'CEchalie, attribuée à Créophyîe de Samos, appartenait à ce groupe. Dans le même genre encore, on peut citer au moins une Théséide, dont nous ignorons d'ailleurs et l'auteur et la date. - Mais les groupes de poèmes les plus importants à mentionner sont ceux qui se rapportaient aux grands événements légendaires de l'âge héroïque, à la guerre de Thèbes et à celle de Troie. Nous y reviendrons dans un instant. Evidemment, ces deux guerres, en raison de leur caractère

dramatique, furent, pendant toute la période épique, les deux sujets de prédilection des poètes et du public.

2. Diffusion des chants épiques. — Les rapsodes ^ —Après avoir pris sa première croissance en lonie, Tépopée héroïque paraît s'être répandue assez vite dans les autres parties du monde grec et y avoir suscité un mouvement poétique important. Les aèdes ioniens devaient être tentés, à mesure que leur art mûrissait, d'aller chercher toujours plus loin de nouveaux auditeurs, et les relations commerciales de plus en plus actives entre les cités grecques ne pouvaient que favoriser ce mouvement. L'apparition des premières poésies hésiodiques dans la Grèce centrale, vers le viii« siècle, atteste que Tinfluence de l'art ionien s'y était déjà fait sentir. D'autre part, un certain nombre des poèmes que nous venons de citer ont un caractère local si prononcé qu'ils n'ont guère pu naître ailleurs que dans les régions auxcjuelles ils se rapportent. Toutefois, les poètes de ce temps dont les noms, vrais ou légendaires, sont venus jus(fu'à nous, semblent avoir été en majorité originaires soit de la Grèce d'Asie, soit des \\es de la mer Egée, soit de la côte orientale de la Grèce propre ; on peut donc dire que l'épopée héroïque, dans tout son développement, appartient surtout à la Grèce orientale et ionienne, à celle dont la mer Egée est le centre. Nous verrons dans le chapitre suivant que la Grèce continentale eut aussi son épopée, mais sensiblement différente.

L'affaiblissement de l'invention épiiiue eut pour conséquence la transformation des aèdes en rapsodes. L'aède était un poète, qui sans doute récitait assez souvent les œuvres de ses devanciers, mais qui, souvent aussi, en créait de nouvelles. A l'origine, il chantait, au sens propre du mot; et même quand le chant eut fait place à une

t. A consulter :

Sengebusch, Dissertaliones homericœ, ! et II, jointes à VHiade et à V Odyssée de la Bibl. Teubner.

ÉPOPÉES CYCLIQUES ET RAPSODES 77

simple récitation mélodramatique, l'aède conserva encore à bon droit son nom, qui signifie « chanteur », car il continuait à se servir de la cithare pour préluder et pour s outenir par quelques notes la cadence de ses phrases Mais, à une époque indéterminée, probablement dans le cours du viii« siècle, cette mode antique tombe en désuétude. Au chanteur succède un récitant, nommé rapsode. Celui-ci, sauf exception, n'est plus un poète; tout au plus compose-t-il encore des préludes; son principal office est de réciter les épopées devenues classiques : c'est, à proprement parler, un artiste en déclamation. Il se présente au public sans cithare, richement vêtu, une branche de laurier à la main; et il déclame d'une voix habile, avec une mimique appropriée, un certain nombre de morceaux des vieilles compositions; d'où son nom, qui paraît signifier u assembleur de chants' ». L'art des rapsodes était étroitement lié à l'organisation des fêtes religieuses qui se développèrent en Grèce à partir du viH« siècle. Les villes qui instituaient ces fêtes y appelèrent les récitateurs de vieux poèmes pour leur donner plus d'éclat; elles établirent même des concours entre eux. Rien ne dut contribuer plus efficacement à la difl'usion des épopées. Ce sont les rapsodes qui ont porté la poésie homérique dans toute la Grèce. Il furent aussi pour beaucoup,'très certainement, dans le succès prédominant de Vlliade et de VOdyssce, Une tradition, qui n'a rien d'invraisemblable, veut que

\. 'PccitT^v it:i«v àotîot-, (lit Pindare, Ném., II, 2; il semble bien que ce soit la vraie élvniologie. Le premier élément du mot f«iv«o« est sans doute apparenté de près au substantif pâ^-»?, « couture » ; ce mot n appartient pas, il est vrai, à la langue classique, mais il a pu être crée par 1 instinct populaire, sous forme plus ou moins régulière, pour entrer dans la composition du terme qu'il s'agissait de former. 'PaiwStTv, cest «chanter en cousant », comme le sentait très bien Pindare. Il est possible que le mot ail eu, à lorigine, un sens plus ou moins dédaigneux: l'aède, inventeur, devait mépriser ces * couseurs de poèmes », qui se paraient du plumage des autres.

,-jr-»

ÉPOPÉES CYCLIQUES ET RAPSODES

Solon ait institué, ou tout au moins réglementé, les récitations rapsodiques à Athènes au commencement du vi« siècle, et que Pisistrate et ses fils aient ensuite parachevé son œuvre. En l'absence de règlement, en effet, chaque rapsode devait choisir arbitrairement les morceaux des poèmes homériques qui convenaient le mieux à la nature de son talent, l'un préférant par exemple les passages éclatants et vigoureux, un autre ceux où dominait la fine peinture des mœurs. Et, si leur tour de récitation n'était pas assujetti à Tordre des événements dans le poème, il pouvait arriver que le peuple eût à entendre la supplication de Priam aux pieds d'Achille avant la querelle d'Achille et d'Agamemnon. Le premier soin des organisateurs dut élre de décider que les morceaux seraient récités suivant l'ordre des événements. L'unité des poèmes homériques apparaissant ainsi bien plus vivement, on fut amené à comparer pour chaque morceau les divers textes, à préférer ceux qui s'accordaient le mieux entre eux, à vérifier et à perfectionner les raccords. Ce fut l'œuvre de la commission de rédaction, qui, sur l'ordre de Pisistrate, mit par écrit le texte continu de V Iliade et de 'VOdyssée. Cette œuvre était la conséquence du succès des récitations rapsodiques ; on voit par là quelle a été l'importance de celles-ci dans l'histoire de l'épopée.

Cette esquisse très sommaire des destinées du genre épique va nous permettre maintenant de mettre à leur vraie place quelques œuvres et quelques noms. Nous nous en tiendrons aux plus célèbres.

3. De quelques épopées héroïques en particulier. — La guerre de Thèbes avait dû être célébrée dans un assez grand nombre de poèmes. Les principaux étaient ; VCEdipodie, qui avait pour sujet l^malheurs d'CKdipe, rattachés sans doute à la faute de son père Laïos; la Thébdide, où étaient racontées la rivalité d'Étéocle et de Polynice, l'expédition d'Adraste et des chefs rassemblés par lui contre Thèbes,

la mondes deux frères et le désastre des Argiens; enfin les Épigones, poème qui exposait la seconde guerre de Thèbes, entreprise par le fils de Polynice contre le fils d'Étéocle et terminée par la victoire des Argiens. De ces trois poèmes, le plus important de beaucoup était la Thébaide, qui semble avoir mérité l'admiration par la grandeur des scènes, le relief de certains personnages, la hardiesse etlaforce de l'invention poétique. Ce fut le premier modèle des Théhaides que la poésie produisit dans la suite, et nous trouverons dans la littérature tragique la trace de l'influence durable qu'elle exerça. Nous ne savons rien ni de sa date, m de son premier auteur. Comme la plupart des poèmes cycliques, la Théhaide fut attribuée longtemps à Homère par une opinion vague. Quand la critique s'éveilla, elle nota dans ce poème des caractères dislinclifs qui firent rejeter cette attribution; dès lors, il demeura anonyme. L'expédition des Grecs contre Troie, avec ses origines et ses conséquences, fut la matière préférée des poètes de ce temps - Un poète ionien de Milet, que les témoignages appellent Arctinos, composa, dit-on, vers le commencement des Olympiades, des chants qui racontaient quelquesuns des grands événements du siège de Troie, postérieurs à la mort d'Hector. Dans le cycle de Proclos, ces chants sont divisés en deux groui)es, sous deux titres distincts : d'une part, YÈthiopide, dont le principal événement est la mort de l'Éthiopien Memnon, fils de l'Aurore, venu au secours de Priam et tué par Achille ; d'autre part, a Vrhe d'ilios. Mais il paraît probable que cette division est le fait des auteurs de cycles, qui ont dépecé l'œuvre d Arctinos. Celle-ci comprenait une série de chants, qui se raccordaient plus ou moins à ceux de VWadc, tels qu'ils existaient alors, et se terminaient à la victoire des assiégeants. - Un siècle plus tard environ, vers 650, s'il faut en croii^ des témoignages qui sont d'ailleurs de médiocre autorité, un poète de Lesbos, nommé Leschès, composa une autre

ÉPOPÉES CYCLIQUES ET RAPSODES

série de chants, qu'on appela la Petite Iliade. D'après le sommaire de Proclos, ces chants se seraient intercalés entre les deux prétendus poèmes d'Arctinos, de façon aies relier entre eux. Mais d'autres témoignages donnent lieu de croire que la combinaison de Proclos a singulièrement altéré les choses. En fait, Leschès avait refait à sa manière les récits d'Arctinos, ou du moins une grande partie de ces récits, en les complétant par des épisodes nouveaux. Une légende représentait ces deux poètes comme des concurrents qui s'étaient disputé le prix du chant : Leschès avait simplement rivalisé, à un siècle de dislance, avec Arctinos, en traitant le même sujet.

Au même groupe se rattachent deux autres poèmes célèbres : les Chants cypriens^ attribués à un certain Stasinos de Chypre, et les Retours, dont l'auteur, d'après la majorité des témoignages, aurait été un poète de Trézène, nommé Réglas. A vrai dire, ni ces noms, ni ces attributions ne sont solidement attestés. Quant aux dates, nous les ignorons. Les chants dits « cypriens », tels que nous les fait connaître le sommaire de Proclos, racontaient les origines de la guerre de Troie, le rassemblement et les deux expéditions successives des Grecs, enfin les commencements du siège ; le récit venait ainsi se raccorder à celui de VIliade homérique, qui en faisait la suite. Il est impossible de dire aujourd'hui si ce raccord était aussi exact que ce sommaire le ferait supposer. Quoi qu'il en soit, l'imitation de VIliade se trahit encore dans l'invention même de certaines parties de ces chants. Nés, comme leur nom l'indique, dans l'île de Chypre, ils faisaient grande place à la déesse Aphrodite, qui y était particulièrement honorée. — Les Retours racontaient les aventures des chefs grecs après la prise de Troie, en particulier le retour de Néoptolème, les voyages de Ménélas, la mort d'Agamemnon. Il semble que l'auteur de ces chants eût laissé de côté à dessein les malheurs d'Ulysse, déjà racontés en détail dans VOdyssée.

Du reste, la contexture de son poème demeure fort obscure dans le sommaire de Proclos.

Mentionnons enfin, pour terminer cette liste, la Télégonie, attribuée à un poète cyrénéen du vi« siècle, nommé Eugamon, qui y racontait la fin de la vie d'Ulysse, tué par son fils Télégonos.

Ces divers poèmes sont pour nous enveloppés de beaucoup d'obscurité. Mais ils ont eu, dans le développement ultérieur de la littérature grecque, une importance qui ne doit pas être méconnue. Longtemps attribués indistinctement à Homère, ils ont conservé et propagé les vieilles légendes, qui, sans eux, auraient disparu. C'est dans ces récits épiques que les poètes lyriques et tragiques ont trouvé un grand nombre de leurs sujets. Eschyle, Sophocle, Euripide procèdent du cycle bien plus que d'Homère luimême. D'autre part, les productions des arts plastiques, peintures de vases, sculptures, ciselures, attestent combien les scènes célébrées par ces poèmes étaient populaires. On peut dire sans exagération qu'ils ont fait l'éducation de l'imagination grecque pendant sa jeunesse et préparé les œuvres de sa maturité.

4. Pisandre de Rhodes'. — Entre les auteurs d'Héradéidesjun seul nous est encore connu par son nom. C'est le Hhodien Pisandre de Camiros, qui vivait, selon Suidas, vers le milieu du vu'' siècle. Son Héradée ('HpaxXeia) comprenait probablement douze chants, où étaient célébrés les douze travaux de son héros ; c'est lui, dit-on, qui, le premier, l'avait représenté armé de la massue. Bien que son épopée soit entièrement perdue, nous pouvons encore juger par ces faits de l'importance qu'elle [eut dans le développement de la légende héracléenne. Celle-ci était jusque-là

Page 1